Lectures et relectures.

En ces temps troublés où l’épisode quinquennal de Macron n’est pas fait pour nous rassurer, on peut quand-même prendre provisoirement la tangente. Et ainsi trouver un petit coin où feuilleter nos livres déjà lus, où tourner laconiquement les pages de ces quotidiens qui veulent nous façonner à leurs mauvaises manières.

Lire donc, pour retrouver un moment de paix, un moment, car il ne durera pas. C’est qu’avec ces cinq années qui s’ouvrent, c’est une guerre qui nous attend. La guerre économique, pas de doute. La guerre aux plus pauvres, aux sans-dents, la guerre aux migrants, aux fonctionnaires, aux retraités et à tant d’autres.

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Lire, relire et son grand de l’Intranquillité. Non qu’on en épouse en tous lieux, en tous temps, sa mélancolie, sa tristesse solennelle (tristeza qui nous traverse, qui s’installe provisoirement et puis qui, parfois, disparait). Alors on s’arrête sur ces simples phrases, non dénuées de grandeur, de cette grandeur qui – quelque soit nos principes, nos raisons, raisons de vivre, nos raisons de désespérer – nous touchent au plus profond :

  • « Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d’un lieu d’où personne ne vient, vers un lieu où personne ne va».
  • «C’est quand je suis distrait que je vois le plus nettement».
  • «Je suis toujours dans la pièce d’à côté».

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Sur une autre de mes étagères, pointe la sensibilité d’ dans une petite merveille de petit livre («Il me faut te dire»). Une obligation de dire via des envois épistolaires magnifiques, pleins de subtilité et de tendresse. Des lettres pour ceux et celles qui comptent, pour les amis (à Vincent, Clément, Lucie, Karine, Barnabé, Béatrice) mais aussi pour, par exemple, le cinéaste Nanni Moretti.

Arlette Farge y dit aussi sa colère d’historienne à propos de cette année bouleversante que fut 1968, période – comme celle de la Commune – quelque peu oubliée de ses pairs : «J’ai pourtant remarqué combien, au passage, fut moquée l’année 1968, sans explication aucune. Si tout ce qui fut écrit sur ce sujet est vrai, pourquoi les historiens ont-ils abandonné cette période, comme ils ont abandonné l’étude de la Commune, sans autre forme de procès ? (…). Pendant ces temps, comme dans d’autres, il y eut des vies singulières, minuscules, des existences balbutiées ou opprimées, ainsi que des évènements majeurs concernant la vie des femmes (contraception, avortement, lutte pour l’égalité des sexes)».

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Comment, dans la foulée, ne pas aller écouter la grande historienne sur les périodes d’entre-les-deux-guerres et sur celle de la Collaboration économique, elle aussi tûe par l’école dominante des Historiens français ? Comment ignorer le combat que mène cette historienne en s’appuyant sur les implacables archives (ouvertes récemment) ? Hélas, il y aura long avant qu’on ne parle, dans les écoles, dans les collèges, dans les lycées et Universités, de ces Industriels et Banquiers (magnats de la Presse aussi), admirateurs de l’Allemagne dès 1933. Oui, il y aura long avant qu’on ne parle de cette incroyable concentration du Capital pendant cette période qui fit tant souffrir la population française en la clouant – on l’oublie là aussi trop souvent – à la misère.

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De cette désolation des Temps Présents, on pourra quand-même relever de belles analyses, toutes faites de discrétion et de justesse. Celle de Patrick Chamoiseau par exemple, interviewé dans le dernier Télérama : «Aujourd’hui, les migrants sont des individus, mus par des désirs singuliers. Ils ne vont pas, groupés, vers la constitution d’une Terre Promise ou je ne sais quelle colonisation. Chacun poursuit son rêve personnel dans de grands mouvements migratoires, certes collectifs, mais qui ne constituent pas des communautés, plutôt des espaces de solidarité». Avant de conclure : «La fraternité à leur égard est essentielle».

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Lecture encore : cette fois-ci dans la presse nationale, lecture d’un même discours asséné sans preuves, lecture de la Pensée Unique mille fois ressassée. Gloire à Macron. Ici, par exemple, dans «Le Monde» du 27 mai via et Cédric Pietralunga. Extraits : «Le Président français a en tout cas passé sans encombre son «baptême de feu» bruxellois, son charme ayant de nouveau visiblement opéré». Et aussi, via les échos triés, rapportés par notre journaille : parole de Jean-Claude Juncker recevant Macron «avec joie, avec bonheur», celle de Donald Tusk : «Il est charmant» «impressionnant» «très ambitieux mais réaliste, très déterminé, c’est très prometteur». Et enfin, on applaudira le titre de nos deux groupies macronites du Monde : «Macron réussit ses débuts diplomatiques».

Il y en a d’autres : autres lectures dans ce même quotidien, lectures qui vous font croiser d’autres têtes «pensantes». Nous sommes toujours dans Le (beau) Monde : voilà  parlant de l’absence du nom de son parti sur ses affiches : «C’est un choix que j’assume (…) Les électeurs que je rencontre trouvent ça plutôt clair». Ou encore Jean-Christophe Cambadélis :

  • «Ma campagne marche bien » 
  • «Tout se passe bien» 
  • «Je ferais de la politique jusque dans ma tombe.

(De Profundis, Jean-CriCri).

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Et encore me voilà en lecture des actions de grande envergure d’ de l’équipe de Le Drian, ambassadeur du Liban sous Hollande. Avec ce rappel : c’est lui qui accueillit Macron (alors candidat !)  lors de son voyage au Liban en janvier 2017. Les repas organisés coûtèrent jusqu’à 15.000 euros par tête de pipe pour renflouer le Candidat. Bon appétit quand-même.

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Et encore chercher de quelle Ecole proviennent nos grands et beaux Experts, ceux qui décide(ro)nt de la politique de notre beau pays dans les années qui viennent.  Un point commun entre tous ces «nouveaux» venus à ces postes de commande. Citons-les d’abord : Patrick Strzoda, Benoit Ribadeau-Dumas, , Michèle Pappalardo, Edouard Geffray, Martin Briens, Emmanuel Moulin et j’en oublie. Un point commun ? Vous avez trouvé ? La solution est dans le livre de . «Noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps» (1989). Oui, ils sont tous cravatés, tous propres sur eux, tous prêts à la manœuvre libérale : oui, tous sortis avec cette Pensée Unique piochée dans leurs présence en cette grande Ecole, oui tous diplômés de l’.

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Et encore tomber sur ces odieux propos de Michel-Edouard Leclerc parlant de Mélenchon L’hologramme de Mélenchon c’était très malin de la part de ce survivant d’une époque révolue (…) Je ne me fais pas d’illusion sur l’homme : en 1789, j’aurais dû me planquer s’il avait été au pouvoir». Là, je suis d’accord avec notre grand Capitaine d’Industrie : en 1789, on l’aurait bien trouvé sous les jupons versaillais de Louis XVI, pas de doute. Mais pourquoi remonter si loin ? Restons sur une période bien plus récente (1940 et suivantes), période pendant laquelle Grand-Papa Leclerc eut quelques déboires

Bah, ces Leclerc, toujours en tête de gondoles, toujours du mauvais côté dans les grandes périodes historiques.

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Encore et encore, lire la Propaganda jusque dans les régions reculées de l’Allier. Ici Jean de Charon, Directeur de l’hebdo régional «La Semaine de l’Allier». Propos d’après le 18 mai : «Macron, de l’avis général, a fait un «sans-faute», «Il soufflait dimanche un vent d’espoir et de reconquête», «Souhaitons-lui de réussir». Et au soir du 11 mai : «En Marche, son relais dans nos territoires est le fruit d’un redoutable et exceptionnel marketing politique. Il a été et peut être encore une non moins redoutable machine de guerre». Je vous l’avais bien dit : nous sommes en guerre.

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Si longues, si dures seront ces cinq prochaines années. Un quinquennat, c’est long, si long, si dur ! Mais guère besoin de se creuser les méninges pour écrire ici sur ce blog dans cinq ans : c’est que, je remettrais en ligne ce même bibillet à peu de choses près.

4 Responses to Lectures et relectures.

  1. AgatheNRV dit :

    Ces belles grandes réussites que l’on nous vend, pour arriver à ce point d’amassage de fortune et d’influence, il faut commencer très jeune dans « l’ordurerie ». J’ignorais pour Leclerc.

  2. Robert Spire dit :

    Après « Grand Papa » Leclerc, Jean_Edouard est le 2 ieme DBiles.:_)

  3. Robert Spire dit :

    Mince! Je me trompe de prénom…Pas grave, les bourges sont (presque) tous des « jean foutre ».
    Bibi, lire Lacoix-Riz demande pas mal d’efforts, d’attentions, de recoupement avec d’autres sources. Comme lire ou relire « La grande transformation » de Karl Polanyi.

  4. BiBi dit :

    @RobertSpire
    Oui lire, apprendre, quoi, ce n’est pas de tout repos.
    Sur l’histoire de la Collaboration (et de la période d’avant) oui il faut se plonger et s’acharner. Pas de plaisir de la connaissance sans faire travailler ses méninges. Mais pour Annie Lacroix-Riz tu peux commencer par ses interventions sur You Tube. A bibientôt. 🙂

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