Ce qui surprend dans la vie des peintres (1), c’est le nombre d’amis qui sont là, à l’atelier ou sur la terrasse, au jardin ou dans la serre. De ces amis qui proposent le gîte et le couvert, qui lèvent le voile et le coude et qui tâtent aussi du pinceau. La peinture est un travail de solitaire - mais contrairement à l’écriture – il est immédiatement partagé. On montre, on laisse voir aux proches, aux potes, aux amours. Voyages, mobilité, amitiés. Il y a là comme un monde qui sera à jamais interdit à BiBi.
Dans l’écrit, on est dans une solitude crasse : difficile de trouver un ami disponible à qui refiler immédiatement ses tableaux, à qui faire renifler ses travaux. Il est souvent absent le lecteur solide, bien campé sur ses deux jambes.
Pour tout au monde, BiBi donnerait un lien, une corde, un bout de ficelle, un filin, un câble pour s’amarrer à la chaîne des peintres.
(1) « Marc Chagall » par Pierre SCHNEIDER (Editions Flammarion).
Me sont revenues les ordures de novembre déversées sur la plage encastrée dans les roches rouges. Des ordures, des immondices colorées, des guirlandes épousant les dessins fins des ravines, des ordures comme des mots qui se jetteraient dans quelque recoin inatteignable. Un thé mentholé au « Cervantès », le bistrot de Jean Genet qu’il fréquenta les 12 dernières années de sa vie. Et encore cet autre souvenir, cette conversation d’hotel entre ces deux hommes, deux ingénieurs français, dont l’un disait que l’eau serait dans les années futures le bien le plus précieux… pour son entreprise. Longue discussion sur la longue barre qui envoie les vagues à pleine puissance sur la côte, au nord de Larache. Les Travaux Publics marocains devaient aller chercher loin des gros cailloux jusque dans l’intérieur des terres pour les ramener et éviter l’ensablement du port. Au crépuscule, Mohammed, un habitant du quartier du Cimetière arabe me parla longuement de l’ami de Jean Genet et de sa tante enterrée du côté de Meknès. « Deux gros cailloux. L’un pour la tête, l’autre pour le corps : rien de plus. Comme pour ta tante » avait dit l’écrivain à son ami marocain en lui parlant de sa propre pierre tombale.
Il est de milliers de fictions qui m’arrivent, mais elles m’arrivent émiettées, par bribes, comme détachées, par morceaux, par lambeaux. A peine si elles se rappellent à mon souvenir. Tant de vers mort-nés, tant d’histoires fantastiques et de projets prodigieux perdus. Ces fictions passent à la vitesse de la lumière, elles passent que déjà elles se perdent, que déjà s’impose un autre embryon de fiction qui à son tour s’évanouira. Ne restent plus qu’en mémoire des traînées fulgurantes, des élans impossibles à fixer. Ces accumulations me sortent pourtant de la torpeur du Quotidien. Lire la suite »
BiBi a toujours aimé ceux qui ne font rien comme personne, ceux qui lèvent le doigt quand il ne faut pas, ceux qui haussent les épaules devant les conseils trop pédants, ceux qui s’entêtent malgré les quolibets tout autour. BiBi aime imaginer que Dick Fosbury était de ces gamins obstinés et malins, pas prétentieux mais avec une bonne dose d’orgueil. « Faire au mieux dans le temps qui nous est réservé », voilà ce qu’écrivait la poétesse Marina Tsataeeva. Le temps d’une Olympiade, Dick Fosbury fit au mieux ce qu’il pensait devoir faire. Lire la suite »
Il y a plus de trois ans, ce lundi 30 août 2004, vous l’aviez rencontré à Bercy pour vous entretenir des relations franco-américaines ainsi que d’autres sujets “variés“. Tom, en tournée de promotion en France pour son dernier film, avait gardé un excellent souvenir de cette rencontre puisqu’il déclarait encore un an après : « Nous avons parlé de tout, de S., de cinéma, de vie familiale ». Votre Ami américain avait aussi beaucoup apprécié sa visite en 2005 à Marseille. Jean-Claude G., maire au contrat renouvelé récemment et spécialiste chez vous du clientélisme religieux, l’avait impeccablement reçu. Sachez que je donnerai cher pour voir une photo de cette belle médaille de citoyen d’honneur de la ville autour du cou du beau Tom.