Elle me disait… (18).

Elle me disait 18

Cette fois-ci, elle n’a pas parlé. Elle m’a envoyé ce mail énigmatique : «J’écris. A contrecœur. Mais j’écris». Bien sur, j’attends la suite pour savoir ce qu’elle écrira. De la poésie ? De la prose, du roman ? Des nouvelles ? Ou tout ça à la fois ? Et lorsque je la reverrais que pourrait-elle désormais me dire ? Parlera t-elle encore ? Me donnera t-elle à lire ce qu’elle ne dira plus ?

De mon côté, lui avouerai-je que j’ai consigné – depuis de si longues années – ses paroles ? Que j’ai noté scrupuleusement le moindre de ses propos ? Que j’ai vécu – aussi longtemps que je m’en souvienne – à l’ombre de ses phrases ? Et si, avec un incertain courage, j’ose les lui donner à lire, les reconnaîtra t-elle comme siennes ? Il est probable alors qu’elle viendra me dire «Mais non, tout cela, est de toi», «Tout cela t’appartient».

Mais non, non, elle ne le dira pas car elle sait très bien que dans le Royaume de l’écriture, il y a dépossession continuelle, que la propriété c’est du vol, qu’on n’y est pour pas grand-chose, que chaque écrivant n’y est pour presque personne. Elle sait depuis toujours qu’en écrivant, chacun a chapardé à droite et à gauche, a picoré sans autorisation, a braqué des banques, que chacun a pillé sans vergogne, a truandé, copié, fait du chantage, s’est avancé masqué et sans scrupules. Voleurs, voleurs que nous sommes tous depuis le premier mot jusqu’à notre dernier.

«J’écris. A contrecœur. Mais j’écris». Son mail inaugure une nouvelle étape, s’ouvre vers de nouveaux chemins. Elle a choisi d’écrire. A contrecœur. 

Jusqu’ici, je faisais le scribe. Aujourd’hui, elle écrit. Elle ne me dira plus rien.

Que vais-je devenir ?

Faire Couple… (2) : à Monaco et à Venise.

Sans titre

Cette initiative de «faire couple» (1) m’a fait dériver encore plus loin lorsque le dernier numéro du magazine «Point de Vue» (13-19 mai) m’est tombé dans les mains et sous les yeux. Avec ce superbe hebdomadaire, la Machine-BiBi a commencé à marcher à plein régime imaginaire. Du «faire couple», lecteur et lectrice, en veux-tu ? En vois-là.

Faire couple… (1)

Dans l'attente

Jean-Luc Godard, toujours aussi lucide, disait à juste titre que «lorsqu’on pensait à quelque chose, on pensait en vérité, dans le même temps, à autre chose». Ce propos du cinéaste me trottait dans la tête lorsque je découvris la récente initiative de l’Ecole de la Cause Freudienne via leur hashtag sur Twitter : deux journées de Colloque autour du thème #FaireCouple. Je me suis donc amusé à intervenir dans cette préparation en lointain visiteur (je ne suis pas psy) en délivrant mes photos(textes) sur le réseau social avec @pensezbibi. En voici quelques échantillons. :-)

Quand le JDD aime les femmes «rebelles»…

NVB

Le JDD aime les femmes «rebelles».

Faisons d’emblée une petite correction : ces femmes «rebelles» sont celles que le journal de Lagardère décrète être femme rebelle. La question qui suit serait de se demander si c’est la même chose ? (1). Mais laissons cette interrogation de côté.

Dans le Journal du Dimanche, les «femmes» en Une font recette, elles attirent l’œil. «Rebelles» (c’est dit) et «belles» (c’est sous-entendu). Elles se retrouvent donc obligatoirement en Une. Comme lorsque Marine Le Pen fût élevée en icône féminine grâce à des sondages truqués dans cette même couverture. (Voir la Une en fin de billet)

Elle me disait … (17)

Elle 17

Ce sont des souvenirs de jardin qui me reviennent. Et des interrogations. Parlait-Elle à ses fleurs, aux graines qu’elle semait ? Pourquoi restait-elle si longtemps agenouillée devant le basilic ou la marjolaine ? Pourquoi se perdait-elle dans la contemplation de la sauge en fleur, des feuilles d’origan, des branches de thym ?

Son jardin : à la fois lieu des plus grands périls et de son intimité, transformé en carré déserté, laissé en jachère avant de redevenir, jours ou semaines d’après, terreau retourné, émietté, cajolé, très précautionneusement arasé. De minuscules sentes quadrillaient son territoire. Les arpentant à petits pas, Elle se métamorphosait alors en danseuse sautillant dans la brise, en acrobate légère livrée à un impensable bonheur.

Cela faisait si fort contraste avec ces instants où, inexplicablement furieuse, elle piétinait sans vergogne ses fleurs, saccageait ses plants en maudissant la terre entière ! Dans le liseron de ma mémoire, l’épiant de la porte de derrière, je la vois encore tomber à genoux, s’accrochant au grillage, sanglotant infiniment dans le carré des herbes folles.

«Mes pensées, murmurait-elle, jardinent avec la Mort». Citait-elle là un des poètes qu’elle affectionnait ? Allait-elle cesser de rire dans ses larmes ? Mais tout cela, soir tombant, avait-il vraiment existé ? Avais-je vraiment entendu ces cinq mots qu’elle scandait dans les allées, litanie, leitmotiv de ces crépuscules noués entre soupirs et cris à la lune : «Terribles, terribles sont les Temps présents» ?