SOUTIEN à « Crépuscule ».

« Prends un livre, c’est une arme ». (Lénine).

Je ne connais pas Juan Branco mais je connais son texte Crépuscule.

Je l’ai lu, je l’ai relu attentivement.

Parallèlement à ma relecture, j’ai vu arriver des attaques directes et indirectes sur son travail. Des attaques incroyablement violentes de la part de ceux qui voient un crime de lèse-majesté dans la façon de rapporter ce que la plupart des Medias ont caché pendant la période pré-Présidentielles 2012-2017, période où a été construit le candidat Macron. Normal.

Mais il est des critiques virulentes qui étonnent grandement lorsqu’on s’aperçoit qu’elles proviennent de gens qui se classent eux-mêmes à gauche (dans cette gauche, j’évacue Place Publique, Génération Hamon et autres partisans de cette seconde gauche qui nous a fait tant de mal et causé tant de souffrances).

Crépuscule connaît une énorme résonnance. Un tel succès en librairie ravive les rancoeurs de toutes sortes principalement de ce monde intellectuel où les livres – par exemple – de ces fractions dominantes et dominées composées d’experts, de sociologues, de juristes, de « grands » journalistes, de politologues, de politiques, de philosophes ne connaissent pas un aussi grand succès. Après reflexion bourdieusienne, faut-il être surpris ? Non. Dans ce champ-là, le discours qui cherche une légitimité, qui cherche à l’imposer, qui l’impose, est un enjeu de luttes au couteau ininterrompues.

« Crépuscule » ne parle pas des Gilets Jaunes. Seul Denis Robert dans son introduction les évoque mais sans s’y arrêter. Interessant que Denis Robert honore ce livre par sa préface car, lui aussi, a connu les déboires et les attaques absolument dégueulass (oui j’écris « dégueulass ») de tous bords, particulièrement là aussi, de la part de ceux qui voient rouge (ou rose) aujourd’hui au simple nom de Juan Branco. Bien entendu, ici, je rappellerai le nom d’Edwy Plenel du Monde (pour Denis Robert) et d’Edwy Plenel de Mediapart (sur Juan Branco). Ici un a-parté : dans un domaine proche (l’Histoire), je fais revenir ici – pour m’en montrer aussi solidaire – les travaux d’une grande, d’une très grande historienne travaillant sur l’époque 1920-1945, Madame Annie Lacroix-Riz, elle aussi vilipendée comme jamais, ostracisée de tous côtés.

L’exemple Laurent Mauduit de Mediapart.

Ce livre, « Crépuscule », met en une rogne incroyable un journaliste aussi estimable que Laurent Mauduit (j’écris estimable pour son remarquable travail dans son livre « La Caste »). Dans Crépuscule, page 72-73-74, Juan Branco parle de la tiédeur des gens de Mediapart lors de l’entretien du 6 mars 2017 dans leurs questions au candidat-invité Macron. Laurent Mauduit (notez bien, ce sont ses mots) se considère comme un « soutien critique » au Président. Et le voilà insultant Juan Branco, via un tweet, le traitant de « complotiste » en  évitant de revenir sur l’hypothèse émise par l’auteur de Crépuscule et d’y répondre.

Une hypothèse parmi d’autres.

Pour expliquer cette « timidité » de ce soutien critique de Macron dont se prévaut Laurent Mauduit lors de cet entretien capital, Juan Branco émet un ensemble d’hypothèses dont l’une est la suivante (je cite p.72) : « Serait-ce parce que la conjointe de l’homme chargé d’étudier la caste chez Mediapart, Laurent Mauduit, avait jusqu’en 2017 le poste de Directrice de communication dans l’un des groupes où Mr Bernard Arnault détenait ses plus importantes participations, Carrefour et que l’on n’en avait rien dit ? » Il suffisait à Laurent Mauduit de répondre tranquillement et de rétablir sa vérité. Parce que ce silence me chiffonait, j’ai envoyé un tweet sur le réseau social Twitter pour demander à l’abonné Laurent Mauduit (et à sa femme) une simple explication. Une réponse ? Que nenni. Pour toute retour, j’eus droit à un « je ne parle pas à un anonyme » et au qualificatif insultant de « complotiste » adressé à Juan Branco sans argumentation. Dialogue impossible. Bonne soirée donc, cher Laurent et fermez le ban.

Je ne suis pas tout seul à attendre la réponse à cette question citoyenne.

 Je ne connais pas Juan Branco mais je connais son texte Crépuscule.

Je resterais sur ce texte en demandant aux gens qui l’insultent ce qu’ils ont à reprocher à un témoin qui décrit dans le détail – avec preuves – le fonctionnement de la classe dirigeante pendant cette période-là. Comment n’applaudissent-ils pas à ce livre qui vient dire de l’intérieur ce qui s’est passé dans cette collusion politico-économico-mediatique, cachée au grand public, collusion qui a porté Macron au pouvoir ? Pourquoi ne sont-ils pas en soutien de Juan Branco lorsqu’il détaille le rôle de Jouyet et ceux – solidarité de classe oblige – des Arnault, de Mimi Marchand, du jeune loulou Attal, lorsqu’il insiste sur l’importance de Sciences-Po Paris, ce panier de
crabes, à genoux devant les pouvoirs (Sarko-Hollande-Macron) ? Rappel: personne n’en avait fait cas auparavant. Comment ne pas féliciter celui qui a pris des risques de recevoir les insultes ahurissante en nombre de sa classe ? Comment ne pas s’insurger des attaques de cette intelligentsia de gauche qui a, pourtant ici, un témoignage de première main ? Une explication ne serait-elle pas que beaucoup de ces insultes oscillent entre l’ouvrièrisme et la rancœur petite-bourgeoise ? On se pare de solidarité avec les exploités en mettant en avant cette critique de l’appartenance de classe de Juan Branco et ainsi pouvoir tranquillement le défoncer. Misère de l’analyse.

Je me prononce ici en solidarité totale avec Juan Branco sur son texte. Texte précieux. Texte explosif qui réjouit bon nombre d’entre nous, syndiqués CGT, engagés France Insoumise, citoyens de gauche. C’est un travail qui aide à la compréhension des mécanismes du Pouvoir. « Crépuscule » démonte implacablement ce pouvoir qui a joué d’intrigues de bas-étage pour porter au sommet le plus violent des Présidents. Disqualifions donc tous ceux/celles qui s’en prennent à Juan Branco en faisant l’impasse sur ce qu’il écrit, qui disqualifie l’auteur en reprenant des mensonges et des vérités sur d’autres questions actuelles, non présentes dans le livre. Qu’attendre des arguments portant sur sa personnalité, sur sa psychologie (un « ego surdimensionné »), son origine sociale bourgeoise (voir celles d’Engels et Marx SVP) ? Rien. Haussons les épaules : un rictus sarcastique suffira.

Je ne connais pas Juan Branco.

Alors une idole, Juan Branco ? Bien sur que non. Car mes désaccords – hors Crépuscule – sont forts.

Sur la CGT, il y a un désaccord à critiquer uniment la CGT dans la bataille. Perso, ce syndicat – bon an mal an – est un soutien indispensable aux luttes. Mais doit-on, dans le même temps, ne pas s’interroger sur son Secrétaire Philippe Martinez incroyablement silencieux à propos du plus grand mouvement social depuis 1945 ?

Sur les Européennes, je suis en total désaccord avec l’auteur de Crépuscule qui prône non pas l’abstention (perso, je soutiens la France Insoumise en sympathisant – sans aveuglement) mais le retrait pur et simple de l’élection.

Bourdieu disait que notre liberté venait de notre appropriation des instruments de connaissance que les sciences sociales nous apportent, que notre responsabilité était de nous emparer de tout ce qui peut aider à éclairer les agissements de la classe dominante pour la combattre. La lecture de Branco par exemple sur l’ascension de Gabriel Attal, couplée avec les repères sociologiques de Bourdieu, est un éclairage indispensable. C’est en effet le premier coup de projecteur  sur cette jeune génération qui va, dans les prochaines années, nous en faire baver. Mieux vaut connaître nos adversaires de fond en comble, non ?

Ne laissons pas insulter Juan Branco qui – de sa place sociale – a cotoyé tous ces branquignols qui nous gouvernent plus que férocement. Il nous a fait partager son expérience unique, si unique que la classe qu’il dénonce a voulu collectivement censurer son témoignage. D’une censure jamais vue. Oui, Juan Branco a publié un livre dont il peut être fier.

Et soyons fiers de l’avoir lu, de l’avoir prêté à des amis, de nous en servir dans nos argumentations et dans nos luttes.

Censures et autres petits détails.

Aujourd’hui, il n’y a plus de Ministère de l’Information. On ne voit pas un référent unique comme ce Michel Droit du temps de l’ORTF mais l’information et sa divulgation restent une des priorités de tous les Pouvoirs. Le gouvernement Macron plus que tout autre. Aussi, les rétentions d’informations, les censures directes et indirectes, les façons de parler de sujets sensibles, les nominations d’animateurs TV et radios sont au coeur des soucis des Dominants.

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ILS SE SONT TOUS DONNE LA MAIN.

Après lecture de Crépuscule de Juan Branco, on prend connaissance de ce qu’on nous avait caché. Les choses les plus décisives furent ces rapports de connivence, d’entraide, de promotion, d’aides financières entre Macron et ce ruban qu’on peut étirer ainsi : Niel-Arnault-Lagardère-Drahi-Weil-Mourad-Mimi Marchand-Brigitte&JPJouyet-Ludovic Chaker-Benalla-Bigogne-EdithChabre&E.Philippe-Brigitte Macron- Emmanuel Macron. 

Avec un endroit incontournable dans ce Petit-Paris : Science-Po.

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NATHALIE LOISEAU, UNE FEMME D’EXCEPTION.

Il est parfois des personnes aux hautes responsabilités (médiatiques) qui, poussées par l’admiration, se lâchent. Et hélas pour elles, pas n’importe où : sur les réseaux sociaux. Ce qui est dit est dit, y est archivé, y est répercuté. Ainsi, lors de la 6ème rencontre de la Women Executives in Media du 7 février, voilà Madame Sibyle Veil, directrice de Radio-France ( Radio-France quand-même, hein ?) qui clame son admiration pour… Nathalie Loiseau, candidate d’En Marche aux Européennes. «UNE FEMME D’EXCEPTION» écrit-elle. Pas un lapsus. Une admiration sans bornes fièrement exhibée ! Rions un peu en imaginant un journaliste écrivant ou posant dans un micro du MediaTV ou ailleurs : «Jean-Luc Mélenchon est un homme d’exception» .

GUD, ZER GUTT.

Suite au tweet relevé de Sibyle Veil, voilà qu’aussitôt se déchaîne une certaine Bénédicte Ravache (j’appris alors qu’elle était Directrice de FIP) qui m’envoie sur les roses. Pesons de tout son poids le degré d’indépendance de ces pauvres journalistes et cheffes de Radio nationale et régionale avec ce tweet défendant à la fois sa Directrice et la candidate LREM.

Mme Benedicte Ravache trouve mes propos « INEPTES» et me conseille de « LIRE ATTENTIVEMENT LE CV de Nathalie Loiseau ».

Mal lui en prit et ironie de l’histoire : une semaine après ce tweet, Mediapart lut très attentivement le CV de Nathalie Loiseau et découvrit qu’elle joua les gros bras au GUD, groupuscule d’extrême-droite. On attend toujours les prochains tweets et justifications de ces deux admiratrices de cette « femme d’exception ».

NATHALIE LOISEAU : UN PROBLEME BENIN ?

Continuons sur Nathalie Loiseau. Ici j’avais déjà soutenu Françoise Nicolas, lanceuse d’alerte qui dénonce une tentative de meurtre sur sa personne suite à ses révélations sur les malversations financières à l’Ambassade de France au Bénin. Radio-Gabin, LeMediaTV ont invité la lanceuse d’alerte pour qu’elle s’explique sur cette histoire et le rôle de la « femme d’exception » qu’est Nathalie Loiseau. L’argumention de la lanceuse d’alerte – avec preuves indiscutables – est implacable sur celle qui fut alors DRH et aujourd’hui, candidate aux Européennes. Bien sur, CheckNews de Liberation a fait un article sur cette affaire mais avec nombre d’erreurs non rectifiées, article renvoyant dos à dos Nathalie Loiseau et Françoise Nicolas, article noyé dans les 3000 questions de leurs internautes.

SUR CES AUTRES AFFAIRES, ON NE REPONDRA PAS.

1.Par exemple, qui finance Place Publique de Raphaël Glucksmann ?

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2.Où se trouve le coffre-fort de Benalla ?

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3.Ariane Chemin, journaliste du Monde de Niel, a t-elle enfin compris pourquoi Niel avait acheté son journal ?

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DECODEURS, CHECKNEWS, FACEBOOK.

4. Sollicitée par nombre de tweets d’internautes, l’Officine de Samuel Laurent ( les @decodeurs) ne répond toujours pas sur la somme que le FaceBook de Mark Zuckerberg leur a attribuée pour l’année 2018. Dur de cracher le morceau quand on se prévaut d’être les champions de la Vérité et Débusqueurs de « fake News ». Dur pour eux de nous persuader qu’ils sont indépendants, neutres, objectifs dès lors que sont révélés ces liens de subordination et de soumission  à l’entreprise privée de Mark.

Leur concurrent et ami CheckNewsfr (« Libedesintox » est abandonné. La dénomination US fait mieux dans le tableau) avait été obligé, lui, de donner le montant de leur assujetissement (qu’ils font passer pour partenariat) : 245.000 dollars pour 2018. Acculés de répondre par la pression des internautes, les voilà qu’à présent ils s’en glorifient !

DIVISION DU TRAVAIL DE SURVEILLANCE.

On rappelera cet épisode où ces jeunes loulous de Checknewsfr furent beaucoup moins fiers, cette affaire censurée du Bayrougate qu’ils ne voulurent pas traiter alors que toutes les preuves étaient là. Un refus de publication AVANT le votre présidentiel de 2017. C’est qu’il ne fallait pas déranger Emmanuel et faire – comme nous le conseillait la Une d’alors – ce que nous voulions mais voter Macron.

MARK EN VISITE CHEZ EMMANUEL.10

Decodeurs et CheckNews doivent être contents que Mark Zuckerberg de FaceBook vienne ce vendredi 10 mai rencontrer le chef de l’Etat. Seront-ils invités pour causer de la division du Travail de Surveillance Medias ? C’est qu’il y a urgence devant les défilés des 25 samedis, devant l’occupation des ronds-points et devant la France en jaune qui ne baisse pas les bras. Urgence en effet car le Pouvoir sait très bien que les comptes FaceBook des Gilets Jaunes est un gros gros très gros problème à… résoudre.

Alors Mark, qu’est-ce qu’il est possible de faire ?

Ecrire d’un certain bord.

Solitaire, solidaire.

Ecrire d’un certain bord. Permettre à quelques lecteurs/trices passant par ici de s’acharner sur quelques cadenas. Dans ce blog, offrir des occasions de desserrer les mâchoires de la grande Machine du Pouvoir. Les multiplier tant bien que mal. S’engager ensemble dans les batailles où – quelles qu’en soient les issues – il n’y aura ni vaincus d’avance, ni vainqueurs absolus. S’aventurer dans des terres inconnues, malgré les vents contraires et les annonces répétées de fortes houles. Oui, naviguer tant bien que mal.

Cette Opération de transmutation a pour socles mes lectures bien sûr mais elle touche aussi, en solidarité, à nos actes, à nos positions, à nos liens. Traversée impitoyable et incertaine au cours de laquelle la mise sur le tapis des Valeurs éthiques (la Justice, le Bien, le Mal) reste la constante puisque s’y joue notre honneur dans un rapport au monde, quotidien, exténuant.

Arrimés que nous sommes au langage, à cette circulation bâtarde des mots (vents) dominants, aspirés dès nos premiers jours par ce charivari et ce tintamarre venus des Ghettos du Gotha, empoissés par ces vocables descendus des Hauteurs, nous nous débattons tant bien que mal contre les échos de ce vocabulaire de Mort, contre le Serpent médiatique de la Brutalité frontale. Avec, hier, aujourd’hui, les vecteurs de cette souffrance, énumérés ici en inventaire incomplet : bancs de l’école, journaux de 20 heures des chaines publiques, interventions d’Experts, de Délégués, de Spécialistes, micro-trottoirs-radios-télé, réunions elyséennes d’Intellectuels, palabres de la Société de Bricoleurs, oukases de la Corporation des Canailles-en-Col-Blanc, impositions littéraires, poétiques, musicales, pilonnages médias qui saturent nos horizons quémandeurs de Neuf. Alors que – il faut le préciser  une fois de plus – les lanternes de Lénine et les écrits de Marx, Capital en tête de gondole, sont plus que centenaires.

Rappelons en trois lignes merveilleuses, ce constat poétique (oui, poétique) de l’auteur du Capital achevant son Ulysse (avec l’aide précieuse de son ami Friedrich Engels) : « Nous abandonnâmes d’autant plus volontiers le manuscrit à la critique rongeuse des souris que nous avions atteint notre but principal, voir clair en nous-mêmes».

Tant bien que mal, voir clair en nous-mêmes. Lucidité qui s’éclaire des rayons d’un soleil de Midi. Poussée irrépressible, rayonnement au bout de l’analyse, volonté de partage (même si, Dieu le sait plus et mieux que quiconque : nous sommes seuls, terriblement seuls et notre imaginaire est quelque chose de solitaire par nature). Volonté de savoir, d’analyse : nous sommes des scientifiques et nous savons – en préambule de tous nos travaux d’équipe – qu’il n’y a de solution, d’hypothèses fécondes que collectives.

L’aspect déterminant de l’Analyse est double : 1. Crise du Système économique (avec blocage des forces productives, matérielles et humaines – y compris la force de travail et sa reconstitution épuisante) et 2. Crise de la Reproduction du Système. Dans ce mouvement dialectique, le Sujet en crise, divisé, s’éclaire aux lumières du Labeur d’élucidation, aux éclairs du Travail continu en semaine, prolongé dans les serpentins des samedis & dimanches, en vêture, parure et panoplie jaune-fluo.

C’est qu’il s’agit, au fin fonds de nous-mêmes, d’y voir
clair pour continuer de marcher, de creuser, d’avancer.

Ecrire d’un certain bord. Percée de Scribe qui n’a rien d’une ligne droite et d’un voyage sans retour. D’autres diront qu’il y a là un passage ininterrompu et une course exténuante qui va – aller/retour – de la méconnaissance idéologique à la prise de conscience. Ascension, retour et descentes tourbillonantes. A l’infini.

Pas facile de ne pas trébucher dans ces étapes à répétition. Pas facile de refuser de se vendre à tout prix, de résister à n’importe quel prix, pas facile de ne pas se vautrer dans la soie avec les Marchands du Temple, avec les gardiens de l’Empire. Les années de galère antérieures, l’Expérience artistique derrière nous n’y font rien. L’Art ne rend pas meilleur, écrivait avec raison, un revenant du Goulag, Varlam Chalamov. L’Art ne rend pas meilleur, voire il nous rend pire : pour cas exemplaires de cette semaine, Jean-Louis Aubert en costume de flanelle à l’Elysée et Bernard Lavilliers adoubé Chevalier de la Cour macroniste. Nulle surprise pour ceux et celles qui ont tant appris de Freud et de ses topiques, de Bourdieu et des traces qu’il nous a laissées.

On trébuche, on se casse la gueule. Tous à des places assignées d’avance où, chacun, chacune, nous avons à répondre de nous-mêmes. Le but : se reconnaître comme sujet, un parmi d’autres. Sujet désirant, accroché au bastingage (ici avec les affects très contemporains de dégoût, de rage, de soupirs désespérés, de majeurs pointés au ciel, de poings serrés hors de nos poches) et Sujet politique (impossibilité de rester en place, de faire du sur-place, détermination à gagner les ronds-points, à les occuper, à ériger des cabanes, à descendre les Champs etc). Trouver du ciel bleu derrière les grenades et leurs fumées à particules brunes. Chanter à pleins poumons les Airs de la Carmagnole revenue. Engranger les récits communards et se faire porteurs des révoltes des Camisards et des 14 juillet.

La cloche a sonné, ça signifie…

Aux liserés des Actes accumulés (numéros déclinés à l’infini, Actes XXIV, XXV, XXVI), la tête se penche sur le clavier. Serrés sont les poings, tranquille est l’assurance. Ils auront beau faire : les assauts des Dragons du Roi, les oscillations mortifères, répétées du CAC 40 ne font plus peur.

Silences et Violences médiatiques.

Silence assourdissant des Medias sur Françoise NICOLAS, lanceuse d’alerte.

Depuis plus d’un mois, les réseaux sociaux font état du parcours de Françoise Nicolas, ex-fonctionnaire au Ministère des Affaires étrangères à l’Ambassade de France au Bénin. En 2009, elle y fait état de malversations financières, de dépenses fictives, d’utilisations de fonds publics. On la menace, on la fait passer pour folle, on la renvoie en France et plus grave, on tente de la tuer sur son lieu et pendant son temps de travail. Malgré les appels au secours à sa hiérarchie, c’est le silence total. Sa hiérarchie ? Nathalie Loiseau, celle-là même qui conduit la liste LREM aux Européennes. Nathalie Loiseau était alors la DRH et était membre du CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail).

Article paru dans Presse-Océan

Silence côté Pouvoir et silence complice de ces Medias qui ne pipent mot.On relèvera, via ce bref inventaire toujours muet, les grands donneurs de leçons de Mediapart (le journaliste Michaël Hajdenberg, journaliste, co-responsable du pôle « enquêtes » à Mediapart, au courant dès 2015), les Plenel, Arfi, Turchi pourtant dûment sollicités, ceux de Libe (il faut la pression des réseaux sociaux pour que CheckNews ponde un article qui renvoie – malgré les preuves – les protagonistes de cette Affaire gravissime dos à dos). Cet article mis en ligne ce 9 avril transforme cette affaire en fait divers, ce serait une affaire qui ressurgirait pile poil avant les Européeennes – hum hum pas de doute, c’est déjà suspect, c’est déjà orienté, n’est-ce pas ? Jacques Pezet fait passer la lanceuse d’alerte comme « en souffrances » et la présente comme « fragile ». Il fait passer en douce ce « petit » mensonge qui tente de sauver le Soldat Loiseau : l’agression sur Françoise Nicolas a bien été qualifiée pénalement et officiellement de tentative de meurtre mais le Drahi Boy parle d' »accusations » de la lanceuse d’alerte, parle de ses « reproches » et rajoute qu’il s’agit de croyance (« à l’en croire« ).

Ne parlons ni du Canard Enchainé qui refusa d’écrire un mot sur le Bayrougate ni des radios publiques. Imagine t-on Nicolas Demorand (qui nomma Anne Lauvergeon d’Areva au Comité de Surveillance des journalistes de Liberation), Léa Salamé, Nathalie Saint-Cricq, Thomas Legrand, Bruno Duvic ou Guillaume Erner parler de choses aussi ridicules que des malversations, d’argent public et d’une lanceuse d’alerte inconnue ? Imagine t-on qu’ils en fassent de gros titres ? C’est que – tous – ont peur qu’éclate un scandale Fillon-bis. Aussi sacrifient-ils tranquilou la Vérité pour ne pas voir les Français (catalogués par eux comme fainéants, assistés, gilets jaunes antisémites et violents etc) voter pour ceux qu’ils nomment les «extrêmes» aux élections du 26 mai?

Les silences traversent tout le paysage politique et médiatique. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on rappelera Edouard Balladur ou François Léotard à la barre pour l’Affaire Karachi, qu’on reparlera de l’argent de Macron récolté à Londres en 2016, des affaires de Ferrand en Bretagne, des Thierry Solère et d’Urvoas. Plus récemment, silences et black-out total sur les questions qui suivent :

Qui finance la campagne de Raphaël Glucksmann ?

Qui reviendra sur le pseudo-incendie de la maison de Richard Ferrand qui occupa les antennes et radios pendant des jours et des jours ?

Qui va nous en dire plus sur l’Affaire de Libreville et de Liberation ? Qui nous donnera plus d’explications sur cette honte et sur les responsabilités de son Directeur de Redaction Laurent Joffrin ?

Qui nous parlera encore du coffre-fort de Benalla ?

Jusqu’à quand devrons-nous attendre pour que les @decodeurs du Monde, qui se posent en Défenseurs auto-proclamés de la Vérité, qui chassent – paraît-il – les fakenews, nous donnent le montant des subsides versés par FaceBook, garantie soi-disant de leur Indépendance, Neutralité, Objectivité ? Plus ou moins que les 245.000 dollars donnés par Mark Zuckerberg à Libération ?

Qui rappelera qu’à Noël 2016, JF Copé, Brice Hortefeux, André Guelfi sirotaient un pastis à l’Hotel Dorint d’Agadir et parlaient déjà du Crédit Lyonnais ?

Qui éventrera enfin le BayrouGate ?

Qui pour reparler du don de Jean Quatremer, journaliste à Liberation, à En Marche, et de ses crachats sur les Gilets Jaunes ?

Qui rappelera à Gérard Collomb, alors Ministre de l’Intérieur, qu’il voulait « trier » les Migrants sans que cela offusque le moindre éditocrate ?

Qui parlera des dessous des tractations ahurissantes au MediaTV, d’où Aude Lancelin vient de démissionner ? Quid des personnes qui ont organisé ce putsch et détruisent ce site que les BiBis ont jusqu’ici – comme avec Là-Bas-Si-j’y-suis et Arrêts sur Images – soutenu ?

*

On a coutume de dire que la Censure a disparu, que les Ministres de l’Information n’existent plus comme aux temps gaullistes, que les Medias sont des contre-pouvoirs qui peuvent tout dire. Oh, ils peuvent dire, oui, mais encore faut-il voir de quelle façon ! Ils font fi de la hierarchie des Infos, les nivèlent (la grossesse de Nabilla c’est l’équivalent du coffre-fort disparu de Benalla), enfouissent les plus graves scandales sous un torrent de banalités avant de les oublier. Ou encore, aujourd’hui, avec l’article de Jacques Pezet sur l’Affaire de Françoise Nicolas publié dans CheckNews (et non en page politique de Liberation), on présente tant de distorsions qu’on nous fait croire à une présentation distanciée et sans parti-pris. Tout passerait comme une lettre à la Poste si ce n’est que veillent, toujours vigilants, toujours prêts, la Grande Secte des Bibis.:-)

Un visiteur dans l’Allier : Philippe Pascot, gilet jaune.

Ils ne viendront pas poser leurs caméras et ouvrir leurs micros ici.

Ici ? Tronget, un petit village rural de 900 habitants avec un Maire qui a mis à disposition sa petite salle des fêtes où plus d’une centaine de personnes se presse pour une soirée de résistance, de débat et d’échanges organisée par les Gilets Jaunes de l’Allier.

L’invité ? Philippe Pascot.

Philippe Pascot, auteur de Pilleurs d’Etat, livre où il mettait en lumière les abus légaux de députés, de parlementaires et autres élus de tout bord. Précisons de suite que, dans cette soirée, le «tous pourris» fut rapidement évacué via une intervention du Maire de Tronget expliquant son travail de proximité, représentant là – in vivo – un des exemples de cette France qui se rend digne de la formule « Liberté, Egalité, Fraternité« . De son côté, Philippe Pascot rappellera que la corruption est de plus en plus forte à mesure qu’on monte l’échelle politique. Il soutiendra aussi sa grande idée, celle d’une inscription dans la loi d’un casier judiciaire vierge pour tout candidat à une élection. Ce qui n’est pas gagné même avec les 240.000 signatures sur la pétition qu’il a lancée il y a 4 ans.

Après une entrée en matière de Brigitte, gilet jaune venue de Clermont-Ferrand qui parlera avec précision du RIC et des perspectives de constitution d’Ateliers Constituants, ce fut le tour de Jules, professeur de Droit qui expliquera les méandres pour arriver à créer et à appliquer de nouvelles lois non liberticides. Devant une assistance attentive, nous étions plongés dans une vraie éducation populaire avec des questions et des échanges fructueux.

La verve de Philippe Pascot, ses exemples factuels, tous vécus, tous vérifiés, feront le reste. Il citera nombre d’épisodes tirés de ses livres qui – il y insistera – comportent des preuves inattaquables.

De nombreux sujets lancés via des questions pertinentes furent abordés. Celle de la transparence Comment y arriver avec le Pouvoir en place ?») vint en premier, suivie de celles portant sur la modification de la Constitution, des violences policières, du futur des Gilets Jaunes (évocation du rassemblement à Saint-Nazaire). Philippe Pascot interviendra pour dire les difficultés rencontrées lors de sa participation aux manifs. Ainsi en se rendant à Paris, il fut arrêté X fois sur 50 kms alors que les hommes cagoulés de noir débarquant en gares parisiennes se déplaçaient sans problème. Il rappelera aussi que, lors de ce 19 mars, tout fut organisé pour que les cortèges de Gilets Jaunes ne rejoignent pas celui de la grande manifestation pour le climat etc.

Les Chaînes.

Une intervention émouvante sur les conditions de travail d’une travailleuse dans les Ehpad et les Cantu (Alzheimer) remua les personnes présentes. Du Linky au vote pour les Européennes («Pour mettre une claque à Macron, allez voter ! Pas une voix pour lui, pour qu’il ne plastronne pas après les élections»), on tenta de cerner au plus près les sujets les plus importants.

L’un des points majeurs que Philippe Pascot aborda, porta sur nos gestes de résistance quotidienne, faciles à appliquer, à inventer. Il rappelera que c’est souvent aussi par notre passivité, nos exigences infondées, nos gestes d’égoïsme que nous participons à notre propre asservissement. Pourquoi se précipiter par exemple dans les grandes surfaces pour payer aux caisses sans employé(e)s, sachant qu’à brève échéance, il y aura une liquidation du personnel et sa mise au chômage. Il se désolera aussi des ré-élections de députés corrompus (alors que la corruption avait été avérée et connue de tous), il ciblera notre mode de vie qui veut mettre un iphone dans les mains d’un enfant de trois ans avec des parents tout fiérots qui s’en félicitent.

Dans ces moments-là, Philippe Pascot rejoint les analyses d’Alain Accardo qui, lui aussi, déplorait qu’«à cause de la déformation économiste-objectiviste de l’analyse marxiste (…) on avait pris l’habitude de considérer la dimension morale de la lutte des classes comme seconde et donc secondaire par rapport à la lutte économique et politique, quand on ne la récusait pas purement et simplement comme expression d’un subjectivisme volontariste».

Ce désir de changements souhaité par une majorité de français ne pourra se faire qu’avec une prise de conscience personnelle de chaque citoyen de ce que le sociologue Norbert Elias exposait en parlant de «combattre les ferments d’inhumanité que le système temps à développer en chacun d’entre nous». Combat, bataille sur le terrain de la morale personnelle qu’il nous faut ensuite traduire en actes. Par exemple lutter contre notre fuite en avant productiviste, nos caprices, nos lubies, nos fétichismes touchant au «progrès», notre addiction à la télé allumée sur Hanouna ou encore à nos achats en pleine connaissance de cause de beaux ballons de foot 1998 fabriqués par des enfants du Sud de l’Inde touchant deux euros/mois.

Donc résumons : 1. du boulot à l’externe (occuper les carrefours, inventer de nouvelles formes de résistance collective etc). «Notre force, c’est le nombre» insistera Philippe Pascot tout au long de ses interventions.

2. Du boulot à l’interne, douloureuse ascèse. Du travail sur soi, ses gestes, son rapport au monde, luttes dans notre «for intérieur» pour faire naitre un nouvel art de vivre. Art de vivre où la liberté ne se confonde pas avec la licence et «où la maitrise de soi et l’autodiscipline se confondraient avec l’esprit civique et le respect des autres» (Accardo).

Beaucoup se tromperaient en ne voyant ici qu’exagération ou morale débile. Ce sont des passages nécessaires qu’il faut emprunter – avec sérieux et sans tiédeur – pour lutter contre cette machine tentaculaire qu’est le Capitalisme qui nous enrôle et veut nous enchaîner à chaque instant.

Du boulot, beaucoup de boulot nous attend.

Et même si je ne suis pas forcément d’accord avec certaines optiques de Philippe Pascot (le vote blanc, son rapport à la Gauche trop vite assimilée à la gauche socialiste etc), je le remercie d’avoir si bien illustré le combat des Gilets Jaunes ce soir-là devant une assemblée fournie, le tout avec sa verve, ses expériences de vie concrètes et ses dénonciations.