BiBi fait son canevas : lectures croisées de deux livres sur Picasso. Le premier d’un fidèle ami de Pablo Picasso, Claude Roy (« L’Amour de la Peinture »), l’autre d’une proche, sa petite-fille, Marina qui parle de son « Grand-père » (Denoël). L’un porte le peintre aux nues, l’autre présente un peintre ne vivant que pour son art, sacrifiant presque toute une famille (de nombreuses fois composée et décomposée). Picasso, un mètre soixante, à qui on demandait ce qui lui aura manqué dans cette vie, dira : « Cinq centimètres ». BiBi fait l’hypothèse non vérifiée que ces centimètres manquants à la Toise décidèrent du destin Pablo Picasso à la Toile. Toute une vie pour dépasser Papa, Don José Ruiz Blasco, lui aussi peintre et professeur de dessin à l’école de Malaga. Taille : un mètre soixante-quatre. Le Papa sera plus grand – à jamais – de quatre centimètres mais le fiston fera tout pour être au-dessus et le dépasser. Tout : c’est-à-dire des tableaux à perte de vue, des céramiques, des dessins épurés, des esquisses, des portraits, des cahiers entiers. Une œuvre gigantesque pour être le Géant qui terrasse Papa-Dragon.
BiBi ne connaissait pas Patrick Deville. Il est tombé par hasard sur ce petit livre, à peine cinquante pages aux Editions initiales (« Une photo à Montevideo »). BiBi se souvenait précisément que trois de ses potes avaient écumé les rues de la Capitale du plus petit Etat d’Amérique du Sud. Jules Laforgue sur lequel BiBi avait planché à l’épreuve orale du bac, Jules Supervielle et son inoubliable « Oublieuse Mémoire » (1) et Isidore Ducasse dont il aimait la manière de saluer l’Océan. Alors BiBi s’est dit : « Pourquoi pas ? » C’est surtout le titre qui l’attirait car BiBi aime la photo et il aime Montevideo. De ce pays coincé entre l’Argentine et le Brésil, il n’en connaît que l’équipe de foot, la Céleste, qui, en 1952, battit le Brésil au Maracana pour un désastre national. Mais pour lui, le titre – « Une Photo à Montevideo » – était plein de sobriété et sentait par en-dessous l’Etrange, l’Exil et le Déplacement. (Lire la suite…)
« Les marins pêcheurs du Croisic et de La Turballe sont restés à quai ce week-end pour exprimer leur colère face à la hausse des prix du pétrole. « La situation est urgente, on ne peut plus rester sans rien à faire, explique Xavier Timbo, vice-président du comité des pêches de la Turballe. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas senti une telle mobilisation. Gros bateaux, petits bateaux, tous sont touchés et solidaires. » Au Guilvinec, les marins-pêcheurs, souvent accompagnés de femmes et enfants, ont accroché des banderoles sur les bateaux où l’on pouvait lire «Gazole cher, travailler plus pour gagner moins» ou bien encore «May Day May Day, nous coulons». «Nous passerons à une phase active de revendication si demain nous n’avons rien», a prévenu l’un des dirigeants.
BiBi accompagne et soutient le Marin en pleine tempête. Voilà ce qu’il ramène dans ses filets…(Lire la suite…)
Le chapitre 12 voit l’Adulte, travailleur social, se souvenir de Marvin, tête brûlée d’hier, racaille de notre Temps présent. Sous les yeux de l’adulte, des annotations sur le jeune fugueur consignées dans ces Cahiers que les Professionnels de l’Education Spécialisée nomment « Cahiers de Liaison ». Sous les pieds de l’adulte, le bruit des roues sur les rails. Le train, ici, se fait accélérateur des pensées de l’adulte parti rechercher Marvin, fugueur aux fugues incompréhensibles.
Ces pensées, les voici condensées en un chapitre. Le douzième.
Sitôt regardées, les photographies de P. sont immédiatement reconnaissables. Les unes font lien avec les autres et dans le même temps, chacune a sa singularité. C’est la marque d’un style. Pas d’un style publicitaire. D’un style qui ouvre sur la vie d’aujourd’hui, sur la vie actuelle et non sur l’actualité. (Lire la suite…)
Tous les Vieux de la Vieille ont lu Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine. Dans une des tavernes zurichoises pleines d’émigrés russes, ce jeune et fringant Révolutionnaire d’Octobre avait lâché devant son absinthe : « Il faut rêver ! ». Presque cent ans plus tard, un Amateur de Rock, un Rebelle de la Gauche-Caviar, un Barbu français très Hip nous sert ses œufs d’esturgeons avec cet indéfinissable air kitsch d’Intello-Complice. «Il faut rêver» : nous sommes évidemment censés tous connaître cet Oukase mythique et d’avoir dans nos bagages d’Homme de gauche cet impératif distingué et terriblement révolutionnaire. Car comment pourrions-nous comprendre le formidable Samizdat de Libération de ce vendredi 16 mai 2008 et déchiffrer le titre de ce premier « Rebonds » (« PS : le réformisme n’interdit pas le rêve ») si nous ne partagions pas ce même air révolutionnaire (d’autres écriraient le même « habitus de classe ») avec ce Branché de la Gauche tiède ? Car ce « Rebond » est une réponse. Ah oui ! Répondre à Vladimir Ilitch Oulianov et à ses ouailles, ça en jette, n’est-ce pas ?
L’Actu de BiBi, c’est qu’il existe des hommes, des femmes, des enfants, des chiens, des chats qui vivent loin de France et pour qui la France se réduit au plus simple, à la portion congrue, à la petite Image d’Epinal. Dans ces coins-là – Athènes et les Cyclades – même la langue française y est de peu d’utilité. C’est EuroNews TV, c’est le Herald Tribune qui dominent outrageusement la partie.
Alors BiBi, analphabète, regarde, scrute, jauge, dissèque, décortique. Voilà même qu’il se met à penser autrement. Il se souvient du mot de Picasso : « Quand je lis les livres du physicien Albert Einstein auquel je ne comprends rien, ça ne fait rien : ça me fera comprendre autre chose».
BiBi, sur la Mer Egée, paraphrase en chantonnant : « Quand je voyage dans un pays dont je ne comprends ni la langue ni l’écriture, ça ne fait rien : ça me fera comprendre autre chose ». Ici, cet « autre chose », rajoute BiBi, c’est d’abord et surtout « autre chose que les clichés sur la Grèce ».
Dans son Odyssée de huit jours et huit nuits, BiBi se drape en aède, livrant ses impressions, délivrant en quinze ses expressions…
Ce qui surprend dans la vie des peintres (1), c’est le nombre d’amis qui sont là, à l’atelier ou sur la terrasse, au jardin ou dans la serre. De ces amis qui proposent le gîte et le couvert, qui lèvent le voile et le coude et qui tâtent aussi du pinceau. La peinture est un travail de solitaire – mais contrairement à l’écriture – il est immédiatement partagé. On montre, on laisse voir aux proches, aux potes, aux amours. Voyages, mobilité, amitiés. Il y a là comme un monde qui sera à jamais interdit à BiBi.
Dans l’écrit, on est dans une solitude crasse : difficile de trouver un ami disponible à qui refiler immédiatement ses tableaux, à qui faire renifler ses travaux. Il est souvent absent le lecteur solide, bien campé sur ses deux jambes.
Pour tout au monde, BiBi donnerait un lien, une corde, un bout de ficelle, un filin, un câble pour s’amarrer à la chaîne des peintres.
(1) « Marc Chagall » par Pierre SCHNEIDER (Editions Flammarion).
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