Pêcher à voix basse. Ecrire à marée haute.

 

« Les marins du Croisic et de sont restés à quai ce week-end pour exprimer leur colère face à la hausse des prix du pétrole. « La situation est urgente, on ne peut plus rester sans rien à faire, explique Xavier Timbo, vice-président du comité des pêches de la Turballe. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas senti une telle mobilisation. Gros bateaux, petits bateaux, tous sont touchés et solidaires. » Au Guilvinec, les , souvent accompagnés de femmes et enfants, ont accroché des banderoles sur les bateaux où l’on pouvait lire «Gazole cher, travailler plus pour gagner moins» ou bien encore «May Day May Day, nous coulons». «Nous passerons à une phase active de revendication si demain nous n’avons rien», a prévenu l’un des dirigeants.

BiBi accompagne et soutient le Marin en pleine tempête. Voilà ce qu’il ramène dans ses filets…

 

« J’ai filé droit sur les Côtes, attiré par les embruns. Pas déboussolé pour un sou, je me suis laissé guider par l’odeur de la mer et des petits poissons. Le vent porta les paroles d’un Marin jusqu’à mes oreilles.
Oui, un marin-pêcheur, une figure de proue, une sorte d’homme solitaire qui chaloupait même à terre, qui oscillait entre creux et crêtes, entre bars et bobards, qui battait le fer chaud comme les mers froides. Comme j’ai aussi le pied marin, comme j’ai aussi navigué dans les genres et les eaux fortes, entre tempêtes pleines et coquillages vides, je n’eus aucune peine à le suivre.
Poussé à la conversation et vent en poupe, le Marin gonfla sa voix de vigie et entonna, devant moi, airs millénaires et chansons à boire. Et voici ce qu’il me rapporta dès son entrée à bon port :

« Eh bien les sorties en mer, ce n’est plus du tout comme c’était avant. Et de ces vieilles cartes marines, je n’ai plus le goût de les relire. Me voilà entreprenant déjà la vision et la révision complète de mes entreprises, me voilà envisageant la fermeture de mon moteur et l’extinction de mes batteries textuelles. Le jour est venu : je croule sous les traites et les cahiers de charge trop lourds, je plie sous le Vent du Marché et le Poids des Règlements. La digue est rompue. La pêche est mauvaise.
J’avais toujours rêvé, une fois en cale sèche, qu’un autre marin viendrait lever l’ancre et sortir du port, que de fil de pêche en anguille de mer, la vie marine continue. Mais le métier se meurt. Vont cesser de voguer galère et galériens, forçats et forcenés de notre Mer à tous. Il n’y a déjà plus de Marins pour descendre dans les profondeurs du Texte, pour partir du bon pied et revenir à bon port. Il n’y a plus de Pêcheurs pour aligner deux trois mots pêchés par-ci, dépêchés par là, et plus personne pour, à la fin, les débarquer et les vendre sans attendre aux Lecteurs du Continent.
»

Il me récita tard le soir ces mots jetés à la criée puis, sans perdre pied, sans vague-à-l’âme, il continua de philosopher véhémentement, désespérément sur les quais désertés :
 
« Je suis le dernier des Penseurs de Fonds marins et la dernière des Âmes océanes ! Qui me  pêchera ? Qui me repêchera ? Qui me remettra à flots, me remettra à l’eau ? Le métier se meurt. Entre récits et récifs, entre écueils et recueils, le Marin pleure : la Mer n’est plus sa demeure

 

 

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