Brocante à Montevideo.

Montevideoooo

BiBi ne connaissait pas . Il est tombé par hasard sur ce petit livre, à peine cinquante pages aux Une photo à »). BiBi se souvenait précisément que trois de ses potes avaient écumé les rues de la Capitale du plus petit Etat d’Amérique du Sud. sur lequel BiBi avait planché à l’épreuve orale du bac, et son inoubliable « Oublieuse Mémoire » (1) et dont il aimait la manière de saluer l’Océan. Alors BiBi s’est dit : « Pourquoi pas ? » C’est surtout le titre qui l’attirait car BiBi aime la photo et il aime Montevideo. De ce pays coincé entre l’Argentine et le Brésil, il n’en connaît que l’équipe de foot, la Céleste, qui, en 1952, battit le Brésil au Maracana pour un désastre national. Mais pour lui, le titre – « Une Photo à Montevideo » – était plein de sobriété et sentait par en-dessous l’Etrange, l’Exil et le Déplacement.

Finalement l’écriture de Patrick Deville, c’est comme dans les ventaux de la brocante de la rambla Francisco Lavalleja, ce fourbis tout proche de l’arroyo de Miguelete à Montevideo. C’est un capharnaüm, un pêle-mêle, un fouillis, un entassement de choses incongrues dans un lacis de venelles (ou de courts chapitres et paragraphes). Superpositions, entassements et fourbis mental aussi bien que physique… le physique recouvrant autant ici le Corps de la Ville que celui du Corps de ses habitants (…et celui du lecteur). 
Artaud déjà l’écrivait avec toute sa science d’Insensé :« Comme le Monde a sa géographie, l’Homme intérieur a sa géographie qui est une chose matérielle ».
BiBi se délecte des entassements de Patrick Deville, de ses sauts d’un détail à l’autre, de ses croisements de sens, de son sens du croisement. On passe du livre d’ à son propre livre, on s’élance dans les balnearios uruguayens pour se retrouver au final à Tharon-Plage en Loire-Atlantique.
A l’entame d’ « Une Photo à Montevideo », il y a un malentendu. L’auteur a publié un roman « Le feu d’artifice » et la femme qu’il tente de quitter le confond avec le livre d’Aldous Huxley « Après le feu d’artifice ». Le livre d’Huxley, il va le trouver chez un bouquiniste de l’Avenue Colonia. C’est non loin de cette rue, au Marché aux Puces de la rue Tristan-Narvaja qu’il va redécouvrir cette photographie de , Smith et Wesson le long des cuisses, visage tourné sur le côté gauche. L’auteur suivra cette figure énigmatique jusqu’à la dernière page. Baltasar Brum avait assuré pendant un an la présidence tournante du pays, avant de céder la place à un concurrent qui, lui, avait clos sa période par un coup d’État, le 31 mars 1933.  Le cliché pris par Caruso, se superposera avec le Présent du Narrateur… jusqu’à l’interrogation finale, jusqu’au coup de feu final. D’artifice ou non ?
Après lecture, BiBi est allé prospecter du côté de l’auteur : « Je serais bien incapable de dire, aujourd’hui, ce que c’est, au fond, qu’un écrivain. (…) Je sais qu’entreraient dans cette définition l’exil et la solitude volontaires ou subis, et aussi la volonté de n’adhérer à rien, ni à aucun lieu du monde (…) Je sais que les écrivains sont des migrants en quête de contrées lointaines où ne pas assouvir leurs rêves. Que (…) tous les écrivains sont des navigateurs ahuris dans la brume (…) Que les plus grands auront su faire de cet exil une étrange beauté, comme on compose un bouquet en agençant joliment ses faiblesses et ses terreurs. »
BiBi n’ira peut-être pas lire l’œuvre toute entière de Patrick Deville car de milliers d’autres livres l’appellent. Mais il sait qu’une nouvelle rencontre (en lecture) est possible. Oui il est possible que, Deville en villes, des rues de Cork ou de Castille, à Oujda ou à Trieste, BiBi tombe sur un livre du bonhomme.

Alors, sans doute aucun, pistolet dans une main et crayon affûté dans l’autre, BiBi lui fera sa fête.

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(1) Chaque âge a sa maison, je ne sais où je suis,
Moi qui n’ai pour plafond que mes propres soucis.
Ce parquet m’est connu, je marche sur moi-même,
Et ces murs c’est ma peau à distance certaine.
L’air s’incline sur moi, son front n’est pas d’ici,
II m’arrive d’un moi qui mourut à la peine.

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