22 V’la le @decodex et le @LibeDesintox

Sur le Net et ses réseaux sociaux, on a vu arriver récemment des équipes de journalistes de grands quotidiens se regroupant autour d’une idée : faire la chasse aux «fake news» (ça fait chic de parler anglais), repérer ce qui est considéré comme «intox», («fact checkers») bref s’improviser en Surveillants du Net. Si vous ou moi le faisions, nous serions vite considérés comme des rigolos. Ces « pools » par contre ont une certaine prestance (certains sociologues diraient : du capital économique et du capital de notoriété).

Nommons ces sites : le @decodex pour le quotidien et pour .

*

Ces sites inquisiteurs n’arrivent pas par hasard. Enserrés dans la double dépendance (celles des lecteurs et celles des financiers), chacun de ces quotidiens a mûrement réfléchi à cette initiative. On répètera ici une fois encore ce que ces nouveaux journalistes, pris entre promotion de soi (de leur canard) et délation des autres, n’aiment guère se voir rappeler : 1. que Niel-Pigasse-Bergé sont les actionnaires du groupe Le Monde, qu’, exemplaire supporter macroniste, en est leur dévoué éditocrate. Et que 2. de son côté, Libération est tenu d’une main de fer par Patrick Drahi et que en est l’inamovible Directeur de rédaction/publication.

Bref, tout ce vertueux petit monde – via ces deux sites – plastronne sur le devant de la scène Web/Médias. Il est là pour contrôler, juger, écarter, trier, glorifier, classer, donner des notes et des couleurs, fustiger, encenser etc. Double rôle donc, comme Instances de consécration (en catégorie verte par exemple chez Decodex) et, plus prosaïquement, comme Instances de Censure (en rouge toujours chez Decodex).

Sur le Decodex du Monde, concurrent de Libé, Daniel Schneidermann en disait quelques mots :

«Decodex, c’est le nouveau joujou mis en ligne la semaine dernière par le Monde, et qui partage les médias en ligne entre plutôt fiables et pas fiables du tout. A ma droite, en vert, tous les médias «professionnels», avec journalistes encartés. A ma gauche, en rouge, tous les autres. Hors carte de presse, point de salut ».

*

Quand on regarde les compositions d’équipe, on constate qu’il s’agit d’une petite équipe de journalistes, pour la plupart jeunes arrivants, peu d’ancienneté, trentenaires aux dents longues, armés d’un vocabulaire de d’jeune, d’humour XXIème siècle, bref des libéraux-libertaires qui occupent la scène médiatique depuis une bonne dizaine d’années.

De l’équipe de Libe (@LibeDesintox), me voilà tombant sur un certain @Jacques_Pezet qui, avec , @paulinemoullot, @vaIgraff, @VincentCoquaz, fait le boulot de coupes, de recoupes, de tronçonnages, d’anathèmes, de jugements hautains, de blagues de potaches etc. Des noms qui ne sont pas encore de grands noms dans la Jungle éditoriale mais, à n’en pas douter, la Gloire les attend dans les prochaines années.

Leur Chef (Cédric Mathiot) a fait d’ailleurs une apparition remarquée à propos de l’affaire du (scandale sur lequel son journal, Liberation, a refusé d’écrire). Cédric Mathiot s’est donc collé pour défendre la position de son canard,  tentant de justifier le refus de toute publication des faits et de toutes les preuves irréfutables rapportés par @nicolasgregoire (Nicolas Gregoire). Cela vaut la peine de retranscrire les hallucinantes raisons de l’ami Cédric !

Dans son article, il  reconnait qu’«il est vrai que nous n’avons rien fait sur le sujet». Puis… attention, ce qui vient, c’est du lourd : «Par manque de temps, à cause de l’actu folle, parce que cette histoire datée n’est pas apparue aux yeux du journaliste comme une priorité, parce qu’enfin (…) le ton des échanges a conduit le journaliste de Libé à y mettre un terme». On gardera précieusement cette justification pour les présenter aux journalistes en formation dans les Ecoles (buissonnières) de Journalisme. Sûr que les «mauvais élèves» auront de quoi en rire ou en ricaner. Et, pour nous, de quoi hurler (de rire aux éclats et/ou de rage).

Mais revenons à Jacques Pézet. A propos du champ journalistique (auquel appartiennent les membres du @LibeDesintox), j’avais posté cette analyse d’, appuyant sur cette dernière phrase à propos de ces familles aisées poussant leurs enfants à faire une «école de journalisme» pour rejoindre «l’élite».

Et voilà notre ami Jacques de me répondre : «Ben non, je n’ai pas fait d’école», avant d’insister : «Je connais quand-même beaucoup mieux mon CV que vous». Diable ! Pourrait-on devenir journaliste sans faire d’école ?

Je suis donc allé voir son « surprenant » CVRemarquons en passant que ses collègues n’ont guère suivi Jacques Pezet pour me contredire. (C’est qu’ils sont passés, eux, par des Ecoles – en particulier la plus célèbre : l’ESJ de Lille).

J’ai donc appris qu’il y avait 14 Ecoles de Journalisme en France avec palmarès annuel du Figaro (il y a les Ecoles chic et celles de la France du Bas). Jacques Pezet, lui, est passé par une école bilingue (en secondaire). Il a eu son bac avant de se diriger vers un Master 1 en Allemagne (Erasmus), puis le Master 2 à la Sorbonne (Paris 3) puis en Allemagne. Jacques parle 4 langues et, après des piges à Rue89, il a intègré le @LibeDesintox.

Il n’est donc pas passé par une Ecole mais en quoi cela contredit les dires d’Accardo (qui analyse le champ en tendances et laisse ainsi ouverte la possibilité minimale de trajectoires «atypiques» – si tenté que passer par l’obtention d’un Master soit atypique) ? En rien, bien au contraire.

Il faut du Capital culturel hérité de la classe moyenne aisée pour faire d’abord une école bilingue, puis un Master à la Sorbonne, puis être sélectionné pour Erasmus, il faut être suffisamment riche en capital économique et culturel de départ pour apprendre et maitriser 4 langues. Ceci n’entame en rien l’acharnement au travail (je suppose) de Jacques Pezet pour y arriver. Mais son itinéraire n’est pas celui du pauvre prolo. (1) Son parcours est bien typique d’un enfant de la classe moyenne supérieure.

Être journaliste à Liberation n’est donc pas un hasard providentiel mais le résultat de mécanismes socialement déterminés. Les gens comme Jacques Pezet sont sincèrement convaincus que ces sélections ont été impartiales, méritoires, justes, qu’elles ont distingué les «meilleurs élèves». Et, à n’en pas douter, ses confrères sont tous (ou quasiment tous) à partager cette vision méritocratique de l’excellence. Vision qui confine rapidement, comme l’écrivait jadis Bourdieu dans Questions de Sociologie, à un «racisme de l’intelligence».

Pour s’en convaincre, il suffit de relire le titre insultant de Liberation, défendu par le @desintox, sur la CSG macronienne : «Hausse de la CSG: les calculs foireux de @JLMelenchon». «Foireux»!! Il n’est pas écrit «critiquables», «erronés» ou encore «imprécis», adjectifs qui ouvriraient à un possible dialogue/confrontation. Non, les calculs de la sont, seraient… «foireux».

Pour notre Journaille, c’est toujours la même façon de procéder : elle insulte, elle attend avec délectation les réactions attendues (protestations, propos rageurs etc), elle les qualifie alors d’insultes pour – finalement – se dresser en vertueux défenseurs de la liberté ou en arrogants pseudo-justiciers (au choix) et déplorer un «dialogue de sourds avec les Insoumis».

Et puisque tout avait commencé avec Alain Accardo (lire ici ce très précieux entretien à Vice), finissons ce billet avec cet extrait que je remets souvent en ligne. A en retenir les dernières lignes soulignées. Vous aurez alors une petite idée de l’actuel climat médiatico-politique. A lire, relire, encore et toujours.

*

  • (1). Pour comprendre les difficultés d’un autodidacte issu de la classe ouvrière,  pour comprendre comment arriver à accumuler du capital culturel et sociologique, lire mon billet sur l’autodidacte Raphaël Desanti.  Bien entendu, Jacques Pezet connait bien mieux que moi son cursus mais il n’est pas du tout sûr qu’il sache l’inclure dans une analyse globale du champ politique, scolaire et intellectuel.
  • (2). Frais d’école par an pour le CFPJ (Centre pour le Perfectionnement des Journalistes), celle où officie Vincent Coquaz : 4960 euros/an.Valentin Graff, lui, vient de l’ESJ de Lille (1ère au Palmarès du Figaro).
  • (3). Dialogue ? Confrontation ? Impossible lorsque, tranquilous, ils persistent dans l’irrespect total de leur lectorat, poursuivant dans l’insulte («Et vous pouvez aussi vous étouffer après avec le code du travail si vous avez encore faim, ça me fera des vacances»). Bonnes vacances, Jacques, Cédric and Co.

4 Responses to 22 V’la le @decodex et le @LibeDesintox

  1. Robert Spire dit :

    Quelle que soit l’époque, la censure n’a jamais empêché la diffusion de fausses informations. « Désintox »…ils ont l’air fins ces rois de la com et de l’intoxication permanente.

  2. BiBi dit :

    @RobertSpire
    La censure est (et sera) toujours là pour préserver l’Ordre social.
    Là, avec ces pôv journaleux de Desintox et du Decodex on est dans la délation avec le soi-disant bon droit qu’ils s’arrogent en toute tranquillité.
    L’arrogance libérale dans toute sa splendeur. Un pas de plus vers la liberté corsetée. Ils sont en marche mais pas question de se laisser faire. 🙂

  3. À propos des écoles de journalisme, relire le premier bouquin de Ruffin.

  4. BiBi dit :

    @despasperdus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *