« CONTRE L’ETAT PRESENT S’INSURGER »

C’est par la lecture d’un de ses fragments qu’Héraclite, philosophe grec de la fin du VIème siècle avant JC, m’a redonné du courage. En cette période de détresse, de manipulations tous azimuts, d’aggravation de la misère, de mensonges sur la conduite sanitaire, il est impératif de tenter de devenir un humble gardien des vivants et des morts. Pour ça, essayons déjà de voir clair sur l’état présent.

MELENCHON

Ce tweet de Jean-Luc Mélenchon m’a laissé sur ma faim.
On pourrait penser effectivement que Macron se réjouisse que la Justice ait mis Sarkozy sur la touche. Mais peut-on se satisfaire de cette analyse et du trop simple constat d’une mise à l’écart définitive d’un «sérieux rival» ? C’est vrai qu’en cas de candidature, Sarkozy aurait siphonné une partie des voix de Macron (et peut-être l’aurait empêché d’être au second tour). Mais la question essentielle aurait été de savoir si Sarkozy aurait pu être candidat 2022 ?

SARKOZY ET LE LR.

« Mon Chouchou ! Mon pauvre Chouchou ! »

Examinons l’état du Présent : Sarkozy peut, depuis longtemps, mettre définitivement une croix sur un rôle public. L’accumulation de ses casseroles antérieures l’empêchait déjà de simplement imaginer un retour. Cette condamnation lui donne juste le coup de grâce. Les Républicains n’auraient pu le choisir comme candidat et le présenter comme «rival», si «sérieux» aurait-il été, de Macron. Et l’unanimité (de parade) tout autour de l’ex-Président pour prendre sa défense (à l’instar de son président ) ne trompe pas grand-monde. Avec l’énorme et insupportable handicap d’avoir des Républicains passés à En Marche (Darmanin, Le Maire, Philippe), le parti a déjà fait une croix sur cette élection et – coup de kärcher – sur Sarkozy. En le nommant pour 2022, le parti LR aurait pris un sacré risque et ce, pour de longues années. Seul but dorénavant pour ces Républicains : préparer, réfléchir à un candidat pour la future présidentielle 2027 et miser sur un grand nombre de députés.

Quant au républicain Sarkozy, il aura toute latitude pour utiliser ses réseaux afin d’aider Macron (comme il l’a fait en 2017) et de conseiller son double et ami Darmanin. Homme de l’ombre, homme d’influence souterraine, voilà qui satisfera sa vanité de pov’con, voilà la seule place qu’il peut désormais occuper.

ET NOS GRANDS CAPITAINES D’INDUSTRIE ?

Derrière la scène de compassion pour la victime Sarkozy se joue bien autre chose. Pouvons-nous imaginer que les grands capitaines d’industrie (de luxe, d’armement etc), promoteurs de Macron 2017, se soient rangés derrière Sarkozy et qu’ils aient abandonné le banquier amiénois pour 2022? Non. Eux aussi savent depuis longtemps que leur ex-idole ne compte plus. Leur stratégie reste la même : diviser la gauche, isoler Mélenchon par la calomnie et la désinformation quotidienne et promouvoir une pseudo-rivalité Macron-Marine Le Pen (sachant que MLP n’a aucune chance dans un second tour). Pour cela, ils rejoignent la stratégie des agences élyséennes. Voyons un peu ça.

FINI LE « NI DROITE NI GAUCHE » DE 2017.


Les moyens Medias colossaux de 2017 ont permis de fabriquer un dirigeant New Age, beau, sympathique, à qui il fallait faire confiance. Aujourd’hui, Macron est devenu impopulaire et le s’en inquiète.

Alors, ne soyons pas surpris, ils vont sortir la grosse artillerie. L’énormité de la Propagande pro-Macron 2017 ne sera qu’une aimable plaisanterie comparée à celle qui s’annonce. De Bouygues au Service public, des chaînes de la honte au Monde de Niel, tout sera fait pour un Episode 2 : Macron vs Le Pen.
Aussi voyons-nous s’installer une nouvelle stratégie macroniste. Cette fois-ci c’est : « ET Droite ET Gauche ». Le projet de Macron (du néo-libéralisme de l’Institut Montaigne et des économistes de Bruno Le Maire) c’est de continuer coute que coûte leur politique de «réformes» liberticides avec répression dans les rues, utilisation manipulatrice de la protection sanitaire etc. Programme économique de Droite donc, avec repression manu militari, d’un Darmanin (trouvant Marine Le Pen trop molle). Mais cela ne suffit pas à forcer un nombre suffisant de supporters de MLP à adhérer à En Marche. Alors, on fait joujou avec l’autre côté : le côté Gauche.

LREM TENDANCE GAUCHISTE.

J’avais signalé dès septembre dernier l’esbrouffe macroniste très réfléchie de se coloriser en « parti de gauche ». C’est une condition essentielle pour gagner en 2022. Voyez les tentatives de fin 2020 : Macron tente de créér une aile gauche avec l’appui de ses Medias-moutons. Mais ça ne marche pas car les pseudo-dissidents ne sont pas connus, n’ont aucun poids de notoriété auprès du public.

Alors que faire ? Hé bien, il leur faut envoyer les grosses pointures comme des ministres. Et c’st ainsi qu’Elisabeth Borne, ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion clame tranquillement (ne riez pas, ce n’est pas une plaisanterie) qu’elle «est de gauche». Attendons-nous donc à une déferlante pro-LREM, à un pilonnage hors-normes sur les écrans et micros généreusement ouverts pour tenter de nous persuader que ces fossoyeurs de la République sont de dignes héritiers de Jaurès et du programme du Comité National de la (programme à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui s’intitulait «Les Jours heureux»).

6 Responses to « CONTRE L’ETAT PRESENT S’INSURGER »

  1. Le tweet de Melenchon a côté de la plaque. Pourquoi ?
    Quant à la suite, le monde de la finance que tu decris si bien fera tout pour perdurer aux manettes quitte à changer de cheval si l´impopularité de Macron les inquiétait. Philippe ?

  2. BiBi dit :

    @JeanneDau
    Bah, Mélenchon a le droit d’avoir prioritairement cet avis. Perso, je mettais un autre préalable beaucoup plus important à sa reflexion : Sarkozy ne pouvait pas être nommé par le LR. Sarko était déjà OUT, déjà ejecté par Hollande (2012) puis – ne l’oublions pas – devancé largement par Fillon et Juppé dans son parti (Primaires 2016). En mettant en premier cette « rivalité », le tweet de Mélenchon ne me paraît pas être interessant surtout quand dans l’histoire de la République, un Président est condamné par la Justice.

    L’oligarchie a misé sur Macron II et c’est pour ça qu’il faut s’attendre à un tsunami de Propagande. Philippe ? Mouais mais il tarde à démarrer. 2022, c’est juste dans un an. Et il aura du mal à se differencier de Macron (pas pour le MEDEF effectivement qui peut changr de cheval mais pour l’opinion). Il faut aussi ne pas l’oublier : les désirs de l’oligarchie ne sont pas tout-puissants. Eux aussi, ils doivent tenir compte du rapport des forces existant pour affiner leurs positions.

  3. Effectivement je pense aussi que Sarkozy était grillé bien avant cette condamnation.
    Pourquoi Jlm l´oppose a Macron dans son tweet… Mystere.
    Par ailleurs on verra.bien si Macron est soutenu ou si auparavant il jette élégamment l´éponge.
    Et dans le rapport de force il y a Lepen et son positionnement – récupération de voix – y compris après la condamnation de Sarko sur keUrl elle ne bondi pas…
    On verra.

  4. Macron est un produit dérivé du sarkozisme .
    Si on relit la remarquable analyse linguistique des discours de Sarkozy et de leur évolution au long de son quinquennat, on pourrait superposer celle de Macron et de sa stratégie. On y trouve, outre l’instrumentalisation de la mémoire (Simone Weill etc), une permanente captation d’héritage destinée à brouiller les lignes. La gauche avait à peine réagit quand Sarkozy avait cité Jaurès, Macron a terminé sa campagne de 2017 à Castres. On a assisté à la promotion de l’identité nationale pour neutraliser M Le Pen, idem Sarko. Et de balancer vers la gauche quand ça devient menaçant: « les jours heureux », tous les ventriloques se réclamant d’être « de gauche », Borne, Attal etc. Même le RN s’ y met avec des militants qui s’intitulent Patriotes en référence aux résistants… contre les fascistes. Viste à l’île de Sein etc… Sarkozy est politiquement mort mais le sarkozisme est en acte avec Macron. Et à l’exception de l’affichage sur les questions sociétales, la distinction avec le RN est de plus en plus difficile à établir. Elle vise surtout à détruire le politique et à donner à l’Etat un soft power dictatorial pour établir la prééminence des lois du marché. Comment nous en sortirons-nous? (s’accorder des moments pour ne pas trop penser aux lendemains qui pourraient déchanter, salement)

    Les Mots de Nicolas Sarkozy
    Co-auteur :Louis-Jean Calvet
    Co-auteur :Jean Véronis

    4 ième de couverture
    « Nicolas Sarkozy avait promis une rupture politique, elle fut surtout linguistique. D’une redoutable efficacité rhétorique, il a en effet, tout au long de la campagne présidentielle, procédé à une série de « hold-up » sur le discours des autres candidats – une véritable vampirisation linguistique… »

  5. BiBi dit :

    @Clo.Chappuis

    « Sarkozy est politiquement mort mais le sarkozisme est en acte avec Macron. Et à l’exception de l’affichage sur les questions sociétales, la distinction avec le RN est de plus en plus difficile à établir. Elle vise surtout à détruire le politique et à donner à l’Etat un soft power dictatorial pour établir la prééminence des lois du marché ».

    Rien à rajouter à cette analyse au top de la justesse et de la condensation.

  6. BiBi dit :

    @JeanneDau
    Macron « jeter l’éponge » ? Je n’y crois pas une seule seconde. Pas de réserviste possible dans son équipe. Et puis une fois (avec F.Hollande qui renonce) OK… mais pas deux fois.
    Je persiste : la ligne désormais suivie par LREM c’est pilonner ce mot d’ordre (non-dit mais réel, essentiel pour eux) : « ET Droite ET gauche ». Etant entendu que cette stratégie – à l’opposé de celle de 2017 – est là pour cacher les reformes liberticides voulues par le MEDEF. Toujours en revenir à la détermination première : celle des lois du marché.

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