Category Archives: Livres de lecture & Poésie(s)

Littérature & 16 gazouillis-Twitter.

A la question de Christian Salmon («Quels conseils donneriez-vous à un jeune écrivain ?»(1), l’immense écrivain Bohumil Hrabal répondit :

« Attaquer les divinités conventionnelles et partager en même temps le destin de son peuple.

Avoir une femme querelleuse qui vous apprenne la dialectique, une mère sage-femme qui vous apprenne à faire naïtre les idées.

Ne pas écrire pendant 10 ans et davantage, changer de métier, savoir faire comme les autres et obliger en même temps les gens à s’exposer comme vous le faites vous-même.

– Chercher les rapports existant entre un génie et un homme parfaitement ordinaire.

– Apprendre sa langue, les argots, les diverses manières de parler.

Savoir imiter, parodier.

Étudier en même temps la littérature, la philosophie, les catalogues de marchandises et les barèmes de prix.

Savoir se griser non seulement avec ses amis mais aussi avec des buveurs rencontrés au hasard.

Aimer les femmes à la folie, au point de préférer ne rien avoir de commun avec elles. En un mot, augmenter la confusion et la tension.

Ensuite viendra peut-être un motif suffisant pour s’asseoir à une table et tenter d’esquisser une image du monde tel qu’on le voit».

*

Et pour finir, encore la Littérature pour horizon avec les gazouillis-BiBi (140 caractères maximum) de ces dernières semaines :

1. Débuter une histoire par cet incipit : «Six heures du matin, la Police française débarque». Mais non… j’ai trop peur du présent de la phrase.

2. Elle a cité Baltasar Gracian : «Il faut traverser la vaste carrière du temps pour arriver au centre de l’occasion» puis elle a refermé la porte.

3. Je l’ai entendue dire : «Profite de cet éclair et de cet orage nocturne pour inaugurer une ère nouvelle».

4. Elle m’a dit : «Menuhin – à force d’entendre parler de son génie – s’est demandé comment il faisait. Son jeu est devenu alors plus laborieux».

5. En écho m’est revenu ce qu’elle m’a dit : «Je n’ai pas eu une idée à moi avant l’âge de quarante ans».

6. M’est revenu cet écho : «Parler à voix basse. Écrire à marée haute».

7. De la mort de François Nourrissier, on ne va pas en faire tout un roman quand même…

8. «Nous pensons avec les mots et si nous changeons les mots, nous penserions et agirions autrement». Bibisou à cette Assistante sociale http://bit.ly/hXR6Ng

9. De la poésie, de la résistance, de la Beauté de partout http://memoireduvent.canalblog.com/

10. @Zgur_ (Dédicace à PPDA) Pour lui sonne le glas !

11. Bien vu, Karl ! «Dans sa pensée, le philosophe va de l’éternel au quotidien; le poète, du quotidien à l’éternel» (Karl Kraus).

12. On ne peut écrire sans d’abord faire taire les mots qui nous agitent (E. Jabès) et qu’on nous impose (BiBi :-))

13. Jankélévitch disait que les écrivains ne doivent pas avoir uniquement des réflexes littéraires mais qu’on attend d’eux des réflexes de citoyen.

14. A ceux qui croient que «tout est écrit», opposer cette réplique d’Henri Maldiney: «La Réalité : ce à quoi nous ne nous attendons jamais».

15. @marcvasseur @maitre_eolas Un peu de littérature chez les Gaymard ! http://bit.ly/fZldfo http://bit.ly/cNM5T5 http://bit.ly/hNjFbN

16. Bonne nuit… d’accord… mais ne vous endormez pas trop sur vos lauriers.

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(1) Christian Salmon : « A bâtons rompus » avec Bohumil Hrabal. Éditions Critérion.

Echos contemporains : Bram Van Velde, Primo Lévi.

1. Bram Van Velde [à Charles Juliet] :  «Quelque chose cherche à naître. Mais je ne sais pas ce que c’est . Je ne pars jamais d’un savoir. Il n’y a pas de savoir possible. Le vrai n’est pas un savoir».

2. « Les mots ne sont rien. Ils ne sont que du bruit. Il faut beaucoup s’en méfier.Quand je vais vers la toile, je rencontre le silence».

3. « Ma toile propose mais n’affirme jamais. Ne pas chercher à convaincre. A prouver quoi que ce soit».

4. « On connaît plus souvent l’échec que la réussite. En peinture comme dans la vie».

5. « Quand je peins, je ne sais pas ce que je fais, où je vais. Je travaille jusqu’à ce que je n’aie plus à intervenir».

Primo Lévi

« Tous nous devons savoir, ou nous souvenir que lorsqu’Hitler et Mussolini parlaient en public, ils étaient crus, applaudis, admirés. Les idées qu’ils proclamaient étaient en général aberrantes, stupides, cruelles, et pourtant ils furent acclamés et suivis jusqu’à leur mort par des milliers de fidèles. Ces fidèles n’étaient pas des bourreaux-nés, mais des hommes quelconques, ordinaires, prêts à croire et à obéir sans discuter »

Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d’autres voix que celle de la raison. Dans la haine nazie, il n’y a rien de rationnel. Nous ne pouvons pas la comprendre, mais nous devons comprendre d’où elle est issue et nous tenir sur nos gardes. Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire parce que ce qui est arrivé peut recommencer« .

Les brèves annotations du peintre Bram Van Velde sont consignées dans le livre de Charles Juliet édité chez POL. Les deux longues citations sont de Primo Lévi.

Prendre la Vie avec Philosophie…


Bernard Stiegler (philosophe): un monde où tout est jetable
envoyé par lfone. – Vidéos des dernières découvertes scientifiques.

Correspondance surréaliste.
Au moment où il mettait en ligne les dessins de Reiser et de Siné tirés d’un vieux numéro de La Nouvelle Critique (revue des communistes dans les années 70-80), BiBi ouvrait le livre du philosophe Bernard Stiegler (1) qui évoquait son propre rapport à la… même revue ! (page 25)
« Il y a 150 ans, au mois de janvier 1859, paraissait la Contribution à une nouvelle critique de l’économie politique de Marx et en plaidant ici pour une nouvelle critique de l’économie politique, je célèbre cet anniversaire en rendant un hommage à une revue, La Nouvelle Critique, dont j’ai dit au mois de septembre 2008, invité à la Fête de l’Humanité, quelle place elle avait prise dans mon histoire personnelle d’adolescent et de tout jeune militant… ». Hasard objectif, écrivaient à juste titre les Surréalistes.

Mémoires.
Sur l’Oubli et nos capacités mnésiques, Bernard Stiegler analyse ainsi la chose :
« La généralisation des appareils hypomnésiques industriels fait passer nos mémoires dans les machines de telle sorte que, par exemple, nous ne connaissons plus les numéros de téléphone de nos proches – tandis que la généralisation des correcteurs orthographiques nous fait craindre la fin de la conscience orthographique, et de tout ce qu’elle emporte d’un savoir hypomnésique littéraire, et par là d’un savoir anamnésique de la langue» Il désignera ceci comme un «vaste processus de prolétarisation cognitive et affective et de pertes de savoirs : savoir faire, savoir vivre, savoir théoriser».

Singulier retour.
Pourquoi revient ici et à l’instant cette phrase de Horst Krüger tiré du beau livre «Un bon allemand», livre qui racontait une enfance dans l’Allemagne de 1933, basculant dans l’hitlérisme ?
«Je me demande quel est le plus grand tourment : se souvenir ou oublier ?»
Pourquoi ce retour ? C’était la Question sans réponse d’un BiBi troublé, se remémorant les dix années d’Alzheimer de sa mère.
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(1). Bernard Stiegler. Pour une nouvelle critique de l’économie politique. Éditions Galilée.

La BiBi-othèque.

Avec sa vidéo – qui vaut beaucoup mieux qu’un long discours – BiBi ouvre sa BiBiothèque aux curieux et aux curieuses de son blog. Il ne s’agit pas pour BiBi de se servir de ce clin d’oeil pour étaler (sa) science et (sa) culture. Il ne niera pas un zeste de narcissisme dans cette offrande 🙂 ! Cependant, son souhait est plutôt d’ouvrir sa passion personnelle du Lire à l’air libre du Partage.

BiBi n’est pas tombé dans les livres dès son plus jeune âge. Il a vécu l’Aventure de la Lecture comme un parcours de Combattant depuis l’âge de 14-15 ans ( avant cela, il était un beau cancre). Il s’est toujours souvenu du mot de Vladimir Illitch Oulianov (dit « Lénine ») : « Prends un livre, c’est une arme». Parcours de combattant donc mais partie de plaisir (un peu) et partie de Jouissance (beaucoup).

Ces lectures au fin fond de ses nuits, BiBi les doit à ses ami(e)s avec une pensée pour Gérard, passionné de Dostoievski et parti dans le bleu du ciel, pour Serge et Monique, Jean-Luc et Chantal, Claudine, Bernard et Nelly, Michel et Annick. Il sait aussi que cette pulsion incompréhensible du Lire lui vient de profondeurs inconnues et qu’elle demeurera une Énigme au long cours, jusqu’au baisser de rideau.

La Sociologie s’y croise avec la littérature, s’entremêle avec la Musique et la Poésie. La Série Noire côtoie Maurice Blanchot et Antonin Artaud. Ces lectures-BiBi qui semblent glorifier des Noms ne veulent pas idolâtrer mais admirer. Pour BiBi, ce sont les Brûlures de lecture qui comptent, ce sont les Instants vitaux que ces lectures font naître qui comptent.

L’Art est une force matérielle qui nous botte le cul et nous bouste la Pensée sans arrêt. Une ligne d’Artaud ou de Baudelaire suffit à nous renverser et – pourquoi pas – à nous changer de fond en comble. C’est en cela que les livres nous aident. Ils aident à trouver Amitiés complices et non-complaisantes, à choyer nos Amours orageux (Ici, baiser en toutes lettres électriques à Boto-Boto ).
Bref, les livres nous aident à vivre.

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Georges Haldas : l’Homme qui n’écrira plus.

L’écrivain Georges Haldas est mort le 24 octobre dernier.

BiBi était sur France-Culture lorsqu’il reconnut l’écrivain dans l’émission «A Voix nue». «Enfin !» se dit BiBi, «voilà que la France commence à reconnaître un des plus grands écrivains de langue française». Mais il était loin de la vérité : en effet, on repassait ces cinq émissions (sur toute cette semaine de 20h à 20h30 ) pour lui rendre un hommage… post-mortem. Tristesse infinie pour BiBi dont les deux rencontres in vivo avec l’écrivain et la fréquentation de ses livres l’avaient aidé à vivre.

BiBi conseille au lecteur désireux de faire connaissance avec son œuvre les Carnets portant le titre général de «L’Etat de Poésie» en priorité avec «Les Minutes heureuses (1977)/Rêver avant l’Aube 1982/ Carnets du Désert 1990/ Le Soleil et l’Absence, 1990/ Le Maintenant de Toujours,1997/ Pollen du Temps, 1999 aux mêmes Editions de L’Age d’Homme.

BiBi renvoie lecteurs aux nombreux billets sur Georges Haldas qui jalonnent son blog. Il remet en ligne quelques 52  réflexions sur la Vie, son travail et ses humeurs. Sans complaisance et sans concessions. Et d’abord sur lui-même.

1. [A ceux qui luttent] : Ouvrir les yeux pour regarder la réalité en face. Et les fermer pour reprendre courage.

2. Toute parole où tu n’es pas en jeu est une parole vaine.

3. Des notations simples et précises. Plus efficaces que les «grandes pensées».

4. Quand on relit ce qu’on a écrit, c’est toujours ce qu’on a omis de dire qui apparaît essentiel. Qu’en voulant atteindre, précisément, on a manqué.

5. Bonheur de rencontrer des êtres avec lesquels on se comprend avant d’avoir parlé.

6. Reconnaître nos erreurs et nos fautes mais ne pas se laisser submerger par elles.

7. Ce n’est pas moi qui pense. Des pensées me traversent. Dont je suis le premier surpris.

8. Le cri des hirondelles si intensément, si douloureusement lié à l’idée de bonheur.

9. Aller au bout de ce qu’on aime. Sans se préoccuper du reste.

10. Dans le rendez-vous que l’on prend avec quelqu’un, il y a un élément un peu concerté, prémédité, programmé presque. On fixe un rendez-vous en même temps que, plus ou moins, on s’y prépare. Bien sur, il y a toujours dans le rendez-vous, comme en tout ce qui est vivant, une part d’imprévisible. Donc une découverte possible. Cela reste néanmoins dans un cadre déterminé. Où la part consciente en nous, d’une manière générale, l’emporte. Tout autre, en revanche, poétiquement et humainement parlant, est la rencontre. On n’y est nullement préparé. Elle nous surprend à l’improviste. Ne nous laissant d’ordinaire pas le temps d’une parade. De sorte que notre réaction est celle de notre être tout entier. Dont la conscience et l’inconscient se trouvent, comme dans un éclair, mobilisés. On peut donc dire que dans la rencontre on se livre, comme malgré soi, sans réserve. Et par là même on se révèle tel qu’on est. Non tel qu’on cherche à paraître, comme parfois dans les rendez-vous. Plus vive donc est l’émotion – poétique ou humaine – suscitée par la rencontre.

11. Les Français n’écoutent pas ce que vous dites. Attentifs seulement à votre manière de parler.

12. Ces embrassades et accolades entre «artistes». Une sorte de rite. Qui n’a rien à voir avec une fraternité véritable. N’en est même que la caricature. Gens de théâtre, de télévision, de radios. Leurs baisers de Judas. A de rares exceptions près.

13. Pas besoin de malheur pour être malheureux. Il suffit que le temps passe.

14. Certains êtres font, par leur seule présence, vivre ce qui les entoure. D’autres, au contraire, éteignent tout. Avec les uns, c’est la Fête continue. Avec les seconds, c’est le deuil continu.

15. Écrire pour ne pas sombrer. Mais le contraire aussi : c’est parce qu’on ne sombre pas qu’on écrit.

16. Ce vide en toi, de plus en plus grand. Que nul effort, même celui d’écrire, ne parvient à combler.

17. Les souffrances inutiles et les souffrances créatrices.

18. L’Homme est une énigme que seule l’Eternité peut résoudre.

19. Accepter nos faiblesses, nos défauts, nos vices, ce n’est ni les glorifier, ni les nier. Mais les prendre pour ce qu’ils sont. Des points de départ. A chacun de décider vers quoi.

20. Loin de nous apaiser, écrire nous met la tête en feu. En ébullition. Une phrase en appelle une autre. Et celle-ci une autre encore. C’est comme les vagues de la mer. Mais aucune n’est ce qu’elle devrait être : assez précise ; assez solide à la fois sensitive ; assez organiquement reliée à l’ensemble. Bref à la fin de la journée de travail, on est plus dégoûté et las que si on n’avait rien fait. Ou si on veut : plus on a travaillé, plus on a le sentiment du devoir inaccompli. Triste chose. Mais quoi ? On a voulu écrire. On écrit.

21. Je rêvais que mes phrases soient des tisons enflammés mais elles se traînent comme des limaces.

22. A un enfant qui, un jour, lui demandait : «Pourquoi écris-tu toujours?» Joseph Roth répondit simplement : «Pour hâter la venue du printemps».

23. Ce n’est pas ce qu’on écrit qui compte. Nos livres, en effet, avec le Temps – et même bien avant – deviennent poussière. Ce qui compte en revanche c’est tout ce qu’en les écrivant on découvre : de nous-mêmes, des autres, du Monde et surtout de la Vie.

24. Lire vite, quand il s’agit d’un texte inspiré, est une maladresse et une profanation. Maladresse, parce que la rapidité ne permet pas de s’en nourrir (comme pour un repas), ni de l’assimiler. Et profanation parce que cette même rapidité est une offense à celui qui a inspiré le texte. Et qu’on n’accueille pas comme il faudrait, avec l’attention et le respect qu’il faudrait. C’est en fait empêcher la Source de pénétrer en nous.

25. On ne peut recevoir l’autre, que si on fait le désert en soi. L’oasis c’est la rencontre.

26. Tu as voulu enfermer ta vie dans le travail (littéraire). Mais la vie ne se laisse pas enfermer. Et cruellement se venge. Tu en fais l’expérience.

27. [Pour BiBi et son écriture sur Blog] Ne pas se laisser engluer par l’évènement. Ni passer à côté. Tâcher d’en lire le sens.(…)