Category Archives: Livres de lecture & Poésie(s)

Paroles déplacées.

Vous relisez. Vous retombez en arrêt devant des phrases ou des paragraphes que vous aviez oubliés. Vous relisez et heureusement, ces phrases, ces paragraphes tiennent dans ce geste ancien et bienvenu de les avoir remarqués en les marquant d’un trait de stylo, d’un sur-lignage fluo. Ils réapparaissent ainsi comme des fantômes vivants.

Hommage vibrant à ceux qui ont su mieux que BiBi écrire ce que BiBi – et tant d’autres – pensent… sans trop le savoir.

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Ce paragraphe d’Yves Prigent :

«J’aime bien le mot de «parole déplacée», parce qu’il a un double

Billet pour lecteurs déjà nés et déjà morts.

Faut-il rajouter un commentaire ? Non, bien entendu. Ce lundi matin, voilà deux relevés typographiques qui feront le bonheur des fidèles de BiBi. Le taulier remerciera le subtil site « La Main de Singe » (un site au poil) pour la découverte de

Fuck La Sagesse.

Rembrandt. La Ronde de Nuit.

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BiBi est tombé sur un petit livre de voyage de Théophile Gautier (1). Avec son ami Gérard de Nerval, le poète partit faire un tour

Écrire, se vendre, se laisser traire.

BiBi ne se souvenait plus du Livre du Rire et de l’Oubli de Milan Kundera. Au hasard de ses cahiers griffonnés, il a retrouvé le relevé d’un des passages de cet essai. La réflexion de l’écrivain tchèque portait sur la posture énigmatique

Les Sixties avec Imre Kertész et Witold Gombrowicz.

Comment se dépêtrer de ces langages mortifères qui nous envahissent et qui, trop souvent, nous assujettissent ? Il est impossible de viser à l’époussetage complet de notre for intérieur. Impossible d’avoir des pensées nickel-chrome. Impossible car toujours s’accrochent à nous scories, lignes ou blocs de langage insupportables, lambeaux et confusions, mots s’entrechoquant, phrases infinies ou écourtées, sitôt lues, sitôt avalées et/ou rejetées.
Parfois pourtant, pour notre plus grande joie, sous les tonnes de déchets, brillent des petites perles, pierres précieuses, diamants bruts qui donnent toute leur ampleur au pouvoir d’évocation du mot.

Ainsi dans ce «Journal de Galère» d’Imre Kertész, ces extraits recopiés qui nourrissent le Feu de nos intérieurs :
«L’artiste doit entamer son œuvre dans le même état d’esprit qu’un criminel qui commet son forfait».
«Ce n’est peut-être pas le talent qui fait l’écrivain mais le refus d’accepter la langue et les idées toutes faites».
Et encore plus loin, plus brûlant encore :
«Il y a dans la vie d’un homme un moment où il prend conscience de lui-même et où ses forces se libèrent ; c’est à partir de cet instant que nous pouvons considérer être nous-mêmes, c’est à cet instant que nous naissons. Le génie est en germe chez chacun. Mais tout homme n’est pas capable de faire de sa vie sa propre vie».
Nous sommes en 1964.

De cette lignée d’Est, le Voyage-BiBi a commencé à Budapest (Imre Kertész, exilé, vit aujourd’hui en Allemagne) puis s’est achevé (provisoirement) avec Witold Gombrowicz et son Testament (Entretiens avec Dominique de Roux chez Folio).
Lichen tenace dans les pensées-BiBi que ce passage :

« Si Freud et Marx ont démasqué beaucoup de choses, ne serait-il pas utile aujourd’hui de regarder derrière cette façade qu’on appelle «la gauche» ? Moi, ça me gêne que la gauche devienne trop souvent le paravent d’intérêts personnels, avouons-le, parfaitement égoïsto-impérialistes. Un politicien ambitieux, un écrivain soucieux de donner de l’écho à ses paroles, une équipe de journalistes consciente de ce que l’opposition accroît les tirages, un jeune homme désireux de trouver une issue à sa turbulence naturelle… est-ce que tous ces gens-là ne vont pas d’instinct se tourner vers la gauche ? Le socialisme devient un instrument entre les mains du libéralisme, qui se dissimule derrière lui. Le libéralisme, en tant que tel, ne m’effraie pas, mais la mystification sur une trop grande échelle, oui…
Voilà pourquoi je pense que les hommes honnêtes qui appartiennent à la gauche devraient la contrôler, cette gauche, sur ce plan-là. Il est temps d’étudier le conditionnement de la conscience non seulement chez les requins du capitalisme, mais encore chez l’étudiant qui profère des injures dans un meeting…
Mais ce ne sera certainement pas moi qui me chargerai de ce rôle. Je suis un adversaire déclaré de tous les rôles, et encore plus du rôle d’écrivain engagé. Je suis désolé, là, vraiment, je ne puis être d’aucune utilité ».
Nous sommes en 1967.

Quarante-quatre ans plus tard, nous avons encore beaucoup beaucoup beaucoup à apprendre de ces Voix antérieures.