Franz KAFKA : Le Retour. (1)

kafka_seilerL’œuvre de l’écrivain de Prague m’accompagne depuis si longtemps que j’ai cette manie de lire à peu près tout ce qui traîne sur sa vie et son oeuvre. Cette fois-ci, mes deux billets ne seront pas consacrés aux passages de Kafka dans…les bordels (voir plutôt pour ça mon billet d’août 2008 ). 

Avec le livre de La Splendeur de la Vie» chez Albin Michel), traduit impeccablement par l’ami Bernard Kreiss, me voilà à nouveau plongé dans l’univers kafkaïen. Kumpfmüller y évoque l’écrivain et son dernier amour,

Pour qui ignorerait les dernières années de Kafka, j’ai rassemblé ici les principales informations qui aideront à la lecture de ce beau livre de Kumpfmüller. Ce dernier a utilisé les notes, témoignages, lettres pour construire la dernière histoire d’amour de l’auteur du «Château».

Livre BK avec Dora

Le récit commence par l’arrivée de Kafka débarquant dans une maison de repos à sur la Mer Baltique (sur la Mer Baltique et non à côté du Lac ). Nous sommes en 1923. Kafka a été mis à la retraite un an plus tôt, en juillet 1922 à cause de sa tuberculose. Il est âgé de 40 ans.

Accueilli par sa sœur Elli Hermann et ses deux enfants (Felix 12 ans et Gerti 11 ans), il vient se reposer dans une Pension qui s’appelle «La Bonne Chance». Affaibli, en bataille avec sa tuberculose, il y séjournera de début juillet 1923 au 8 août de la même année. Pas très loin de cette maison, se trouve un Foyer Populaire juif qui fait partie des «Berlin Jewish Peoples Homes». On y reçoit des enfants juifs venus de l’Est, enfants pauvres et démunis. L’Allemagne de Weimar est en pleine déconfiture. A Berlin, «ville enfiévrée» et miséreuse, on vend «des pommes de terre sous protection de la police».

Kafka Müritz

Dans cette station de Müritz, travaille une jeune volontaire que le Docteur croise dans la cuisine du Centre. Dora Diamant fait la cuisine : elle est en train de préparer du poisson et de tailler la viande (Détail cocasse : Kafka était végétarien). Leur rencontre commença par un compliment : «De si jolies mains pour ce travail de boucher». Dans son témoignage (1), Dora souligne que Kafka «était toujours de bonne humeur. Il aimait jouer, c’était un camarade de jeu idéal, toujours prêt à plaisanter (…) Il attachait beaucoup d’importance au fait d’être bien habillé. Il aimait faire les courses, car il aimait le contact avec les gens simples».

Dans une lettre envoyée de Müritz à Hugo Bergmann (un ami de lycée) (2), Kafka s’émerveille de la proximité des enfants, de leurs chansons, de leurs jeux : «Quand je suis parmi eux, écrit-il, je ne suis pas heureux, mais sur le seuil du bonheur».

Dans son témoignage, Dora Diamant dit qu’elle a 19 ans (1) alors qu’en 1923, elle devrait avoir 24 ans (née en 1899 d’après sa tombe) soit 16 ans de différence avec Kafka (qui a 40 ans lors de leur rencontre). Kafka allait mourir un an plus tard, le 3 juin 1924 (curieusement la même année que la mort de Lénine).

Dora Diamant est née dans une famille hassidique ultraconservatrice de Brzezin (Pologne) Durant la première guerre mondiale, elle émigra à Breslau puis à Berlin. Destin singulier de cette jeune juive puisqu’après la mort de Kafka, elle étudia l’art dramatique à l’Académie de Dusseldorf et travailla ensuite en Allemagne comme actrice professionnelle. Elle rejoignit le DKP (Parti Communiste Allemand) dans les années 30 avant de partir pour l’URSS avec sa fille en 1936. Elle voulut y rejoindre son mari, Ludwig Laske, mais ce dernier connut les purges de Staline et la déportation à l’Est l’année suivante.

Dora et sa fille s’enfuirent alors en Angleterre où elle enseigna le Yiddish dans les associations juives pendant la guerre. En 1950, en voyage à Paris, elle rencontra (3),amie d’Antonin Artaud, première traductrice de Kafka en France, mariée depuis 1941 au psychanalyste Michel de M’Uzan. Dora leur confia – semble t-il – un carnet de notes et leur parla de sa vie avec l’écrivain pragois. Dora Diamant mourut à Londres le 15 août 1952.

Seconde et dernière partie : Franz Kafka ? chambre 12…

Tombe de Dora Diamant

*

  • (1) «J’ai connu Kafka» Témoignage de Dora Diamant (pages 225-236). Solin/Actes Sud.
  • (2) Correspondance (1902-1924). NRF. Gallimard (page 504).
  • (3) Pour entrer dans l’œuvre de Kafka : Marthe Robert. «Seul comme Franz Kafka». Calmann-Lévy et son «Kafka» (1960)
  • (4) Kafka au bordel : un billet-BiBi.

6 Responses to Franz KAFKA : Le Retour. (1)

  1. Robert Spire dit :

    « … je ne suis pas heureux, mais sur le seuil du bonheur ».
    Quelle résonnance cette phrase! Que je rapproche de celle supposée dite par Neil Armstrong sur la Lune: « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’Humanité »…à coté du « Bonheur commun »!

  2. de la mata jeanpaul dit :

    C’est la photo de Kafka  » ça  » ?

    Apparemment je comprends maintenant pourquoi il allait souvent dans les bordels…Ou,la,la,la,la,le pauvre gars ?

  3. de la mata jeanpaul dit :

    Le Rob… Ne sais-tu donc pas que le bonheur c’est d’arriver à se réveiller chaque matin et de vivre ensuite jusqu’au prochain ?

    Le reste…c’est du pipo !

  4. BiBi dit :

    @De la mata
    Où peut-on trouver tes Oeuvres Complètes ?

  5. de la mata jeanpaul dit :

    Comment es-ce possible tu ne le sais pas encore ? Mais t’es à la traîne Bibi :  » Chez Mickey,France-Dimanche,Détective,Minute,Modes de travaux,L’équipe,Lhumanité,etc…Que des oeuvres qui représentent l’archétype de la culture à l’état pur…hé,hé !

    PS: Il était vraiment comme ça sur la photo,on dirait un socialiste qui est revenu par miracle des camps de Sibérie dites-donc…Qu’est-ce qu’il du en baver avec les filles dans la vie ?

  6. BiBi dit :

    @Jean-Paul De la Mata.
    Ok ! C’est donc bien toi que j’ai vu dans Mickey.

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