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NOUVELLES VAGUES.

Quelques propos qui échouent sur les rivages-BiBi. Quelques reflux qui ramènent des perles, des plastiques ou des bouteilles à la mer. Quelques obscénités en période marine Propaganda 2017. Quelques projets-BiBi pour les mois ensablés qui arrivent. Et quelques raisons d’espérer un nouvel air marin.

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« Elle me disait…» (Épilogue).

 Epilogue 222

Rien de tout cela car j’ai l’explication : elle est claire, nette, précise. C’était donc un dialogue? Oui et non. C’était donc une double présence voulue, un échange bien pensé, une mise en ordre pour les besoins d’un futur ouvrage ? De ça, non. Non.

Cette découverte nocturne s’imposa de la façon suivante : des lumières venues de je-ne-sais-d’où s’allumèrent, le jour s’était levé, la fenêtre était ouverte (je dors toujours la fenêtre ouverte), les rayons du soleil étaient très en avance, de petits nuages se cachaient derrière un trop gros cumulus. Je me suis redressé, j’ai rejeté les draps à mes pieds. ELLE disait encore des choses à grande vitesse, éclats sonores démultipliés qui emplissaient toute la chambre.

Et comme foudroyé mais étrangement très calme, j’ai su, j’ai vu, j’ai lu, j’ai compris. Et tout l’Univers d’ELLE prit alors un sens, un sens qui allait me délivrer enfin de ces incompréhensibles obligations de rapporter et de transcrire ses moindres propos. Je compris que j’allais enfin m’en dégager une fois pour toutes, je compris que je ne serais plus désormais assujetti à ses jeux, à ses refrains, à ses litanies, ses humeurs, ses mélancolies, ses plaintes, ses complaintes, à tous ses couplets.

Je me suis réveillé, j’avais recouvré toute ma lucidité, je me suis levé, j’ai fermé la fenêtre. Peut-être que le déclic était venu de cette ouverture sur le Dehors (faudra t-il à l’avenir que je ferme ces appels d’air, que je me préserve de tous ces vents mauvais qui empoisonnent mes nuits ?). J’ai tourné l’espagnolette et tout eut alors un sens. Je sus que tout se tenait dans une seule phrase, que tout se reposait sur ce seul élan, dans ce seul écho :

«J’ENTENDS DES VOIX».

Tout se justifiait. Tout de ce qui m’était arrivé.

J’entendais donc des Voix. Seule explication, corrigée aussitôt par un : «J’entends UNE voix».

Une. Une. UNE Voix. C’était plus juste. La sienne. C’était la seule explication. La seule plausible. Pas d’autre. Une voix. J’entends une voix. C’est donc cela mon trouble de toujours, mon obsession, ma maladie incurable.

Mais elle dira, elle continuera – qui sait – de me dire. D’une voix.

Une. C’est qu’il n’y en a jamais eu, il n’y en aura jamais d’autre.

« Elle me disait… » (24)

Nuit

Peut-être l’ai-je su depuis longtemps ? Cette nuit, me redressant, en sueur, bouche ouverte, à la recherche d’une aspiration vitale, j’ai tout compris. Tout s’est remis en ordre. Le jour allait se lever. Au petit matin, j’allais exécuter à nouveau tous ces vieux gestes quotidiens, perdus hier, retrouvés aujourd’hui, en parfaite connaissance de cause. Apaisé. Serein. Délivré.

Enfin délivré.

Je ne sais pas d’où est venue la compréhension de tout ça, comment cela tient depuis mon réveil, comment c’est arrivé mais je sais. Tout se tient. J’ai saisi la raison pour laquelle ce «ELLE me disait» m’avait surplombé (combien de jours, de nuits, de l’aube au crépuscule, de mois, d’années, je ne peux m’en souvenir). «ELLE me disait… » : il était là cet oukase qui avait empoisonné ma vie, qui m’avait obligé petit à petit à un dialogue de forçats, il était certes là ce leitmotiv terrorisant mais il n’était plus qu’un déchet, défait, parfaitement inutile. Un dialogue ? Entre ELLE et moi ?

Non, car maintenant, je sais.

« Elle me disait… (23) ».

DDD NN

Un jour nous avions pris le train ensemble. Pour  rejoindre je ne sais plus qui, je ne sais plus où. C’était la première fois, pour elle, pour moi. Sur la banquette du compartiment, mes pieds ne touchaient pas le sol. Nous avions eu peur au démarrage du train et plus encore lorsqu’il fut à grande vitesse. Je serrais très fort sa main. Nous avons parlé tout bas du futur, de quand nous serons vieux, du corps que nous aurons, des rides que j’aurais, des vergetures qu’elle aura (elle m’assura que les hommes les confondent avec des initiales inconnues). Je n’osais demander ce qu’étaient des «vergetures» et je fis mine de comprendre en hochant bêtement la tête. Elle avait surtout insisté pour parler des forces qui manquent à tous les corps usés par la vie. Je lui ai demandé comment elle savait tout ça et d’où lui venaient tous ces sujets de conversations. Le bruit du train sur les rails, grincements à l’arrivée, avait couvert sa réponse.

Je me souviens qu’à la sortie de la gare, trois jeunes garçons bien nippés étaient montés dans un taxi et que de rage, elle les insulta. «Un jour, c’est sur, j’écrirais un livre». Je n’osais l’interrompre. «J’écrirais sur ces injustices fondamentales». Elle me fixa durement: «Ne comprends-tu pas ? La marche à pied pour nous. Le taxi pour eux». Et pendant les kilomètres qui suivirent, elle parla surtout au vent, aux arbres, au blé qui ondulait délicieusement dans les champs.

Train

ELLE ME DISAIT… (22)

Disait 22

«Ce que je sais, c’est que, pour rester vivant au milieu du bûcher, être fidèle au feu qui m’embrase, c’est que, pour toucher au centre de gravité de la lectrice que tu es, mes phrases ont besoin simultanément de ta tendresse et de mon désespoir. En réciproque aussi. Sous l’écroulement de notre prime jeunesse, gardons plus que jamais des forces vives, des pierres brûlantes, des cendres chaudes. Mystère, Beauté de nos Vies à reconstruire, à remettre en partage».

J’aurais voulu lui envoyer ce petit texte. Mais toute cette histoire n’est qu’une histoire toute d’inventions. Invention de toutes pièces que ces marches du bord de mer, ces longues parties de volley, invention que ces arrêts sur le sable, cette montée au sommet des dunes, ces paroles à la sauvette, invention toutes ces biffures régulières sur les pages et rêve, rêve, rêve que cet Incipit impossible, Elle me disait.

De l’esbroufe pour se donner le change et mettre un pied devant l’autre, de l’esbroufe pour sortir indemne des pesantes nuits noires et repasser une fois de plus à la lumière du petit matin. Des inventions, de l’esbroufe qui nous pousse à remettre ça encore et encore, jour après jour. Restent – dérisoires – ces apostrophes, cette multitude de lignes zébrées. D’où viennent-elles ? D’où viennent-elles ? D’où sortent-elles ? Qui les envoie et qui les dépose ?

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