Archive de la catégorie ‘Les Fictions de BiBi’

La dernière photographie de Julia.

Jeudi 18 mars 2010

-  C’est la dernière photo de Julia, lâcha le détective, un brin gêné.

Julia était de dos, elle avançait dans la rue pavée en tirant une valise derrière elle. Un noir et blanc de belle facture. J’examinai longuement le cliché.

- Vous savez, continua t-il, je vais abandonner ce foutu métier. Je me reconvertis dans la photographie.

Je relevai la tête, l’air interrogatif.

-  Oui, insista t-il, la photo a toujours été ma passion. Euh… à propos de cet instant… (de son index, il tapota le cliché), je voulais vous dire. Votre dame était pressée, elle courait presque. J’ai eu du mal à la suivre. Elle…

- Vous m’avez déjà tout raconté. L’avion, l’aéroport, ce fantôme de Massimo…

- Ils sont partis ce maudit mardi. Tous les deux.

- Dites-moi, fis-je agacé, pour quelle raison aviez-vous gardé cette photo ?

- Je voulais l’agrandir et la mettre dans mon exposition. J’ai eu un contrat d’importance à la Galerie. Une exposition avec 60 de mes photos. Julia est la plus belle. Enfin, je veux dire, le cliché de votre dame.

Il sortit une carte et me la tendit. Je lus en silence : «. 60 Photos de détective. Galerie du Net ».

- Vous ne m’en voulez pas ?

Je grommelai en faisant un vague non de la tête. Le détective continuait d’être mal à l’aise :

- Il y aussi autre chose…

Un long silence s’installa pendant que je terminai ma bière. Je me rappelai que tout s’était achevé un mardi. Je comptais les jours, bientôt 90 et les nuits. 90, 90, 90 nuits. Mon portable avait sonné en pleine conférence. Un flic de l’aéroport. Un délégué à Roissy qui m’avertissait du crash. 281 morts. Aucun survivant. Je n’avais pas bien compris. Ecoutez, ça peut attendre, non ? J’avais repris mon cours sur Flaubert. L’éducation sentimentale. J’avais mis en débat la page 4. Frédéric Moreau rencontre Madame Arnoux pour la première fois et s’écrie : « Ce fut comme une apparition ». Le désastre allait venir plus tard.

- Cette photo…

La voix hésitante du détective me sortit de ma torpeur :

- Eh bien oui, Robert, allez-y. Quoi, cette photo ? 

- Mon expo s’est ouverte la semaine dernière et vous savez comment sont les gens, ils sont sans scrupules. Il y a un visiteur qui a photographié ce cliché de Julia en catimini…

- Et ?

- Il l’a mis en ligne sur Internet, sur son blog pour en faire un jeu.

- Un jeu ?

- Un jeu d’écritures (Il sortit un bout de papier qu’il déplia). Je vous ai écrit l’adresse du site. Vous pourrez aller y faire un tour.

Je demandai en fronçant le sourcil :

- De quoi s’agit-il ?

- Je suis étonné. Ce jeu d’écritures n’est pas un tag, pas un concours, pas même une compétition littéraire. Il n’y a aucun prix. La règle veut que chacun peut envoyer un texte sur le site à partir d’une photographie. Ce mois-ci, ils ont mis en ligne le cliché de Julia. C’est un énorme succès. Je… je n’ai rien pu faire. Je n’y suis pour rien.

- Ne vous en faites pas, Robert.

Il parut soulagé. Maintenant qu’il avait tout lâché, il n’avait qu’une seule envie : partir pour oublier cette dernière histoire. Rayer de la carte ce putain de boulot, ne plus rien avoir avec ces connards de clients. Fuir à tout jamais ces maris trompés qui le payaient pour suivre leur femme et qui apprenaient l’irréparable.

se leva pendant que je déchiffrai la note qu’il m’avait donnée. « blog à millemains : http://a1000mains.hautetfort.com »

- Vous viendrez à mon expo ? lâcha t-il timidement.

Je hochai de la tête mais mon esprit était ailleurs. Je participerai. J’écrirai. Je leur dirai ta valise bourrée de tout mon amour, je leur dirai ces hauts-talons achetés pour notre anniversaire de mariage, je leur raconterai ta précipitation sur le pavé de cette rue, ton trait de caractère, toujours, toujours pressée. Tu cours vers moi, tu poses ta valise, tu ouvres grand les bras, tu es déjà sur moi, Julia, sur moi, à m’embrasser, à m’enlacer, à m’entraîner. Tiens, regarde ! Personne n’a remarqué que tu téléphonais. Ta main gauche à ton oreille. Tu téléphonais. Tu me téléphonais. Je l’écrirai, je leur crierai tout, je leur dirai notre fidélité, notre amour indestructible. Je l’écrierai, je l’écrierai. Je l’écrierai. Je l’écrierai.

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Delphine Arnault était dans la salle d’attente.

Vendredi 26 février 2010

BiBi est allé chez son médecin et dans la salle d’attente, il rencontra – via VSD et Point de Vue. La vie des riches donne toujours, hélas, quelques aigreurs supplémentaires à BiBi.

BiBi a déjà raconté le Mariage de Delphine avec du 17 septembre 2005. En guise d’apéro, les amis de BiBi peuvent toujours retrouver les parfums de ce beau mariage de Delphine au Château d’Yquem avec les invités d’honneur d’alors (Sarkozy, Védrine, T.Breton, JF Copé, Donnadieu de Vabres, Bébéar, Pébereau, Ernest-Antoine Seillières, les Dassault, Thierry Desmarets, Edmond de Rothschild, A.Bernheim etc). Aussi classe que la réunion du Fouquet’s, non ?

Ah ! Delphine ! Qu’était-elle donc devenue celle qui siégeait à moins de 30 ans au Conseil de LVMH et du Cheval Blanc ? BiBi, en salle d’attente de chez son Docteur, ouvrit au hasard «Point de Vue» (du 30 décembre 2009) et ce qu’il lut ne manqua pas d’intérêt. On y voyait « l’élégante décideuse » papoter au bras de son frère Antoine, lors de la matinée « Rêves d’Enfants » organisée à Noël par l’Association pour le Rayonnement de l’Opéra. Dans la foule des invités, on reconnaissait Jean-Luc Delarue, Fabienne Bazire, la phénoménale , son Pourfendeur d’Auvergnats et ses chères petites têtes blondes (Amaury, Edouard et Maxence).

BiBi se dit qu’avec la vie des riches, il était inutile de se rendre plus malade encore. BiBi délaissa donc « Points de Vue », attrapa le dernier « VSD » mais tomba à nouveau sur Delphine en goguette. Cette fois-ci, BiBi reconnut son cher frère, Antoine, entre Hélène de Fougerolles et Alexandra Lamy. Un peu en retrait, du côté du bar, Béatrice Dalle jouait la rebelle fatiguée. Cette soirée-vernissage, au Palais de Tokyo à l’Art-Club, célébrait un artiste chinois, Ji-Ji, protégé d’Antoine (Monsieur aime beaucoup l’Art, comme son Papa). Delphine ne cessait de parler de sa merveilleuse soirée du mardi 16 dans les Salons de Dior. «Une cérémonie sobre » répétait Delphine. Oui, une sobre mais étonnante réception pour la remise de l’Ordre du Mérite à son humble personne.

Delphine ainsi récompensée y fit en effet un très beau discours. Elle singea Carla en citant, comme elle, deux de ses auteurs préférés : André Maurois et Jean Cocteau. Elle fit un jeu de mot bouleversant sur Christian Dior («nom magique qui comporte Dieu et Or »). La nombreuse assistance était ravie.

On chercha en vain Alessandro mais Bernadette Chirac était là. Elle demanda même à Delph’ une pièce jaune d’un rire de même couleur. Antoine Berheim, 85 ans, lui parla avec assurance de Generali ; le baron Albert Frère fit de même avec les moules-frites de Bruxelles. La divine Delph’ y alla même de sa petite larme lors de la remise de son insigne par Christian Estrosi devant le Papa très ému. Papa était en effet très fier d’installer définitivement sa Fifille dans le ghetto du Gotha. Il se prépare à en faire de même avec le Fiston-à-Pistons, Antoine Arnault, 32 ans, déjà dir’ Com’ de LVMH, déjà administrateur du Groupe et déjà membre du Conseil de Surveillance des « Échos », le quotidien de Papounet.

BiBi regarda la tablette où s’empilait les journaux et hebdos (Le Figaro, Le Point, Challenges, Psychologies, VSD) et eut un terrible haut-le-cœur. Au même moment, le Docteur ouvrit la porte et le salua : « C’est à vous, BiBi ». Et pendant que BiBi se levait difficilement, le bon Docteur s’inquiétait déjà : «Dites donc, BiBi, vous avez bien mauvaise mine».

Ségolène Royal et la baigneuse de Coney Island.

Samedi 20 février 2010

Lorsque BiBi a ouvert le « Monde », s’est ouvert à lui sur ces deux photos : l’une couvrant la Une du « Monde Magazine » (Ségolène Royal, l’Effrontée) l’autre se trouvant en page intérieure, dans les replis de l’édition du samedi («La Baigneuse de Coney Island » photographiée par Lisette Model).

Malgré qui les sépare, ces deux photos se sont imposées à lui ensemble. En écrivant sur cette contigüité, BiBi s’est (un peu) découvert à lui-même, s’est un peu ouvert, à son tour, au Monde.

Quand les modèles ne fixent pas l’objectif…

Ségolène a déjà glissé, les yeux fermés, entre chatouilles et jouissance. Elle se veut hors-temps. La New-yorkaise se laisse attendrir, toute présente au Présent. C’est dimanche  de sortie, et la voilà – comme souvent les dimanches de printemps et d’été – sur le sable de Coney Island : elle a fini, un peu éreintée, sa longue semaine chez Harper’s (Dieu que les clientes ont été exigeantes !) et elle se prélasse dans le maillot de bain acheté en soldes l’année précédente.

Deux femmes, deux plaisirs. (Lire la suite…)

Frères de langue (Kafka, Beckett, Cioran).

Dimanche 10 janvier 2010

« Tu m’interroges sur mes maux et sur mes élancements : pas d’inquiétude ! Les aiguilles dans ma tête sont aiguisements de mes pensées, aiguillons dans mon phrasé.

La Maladie de la Lecture m’a rendu, me rendra la Santé resplendissante. Les souvenirs sur les livres ont resurgi à vitesse grand V. Les brûlures et les baumes avec. J’ai repris Kafka quelque trente ans après. Comme au premier jour : peur, effroi devant les déplacements incongrus de Grégoire Samsa, devant le sifflement de sa Souris, les postillons de la toux de son Singe. Et que dire de l’écrivain pragois, en fin de vie,ventriloque au Sanatorium de Kierling et soutenu par , s’émerveillant tous deux d’une plante buvant son eau ?

Il est des Oeuvres de destin qui font bouteille d’oxygène. Des livres par lesquels on respire. Pas besoin de savoir qui, comment, pourquoi. On branche le premier mot et c’est instantanément la Vraie Vie qui s’installe et nous envahit. En refermant tel livre, nous voilà désemparés, incrédules, cherchant à nouveau un second souffle.

Je relis les Irlandais ce début de semaine. James Joyce, presque juif, est Terre promise à lui tout seul. Samuel , lui, écorche jusqu’au sang la chair des mots français. Tous deux invités de la Langue française (comme Cioran) – sans égards pour leur Mère d’adoption.

Diaboliques, eux aussi, en toute innocence. Ils volent les bébés dans les berceaux.

Ils sont mes frères de langue».

Photographie de Cioran par Marc Trivier, E.M. Cioran, Paris, 1983.

Songe d’une Nuit d’Hiver.

Samedi 9 janvier 2010

«Pléthore de souvenirs : des Lieux surgissent, se confondent. Oh, très bien de rester accroché aux lieux mais faire attention de ne pas s’y laisser enfermer. Prague tout à coup. Visions d’un séjour antérieur. «Oui, rester, rester, rester un Exilé de l’Intérieur. Se promener sur les Ponts Saint-Charles des Cinq continents. Rester un Bohémien de Bohême sur les routes du Monde».

Habitant au bord d’un Lac, on pourrait croire que je pratique la Navigation intérieure. Mais non, j’exècre la Voile. Ici, les Marins d’eau douce et leurs Chris-craft ont une sale gueule. Et pourtant la Voile m’importe, plutôt le mot, oui, le mot voile qui m’enrobe de ses atours, qui glisse sur ma peau et bat à tous les vents. C’est de voile de Chine, de voilage, de l’étoffe légère, du maillage des mots volants dont je veux parler.

Les bateaux à voile, je les laisse couler ».

Lecteurs gloutons, lecteurs d’Elite.

Vendredi 11 décembre 2009

 

Lecteurs gloutons, lecteurs d'Elite.

A plusieurs reprises, BiBi a rencontré des Lecteurs d’Elite, des Lecteurs-gloutons. Ils se veulent nouveaux Manifestants de l’Art de Lire. Ils étalent leur confiture culturelle et nous en font des tartines. BiBi ira t-il leur serrer la main ?

Les Lecteurs gloutons disent lire au taux supérieur, ils font dans la bravoure, ils font les incollables à merveille, ils connaissent comme pas deux le Prague des années vingt, le Londres du Dix-septième, le Paris de la Bohème ou la Route de Kerouac. Ces mêmes lecteurs - pour peu que vous les côtoyiez assez longtemps - s’endorment pourtant paisiblement après une rencontre avec Macbeth, ils ne connaissent aucune sorte d’insomnie dans la demeure de Grégoire Samsa et peuvent dormir sur leurs deux oreilles après avoir trinqué avec Artaud le Mômo.

BiBi ne s’en cachera pas : il n’a aucune considération pour ces Lecteurs aristocrates, pour ces Lecteurs d’élite qui veulent faire l’économie de certaines lectures, qui se croient toujours dispensés de saluer la Beauté, qui font la sourde oreille aux suppliques de Richard III et au coup de canon du Suicidé de la Société, qui haussent les épaules en passant devant l’hôpital de Rodez ou la maison de Croisset et qui évitent les champs de blé trop brûlants de Vincent le Hollandais. Oh pour ça oui, ils ont visité la Vieille Castille du Quichotte, ils se sont payés les bagnes à Cayenne ou la visite d’Aden, ils ont choisi de survoler le Désert des Tartares en Jet privé, ils ont raboté à la menuiserie de Tübingen, oh oui, oui, mais c’était pour pique-niquer, pour manger du bout des doigts et se rincer l’œil. Ils s’en sont revenus bien vite fatigués, et tenez, ils trouveraient encore tout un tas de raisons pour ne pas inviter notre cher et précieux Pantagruel à leur table, oui, c’est que ça ferait trop gros, pour ne pas suivre Quichotte sur son terrain, oh ça ferait trop maigre, ou rejoindre Crusoë sur son île, sur, bien sur que ça ferait trop loin.

Eh bien, que ces Lecteurs-là aillent se faire cuire un œuf à l’île de Pâque ou à la Trinité, qu’ils aillent manger de la vache enragée dans la Pampa ou à Pampelune, faire un Tour-Operator à Tours, chiner à Chinon ou s’échiner en Chine ! Cela importe peu à BiBi, bien peu.

Ces Lecteurs gloutons ! Ils lisent sans arrêt mais sans être en arrêt, ils dévorent, engloutissent, ils se réservent toujours une excellente table, font toujours un excellent repas et parlent toujours excellemment à d’autres excellentes personnes, ils avalisent presque tout, ils ingurgitent tout, pas un morceau choisi ne manque à leurs conversations et pas un Grand Auteur à leurs Inventaires. Ils sont tout beaux, oui, d’excellente tenue, d’excellentes familles, ils vont de colloques en colloques sans la moindre colique, ils ont tout lu, tout vu, tout entendu et bercés par l’Harmonie du Monde, ils se disent en règle avec la Poésie. Aujourd’hui, on peut même trouver, parmi eux, des chefs d’Entreprise distingués, pas du tout ceux du siècle dernier,Capitaines d’Entreprise, hommes  modestes ou médiatiquement généreux, ils ont toujours fière allure, genre beau-ténébreux-un-livre-à-la-main, toujours prêts à vous faire tourner la tête…

Ces Lecteurs d’Elite transforment toujours l’Événement du Lire en un Profit pour l’Actualité, ils comptent sur la Notoriété accumulée et la Performance à répétition, ils veulent lire sans l’Epreuve de la lecture, ils veulent lire sans les crocs dehors et les accrocs en dedans. Ces Aventuriers de la Lecture-maison, ces Boulimiques ultra-chic et tout-puissants, ces Lecteurs-rentiers évitent soigneusement l’Epreuve, ils confondent vitesse et précipitation, ils tournent la page, encore une page, une autre, vite vite encore une autre. Dans cette Grande Parade de la Lecture, il leur manque la grande Peur au ventre, la Tenue débraillée, l’Épreuve du Choc qui ne fait pas chic, il leur manque les chocottes, les blessures de la chicotte et les cicatrices avec.

Qu’ils restent donc cloués à leurs sièges et à leurs croix : BiBi n’ira pas les décrocher. Qu’ils restent donc à se tourner les pouces ou à tourner leurs pages, ça évitera à BiBi d’avoir à leur serrer la main.

Lettre d’une Amie italienne à C. (1)

Dimanche 25 octobre 2009

BiBi a récemment reçu une lettre à son adresse. Une erreur de la Poste probablement. Il s’agissait de trois feuillets destinés à une certaine C. et envoyés par son amie d’enfance italienne. C. la destinataire de cette lettre, s’est, semble t-il, réfugiée dans un long, inquiétant et incompréhensible silence.

Les trois feuillets ne portaient aucune signature, aucun signe distinctif. BiBi pense qu’il sera très facile de retrouver l’expéditrice car aujourd’hui, les traces d’ADN derrière le timbre-poste permettraient de la découvrir. Pendant un court instant, BiBi s’est demandé s’il ne s’agissait pas d’un rêve… mais non, le courrier existe bel et bien. La preuve en trois feuillets (1) (2) (3).

Lettre à C. 1 

Lettre d’une Amie italienne à C. (2)

Dimanche 25 octobre 2009

BiBi vous présente la seconde partie de cette lettre postée d’Italie (le timbre en fait foi). Où l’on retrouve les inquiétudes de l’Amie de C., cette dernière s’étant réfugiée dans un incompréhensible silence alors que sa famille traverse de très graves perturbations.

 

Lettre à C. 2