Archive de la catégorie ‘BiBi Educateur’

Le Ministère de la Reconnaissance.

Mercredi 21 avril 2010

Notre Président Sarkozy essaye de culpabiliser certains parents en leur promettant la précarité accentuée si leurs enfants sont absents de l’école. Il les catégorise en parents en « démission croissante ». Dans «Actualités Sociales hebdomadaires » (numéro du 2 avril), Daniel Marcelli, psychiatre de l’enfant et adolescent au CHU de Poitiers et auteur de nombreux ouvrages sur les adolescents (1), remet les choses à leur juste niveau :« Je ne constate pas d’augmentation du nombre de ces parents. Dire le contraire, c’est de l’agitation politique électoraliste. J’observe que les parents sont plutôt soucieux d’élever leurs enfants selon les normes de la société ». Il situe les difficultés parentales au moment où l’enfant « commence à acquérir des compétences motrices et à découvrir le monde qui l’entoure ». « Là, poursuit-il, il faut lui fixer des limites ».

Daniel Marcelli s’insurge à propos du « concept zéro», concept né aux Etats-Unis, fruit d’une société d’une violence extrême, concept qui relève bel et bien de l’autoritarisme. Il s’agit de réponses par oui ou par non, d’une bêtise affligeante ».

La « tolérance zéro » n’est pour le psychiatre que de la « phraséologie politique destinée à rassurer ceux qui ont peur et qui sont, hélas, de plus en plus nombreux». « La soumission, poursuit-il, relève de l’animalité (2). Qu’elle procède par la force ou par la séduction, elle vise toujours à amener l’autre à sa merci. Ce n’est jamais une reconnaissance de l’altérité. A l’inverse, dans l’autorité [démocratique], il y a une reconnaissance de l’autre dans sa faiblesse ».

Pour BiBi, ces propos font écho à un passage retenu de Paul Ricœur qui proposait de mettre en avant non l’identité mais la « reconnaissance » : « Dans la notion d’Identité, il y a seulement l’idée du même tandis que la reconnaissance est un concept qui intègre directement l’altérité, qui permet une dialectique du même et de l’autre. La revendication d’identité a toujours quelque chose de violent à l’égard d’autrui ».

Avec Ricœur au Pouvoir, nous aurions probablement eu ce beau Ministère de la Reconnaissance…au lieu de cette insulte quotidienne qu’est l’existence du « Ministère de l’Identité Nationale ». A méditer silencieusement en ces temps bruyants où nos Responsables politiques veulent instiller une paranoïa généralisée.

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(1) « Qu’est-ce que ça sent dans ta chambre ? Votre ado fume-t-il du hasch ? » Daniel Marcelli  et la journaliste Christine Baudry. Editions Albin Michel, 2006.

(2) « Il est permis d’obéir : l’obéissance n’est pas la soumission ». Editions Albin Michel, août 2009.

« Lien Social », la revue incontournable des éducateurs.

Lundi 15 février 2010

C’est toujours une joie de voir arriver sur le bureau des éducateurs le numéro du « Lien Social ». Lecteur depuis très longtemps de l’hebdomadaire basé à Toulouse (où, jadis, il participa à la première Rencontre Nationale des Éducateurs), BiBi a toujours trouvé une diversité bienvenue dans les approches théoriques du Journal et a très souvent apprécié les multiples points de vue sur le Travail Social.

Des noms accompagnent la lecture de BiBi :  Jean Cartry, le partant (dont les écrits lui furent très proches), Etienne Liebig, le nouveau venu qui tient une rubrique régulière dans Siné hebdo, le stakhanoviste Jacques Trémintin, Joël Plantet etc.

Bel équilibre que celui du Lien Social : il centre chaque numéro sur un grand thème. Pour exemples : « L’enfant placé chez lui/ La mixité à l’épreuve des Quartiers/ La pédagogie sociale aujourd’hui/Accompagner les femmes enceintes à l’hôpital » etc. Les premières pages (Social Actualités) fourmillent de précisions et chaque article tiendrait lieu d’un article-BiBi. Dans le numéro du 7 janvier, on revient sur l’article L.622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) qui prévoit jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 30000 euros d’amende pour quiconque vient en aide à une personne en situation irrégulière. , président d’Emmaüs-France, ajoute : «En raison de l’existence de ce texte, nous sommes l’objet d’un harcèlement de terrain quasi-permanent».

Le numéro du 21 janvier, un entrefilet précise le nombre de personnes sous écrous au premier janvier 2010 (66089). Dans ce chiffre : 15395 prévenus, 45583 condamnés, 4489 placés sous surveillance électronique et 622 condamnés en placement à l’extérieur sans hébergement pénitentiaire (chiffres de Pierre V. Tournier, chercheur).

Ailleurs, on trouve la rubrique livres (deux compte-rendus très appréciés des dernières parutions), les incontournables offres d’emploi et le courrier des lecteurs ( les deux pages préférées de BiBi, pages qui montrent que, partout en France, il y a des éducs qui ont la pêche). Et si nombre d’éducateurs tiennent le coup et sont loin d’être moribonds aujourd’hui – malgré les réformes dramatiques annoncées-, on le doit certainement au soutien et à la présence hebdomadaire du « Lien Social » dans nos pratiques.

Pays riches, Enfants pauvres.

Lundi 1 février 2010

Quelques chiffres français.

Aujourd’hui, en France, 30% des personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté sont des enfants. Ils n’arrivent pas à vivre ni à apprendre au milieu des autres tant sont grandes humiliations et discriminations. 130000 adolescents sortent de l’école sans diplôme ni formation. Ils viennent massivement des milieux populaires et de la grande pauvreté. 300000 enfants vivent dans l’errance, avec leurs parents, d’hôtels en hébergements d’urgence.150000 enfants, issus majoritairement de milieux défavorisés, sont séparés de leur famille. Même si, bien entendu, le placement d’enfant peut se révéler judicieux. N’oublions cependant pas qu’un placement éloigné risque d’entraîner la rupture des liens familiaux. Sources : Mouvement ATD Quart-Monde et Journal du Droit des Jeunes. (Lire la suite…)

Freud d’hier et d’aujourd’hui.

Mercredi 13 janvier 2010

Les Droits des écrits du père Freud sont tombés dans le domaine public. En effet, depuis le premier janvier, toute l’œuvre de Freud est libre de droits. En cette année 2010, il y a fort à parier qu’on aura du Freud à lire et à relire, à vendre et à revendre. Dans le même temps, on fêtera le Centenaire de l’Association Psychanalytique Internationale.

Rappelons que c’est en 1926 à Genève que s’est tenu le premier Congrès de Psy en langue française. Cette même année avait aussi vu la fondation de la Société psychanalytique de Paris. Après la mort du Prophète, scissions, chamailleries, procès en sorcellerie émailleront dans le paysage psy et occuperont beaucoup nos Analystes.

BiBi, lui, n’a jamais vraiment trouvé à rire ou à sourire à l’Humour de Jacques Lacan, humour souvent bien lourdeau, mais il reconnaît (sinon quel idiot il serait) que ses positions, ses travaux, ses Séminaires ont donné – via un « retour à Freud » – un incontestable élan à la pratique. Hélas, ces avancées se firent au prix d’un sectarisme de la pensée, d’un dessèchement quasi-général de la littérature psy chez ses héritiers. Peu de partage chez ces derniers qui, enfermés dans leur bulle, se déchireront sur leur appartenance. Pas la peine pour BiBi de traîner longtemps dans ces arcanes coupe-gorge. Restent que les noyaux freudiens sont incontournables et qu’il est impensable pour toute pensée contemporaine sur le mental de ne pas prendre en compte – entre autres choses – Inconscient, transfert, transmission d’inconscient etc.

BiBi, lui, a été depuis longtemps plus sensible à l’écriture, aux approches généreuses, aux «concepts» novateurs (l’Entre-deux, le symbolique comme transmission, la passation d’être etc) de Daniel Sibony, psychanalyste, écrivain fécond, auteur d’innombrables ouvrages de qualité où BiBi puisa son énergie et la renouvela sans jamais s’épuiser. «Mon travail, écrit Daniel Sibony dans « L’Enjeu d’exister » au Seuil, ce n’est pas tant de mettre des mots sur des maux, c’est de trouver des mots qui aident à exister parce qu’ils sont chargés d’être (et cela évoque bien des charges) ».

Si bon, Sibony : à lire sans modération.

BiBi exprime ses impressions et imprime ses expressions.

Jeudi 3 décembre 2009

BiBi sur papier.

Le numéro 104 de la Revue Vie Sociale et Traitements (VST) a eu la gentillesse de publier un des coups de gueule de BiBi dans son numéro de décembre 2009. Pour les lecteurs réguliers de BiBi, cet article leur était déjà familier puisqu’il soulevait l’affligeante posture du Maire de Lisieux qui voulait retenir les mineurs de moins de 13 ans dans leur famille après 23 heures en leur imposant un couvre-feu.

L’article avait pour titre «Lisieux ou la Haine de l’enfant» (voir en appendice). Educateur ou non, travailleur social ou non, psy ou simple citoyen, chacun peut commander le numéro de cette revue du champ social et de la santé mentale des Céméa sur le site http://www.edition-eres.com

Coïncidence, le Monde Diplomatique de ce mois de décembre publie un article signé sur «Le Traitement sécuritaire de la Folie » où l’auteur détaille comment la France stigmatise les malades mentaux. BiBi en a retiré deux phrases pointues, deux paroles bienvenues et incisives. L’une est de François Tosquelles : «Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît». Et, devant cette rage des évaluations demandées à tout prix aux soignants, Jean Oury, fondateur de La Borde à Cour-Cheverny, distille ces simples mots : «Un sourire – pas celui des hôtesses de l’air – c’est très important en psychiatrie. Mais un sourire, cela peut-il s’évaluer ?»

Un excellent article qui taille en pièces les idées foldingues de ce régime qui n’offre qu’une volonté de créer un fichier national de patients hospitalisés d’office, qui fait fi de la relation humaine et de la rencontre singulière entre soignant et soigné, qui est à l’opposé de toute prise en compte du sujet et pour qui la folie est à «neutraliser» et à gérer au coût le plus bas possible. Pour Chouchou et consorts, les dépenses en psychiatrie sont dans cet esprit : elles sont inutiles et elles sont faites pour des gens inutiles.

BiBi signale aussi le numéro 11 de de ce mercredi. En avant-dernière page, l’équipe de a relevé une flèche de BiBi lancée sur Twitter à propos de Madame Valérie Hortefeux et de son crêpage de chignon (de chiffon) avec une cliente de chez Dior. Par ailleurs, BiBi s’étonne que le journal fasse si peu cas de la Journée Mondiale du Sida et des directions stratégiques nouvelles mises en place par Chouchou, Chochotte et Grégoire Verdeaux, leur Conseiller Com. Dans un prochain numéro ? Allez… tout vient à point pour celui qui sait attendre. BiBi sera donc un patient… très patient.

En attendant, les lecteurs de BiBi peuvent se faire les dents sur :

Enfants sous haute surveillance.

Dimanche 27 septembre 2009

Enfants sous haute surveillance

Chochotte a visité un quartier difficile de Pittsburgh et aussitôt les médias serviles français nous ont rappellé qu’elle fait beaucoup pour les enfants et adolescents en souffrance. Elle mène des actions grand style, comme par exemple : répondre favorablement à l’invitation du Cercle Interallié, rajuster son bibi pour faire plaisir à de pauvres petits enfants, organiser un spectacle de Noël à l’Elysée ou encore s’avancer jusqu’à la dangereuse Porte d’Auteuil pour gagner l’appartement dans la (Lire la suite…)

Nadine Moreno ne veut pas perdre la fesse.

Mardi 20 janvier 2009

                       Donne moi la fessée. Je pleure de vraies larmes.

BiBi lit le Journal des Droits des Jeunes, revue mensuelle d’Action juridique et sociale. Dans le numéro de décembre, une brève a attiré son attention. Elle concernait qui se rendait à Stockholm pour défendre nos familles françaises et représenter le Droit des nos Enfants. Pendant les travaux de la Commission qui élaborait un programme européen pour «Construire une Europe pour et avec les enfants», Nadine a malencontreusement signé une carte postale sur laquelle était imprimé le texte suivant : « Les mains devraient protéger, pas frapper. Levez la main contre la fessée ! »
Il se murmurait que Madame Nadine ne voulait pas signer mais qu’elle l’a fait « quand le Commissaire aux Droits de l’homme et son collaborateur lui ont dit que la Reine et 17 ministres allaient le faire ». La signature de Dame Moreno figurait sur le site du Conseil de l’Europe mais ô surprise, elle a été retirée quelques temps après. Avait-elle, entretemps, (con)fessé sa faute politique à Little Nikos ?
On a donc eu une vraie colère pré-pubère de Madame la Chargée des Affaires familiales (La Croix du 29 octobre dernier) : «Je n’ai jamais signé aucun document officiel engageant la France à lever la main contre la fessée. Je trouve intéressante l’idée de promouvoir une éducation positive mais il n’est pas question d’interdire la punition corporelle dans les familles ». Compris les marmots ?
Mieux même, , Secrétaire d’Etat à la Famille, persiste en bonne éduquée et en Maman modèle : «Plus on évite le châtiment corporel, mieux c’est, mais en tant que mère de famille, j’en ai donné et j’en ai reçu quand j’étais enfant ; et je crois que ça structure ».
Ohé, les enfants ! Si on frappe à la porte, n’ouvrez pas ! Il se peut que ce soit la très structurée et la très structurante Dame Nadine.

Les Portes du Pénitencier.

Jeudi 4 décembre 2008

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En 1729, Jonathan Swift, dans « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public  » suggérait de résoudre le problème de la pauvreté et des enfants vagabonds en mangeant ces mêmes enfants. Cela allait réduire les charges des parents pauvres, allait leur procurer quelques ressources et devait donner d’excellents rôtis à ceux qui pourraient enfin se les offrir. Cet éloge du cannibalisme était une attaque efficace contre la brutalité du capitalisme en Angleterre au XIXème siècle : il n’est pas (encore) au programme de la réforme de la Justice des mineurs délinquants de Rachida Dati. Reste la scandaleuse et obscène Incarcération. Mais BiBi pense que le Pouvoir (comme tous les Pouvoirs jusqu’ici) se cassera les dents en tombant sur un os.

Jean Bergeret montrait que l’on ne saurait, sans contresens, confondre des situations dont le moteur est la violence avec des situations dont le moteur est l’agressivité… (Lire la suite…)