Mémoires d’outre-tombe.

Providence_by_Karezoid

A la fin de Mon Dernier Soupir, le cinéaste Luis Buñuel faisait un souhait pour ses derniers jours en forme de savoureuse boutade : «Un aveu : malgré ma haine de l’information, j’aimerais pouvoir me relever d’entre les morts tous les dix ans, m’avancer jusqu’à un kiosque à journaux et en acheter quelques-uns. Je ne demanderais rien de plus. Mes journaux sous le bras, pâle, frôlant les murs, je reviendrais au cimetière et je lirais les désastres du monde avant de m’endormir satisfait, à l’abri rassurant de la tombe».

J’ai suivi Bunuel à la lettre, je suis sorti du tombeau en ce dimanche matin, découvrant les phrases désastreuses du nouveau Pape sur sa nouvelle Eglise (pauvre), sur son sens très religieux de la Com’ (quelqu’un sait comment s’appelle le Stéphane Fouks du Vatican ?), m’arrêtant sur le comportement lui aussi désastreux de la Police Hollandaise évacuant manu militari un syndicaliste criant «Et elles sont tes promesses, François ? Et elles sont où ?».

J’ai tenté en vain de lire les dernières nouvelles désastreuses sur Cahuzac mais le de Lagardère faisait sa pause. Donc rien de changé en 10 ans – depuis ma dernière sortie d’outre-tombe. Il y a 5 années, bien au chaud au fond de mon caveau de famille, j’avais lu le livre d’Alain Accardo («Le Petit Bourgeois gentilhomme» chez ) et en avais retenu cet extrait :

«En dehors de quelques rares ilôts vestigiaux de Pensée critique, situés essentiellement dans une presse écrite condamnée à la marginalité, le champ des Médias, sous l’emprise irrésistible de l’Audiovisuel et de sa logique commerciale, est devenu une immense et ubuesque machine à décerveler, à fabriquer de l’agenouillement et du consensus».

De retour à cet air que la Pensée Unique dit être libre, j’ai voulu quand même vérifier la véracité de cet écrit d’Outre-Tombe.

Montebourg

Ce mardi 20 mars, va inaugurer «le Train de l’Industrie et de l’Innovation», gare de Lyon, voie N. Un train qui fera étape dans 19 villes de France.

La photo du JDD est donc prise sur les mêmes lieux, quelques jours avant même le début officiel cette Opération. Au balcon (le sommet de l’Etat), surplombant les voies (là où circule le Populo), Arnaud fait le modeste, Ministre sans peur, au départ d’une grande aventure. C’est sur ! Il ne reste pas à quai : il mobilise, il combat les dépressions, il se dévoue («au service de la France»).

Montebourg est seul sur cette photo. Finie la pipolisation. Cette photo est là pour gommer toutes celles où il était associé-marié à son ex-bienaimée . Foin de l’énergie amoureuse pour une Femme. Aujourd’hui/demain, Monsieur le Ministre se dévoue passionnément à… la France. Tous ses efforts se portent sur la Renaissance, la Croissance et le Redressement ! Voilà notre Arnaud-Nouveau, investi d’une grande Mission, aux relents de Famille industrielle/Travail/Patrie : «Je suis un combattant du Made In France. Ma mission est un travail de longue haleine, difficile mais passionnant».

Notre beau Ministre, si chic en cravate violette et chemise rosée, veut «redonner le goût de l’innovation aux Français en mettant en vitrine les fleurons de notre appareil productif» (JDD du 17/03). Mais le mauvais esprit-BiBi reprit le dessus et lut derrière ces mots bien autre chose : Arnaud veut «redonner le goût de son image renouvelée aux Français en mettant en vitrine JDD le fleuron de l’appareil ministériel qu’il veut devenir et/ou rester».

Sur ce, je suis retourné à mon Cimetière, pour entrer dans une nouvelle et longue nuit de dix années.

Image

2 Responses to Mémoires d’outre-tombe.

  1. Robert Spire dit :

    Faudrait dire à l’avocat Montebourg d’étudier l’économie capitaliste car la seule « Innovation » n’est pas suffisante pour créer de la croissance.
    Bunuel, pourrait-il faire un film aujourd’hui?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *