Twitter : de 140 à 10.000 caractères.

 Gribouillis (11111

– pour des raisons de rentabilité et/ou de concurrence – veut essayer d’élargir la longueur de ses tweets, avec un passage de 140 à 10.000 caractères. Chez beaucoup de mes abonné(e)s mais aussi chez nombre d’utilisateurs, c’est la contrariété, la colère (plus rarement la satisfaction).

Dans ce billet,  je ne ferais que donner mon avis via mon expérience de plus de 40.000 tweets.

*

Pierre Sansot

Je n’ai jamais considéré Twitter comme la seule de mes écritures. J’aime la diversité, j’essaye de garder la double ligne de la souplesse d’écriture et de l’humour, j’aime encore passer du billet de au raccourci Twitter. C’est vrai que nous sommes à l’ère du Court et que la qualité première des Internautes n’est pas forcément l’attention, la lecture longue (le plus souvent associée à l’adjectif «fastidieuse»). Nous sommes à l’ère du fast-thinking, de la lecture rapide, supersonique, presque tous – hélas – bien loin d’apprécier l’éloge de la Lenteur (dont nous parlait dans un magnifique livre).

«Il conviendrait de ne pas brusquer la durée et de ne pas nous laisser bousculer par elle – une tâche salubre, urgente, dans une société où l’on nous presse et où souvent nous nous soumettons de bon cœur à un tel harcèlement» écrivait-il justement.

Twitter nous met au défi. Tu écris vite, tu réponds du tac au tac. Tu veux informer untel sur tel ou tel article et l’envoyer sur tel ou tel site. Tu as des poussées de fièvre ? Tu les traduis aussitôt en 140 caractères. Tu écris des conneries, tu fais des fautes, tu regrettes tel tweet, tu t’empresses de l’effacer (si tu as mauvaise conscience). Tu plastronnes, tu veux en mettre plein la vue avec ton écriture à paillettes. Vite. Vite. C’est tout ça Twitter.

Et c’est aussi autre chose.

Twitter et BiBi

SarkoFrance dit qu’il lui est impossible de penser dans les 140 caractères. Je ne contesterais pas la chose sauf à dire que son constat est singulier et qu’il y a mille autres façons de dire (d’écrire) sa pensée. Il y a quelques années, je participais à un atelier d’écriture où la première consigne d’exercice était d’écrire un texte de 15 lignes. Dans un second temps, on devait le réduire à cinq lignes en ne gardant que les mots et tournures les plus importants. Puis on avait ensuite l’obligation de les réduire encore à cinq mots pour, au final, n’en garder qu’un. Ce dernier et unique mot devait résumer les 15 lignes du départ.

Exercice de condensation qui m’a beaucoup guidé lorsque j’ai abordé l’écran Twitter. Réussir à caser une petite pensée en 140 caractères (dans mes tweets, je les utilise la plupart du temps jusqu’à épuisement des 140) est un plaisir intense. Arriver pile au terme, au Zéro Caractère, une satisfaction. Bien entendu, la formule tweet interdit l’argumentation et son développement. Mais ce hors d’œuvre ne fait pas tout le repas.

C’est juste une mise en mots.

Une mise en bouche.

Pub Twitter

A cette question sur cet allongement à 10.000, réponse donc singulière : je ne vois pas de problème particulier, pas d’antinomie entre un propos à 140 caractères et une possibilité d’écrire jusqu’à dix mille. Cette dernière longueur ressemblera tout simplement à un… billet de blog.

Nulle contradiction pour moi entre le court et le long. L’avantage qu’offre les 140 caractères de Twitter est de m’obliger à condenser mon propos (politique le plus souvent, «poétique» aussi, je l’espère), à me concentrer sur l’essentiel. Et à faire le tweet en tentant d’allier souplesse, saveur et – si possible – humour qui percute.

Une fois encore Twitter à 140 ne peut évidemment pas se substituer à une argumentation. Mais – pour causer moderne – écrire vite est un défi, un challenge à chaque fois. Pas vraiment pour se la jouer (un peu quand-même) mais surtout pour avoir cette délicieuse sensation de réussir à dire. La satisfaction d’ajuster un judicieux tweet, de le ramasser dans ce qu’on voulait dire/écrire devient pleine, intense, si éphémère soit-elle. Oui, un petit instant de jouissance :-).

Ecrire (2)

S’il est vrai qu’on trouve souvent des tweets idiots, des propos dénués d’intérêt, pourquoi s’en offusquer ? La bêtise, les formules bancales, les propos à côté de leurs pompes, c’est aussi la vie. Côté Blog, on en rencontre beaucoup aussi. Combien de billets qui comptent de longueurs ou d’insultes ras le gazon ! Bah, il suffit de hausser les épaules et de passer à autre chose, à autre… billet, à autre… tweet.

Blogueur (3)

L’Univers du .

Voilà pour ma position (singulière). Pour finir, j’ajouterais que ce gazouillis en 140 caractères a été une contrainte bienvenue puisqu’elle m’a ouvert des espaces de «littérature» que je ne soupçonnais pas. C’est ainsi que – sans vraiment m’en rendre compte – j’ai accumulé plus de 500 tweets dont l’incipit s’est gravé dans mes tweets que j’assimilerais à des «aphorismes». En les cultivant petit à petit – aphorismes repris dans mon blog via les 25 billets intitulés «Elle me disait…» – me voilà lancé sur le projet de les mettre en forme, de les surplomber en récit pour – pourquoi pas – tenter une publication? 🙂 Merci donc à… Twitter.

Elle me disait

6 Responses to Twitter : de 140 à 10.000 caractères.

  1. lediazec dit :

    Bien que je ne sois pas un grand pratiquant, je reste attaché aux 140 caractères. Pour les raisons que tu expliques dans ta bafouille.
    Le bon dimanche à toutes et à tous par ici.

  2. J’aime cette contrainte de 140 caractères qui oblige à condenser, à imager…

  3. Fin 2011, je me suis imposé la « contrainte » (enfin, le plaisir) de publier chaque jour sur Twitter dix tweets à la file – et ce pendant quatorze jours – à partir d’un mot unique : « tunnel ».

    Cela a donné un petit livre (chez publie.net) : « 140 tunnels ».

    Il faudrait peut-être, afin de le mettre à jour, que je rajoute deux zéros dans le titre et le nombre de tweets correspondant…

  4. BiBi dit :

    @Dominiquehasselmann
    M’en vais de ce pas le chercher sur publie.net 🙂 (J’espère que je pourrais le trouver)

  5. La particularité de Twiter était cette justesse dans le trait forcément raccourci mais néanmoins pertinent !
    Sans limite, plus d’originalité ni de concision. Bernard Pivot en avait fait un petit ouvrage très complet qui sera obsolète si cette ouverture devient effective. Je la regrette !

  6. BiBi dit :

    @MChristineGrimard
    Oui je la regretterai aussi. Mais on n’attendra pas un second Twitter pour tenter d’écrire ce qui sera possible d’écrire. Bien, mal : on fera ce qu’on peut

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