Les Jours d’Après.

Depuis que j’ai relâché la tension (l’attention) sur Nicolas-la-Fripouille et ses mesures abhorrées, il y a comme un air léger, comme une envie de picorer, de butiner, d’aller de-ci, de-là sans souci de la destination.

Et d’abord de s’en aller piocher – comme jadis – dans les livres.

Dans les livres mais pas n’importe lesquels : ceux qui, aléatoirement rangés sur les étagères, me sautent à la gorge, me rappelant sans précautions combien ils m’avaient brûlé en leur temps (de lecture). Au hasard, donc, ce choix de blocs de notes, au hasard ces phrases pêchées au bord du désespoir, ces incises creusées dans la mémoire.

PERSÉVÉRANCE. 

Retrouvées par exemple dans cet article de sur Persévérance, le livre, ciné-biographie, de (POL 1994) ces lignes du critique :

«Rien ne me touche plus que l’obstination toujours défaite, découragée, déroulée, avec laquelle, quand même chacun essaie de toucher un peu de bonheur sur terre».

Et encore : «La seule chose qui m’intéresse, c’est de comprendre comment l’autre se dépatouille, de connaître ses paramètres, ce avec quoi il se bagarre, sur quoi il bute, et qu’est-ce que ça produit».

*

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Lorsque je me suis arrêté sur ces mots («ce avec quoi il se bagarre»), voilà que me sont revenus les regards intérieurs que Georges Haldas portait sur lui-même :

«Maintenant je m’en rends compte : tout a été trop lent, trop sage dans ma manière d’écrire. Trop installé. Il faut, au sein même de la réflexion la plus soutenue, la plus exigeante, brûler davantage. Peut-être, et à mon insu, me suis-je trop ménagé. Je ne me consumais pas assez dans la parole en cours. Je restais un peu extérieur à elle. A l’abri de la lave. Un manque, en définitive, d’engagement, qui se paie par un manque de rayonnement».

Ailleurs, il écrivait aussi –  pour lui-même (mais pas que).

«Tu n’es pas fait pour la jouissance. Mais pour la pensée de la jouissance. C’est ta faiblesse, à la fois, et ta force. Tu jouis de la mer en la regardant, non en t’y baignant etc. Penser à la fraîcheur du bain est plus agréable, pour toi, et tonifiant, qu’entrer dans l’eau. Tu es un amant sans emploi».

Ce avec quoi nous nous bagarrons, c’est aussi avec ce qu’écrivent les écrivains que nous admirons. Oui, Haldas a raison mais comment être entièrement d’accord avec lui ? Car je pourrais ici soutenir une parole toute contraire («Je suis fait pour la jouissance. Pas forcément pour la pensée de la Jouissance etc»). Qu’en conclure sinon que les grands écrivains que j’admire résistent et qu’ils résistent d’abord aux lecteurs que nous sommes.

*

Et de «résister» nous ramène à ces derniers jours. Ceux-là même qui ont vu notre Pôv’Con prendre ses cliques et sa claque pour aller au Diable.

LA SOUPLESSE LÉNINISTE.

Un nom et un écrit me sont alors revenus : .  J’entends déjà les ricanements, les gens qui s’esclaffent devant cette ringardise ou – tout autant – ces autres qui applaudissant ce «chic» bien frenchy. Oh, oui, l’Adorable Lénine ! Ou encore, ceux qui, raides et idolâtres, ont un regard illuminé de révolutionnaire auto-proclamé.

Ces quelques lignes en rappel m’ont alpagué… pas seulement sur le chemin à parcourir mais tout aussi bien sur les abords d’une position à tenir. Conseil bienvenu. A ne pas oublier dans les oubliettes du Présent.

«Dans tous les pays et dans toutes les circonstances, le communisme prend de la vigueur et grandit (…) Il ne nous manque qu’une chose pour marcher à la victoire avec plus d’assurance et de fermeté, à savoir : le sentiment net et profond, chez les communistes de tous les pays, de la nécessité d’avoir le MAXIMUM DE SOUPLESSE DANS LEUR TACTIQUE. Ce qui aujourd’hui manque au communisme, d’une si belle venue, c’est cette conscience et l’art de s’en inspirer dans la pratique».

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