Luis Martinez Ruiz, un incroyable autodidacte (4)

Quatrième billet-BiBi sur (Luis Martinez Ruiz).

Dans la rue de qui entoure la Plaza Mayor, un homme (la soixantaine) m’interpelle : Francès? J’acquiesce. Le voilà qui se lève de son drôle de «taxi», brouette en bois où il a – semble t-il – rangé des dossiers. Luis Martinez Ruiz a le sens de l’humour et il va se montrer bavard et intarissable sur la géographie et l’histoire de… la France.

Il embraye directement sur une longue tirade en espagnol que je finis par comprendre. Il me récite par cœur les caractéristiques de la France, sa superficie au km2 près, le nombre de ses habitants, l’organisation territoriale avec le nombre des départements. Le voilà lancé : il se met à réciter une à une les préfectures et sous-préfectures, s’arrêtant enfin pour me demander de quelle ville je viens. «» pour faire vite : il redémarre aussitôt, me lance le n° du département et la blague lyonnaise sur les trois rivières qui coulent dans la cité rhodanienne : le Rhône, la Saône et le Beaujolais. A ses côtés, le cubain qui vend des chapeaux et des sombreros me lance une œillade admirative.

Devant mon air ébahi, Luis Martinez me dit que de savoir tant de choses, c’est un peu sa façon de voyager. Nous prenons alors le temps de dialoguer, de faire connaissance. Il me dit avoir été campesino (paysan) d’abord puis avoir été cuisinier ensuite avant d’avoir à travailler dans une peluqueria (Salon de Coiffure). Maintenant, il se dit retraité mais on devine que sa passion – alimentée exclusivement de ses lectures de livres – passion pour l’Histoire et la Géographie d’un nombre incroyable de pays lui sert aussi à boucler ses fins (et débuts) de mois difficiles.

Plus avant dans notre dialogue, le voilà qui va aussi entrer dans l’histoire de France en me parlant abondamment du régime de… . Il me cite l’Allier (avec un long développement sur l’affluent de la Loire), les Eaux Thermales («Tu naturaleza hermosa bebe sus aguas termales»), Pétain, «del Infierno nazi de la Ocupacion») Nazis, 1940, la fuite vers Bordeaux du Gouvernement. Je lui dis que Vichy est une ville que je connais bien aussi.

Il s’affaire autour de son «taxi», en sort des dossiers classés par ordre alphabétique. Il passe la lettre A pour Allemagne et s’arrête au Dossier F comme France. Il en ressort un feuillet en me disant : «Tiens, lis, c’est un poème sur Vichy, une Ode à la ville de l’Allier que j’ai écrit il y a quelque temps» tout en me précisant au passage qu’il existe un autre Vichy (en fait en ) près de la Ligne Maginot !

Il commencera alors la lecture de son poème à voix haute.

Avant de ranger son feuillet, je lui demande de me le recopier (photo) avec, por favor, dédicace et adresse que je vous livre (avec son assentiment) :

«Luis Martinez Ruiz/ Calle José Antonio Echeverria 261/Entre Andres Berro y Constancia/Trinidad/SS Cuba».

Chaleureuses et admiratives poignées de mains. Il me répète : «Tout ça, c’est ma façon de voyager». Je n’ai pas idée s’il y a dans son ton une pointe de regret de n’avoir jamais pu quitter (temporairement) son île. Pour le remercier, je lui glisse discrètement un billet dans sa pochette de veston. Adios, Amigo. Buena suerte.

Si vous passez par la Plaza Mayor, Luis Martinez Ruiz sera surement là. Saluez-le une fois encore pour moi.

5 Responses to Luis Martinez Ruiz, un incroyable autodidacte (4)

  1. DA SILVA Jacques dit :

    Je viens de lire avec beaucoup d’émotion votre histoire sur la rencontre avec Luis MARTINEZ.
    j’ai vécu la même rencontre avec la même surprise, le même émerveillement et le même respect.
    Nous avons eu nous aussi droit à un exposé assez généraliste sur le Pays, nous étions plusieurs de régions différentes. Nos amis Normands ont eu droit à un exposé magistral sur Rouen et sa région, la résidence de vacances de Victor Hugo, la date et les conditions tragiques du décès de sa fille, je l’ai ensuite branché sur Avignon et là, outre les détails sur la géographie de la région, nous avons eu droit à un remarquable historique sur la papauté en Avignon.
    Notre voyage s’est déroulé au printemps 2012, j’ai pris les coordonnées de Luis avec promesse de lui faire parvenir un exemplaire en version espagnole d’un magnifique ouvrage sur la palais des papes.
    Hélas, 3 fois hélas, à notre retour, impossible de retrouver la papier contenant les précieuses informations.
    J’ai imaginé un instant écrire à l’ambassade de France ou au Consulat, et puis, ce matin en repassant mes photos, j’ai eu l’idée de taper « taxi Luis à Trinidad » et là, miracle, je suis tombé sur votre article et l’adresse de Luis.
    Je vais donc pouvoir grâce à vous respecter mon engagement.
    Cordialement
    Jacques

  2. gerard dit :

    J’ai moi aussi rencontré ce mois-ci l’hpmme à la charrette de poèmes. Je lui ai promis un bouquin. Mais comment faire livrer un livre à Cuba.? Les douanes vous piquent tout ce qu’elles veulent et les colis n’arrivent généralement pas à leur destinataire.

  3. Vuichard William dit :

    Nous rentrons de Cuba et on a eu la chance de rencontrer aussi Luis,
    Nous venons de la Guyère dans le canton de Fribourg en Suisse.
    On a été ébahi par les connaissances approfondies de notre région et de notre pays tout ceci écrit à la main dans ces notes.
    Bien de mes compatriotes ne connaissent pas la Suisse aussi bien que lui. Si vous aller à Cuba rencontrer le, c’est un personnage très attachant.
    Cordialement
    William

  4. BiBi dit :

    @Vuichard William
    Ainsi se font les rencontres.
    Un type bien.
    Un homme précis et précieux.

  5. aurelia dit :

    Nous nous sommes rencontrés en janvier 2016, tranquillement assis,
    observant le touriste glaner des images, des odeurs et peut-être plus, de cette ancienne ville coloniale. Nous avons été tout autant surpris par ses connaissances de notre continent et des particularités des communes et départements de notre territoire comme s’il les avaient traversés.
    Un poète quelque part dans les Caraïbes
    Hasta la proxima

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