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A propos de « Notre Salut ».

Hier, ce fut la sortie nationale du film d’Emmanuel Marre (« Notre Salut »). J’ai beaucoup aimé le long métrage primé au dernier festival de Cannes. Le film fait le portrait d’un fonctionnaire des années 1940-45, arrière-grand père du réalisateur. Henri Marre travailla à Vichy avant d’être nommé à Limoges. Comme souvenirs, il laissa son livre « Notre Salut » (une étude pour améliorer le management dans la société pétainiste) et des lettres à sa femme restée à Paris et ne le rejoindra que bien plus tard à Limoges.

Le plaisir pris à le regarder ne m’empêche pas d’en relever après-coup les manques. Ce qui va suivre n’est évidemment qu’un avis très personnel.

1. J’ai regretté l’absence de dates qui peut dérouter quelque peu le spectateur dans la compréhension de cette époque et du climat très changeant entre 1940 et 1945. Cette linéarité filmique sans apports informatifs (au réalisateur de trouver comment cinématographiquement les inclure) est un petit frein pour un regard-lambda sur ces années-là.

2. Au début du film (arrivée d’Henri Marre dans le palace de Vichy), il est dommage de ne pas avoir précisé l’affluence hors-norme des fonctionnaires s’installant dans la ville entre juillet et décembre 1940. Au cours de ces 4 mois, près de 40.000 fonctionnaires et agents de l’Etat (!) arrivent à Vichy, une ville qui ne compte alors que 12.000 habitants. Cette effervescence réelle dans la ville et ses villages-satellites est quasi absente et fait croire que la vie vichyssoise ne tournait qu’autour des lieux de pouvoir.

3. Lors du séjour d’Henri Marre à Limoges (Limousin), le film ne nous parle ni ne nous montre l’ambiance de guerre en 1943/44 qui y règne. Pourtant, la présence massive avec le trio Gestapo-Milice-GMR et leur lutte à mort contre les partisans (partisans juifs, judéo-bolchéviks, communistes et gaullistes) occupait les esprits. Les arrestations arbitraires, les pillages de miliciens, les tortures, les « ramassages d’israëlites » – seuls soulignés) atteignent un niveau ahurissant dans cette région de résistants-maquisards. Il est possible qu’Emmanuel Marre n’ait rien trouvé dans les lettres d’Henri là-dessus. Ce silence épistolaire, ne serait-ce pas, consciemment, afin de ne pas affoler sa femme ? Ou encore, inconsciemment, d’un déni du Réel d’alors ? Rappel : en 1940, Limoges est comme Vichy une ville située dans la zone non occupée mais la Wehrmacht et la Gestapo sont dans le Limousin, près de la ligne de démarcation à 25 kms de Limoges, ligne franchie en novembre 1942.

4. Le Ministre de tutelle d’Henri Marre était jusqu’en décembre 41, René Belin (cité qu’une fois). Rappelons que ce Ministre avait été le premier Ministre du Travail de Pétain. Il avit été récompensé et payé par le grand patronat pour le travail de division qu’il fit dans la CGT avant-guerre. Il signa le premier statut des juifs, avait pondu une Charte du Travail dans laquelle il supprima tous les… syndicats. Un bonhomme jamais inquiété et qui mourut dans son lit.

Voilà pour les remarques directes sur ce très bon film qui s’attarde enfin sur cette période vécue dans les sphères moyennes de l’Etat français.

(1)

Une chose importante à ne pas perdre de vue : lors de ces années à Vichy et dans les organismes étatiques et préfectures d’alors, tout fonctionnaire grand ou secondaire (inclus donc le « héros » du film) ne pouvait ignorer que, chaque jour, à toute heure, ces mêmes fonctionnaires travaillaient à la chasse aux juifs, aux communistes, aux juifs communistes et, à un degré moindre, aux gaullistes.

Enfin, rappelons que ces petits intellectuels du Comité Chômage (celui dont dépend Henri Marre) auraient pu participer aux Conférences qui ont eu lieu à l’Ecole des Cadres créée en novembre 1941 au Mayet de Montagne (20 kms de Vichy), école qui ressemblait à celle d’Uriage mais dont on parle beaucoup moins. 

Signalons pour finir :

1. que les acteurs, actrices du film sont excellents (Swann Arlaud et Sandrine Blancke en tête). Et bravo à Emmanuel Marre et son équipe.

2. que je garde l’espoir qu’un autre long métrage complémentaire soit un jour consacré à un autre fonctionnaire (par exemple à un Jean Jardin toujours bien considéré – même après-guerre – et jamais inquiété lui aussi. Interrogé sur le « travail » qu’il fit comme numéro deux de Pierre Laval (il fut au courant minute par minute de la rafle du Vel d’Hiv), Jean Jardin s’était défendu en débitant l’habituel mensonge de ces infâmes Collabos disant que beaucoup de fonctionnaires ignoraient tout des saloperies quotidiennes de Vichy, de Paris, de Berlin.

3. Enfin, derniers conseils à de futurs réalisateurs intéressés : lire « Ces Gens très bien » d’Alexandre Jardin en poche, s’attarder sur les derniers chapitres du livre et s’aventurer – petite pub perso – dans mes nombreux billets (2) et s’arrêter sur cet entretien avec l’auteur de cette fiction rare avec la ville de Vichy 1940-41 en toile de fond.

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(1). La photo inédite a été prise d’un appartement au prix d’un grand danger. C’est une des seules photos de la rue où se trouvait à Vichy le siège de la Milice Française (aujourd’hui rue Maréchal Foch). Dans les caves du bâtiment (aujourd’hui Centre Culturel dans lequel fut tourné une scène du film), on torturait les Résistants dont les cris ne dérangeaient pas Pétain qui se rendait régulièrement non loin, au Pavillon Sévigné où il avait rendez-vous avec ses « filles de joie ».

(2). En écho au cinéma et aux autres films sur la France de la Collaboration, je vous renvoie à ma critique du film de Xavier Giannoli (« Les Rayons et les Ombres ») que j’ai beaucoup, beaucoup moins aimé.

Oradour-sur-Glane entre hier et aujourd’hui.

La télévision française (TF1) a diffusé ce jeudi un épisode d’une série censée retracer le massacre perpétré par la division SS Das Reich à Oradour sur Glane le 10 juin 1940. Un téléfilm tourné sans que les habitants de la bourgade aient été mis au courant ! L’acteur, pour accompagner le drame (643 personnes tuées – dont 205 enfants) mis en fiction, est Matt Pokora, un chanteur qui a gagné ses galons via les trophées musicaux (NRJ Awards, Danse avec les Stars etc). Bah ! Tant que nous y sommes, pourquoi ne pas faire plaisir à cette star en romantisant ce massacre ?

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Il y a un an nous avions reçu Madani Alioua, auteur du roman « So Long Marianne. Les Glières 1944-68 « . Il a tenu à reparler de son « héros » Jean de Vaugelas, le vrai milicien qui organisa la répression des Glières (Haute-Savoie) et qui la continua en Haute-Vienne, collaborant alors étroitement avec le Sipo-SD et la division Das Reich…responsable du massacre d’Oradour sur Glane.

Voici le billet qu’il nous a fait parvenir.

« Cher BiBi,

Si Oradour-sur-Glane me fait écho, c’est parce que mon sixième roman (« So Long Marianne ». Les Glières 1944-1968. Editions L’Harmattan) a suivi et retracé le parcours de ce Collaborateur qui, après avoir commandé la répression dans les Glières, continua en Haute-Vienne et eut des accointances avec le massacre d’Oradour. Mon roman historique se basait sur des faits avérés. Il commençait avec ce Jean de Vaugelas (renommé Jean de Vaginay) qui avait quitté Mendoza pour Bariloche (Argentine) où, après-guerre, ont continué à vivre tranquillement de nombreux nazis allemands et quelques familles françaises (dont celle de mon « héros »).

« Il est plus que probable que Jean de Vaugelas maquilla en 1950 sa disparition en accident mortel de voiture ; ceci afin de faire cesser toute recherche sur lui. En romancier, j’ai opté l’hypothèse qu’il s’agissait d’une ruse de sa part, ce qui me permit de continuer à le faire vivre dans la suite du roman. Ainsi, début mai 1968, le voilà qui revient sur le lieu même de ses exactions (à Thorens-Glières). Evidemment, il faut lire mon travail pour connaître les raisons de ce retour vingt années plus tard sur le sol français. 🙂

« C’est avec ce haut gradé, milicien français honoré par Laval et Darnand que débutait mon roman. Nous sommes à Bariloche dans une soirée argentine (deux de mes premiers chapitres) en présence de nombreux nazis qui rêvent tous d’un IVème Reich. Tout ce beau monde invité est venu de tous les pays d’Amérique du Sud. Cette nuit de fête se clôturera par l’élection « Miss Nazi 1968 ».

« Auparavant, avec ce que nous vivons en ces temps sombres et bruns, il me paraît important de donner des informations sur le parcours du s.laud, fasciste devant l’Eternel.

« Jean de Vaugelas (nommé Jean de Vaginay dans mon roman historique) et ses deux frères sont originaires d’une grande famille châtelaine de Pérouges (Rhône). A Marseille, Jean de Vaugelas sera d’abord promu au rang de chef régional de la Milice avant d’être nommé directeur de l’Ecole des cadres d’Uriage en octobre 1943. Pas rien, hein !

« Nommé ensuite chef de la Milice à Thorens-Glières, il sera impliqué en février/mars 1944 dans la répression du maquis des Glières (plus de 100 morts côté maquisards). Le 6 juillet 1944, il fut cité à l’ordre de la nation (via le Journal Officiel) récompensé par Pierre Laval pour ce « succès ».

« Entretemps, le 8 avril 1944, il avait été nommé directeur du maintien de l’ordre pour la région de Limoges par Joseph Darnand. Il a alors sous ses ordres et sa responsabilité l’homme de sang Jean Filiol, les centaines et cohortes de miliciens, les groupes mobiles de réserve et les gendarmes (environ 2000 au total). Avec tout ce beau monde, il va mener les terribles opérations de répression dans la Haute-Vienne et au-delà, dans tout le Limousin.

« A Limoges, Jean de Vaugelas était en liaison étroite avec les services allemands de l’Abwehr et de la Gestapo, avec, en particulier, le général Heinz Lammerding commandant la Deuxième Division SS Das Reich. Une opération qui mène de fait au massacre d’Oradour-sur-Glane, commis par Adolf Diekmann et ses subordonnés.

« Jean de Vaugelas n’était pas en reste : il a participé avec les forces allemandes à la bataille du Mont Gargan (non loin d’Oradour-sur-Glane) contre les maquisards (38 d’entre eux sont tués). Sentant le vent tourner, Jean de Vaugelas fuira vers l’Allemagne en novembre 1944 avec plus de 1800 miliciens et il intégrera la Division Charlemagne avec le grade SS de Hauptsturmführer.

« Capturé par les Soviétiques en mars 1945, il s’enfuira en 1946 pendant son transfert en France. Rejoignant le Vatican par la « route des Monastères », il sera envoyé à Gênes où il embarquera en 1948 pour Buenos Aires avec passeports, argent, adresses données par la Croix-Rouge suisse (Opération Odessa). Le 2 mai 1950, sa famille ou ses amis fascistes feront passer la nouvelle de sa mort dans un entrefilet d’un journal argentin. Il aurait été victime d’un accident de voiture près de Mendoza.

« Pour moi, il est plus que probable que ce Jean de Vaugelas ait maquillé sa disparition en accident mortel de voiture ; ceci afin de faire cesser toute recherche sur lui. En romancier, j’avais opté pour l’hypothèse d’une ruse et j’ai ainsi pu continuer à le faire vivre. C’est début mai 1968 que je le fais revenir sur le lieu même de ses exactions (en France, à Thorens-Glières). Evidemment, il vous faudra lire mon travail pour connaître les raisons de ce retour vingt années plus tard sur le sol français. 🙂

« Nul apitoiement évidemment sur ce salop.rd qui écuma la France occupée, obsédé par la chasse aux résistants, aux maquisards, aux juifs et autres opposants. Des faits et gestes d’hier retracés pour la première fois dans un travail fictionnel.

Bien à toi, BiBi ».

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Extrait d’une émission de Moumou Guichard (Sur le Média TV. Novembre 2024)

Histoire. Littérature. Vichy 1940-1941 (1)

On donne un coup de main à Madani ALIOUA, l’auteur de ce roman historique sans concession sur le Vichy 1940-41, un Vichy de la Collaboration très rarement mis en fiction. Un livre original, punchy, prenant et surprenant au titre de « LA GUERRE N’OUBLIE PERSONNE ». Sa publicité ne passera pas par les instances de consécration (Monde des Livres, Busnel ou Trapenard). Et c’est une chance. Pensezbibi a beaucoup aimé ce roman à l’écriture incisive. Il va s’y arrêter en s’entretenant en deux billets avec l’auteur.

Part 1. Le livre peut se commander dans n’importe quelle librairie. Sur le site de L’Harmattan aussi (en version livre au prix de 14,50 euros et en version numérique à 10,99 euros). Vous pouvez même en lire… une dizaine de pages sur les 140 ici.

Question : Une fiction avec Vichy fin 1940-1941 comme toile de fond ce n’est pas courant… 

En haut : L’Opéra où fut proclamé la fin de la IIIème République.
En bas : vue du Pont de Bellerive.

Madani Alioua : C’est vrai, j’ai trouvé peu de fictions avec le Vichy de la Collaboration en toile de fond. A part le « 1941 » de l’académicien Marc Lambron (une bleuette entre un haut fonctionnaire de l’hôtel du Parc et une beauté résistante), un Remo Forlani qui écrit sur Vichy via une version supposée rigolote (« Emile à l’Hôtel »), des souvenirs personnels de Wanda Vulliez (« Vichy la fin d’une époque »), les auteurs.trices ont déserté la ville de Vichy et ont privilégié le Paris occupé ou la campagne provinciale. On a tous lu les romans de Modiano, le Sac de Billes, croisé du Robert Sabatier, on est tous tombé sur les journaux intimes de Maurice Garçon, d’Hélène Berr ou de Léon Werth. Vichy est resté cinq ans durant la Capitale de la France mais, dans les fictions, on a très peu utilisé le cadre historique (fin 1940-1941) et géographique de cette époque. J’ai voulu modestement et orgueilleusement m’en emparer.

Question : D’où vient ton intérêt pour le Vichy politique ?

Les Ambassadeurs où travaille Léon Barbe…

M.A. : Tout a commencé en Terminale au Lycée Jean Puy de Roanne avec mon professeur d’histoire d’alors (Mr Dieudonné). Ce fut l’année de mon éveil politique. On était à l’époque de la sortie de la France de Vichy de Robert Paxton et du Chagrin et la Pitié. Puis plus tard, vint les lectures de « Déposition » de Léon Werth et de « L’étrange défaite » de Marc Bloch. Mais ce qui a compté ce fut l’énorme bouleversement qui s’opéra en moi en découvrant tous les grands livres d’Annie Lacroix-Riz sur la guerre 39-45 et sur l’avant-guerre. Ce travail de lecture et de compréhension de ce Vichy-là fut décisif pour commencer l’écriture de ce livre. Son travail imparable sur les archives m’a fait comprendre le lien qui unissait banquiers, industriels, hommes politiques, journalistes, militaires et hommes de sang.

Enfin j’ai complété mes lectures avec des ouvrages locaux sur un Vichy 40-45 (Jean Desbordes, Thierry Wirth), des livres qui portaient sur Walter Stucki l’ambassadeur de Suisse et sur la vie quotidienne de ses habitants. De plus, je me rends souvent dans l’Allier et à Vichy en particulier. J’avais déjà en tête les visuels de Vichy 1940 (l’hôtel du Parc, les Parcs, l’hippodrome, le Sporting Club, le petit train etc) et les autres repères géographiques (Bellerive-sur-Allier, Le Mayet-de-Montagne).

Question : Ton livre se déroule de la fin 1940 à la fin 1941. Pourquoi t’être arrêté à cette courte période alors que la guerre a duré beaucoup plus longtemps ?

La période couverte par la fiction de Madani Alioua (déc 40 à déc 41)

Sans dévoiler le cours de ma fiction qui se présente sous forme d’un journal intime, mon livre ne s’arrête pas à la fin de l’année 1941 puisqu’il raconte le devenir ultérieur de tous les personnages via la postface, fictionnelle elle aussi. Mais l’essentiel de ma trame, c’est vrai, se déroule sur une année. Elle part du départ de Pierre Laval au 15 décembre 1940 et s’arrête un peu après la déclaration de guerre des Etats-Unis du 11 décembre 1941. Entretemps, de très nombreux événements se passent à Vichy.

Côté maréchaliste : la Collaboration (avec l’épisode mal connu de l’école du Mayet de Montagne), l’arrivée de l’ambassadeur américain l’amiral Leahy, celle de Darlan et de son équipe, la déclaration de guerre de Hitler à Staline, le décès d’Huntziger, les tractations souterraines des synarques, les coups tordus des cagoulards de l’hôtel du Parc.

Côté quotidien des habitants : le froid, la faim, la misère, les manifestations sportives au vélodrome et à l’hippodrome comme dérivatifs, le marché noir, la chasse aux Juifs avec les deux statuts et la création du Commissariat général aux questions juives en mars 1941 (avec le féroce Xavier Vallat à sa tête).

Ce choix d’une seule année a été imposé par le genre choisi, celui du Journal intime. Je me voyais mal ennuyer le lecteur avec des péroraisons sur quatre années. Il valait mieux resserrer le travail sur une courte période pour donner de l’intensité au texte.

Le journal de bord de Séraphin Barbe touche à son intimité. Mon héros est au crépuscule de sa vie et il s’ouvre à une écriture toute personnelle. Son histoire individuelle recoupe l’histoire nationale. Personne ne peut oublier cette guerre une seule minute. Cette guerre ne laisse personne en… paix. Elle occupe tous les esprits. Voilà le drame et voilà le sens du titre : cette guerre n’oublie personne.

Question : Quelle est plus précisément l’ambiance à Vichy à cette période ?

Pétain, Darlan, Laval devant l’hôtel du Parc.

M.A. : Ambiance ? Il faut préciser. Si c’est l’ambiance dans les hautes sphères économiques, elle tourne autour de l’amiral Darlan qui s’est entouré d’hommes placés par les industriels, les banquiers, tous aidés par la haute hiérarchie catholique, les cagoulards et le service d’ordre légionnaire de Joseph Darnand (qui le transformera en Milice). Exemples : derrière le « syndicaliste » appointé par les fonds secrets René Belin, il y a Jacques Barnaud de la banque Worms, il y a Pucheu sorti de chez la banque Worms (Japy) qui s’installe à la production industrielle, il y a Lehideux de chez Renault et des tas d’autres noms hélas peu connus mais d’une importance décisive etc.

Tout ce petit monde prolonge les échanges économiques très fructueux déjà dans l’avant-guerre (avec l’Allemagne des grands trusts sidérurgico-militaires Krupp, IG Farben qui ont besoin des mines françaises de fer, de charbon, de bauxite). Beaucoup de ces hauts fonctionnaires (dès 1941) savent que les USA gagneront la guerre mais cela n’en fait pas – comme on l’a écrit – des « vichysto-résistants ». Beaucoup restent en poste à Vichy. Certains (Darlan, Pucheu et même Couve de Murville) sentant le vent tourner vont essayer de se vendre aux Américains à Alger, Américains, qui, de leur côté, aiment beaucoup Vichy (et détestent De Gaulle). Les autres fonctionnaires, restés en poste à Vichy, tous au courant des statuts des juifs et de la chasse quotidienne aux Rouges, n’en pensent pas moins. Ils continuent de servir les nazis. Les deux à la fois : voilà ce qu’il faut comprendre.

Les écoliers de l’Allier recopient le cours de Morale quotidien…

Le populo, lui, ignore bien entendu ces tractations au sommet et le désir naissant des hautes sphères de changer juste de tuteur tout en défendant la politique de Darlan. Le populo affamé, pour une part pourchassé (juifs, communistes, francs-maçons), n’est au courant de rien si ce n’est qu’il écoute Radio-Vichy, qu’il lit le Moniteur et/ou les infâmes journaux parisiens. Les maquis tenus principalement par les FTP sont embryonnaires. Il faudra attendre 1942 (que je ne traite pas) et les mesures du STO pour voir leurs rangs grossir.

Cliquez ici pour suivre la seconde et dernière partie de l’entretien.

Pierre Laval d’hier et d’aujourd’hui.

Le cinéaste Laurent Heynemann et son équipe de tournage font actuellement un téléfilm sur Laval, le collaborateur. Le réalisateur a pris ses quartiers à Vichy. Son téléfilm sera diffusé sur France 2 en 2021. On y parlera du procès et de la vie du premier des Collaborateurs.

A l ‘heure où tant d’historiens taisent les liens de Pierre Laval avec la très haute finance nationale (Banque Worms, BNCI) et internationale (américaine, oui oui), espérons qu’une partie du téléfilm parlera de la fortune colossale amassée par celui qu’on appelait « Le Mandarin Noir ».

Car Pierre Laval a fait très tôt des affaires. En avril 1931, il achète le château de Châteldon (Puy-de-Dôme, 20kms de Vichy) et la source La Montagne-La Sergentale qui donnera l’eau en bouteille de Châteldon. Malin, il placera ces bouteilles d’eau gazeuse sur chacune des tables de la Compagnie des Wagons-lits. Une eau qui reste encore très bien côtée aujourd’hui dans les garden-parties et les restos cinq étoiles.

Laval gardera toujours une image de bouseux, de «paysan», d’inculte dans les hautes sphères du Pouvoir. Elu maire d’Aubervilliers en 1923 grace à la colonie de «bougnats» vivant en ceinture parisienne et avec l’appui de la SFIO, il est déjà un anticommuniste forcené.

Son ascension le pousse à parfaire sa tenue. Monsieur prend son temps pour faire sa toilette quotidienne, il passe très souvent chez la manucure, il se fournit chez les meilleurs tailleurs, change très souvent sa cravate blanche mais, hélas, rien n’y fait. Sa tête d’Auvergnat lui fait ressembler à un «Gitan» surnom qu’on lui donne avec celui de «Jamaïk». « Jamais, dira t-il, ils n’ont admis mon visage » Mais ce n’est que peu d’importance pour tous les synarques qui l’aduleront, pour tous ceux qui sont adoubés par la Banque Worms. Ces derniers (Pucheu, Lehideux, Barnaud, Benoist-Méchin, Marion, Bouthillier, Jacques Gérard, De Labarthète, Pierre Nicolle – salarié du Comité des Forges et du MEDEF d’alors) lui dérouleront le tapis rouge, le faisant revenir au pouvoir en avril 1942.

A Paris, avec sa fille Josée (toujours très chic, amie des nazis, en admiration éternelle devant son papounet), il fréquentera les hauts lieux de la gastronomie parisienne (Lucas Carton, Drouant – où dînent les membres de l’Académie Goncourt, la Tour d’Argent). Roublard, il commence à amasser une fortune colossale. Il envoie ses maîtresses en Argentine avec des lingots d’or. Avec ses francs français et suisses, elles y achètent des pesos, pesos qu’elles (il) transfèreront aux USA pour les convertir en dollars. Une fortune déjà conséquente planquée dans les grandes banques américaines (JP Morgan). Espérons que le téléfilm n’occultera pas ce côté financier absolument décisif dans la compréhension du personnage.

René DE CHAMBRUN

C’est que Laval (comme Pétain) a des rapports très étroits avec l’Amérique (ce qu’on n’enseigne guère dans les écoles et les Universités). Ses liens se consolideront avec le mariage de Josée sa fille unique. Celle-ci va épouser le 20 août 1935 le Comte René de Chambrun, franco-américain, descendant de La Fayette, avocat – comme Laval – qui a de très gros clients en France et en Amérique.

Arrêtons-nous sur cette famille richissime De Chambrun. On n’est pas là dans une famille de prolos du Bronx. Originaire de Cincinnatti, la mère de René a un frère, membre du Parti Républicain, Président de la Chambre des Représentants qui épousera la fille de… Théodor Roosevelt !

Josée LAVAL et son papa adoré.

René de Chambrun connaît Pétain depuis son enfance. Il aura toujours toutes portes ouvertes à Vichy pour le rencontrer. Il sera ainsi le lien permanent entre Pétain–Laval et le…Département d’Etat US. Ceci explique pourquoi Roosevelt aimait beaucoup Vichy et pourquoi, après 1941, les hauts fonctionnaires vichystes, sentant le vent tourner, allèrent en masse à Alger demander asile chez le bienveillant Murphy «personal representative» de Roosevelt. Vichysto-américains et non «vichysto-résistants» comme veut le faire croire l’historiographie dominante française.

De 1929 à 1934, René De Chambrun vit aux Etats-Unis. En 1931, il fait visiter les USA au Maréchal Pétain. La même année, il reçoit Laval et sa fille (c’est la première rencontre avec René) qui voient le Président Hoover et croisent aussi Raymond et Jacqueline Pâtenotre qui l’introduiront chez JP Morgan pour planquer sa fortune déjà conséquente.

Comme tout homme de Pouvoir, Pierre Laval connaît l’importance des organes de promotion, de manipulation et de Propagande. Pour hâter son ascension, il se tourne vers la Presse, se fait l’ami de Jean Prouvost (futur Paris-Match, Figaro and Co), achète Lyon-Républicain pour 3 millions qu’il revend 12. Il développe Le Moniteur (220 salariés, premier journal d’Auvergne affermé à l’Agence Havas de Paris), achète aussi l’imprimerie Montlouis (les premiers tickets d’alimentation sortiront de là), investit dans l’Hebdo « Vu et Lu ».

Jean PROUVOST
(Paris-Match, Le Figaro, Télé7 jours, RTL)

Côté Radios, il investit dans Radio-Luxembourg (dès les années 30) puis dans Radio-Lyon (par décret, il en fait une des 13 radios privées avec construction d’un pylône de 107 mètres à Dardilly).

Côté Police, Pierre Laval qui promeut son ami Bousquet a tissé des liens avec Pierre Julien qui a des réseaux puissants dans la Police et chez les Politiques.

Côté Banque, on l’a vu avec René de Chambrun et ses millions recyclés aux USA. Mais en France, il est un des plus importants dépositaires chez BNCI, quatrième établissement bancaire en 1943, banque que les Américains qui enquêtent sur le blanchiment d’argent de vichystes appellent « la Banque de Laval ». Elle est présidée par son ami en affaires Albert Buisson qui, en 1935, devient Président de Rhône-Poulenc et des Chemins de fer du Nord.

Une fois tout ce pognon amassé, Laval essayera de le planquer en Suisse. Pour ce, il envoie en 1943, son numéro deux, Jean Jardin (grand-père d’Alexandre Jardin) en premier Conseiller de l’Ambassade de France à Berne. Jean Jardin y retrouve Moulin de Labarthète en attaché et Amédée Siaume, autre ami de Laval, président de la Société Générale pour l’industrie electrique (qui transporta le siège de la Radio Sud-Ouest à… Genève).

Signalons encore trois choses au sujet de Laval :

CHÂTELDON (Allier)

1. La Fondation de la fille de Laval a vendu les parts du Château de Châteldon à la famille Taittinger, dont la femme est mariée à Jean Pierre Jouyet, homme de l’ombre de Sarko-Hollande-Macron.

2. Henri Rousso (dans son Livre Les Collaborateurs) fait avec Laval comme un autre historien a fait avec Darlan : ces deux Collaborateurs des hautes sphères ne seraient pas antisémites. Sur Darlan, on fait censure sur le fait qu’il fut le n°1 de Vichy et qu’il parapha ainsi de sa main le second  Statut des Juifs. Et sur Laval, on omet de signaler qu’il fut en pôle-position pour décréter et conduire la rafle du Vel d’Hiv.

Les qualificatifs d’Henri Rousso :
Laval ? Pas nazi, pas fasciste, pas antisémite
!

3. La constante de Pierre Laval fut un anti-communisme forcené. Avec Pucheu et Bousquet, il fit une chasse effrénée aux Rouges. Avant-guerre, il prôna le pacifisme mais ce fut pour ne pas militariser la France et ainsi ménager les nazis qui allaient envahir si facilement la France. Notons encore que Louis Barthou, ministre des affaires étrangères en 1934 s’opposait aux thèses de Laval. Ce ministre travailla à construire une Alliance tripartite avec les Anglais et les Soviétiques pour lutter contre le péril nazi. Résultat ? Il fut assassiné. Et c’est Laval – ô surprise – qui prit la suite… mais bien évidemment, pour ne pas mener les mêmes démarches.

Espérons donc que Laurent Heynemann informera les Français de toutes les saloperies de Laval, suppôt des synarques, incessant comploteur contre la République, homme aux affaires ignorées mais à la fortune colossale en France et aux USA (Qui en a hérité ? Mystère) et que le réalisateur dira un mot de Josée et René de Chambrun, tous deux nullement inquiétés après la guerre.

*

Aujourd’hui on voit les analogies entre Laval, ses sbires avec nos dirigeants macronistes. Les Darmanin et Lallement ressemblent aux amis lavallois Pucheu et Bousquet. Un Macron vient des banquiers. Le staff macroniste dirige la Presse, les Radios. Tous avec cette haine qui perdure contre les Rouges mélenchonnistes, contre les Communistes même réduits à peu et contre une Ultra gauche qui s’infiltrerait partout.

Des Chemises Brunes à la Quenelle.

 

20 decembre 1941

Lever les zones d’ombre et de censure de plus en plus vastes, remettre en lumière le non-dit sur les «Chiens de l’Enfer» dont parle René Char. C’est via les cours retranscrits dans un Cahier de Morale par un écolier des années 1940-1944 que j’essaye de donner idée de ce que fut la Propaganda pétainiste qui ouvrit grand les bras aux Chemises Brunes nazies. Aujourd’hui, on a la mémoire courte, on laisse dire et on cuisine les quenelles sans objections, on accueille Marine avec des sourires gênés, on discute à mieux mieux de ses «arguments», on érige des Unes à son profit. Exemple : Hier, France-Inter…