Category Archives: Photos, peinture & cinoche

4 photo-textes sur 4 clichés de Steve McCurry.

Il y a eu des découvertes : Kafka, Pierre Sansot, Kiarostami, Van Gogh, découvertes qui remettent les têtes à l’endroit et le Monde à l’envers. C’est cette rétrospective Steve McCurry (1), choc de cette semaine, qui mit BiBi, cette fois-ci, dans tous ses états et le fit sortir durablement de tous ses clichés.

Né à Philadelphie en 1950, Steve McCurry était un parfait inconnu de BiBi jusqu’à aujourd’hui. Guère besoin de longs discours : derrière son objectif, le photographe n’est pas un voleur de clichés. Il ne dérobe pas, il ne se dérobe pas, il se fait oublier, il touche, il partage à la fois le Monde et l’Instant. Il se nourrit des couleurs de l’âme que ces amis photographiés lui confient. A cette âme, il rend à son tour ses propres couleurs. «Avant tout, dit Steve McCurry, je me nourris de couleurs : sombres nuances du henné, curry, safran, richesse de la laque noire et des couches de peinture qui recouvrent la pourriture».

«Couches de peinture qui recouvrent la pourriture» : dans chacun de ces clichés, une phrase criée à tue-tête, une voix profondément enfouie font échos. Elle s’entendent et résonnent chez chacun d’entre nous : «La Vie l’emportera».

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(1) La rétrospective des photographies de Steve McCurry se tient jusqu’au vendredi 14 janvier à la Galerie de l’Étrave – Espace M.Novarina, 4 bis avenue d’Evian à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie). Voir aussi son Blog…

Du « Grand Bleu » aux « petits Mouchoirs ».

BiBi est allé voir «Les Petits Mouchoirs» de Guillaume Canet.

Les copains de Guillaume faisaient de l’humour, ronchonnaient, partaient en virée ou s’invectivaient lorsque, au milieu du film, l’amie-BiBi se pencha sur lui et chuchota : «Dis-moi, BiBi, on s’est trompé de salle ! Je crois que c’est «Camping 3» qu’on regarde». Pourtant, non, BiBi et son amie ne s’étaient pas trompés de film même s’il y avait peu de différences géographiques entre le camping des «Flots Bleus» de Frank Dubosc (tourné près de la dune du Pyla) et la maison du Cap-Ferret louée par François Cluzet. BiBi n’était pas devant un remake de «Camping». Petite différence notable : Frank Dubosc est analphabète mais Marion Cotillard, elle, est capable de lire «Le Monde». Bon, c’est vrai… à part ça…

En revenant sur son blog, BiBi s’est fendu d’un petit gazouillis-critique sur Twitter :

«Petits Mouchoirs. Petits copains. Petite amie.Très très petit film».

Le surlendemain, il revint encore se moucher dans ces «petits mouchoirs » et se souvint qu’au milieu du film, Canet avait placé un très court extrait d’un film de Jerry Schatzberg de 1973 «L’Épouvantail» avec Al Pacino et Gene Hackman. BiBi s’est trituré les méninges pour tenter de comprendre le pourquoi de cet extrait au milieu du film. Pas forcément parce que le film date de 1973 (année de naissance de Guillaume) mais peut-être parce que le réalisateur américain avait fait tourner Guillaume en 2001 dans le film «The Day the Ponies Come Back» et qu’en mettant cet extrait, Guillaume remerciait Jerry ? Bah ! Ce n’était que le énième petit merci  à un ami supplémentaire.

Il y a plus de 20 ans, on regardait le «Grand Bleu» de Luc Besson (1) et on se perdait au fond de la Mer. Le film nous disait : «Ben, oui, la mort existe mes petits loulous. C’est triste hein ?». Les grands ados du «Grand Bleu» ont grandi depuis 1988 : ils ont aujourd’hui 40 ans et ils sortent toujours leurs petits mouchoirs, pleurant chaudement encore aux enterrements. «Mince, semblent-ils dire, c’est con, hein ? On a beau faire, la Mort ça existe toujours».

«Grand Bleu», «Camping 1 et 2», «Petits Mouchoirs» : en tous les cas, la mort de ce cinéma, ce n’est pas pour demain. Il est toujours à l’agonie, n’en finit pas de mourir mais – paradoxe – il reste plus vivant que jamais sur nos écrans. Et BiBi, grand nigaud devant petits films, fait partie des trois millions de français qui ont couru voir le film.

Et même qu’il avoue : « J’ai beaucoup pleuré avec François, Marion, Benoît, Gilles et les autres. Je me suis longuement mouché dans mon petit mouchoir lors de cette incroyable séquence finale de la sépulture. Car, pour moi, tout triste à la fin du film de Canet, c’était peut-être bien le Cinéma qu’on avait enterré».

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(1) C’est Europa Corp Distribution de Luc Besson qui a commandé, financé, distribué le film de Canet. Du «Grand Bleu» aux «Petits Mouchoirs», ainsi la boucle est bouclée.

Gérard Depardieu : un « voyou » pitoyable.

Génial acteur, sublime  dans « Martin Guerre », « Cyrano », « La Femme d’à côté », « Les Valseuses » ou « 1900 », Gérard Depardieu était l’invité du Grand Journal de Canal Plus ce lundi 13 septembre. Ce soir-là, ce gigantesque acteur lâcha de gigantesques conneries à répétition.

A la question «Qu’est-ce que vous pensez des Politiques ?», il répond très esprit-Jean-Marie : «C’est de la merde». Il donnera ensuite un odieux surnom à Martine Aubry en la taxant d’«haleine de bière», puis délivrera un prix d’excellence à Chouchou, «celui qui bouge». Sur la mort de Chabrol, le gros bêta lâchera : « J’ai peut-être ressenti une chose aussi forte avec la mort de mon chat ». Déconcertant. Quasi-impensable. Surprenant. Surprenant aussi de voir de quelle façon, nous trouvant désarmés, nous cherchons des explications sommaires : «Il était dans un état secondaire», «Il a picolé».

BiBi fait plutôt l’hypothèse qu’en dépit de l’œuvre de Freud et de ses découvertes touchant à l’anachronisme de la Psyché humaine, on continue de croire que l’Individu est Un, qu’il est un bloc entier en toutes circonstances et qu’on ne le reconnaît que dans sa part admirable.

Marthe Robert, la critique, écrivait justement :

«Nous avons beau savoir théoriquement que la vie de l’Inconscient conserve, en chacun d’entre nous, une forte portion de préhistoire, nous n’en tenons aucun compte dans nos jugements, et nous sommes étonnés, déconcertés, scandalisés comme d’une incongruité, toutes les fois que l’expérience nous force à le rappeler. Sans doute nous voulons bien que le génie ait ses faiblesses, nous voulons bien qu’il soit égoïste, avare, jaloux, débauché – mais qu’il puisse aussi être frappé d’arriération, cela non, toute notre conception de la Personne et la philosophie de la Culture qui en dépend nous interdit pareille conclusion. Dans notre tradition intellectuelle et morale, le génie est regardé en soi comme facteur de progrès, aussi même ce qu’il a de négatif peut-il toujours être sauvé (…) »

BiBi, admirateur de l’acteur, fut si dépité et si révolté qu’il lâcha amèrement sur Twitter, ces trois gazouillis à mauvaise haleine :

1. Depardieu traite les manifestants contre la réforme des retraites de trous du c…Toi, Gérard, ça fait longtemps que t’es sorti de la m…

2. Depardieu se veut rebelle et voyou, glorifiant Chouchou. Fais gaffe, Gérard, au prochain film, Obélix va te foutre sur la gueule.

3. Depardieu (pour Chirac et Sarko) tu ressembles à Delon (pour Barre et Sarko). Encore un (tout petit) effort et tu finiras comme Brigitte Bardot.

BiBi se rappela aussi une lointaine nuit parisienne où il croisa Tony Gatlif, pas encore réalisateur. Celui-ci racontait comment, avec Gérard Depardieu. fausses lunettes noires sur le nez et cannes blanches, ils avaient joué les aveugles pour vendre des calendriers en porte à porte. A cette époque de disette, il leur fallait survivre.

Le hasard voulut que Tony Gatlif, invité sur FR3, ce même soir, clamât sa colère contre la stigmatisation des Roms et devant la politique de ce Chouchou adulé par Gérard.

Aujourd’hui, fini le duo d’aveugles.

Tony voit clair, il a gardé ce regard désespérément lucide… au contraire d’un Depardieu, aveuglé et «voyou » pitoyable, misérablement perdu dans sa nuit noire.

Quand Claude Chabrol faisait tourner Cécilia Sarkozy…

BiBi s’est arrêté sur la bio de Cécila Sarkozy, née Ciganer (1) et a eu la stupéfaction de lire que Madame l’Ex-première Dame de France avait tourné dans un film sous le regard d’un prestigieux réalisateur : celui de… Claude Chabrol.

Ouf !

BiBi a aussi été surpris en découvrant les origines de Cécilia. Le père de cette dernière, né Aron Chouganov, descendait d’une famille tsigane installée à Belz, en Bessarabie dans l’ancien Empire russe (aujourd’hui, la Moldavie). Heureusement que Cécilia Sarkozy, née Ciganer (nom qui veut dire «tsigane»), n’habite pas aujourd’hui la France car il aurait été possible que Chouchou se venge en chargeant Eric Besson de la mettre dans un charter pour la terre de ses ancêtres (2).

La Maison de Montchauvet.

Dans les années 50, le fourreur André Ciganer – qui avait francisé son nom d’origine Aron Chouganov – achète une maison de campagne à Montchauvet dans les Yvelines, à une soixantaine de kilomètres de Paris. Ce village comptera des invités illustres : Jacques Séguéla, Bernard Kouchner et Christine Okrent. «La Bergerie», maison des parents de Cécilia (250 m2 habitables, deux étages, chapelle du XIIième) est remarquée de Claude Chabrol. En 1961, le réalisateur va y tourner un drame bourgeois, film plutôt médiocre «L’œil du Malin» avec Jacques Charrier, Walter Reyer et Stéphane Audran. C’est grâce au producteur Georges de Beauregard, ami d’André Ciganer, que Chabrol se retrouve dans cette maison.

Des « bons souvenirs ».

Claude Chabrol n’hésitait pas à en parler : «Cécilia était toute gosse. J’avais dit aux parents : «On va faire tourner la petite ». Ils étaient d’accord, très gentils. La mère m’avait dit qu’elle était la petite-fille d’Albéniz. J’aime bien ce genre de clin d’œil au cinéma, ça fait plein de souvenirs». Petite prise que Chabrol – au contraire de Woody Allen pour Carla – va garder. Cécilia avait quatre ans. On la voit surgir des buissons et s’avancer dans les allées de la propriété, elle est toute vêtue de blanc. Deux plans et hop, adieu Cécilia.

Après Chabrol, Roger Hanin.

Plus tard, dans les années 75, c’est sous l’autorité de… Roger Hanin, ami très lié à la famille Ciganer et grand admirateur de Mitterrand et de Chouchou, qu’elle tournera dans «L’Orange amère», un téléfilm boulevardier. L’histoire ? Elle ferait certainement rire Richard Attias, le mari de Cécilia : le film était «une parabole sur l’orgueil mâle bafoué et sur le couple qui se délite» (3).

Cécilia s’est aujourd’hui rangée des caméras. Pendant ce temps, son ex continue son cinéma.

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  • (1)   Denis Demonpion et Laurent Léger : «Cécilia, la face cachée de l’ex-première dame» (Editions Pygmalion).
  • (2)   Petit aparté : Ivan, le frère de Cécilia, est resté une sorte d’aventurier : «J’appartiens à un peuple d’émigrants. En bon juif et aussi en bon tsigane, je ne suis pas très attaché à la terre. Je vais où je veux» (Tribune Juive, 26 avril 1985). Pas sûr, cher Ivan, qu’aujourd’hui avec les amis Eric et Brice, tu puisses aller où tu veux.
  • (3)   Livre cité, page 64.

« Voir la réalité du Monde » : Serge Daney (1992)

Serge Daney, critique de cinéma aux Cahiers du Cinéma, journaliste à Libération, fondateur de la Revue Trafic est mort en 1992. Un peu avant sa mort, il est devant les caméras de Pierre-André Boutang et de Dominique Rabourdin et répond à Regis Debray. Les 3 heures d’interview sont disponibles aux Editions Montparnasse sous le titre : « Serge Daney, itinéraire d’un cinéfils ». L’intelligence de Daney, sa voix, ses pensées, sa gouaille… Magnifiques.

Et on n’oubliera pas sa dernière phrase de cet extrait : « Comment on pourrait être fiers de nous ? »