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Quand Sarkozy nous fait son cinéma !


Nicolas Sarkozy ou Monsieur Cinéma ?
envoyé par guybirenbaum. –

A la Conquête des Intellos cinéphiles.

Notre bon Président veut conquérir le cœur et les esprits des Intellectuels en vue de la Guerre 2012. Pour s’imposer, il a choisi d’envahir leurs écrans de cinéma. Pour cela, il a usé d’une incroyable stratégie : chaque soir, en compagnie de Carla, il se paye un DVD des plus grands cinéastes mondiaux pour rattraper son retard.

Alors il cite, il détaille, il énumère à toute vitesse car il ne s’attarde pas dans son jugement : juste dix secondes pour en mettre plein les yeux. Pas plus, hein ?

Une métamorphose bouleversante.

Songeons qu’il y a peu, Nicolas croyait que Pasolini, Visconti, Rosselini et tutt quanti étaient le nom des valets de chambre de la toute jeune Carla, princesse dans son château de Toscane.

Avec Théorème par exemple, le film de Pasolini, il fait ses petits calculs, délivrant une critique de haute volée : «Théorème, c’est formidable !» Verra t-il un jour «Salo» jusqu’à peut-être s’y reconnaître, lui et ses fantassins ?

Sur la Route de New-York.

Plus pitoyable encore, le voilà s’extasiant «Sur la Route de Madison», le long métrage de Clint Eastwood : « C’est formidable (bis) ! C’est l’histoire d’une femme mariée avec un homme bien qui tombe amoureuse d’un homme bien. Et l’homme s’en va». Là encore, notre Chouchou de la Pellicule ne se doute pas qu’il fait, là, de la… projection !

Et BiBi ne peut rater un si beau plagiat sur la Route de New-York : «C’est l’histoire de Cécilia mariée avec Nicolas qui tombe amoureuse d’un homme bien, richard new-yorkais. Et c’est la femme qui s’en va».

Nicolas, Falconetti et Antonin.

Mais ce qui laissa BiBi muet, c’est la passion de Nicolas pour le «Jeanne d’Arc» de Carl Dreyer. «J’aime beaucoup Dreyer ! Vous savez, il est danois !». BiBi se demanda alors si notre Chouchou n’alla pas se réfugier sous les jupes de sa Princesse Botox à l’apparition d’Antonin Artaud sur son écran. Sur qu’aujourd’hui, il aurait mis Antonin sous bracelet électronique.

Nicolas dans sa version originale.

Mais ce que préfère notre cinéphile, ce sont évidemment les films en VO : «Evidemment !» lâcha t-il, décomplexé. Lui qui peinait à aligner trois mots de français sans faute d’orthographe (malgré les cours de ses Communicants à 10.000 euros l’heure), le voilà qui avale les longs métrages en VO à vitesse extraordinaire. Et c’est sans peine que BiBi imagine notre Agité traduisant les films japonais de Mizoguchi, les productions de l’indien Satyajit Ray ou les films de l’iranien Kiarostami à sa Carla chérie.

L’amitié sans réserve du Poète et du Peintre.

Une amitié sans réserve lia le poète René Char au peintre Nicolas de Staël. Le 12 décembre 1951, l’ouvrage « Les Poèmes » de René Char est exposé à la galerie Jacques Dubourg. Sa réalisation sera entreprise en commun par le peintre et le poète. A cette occasion, René Char écrivit un superbe texte de présentation intitulé «Bois de Staël», texte qui accompagna les 14 bois gravés. Ce texte, le voici.

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« Je lisais récemment dans un journal du matin que des explorateurs anglais avaient photographié sur l’un des versants extrêmes de l’Himalaya, puis suivi, durant plusieurs kilomètres, les empreintes de pieds, de pas plutôt, dans la croûte neigeuse, d’un couple d’êtres dont la présence en ce lieu affreusement déshérité, était invraisemblable et incompréhensible. Empreintes dont le dessin figurait pied nu d’homme, énorme, muni d’orteils et d’un talon. Ces deux passants des cimes, qui avaient si innocemment et si monstrueusement, ce jour-là, marqué pour d’autres, leur passage, n’avaient pu toutefois être aperçus des explorateurs. Un guide himalayen assura qu’il s’agissait en vérité de l’Homme des Neiges, du Yéti. Sa conviction et son expérience en admettaient l’existence fabuleuse.

Même si j’écoute l’opinion raisonnable d’un savant du Museum qui, consulté, répond que les empreintes pourraient être celles d’un plantigrade ou d’un quadrumane d’une rare espèce, les bois géants que Nicolas de Staël a gravés pour mes poèmes (pourtant rompus aux escalades et aux sarcasmes…) apparaissent aujourd’hui pour la première fois sur un champ de galaxie et de neige, que le rayon de soleil de votre regard, visiteurs, va caresser ou tenter de faire fondre.

Staël et moi, nous ne sommes pas, hélas, des yétis ! Mais nous nous approchons quelquefois, plus près qu’il n’est permis des vivants et des étoiles».

Le choc des Photos.

En triant ses coupures de presse, BiBi a retrouvé deux articles illustrés par deux clichés. L’un est tiré d’un photomontage, l’autre a été probablement prise par un résident de l’Indiana. Point commun : les Années 30. Ces années terribles virent la montée de l’Extrême-Droite en Europe et la perpétuation des exactions à l’encontre des Noirs américains.

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1. Dans un numéro du quotidien L’Humanité, BiBi a relu un vieil article de Raoul-Jean Moulin sur John Heartfield ( de son vrai nom : Helmut Herzfelde), photo-monteur de génie politique, créateur d’une certaine «poétique de la communication de masse». Antifasciste, il se rendit célèbre avec ses affiches disséminées dans les journaux de gauche. Ici : «La signification du salut hitlérien» ou «Des millions sont derrière moi». BiBi en reparlera prochainement.

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2. L’autre photographie (Libération) montre la pendaison de Noirs dans l’Indiana en août 1930. Une chanson de Billie Holiday («Strange Fruits») faisait allusion à ces exécutions sommaires. Le soir, les Hommes Blancs venaient en visite, amenant femmes et enfants pour se délecter du «spectacle» quasi-quotidien. Le refrain de la chanson disait : «Des fruits étranges pendent des arbres… ».

80 ans plus tard, les Américains élisaient un Président noir.

80 ans plus tard, Marine Le Pen succède à son père.

Enquête sur une image de Nathalie Kosciusko-Morizet (2).

Lire première partie : Enquête sur une image de NKM (1).

Hier Secrétaire d’État, aujourd’hui Ministre de Sarkozy, NKM fut prise en photo à l’automne 2005. Enceinte, elle était alors en pleine ascension politique. Paris-Match lui ouvrit alors les bras et cette double-page ahurissante.

FEMME SIMPLE ET FEMME DE POUVOIR.

1. Un mot sur cette légende : «Son premier bébé, c’est la politique». Cette phrase vient rappeler que NKM n’est pas n’importe quelle Femme. Elle est porteuse de bébé et… de projet politique. Quelle femme (ordinaire) peut en dire autant, hein ?

2. Elle est donc une femme parmi toutes les femmes : elle procrée, elle joue de sa beauté – robe blanche, un quasi-déshabillé, pieds nus adorables, une position relâchée, sans ostentation, non lascive. Attention, elle est plutôt le contraire de la Femme à l’Odalisque malgré les similitudes (voir tableaux en photos ) ou de la Putain berbère sur son lit (Matisse). La chevelure mi-bouclée est admirable, au coloris roux…en parfaite communion ainsi avec les couleurs de la forêt automnale : marron des livres, gris-vert du banc de pierre, bois patiné de la Harpe.

3. Mais NKM, Secrétaire d’Etat, aujourd’hui Ministre, est aussi la Femme de demain, la Femme (de Pouvoir) qui annonce les lendemains qui chanteront pour tous (ou presque tous). Elle est donc singulière et, de fait, au-dessus du lot.

4. L’écrit de Paris-Match détaille les deux statuts de cette femme hors-norme lorsqu’ils lui sont associés : «Députée, Conseillère Régionale» qui va «mettre au Monde son premier bébé» et qui, dans le même temps, continuera sa carrière sans la mettre «en congé maternité». Femme du Présent et du Futur. Femme d’exception : il ne resterait plus qu’à admirer, à se prosterner.

UN CONTEXTE A-HISTORIQUE.

«Une sorte de halte» nous dit-elle. La «Nature» fait ici cliché.

La composition de la photo nous offre une Terre dégagée du poids de toute histoire humaine. Les bois, le feuillage lointain des arbres, le parterre de feuilles signifient le Monde éternel où Musique et Lecture sont là depuis la Nuit des Temps. La Harpe dans son silence fait le joint entre Passé et Présent. Les deux gros livres, l’un ouvert, l’autre fermé sont là pour signifier que Madame lit, Madame rêve en lisant mais elle reste, elle restera les deux pieds (nus) sur terre.

Elle nous dit : «Profitons ensemble de cette incise dans le Temps (ma grossesse l’est) pour penser hors le tumulte sur terre. Laissons au loin les cris des Manifestants, la rage destructrice des Guerriers urbains, la vulgarité des pauvres Femmes du Peuple (bref  la Lutte des Classes) et n’oublions pas que cette halte est une aire pour «partager les réflexions que nous inspirent l’actualité aussi bien que mes différentes missions».

DÉGRADATION.

Dans son livre «Fragments d’un Discours amoureux», Roland Barthes citait «Nous Deux» (le Roman-photo) comme archétype de l’Obscénité.

BiBi caractérisera, lui, cet extraordinaire photographie du Pouvoir comme le cliché de la dégradation lente et latente, bientôt extrême, du Politique.

Enquête sur une image de Nathalie Kosciusko-Morizet (1).

Comment BiBi a pu rater cette extraordinaire photo ? Il avait bien repéré l’image d’un Ministre (Frédéric Mitterrand) en… pyjama dans le Monde-Magazine) mais il avait zappé ce cliché de Nathalie Kosciusko-Morizet, l’actuelle ministre sarkozyste, dans un des Paris-Match de la fin de l’année 2005. C’est pour lui une des Images de communication politique des Années 2005/2010.

LA QUESTION POSÉE.

Il y a très longtemps, dans la revue Tel Quel, Jean-Luc Godard (1) avait magnifiquement réfléchi sur la photographie de Jane Fonda de «retour de Hanoï». Le cinéaste se posait la question : «Quel rôle les Intellectuels doivent-ils jouer dans la révolution ?» Ici, on pourrait croire qu’on en est bien loin mais méfions-nous des apparences car la question qui préoccupe BiBi, ce pourrait être : «Quel rôle joue cette photographie de Femme-Ministre dans un hebdo tenu par le Frère Lagardère dans ces moments de lutte idéologique et politique intense» ? Et autre question, seconde mais pas secondaire : «Que faisons-nous de cette image ?»

UNE « SORTE DE HALTE ».

BiBi n’a jamais vraiment compris l’attirance de beaucoup d’internautes pour la Dame, certainement aveuglés qu’ils étaient par ses compétences numériques (le frangin est une grosse tête financière du Web français). BiBi est donc allé voir le site de Nathalie, nouvellement nommé à l’Ecologie et au Développement durable.

La phrase d’entame de la présentation du site fait déjà écho à la photo de Paris-Match : «J’ai voulu bâtir ici une sorte de halte, écrit  la nouvelle Ministre de Sarkozy, un endroit bien à moi, pour partager avec vous les réflexions que m’inspirent l’actualité aussi bien que mes différentes missions».

INVENTAIRE.

Mère (future mère), Ondine mystérieuse, Ophélie avant noyade, Dame blanche, Habitante un peu inquiétante des Forêts (malgré le soin mis à en dénier l’étrangeté), NKM se tient allongée près d’un banc de pierre (lieu du Philosophe du XVIII ième). A ses côtés, une Harpe, deux gros livres anciens (exemplaires de la Bible ?). Autour d’elle, des feuilles et du feuillage, des rayons de soleil, des couleurs qui tirent sur le Marron et ses dégradés. La robe est blanchâtre, pas remontée, au-dessous du genou ( retenons le « au-dessous« ). C’est un quasi-déshabillé ( retenons le « quasi« ). Les pieds sont nus. Bracelet au poignet. Les doigts de la main en léger éventail.

LA FORÊT.

Forêt : lieu du Mystère comme la Femme l’est aux yeux de l’Homme. La Forêt : lieu du silence. Au XVIIIième siècle : celui qui se retirait dans le silence exprimait sa supériorité. Ici, comme nous sommes dans un Temps sans histoire, NKM vient dire silencieusement : «Je suis Femme hors-temps, autre que la Femme vulgaire, celle par exemple qui braille après son homme et ses enfants». Discours latent : «Je suis Femme-modèle, au-dessus du commun».

Une forêt dense mais avec des trouées de lumière (Ne vous en faites pas : le Mystère va s’éclaircir grâce à Moi, NKM). Une forêt d’automne qui n’engendre pas vraiment la Mélancolie, une Forêt qui apaise. La Forêt, berceau naturel, est aussi un lieu, une sorte de halte où on peut se reposer et… penser.

DES PENSÉES TRÈS DÉLICATES.

Pensées délicates (la délicatesse est féminine, n’est-ce pas ?), à l’opposé des passions violentes de l’Amoureuse, pensées embryonnaires, prêtes à une majestueuse arborescence (le Libéralisme et le Numérique sont à l’orée des Temps Nouveaux), pensées qui grandiront, pensées rythmées par la musique fine et douce d’une Harpe maternelle. A l’opposé de la brutalité quotidienne (du Libéralisme).

A Suivre.

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(1) La photo ci-dessous de Jane Fonda date de juillet 72. Elle parut dans l’Express avec cette légende : «Jane Fonda interrogeant des habitants d’Hanoï sur les bombardements américains ». BiBi a retrouvé cette photographie commentée par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin et envoyée sous forme épistolaire à l’actrice américaine via la Revue Tel Quel (n°52).

NB :Cliquez ici pour lire la seconde partie du billet de BiBi.