«Elle voyage» (comme le chantait François Béranger).

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Sur les Ondes locales, surprise du jour : on passait un vieux titre de François Béranger («Elle Voyage»). Il y a bien longtemps, en écho peut-être aux voyages de ma fille sillonnant les terres australes et indiennes, je m’étais aventuré dans un petit texte : «La Voyageuse». Mais au final, il s’agissait de réminiscences beaucoup plus lointaines : celles qui touchaient à ces cartes de géographie, à ces Atlas offerts dans mon Enfance, à ces noms toponymiques que j’apprenais par cœur et qui me faisaient rêver.

Et toujours là, encore aujourd’hui, ces increvables  désirs : désirs de lieux, désirs de liens.

LA VOYAGEUSE.

«Elle va, elle vient, elle déserte, elle s’aventure sur des chemins où elle ne veut pas aller, poussée par quelques nécessités précises mais dont elle ignore tout. Elle n’est absolument pas triomphante, elle va, se retenant aux milliaires, aux branches des arbres, aux genêts, aux épineux. Elle s’arrête parfois au milieu des taillis et des fourrés. Et toute désordonnée, genoux fléchis ou tête basse, elle tourne alors ses pensées vers le sol, s’exposant aux dangers possibles de la grammaire et de la foudre.

Elle renâcle et rechigne car elle pense que le Bien Général n’est pas le seul chemin à suivre, que la ligne commune et communautaire n’est pas son horizon – même s’il reste le seul. Elle va, elle vient, elle revient, comme assignée à résidence, mais dans résidence, elle voit un signe, elle pense résidu et danse, elle pense roulette, roulotte de la chance.

Écorchée vive elle est. Si elle rencontre quelque tête amie, proche connaissance ou vague silhouette, pourtant elle se détourne. Elle sait l’Idée Fraternelle non compatible, elle sait cela mais ses certitudes, comme ses pas dans la neige, s’effacent. Elle garde raison mais de la Raison, elle n’en garde que la fracture, que l’entaille décisive et incisive. Pour le reste, le vent de la folie soulève ses cheveux, fouette son visage, lui brouille la vue. Elle sait qu’il y a des factures vitales à payer, elle se résigne à admettre ce déficit.

Elle va, elle vient, revient, repart. Elle ne peut justifier à quiconque ses progrès, sa progression. C’est là son drame et la Source de ses joies.

Elle va, elle vient.

Elle ne se tient plus. Oui, voilà : elle ne se tient plus» 

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One Response to «Elle voyage» (comme le chantait François Béranger).

  1. michelle Brun dit :

    cette chanson que je connais par cœur……..

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