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Le camp de Didier Lallement, préfet de Police.

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La guerre est déclarée. C’est le Préfet de Police de Paris, (in)digne descendant d’un Bousquet et d’un Papon qui nous le dit sans détour. D’un air supérieur qui rappelle les dignitaire nazis passant en revue ses troupes, Didier Lallement vient répliquer à une Citoyenne qui lui dit son appartenance aux gilets jaunes en ces termes incroyables : « Hé bien, nous ne sommes pas dans le même camp, Madame ». On s’offusque bien entendu d’un tel aveu. Ahurissement devant les propos de ce fonctionnaire de Police, tenu au devoir de réserve et représentant la République, donc l’ensemble des Français sans distinction. Rappel ici du Code de déontologie de la police nationale, article R. 434-29. « Le policier est tenu à l’obligation de neutralité« . Mais hélas, nous n’en sommes plus à essayer de convaincre ce fonctionnaire qu’il est hors-la-loi. Nous sommes au plus proche du pire.

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L’appareil répressif d’Etat, commandé par Macron, lui-même présent pour faire passer les diktats anti-sociaux prônés par le Medef et ses think-tanks) est bien au-delà de ces contraintes démocratiques et de la morale républicaine. L’aveu de Lallement vient confirmer ce qui se passe depuis une année de gilets jaunes : c’est la guerre. En effet, comment caractériser l’affrontement entre les deux camps dont se vante Didier Lallement sinon en la déclarant… « guerre » ?

Deux camps.

Guerre d’aujourd’hui, ultra sophistiquée avec matériel de guerre. Guerre économique dans laquelle on promeut l’achat d’actions à la Française des Jeux au détriment de l’intérêt public. Guerre sociale. Guerre stratégique (Didier Lallement interdisant à 14h une manifestation prévue et autorisée à 14 heures). Je n’en finirais pas de faire l’inventaire de cette guerre dont il faut noter qu’en face des Lallement, la seule défense du Camp jaune, c’est la présence dans la rue, c’est le nombre, ce sont les cris de révolte, c’est la tranquille assurance d’être dans le bon droit, c’est la persévérance dans les propositions, c’est une tenue et des défilés sans armes de guerre. Ici, plutôt fier d’avoir décelé dès mon billet du 20 novembre 2018 la portée historique du Mouvement des gilets jaunes.

La guerre donc. Une guerre qui, comme toute guerre, ne peut se faire sans cohortes de miliciens, sans Soldats de réserve ou grenadiers-voltigeurs en première ligne. C’est contre les manœuvres de tous ces suppôts du Pouvoir dont il faut s’occuper aussi.

Les Toutous du Système.

Je parle bien sur de ces intellectuels médiatiques, de ces pseudo-experts tenant de main de fer les Officines Radio-TV-Presse. Car une guerre ne se gagne jamais sans ces sous-fiffres.

Faisons un peu d’histoire pour se rappeler qu’en tout temps, il ne suffisait pas aux Dominants de mener en actes les opérations sur les champs de bataille : il leur fallait une force idéologique, une puissance des idées toute matérielle pour tenir, pour gagner, pour magnifier les victoires. Ainsi pendant la guerre des Camisards et la répression des Huguenots, la Cour du Roi célébrait les dragonnades, les galères, le bûcher, la corde ou les supplices de la roue pour glorifier les initiatives du Roi prônant les massacres. Avec l’aide des Bossuet, Racine, La Fontaine, La Bruyère etc.

Lors des évènements de la Commune, les écrivains bourgeois volèrent au secours de la classe menacée. D’Alphonse Daudet qualifiant les insurgés de « ramassis de bien vilain monde », de « nègres » d’« enragés » à Flaubert (1) en passant par Alexandre Dumas fils jusqu’à Zola dans sa jeunesse.

Exécutions de Communards.

Dominants mais pas tout-puissants : en guerre. En guerre contre les Courbet, les Hugo, les Rimbaud, les Louise Michel et autres Jean-Baptiste Clément.

Aujourd’hui nous avons aussi ces supplétifs du Pouvoir que sont pseudo-experts, « intellectuels » médiatiques envahissant quotidiennement, squattant en continu les écrans qui sont au cœur du lien social. Guère besoin de faire l’inventaire de ces Soldats, leurs noms nous reviennent avec leurs armures, leurs activités nous sont imposées sur les écrans, leurs sons et images (des Grandes Gueules aux 20heures de TF1, des émissions de Pujadas à celles de Ruth Elkrief, des colonnes domonicales du JDD à la propagande de leur partenaire France Info). Une cinquantaine d’entre eux occupent les scènes des opérations (de Propagande). J’ai obseervé ces experts, intellectuels médiatiques, toutous du Système, rebelles de Droite et d’extrême-droite, provocateurs dans le bocal, gros paresseux derrière les murs de leur Citadelle, vieillards increvables ou jeunes loulous trentenaires, femmes assujetties si heureuses d’arriver aux sommets : tous, ils sont tous bouffis d’orgueil, pleins de morgue et de mépris, gonflés d’une pseudo-notoriété qui les rend ivres et hargneux (sans se douter de la haine qu’ils suscitent).

Voilà les Soldats du Règne Macron.

Ayons toujours une pensée pour eux. Dans les rues du 5 décembre. Aux carrefours jaunes. Dans nos analyses et dans nos traits d’humour féroces.

Solitaire, solidaire.

Nous savons encore mieux d’où ils viennent, d’où ils sont, d’où ils affutent leurs flèches : ils sont dans le camp du Préfet de Police.

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(1). Flaubert écrivant à George Sand sur les Communards : « Quels sauvages ! C’est la dernière manifestation du Moyen-Âge. Je trouve qu’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer toutes les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats… On est tendre avec ces chiens enragés ». Aujourd’hui, nous avons Christophe Barbier glorifiant Thiers, Luc Ferry et cette Grande Gueule de RMC appelant à tirer sur les gilets jaunes et les « racailles » de banlieue. Sans oublier les refrains de Souchon, Renaud, Lavilliers et consorts à genoux devant le Prince.

Deux livres à ne pas manquer.

Hasard objectif ? Je ne sais. Toujours est-il que je suis allé commander ces deux livres récents, à peine parus, chez mon librairie. Le premier, non publié par une Maison d’édition française, intitulé « Operation Macron » d’Eric Stemmellen (« Place Publique » en Belgique) et le second, celui de l’historienne Annie Lacroix-Riz sur la « Non-épuration » (Armand Colin) qui montre – entre autres choses – à quel point l’appareil d’Etat pétainiste (Justice, Police) et le personnel économique (grandes entreprises collaborationnistes) ont perduré après 1945.

Sur ce double achat, je n’avais pas du tout eu conscience que l’un pouvait s’expliquer par l’autre et qu’il y avait, entre les deux, des liens ténus et des correspondances. Ainsi va la pensée-bibi au travail : je tombe dans une sidération première puis je commence très confusément à pressentir que tout se tient. Ensuite, mettant alors un peu de cœur à l’ouvrage (ici aux deux), je perçois de plus en plus précisément les ramifications historiques qui vont de la Seconde Guerre à l’époque Macron. J’en arrive alors à voir se lever en moi un peu de lumière sur le monde qui nous modèle, qui nous entoure et nous étouffe. Oui, dans le cours de ma double lecture, tout à coup quelque chose s’ouvre parce que mis en lumière. Fiat Lux. Ondes merveilleuses de la Connaissance qui vivifient notre présence (combative) au Monde.

En contrefeu, je n’insisterai jamais assez à quel point mon esprit s’enkyste, s’anesthésie, perméable – à mon esprit et corps défendants – devant ce qui est, devant ce qui arrive. Je parle du déferlement de cette propagande, de ce pilonnage quotidien de la classe dominante et de ses supports mediatiques.

Cette fabrication du Réel est comme une énorme vague incessante, quasi-impitoyable sauf que, comme souvent, ce qui me «sauve» c’est justement de tomber sur ces précieux éclairages livresques. La lecture de ces deux ouvrages (le second est en cours) est à la fois impitoyable (pour mes idées reçues) et bienfaisants (pour ma réflexion présente). N’étant pas nouveau venu dans la compréhension de l’histoire de l’ascension de Macron (1) ni dans celle de la seconde guerre mondiale (2), j’ai toujours les yeux étonnés (voire effarés) devant ce que j’ai partiellement oublié et qui me revient alors heureusement aux rappels de ce qui est en surface de ces pages.

PAGES : celles particulièrement d’« Opération Macron » ou je découvre de vieux noms connus (importance cruciale de Jean-Pierre Jouyet, de la Kommandantur Drahi-Niel-Arnault-Bouygues-Dassault-Bolloré) mais aussi des noms de ces hommes et femmes de l’ombre indispensables pour péréniser l’Ordre économique voulu par le MEDEF, son personnel politique et les «associations» très influentes à son service.

Citons ces hommes et femmes. Citons-les pour qu’on les situe et qu’on les grave dans nos têtes lorsqu’on les croisera en radio, en TV, dans la Presse : Serge Weinberg (Accor, Sanofi, p.18), Maurice Lévy (Publicis, p .21), Claude Bébéar, Henry Hermand, Bertrand Collomb (Lafarge), Jean-Pisani-Ferry (CERC, p.33), Etienne Gernelle (p.41), Denis Pingaud (p.43), Laurence Boone, Anne Descamps, Gilles Finchelstein, Ismaël Emilien, (p.64), Olivier Mongin, Thierry Pech, Eric Le Boucher (p.65), Florence Parly (p.68), Patrice Caine (p.82), Michel Combes (p.101), Pierre-Antoine Capton (Mediawan/C dans l’Air, p.126), Christian Dargnat, François Sureau, Gabriel Gaultier et Adrien Taquet (Agence « Jésus et Gabriel p.133), Catherine Barbaroux (p.136), Peter Thiel (Pay Pal, p.139), Edouard Tétreau (p.159), Jean-Marie Girier (Mairie de Lyon, p.161), Pierre Hellbronn et Ariane Amson (p.161), Olivier Pécoux (p.163), François Logerot ( Commision des Comptes de campagne, p.171), Rosine Lapresle (Medef, p.146) et Robert Leblanc (Medef, p.173), Clara Gaymard (p.183) et Renaud Dutreil (p.183), Christian Déséglise (HSBC, p.183), Jean Riachi (BanqueFFA, p.194), Emmanuel Bonne (Ambassadeur Liban, p.192), Didier Casas (Bouygues Telecom, p. 198).

Et gravons aussi les noms de ces Organismes qui ont soutenu Macron jusqu’au délire religieux et « laïque » :  la Fondation des Bernardins, l’Institut Aspen France, Cercle Turgot (p.97), Liegey Muller Pons (Agence de com, p.157).

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Dans le livre d’Annie Lacroix-Riz, on voit les hypothèses de ses livres précédents à nouveau fondées. Et de la plus belle de ses manières habituelles (via les sources allemandes et françaises incontournables). Sources policières qui montrent une nouvelle fois que la Résistance ne fut pas une force d’appoint aux Américains arrivant en France le 6 juin 1944, ne fut pas un « bonus » au débarquement mais qu’elle a eu un caractère militaire décisif. Avec sa composition essentielle, celle des FTP sur laquelle l’historiographie officielle fait aujourd’hui l’impasse totale ou outrageusement partielle.

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La non-épuration concerna les milieux de la Magistrature, milieux qui gardèrent les mêmes têtes que celles qui avaient officiées sous Pétain. Une magistrature qui usa principalement de désaisissements et de fausses exclusions pour étouffer les affaires et les saloperies des Collaborateurs, zélés protecteurs de Vichy. Bien entendu, ce fut une période (1943-1950) où l’on fit croire que tout allait changer pour que tout demeure, période qui s’alimenta de ré-écriture de l’Histoire. Cette dernière se prolonge plus que jamais aujourd’hui. Elle se traduit par un Macron continuant de célébrer Pétain, par une Ministre de la Culture, Mme Nyssen, poussant à la glorification de Maurras (oubliant qu’il fut antisémite). Ces réhabilitations scandaleuses se nourrissent des nombreux pseudo-documentaires télévisuels, des fictions doucereuses autour de ces années, du bla bla bla des Historiens dominants (d’Olivier Dard à M.Wiewiorka) voulant nous faire avaler le concept introuvable dans les archives d’une résistance à Vichy (Les « Vichysto-résistants« ) et nous faire croire lamentablement à l’appui de la Gauche à la Collaboration (oubliant qu’il s’agissait d’une gauche qui s’appelait SFIO, CGT réformiste d’alors, d’inflitrés syndicaux payés dès 1930 par le grand patronat et non du PCF interdit).

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Les liens et les correspondances entre les deux époques traitées par ces deux livres m’ont frappés :

  1. où l’on voit les rapprochements bien avant la fin de la guerre entre Vichy et les Américains (qui haïssaient De Gaulle), liens qui perdurent plus que jamais entre l’Amérique de Trump et de Macron. Rappelons qu’un des seuls «diplômes» de Macron fut celui qui lui fut remis par la French American Foundation dès 2012 comme «Young Leader».
  2. où l’on entend Nicole Belloubet parler de « MES PROCUREURS » et où l’on se rappelle ceci (p.212 de l' »Opération Macron »), à propos de celui qui trône au plus haut poste du Parquet d’aujourd’hui : François Molins.

Nous sommes bien en concordance avec ces années 20 et 30, comme le souligne… Macron. Nous sommes en régime autoritaire jamais vu depuis 1945, régime où l’on juge et l’on envoie en prison un homme de 22 ans qui avait volé un fromage de chèvre (cinq à huit mois demandés) pendant que les affaires de Sarkozy et Balladur sont quasi-entérrées ou pas même amorcée (comme celle sur le pédophile Epstein qui résidait pourtant en France). Ajoutons-y les attaques macronistes (judiciaires) contre le Magistrat d’Anticor (ce mercredi 18 sept), les implications prouvées de Richard Ferrand, de François De Rugy, d’Alexandre Benalla dans chacune de ces trois affaires. Soulignons encore que ces trois scandales restent – pour les chiens de garde du Pouvoir – des affaires inventées par les méchants gilets jaunes et par les vilains Rouges qui auraient gardé depuis Octobre 1917, un couteau entre les dents.

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(1) J’ai déjà lu, les reprenant et m’y référant souvent le « Crépuscule » de Juan Branco, le livre de Marc Endeweld, celui de Denis Robert et Catherine Legall, celui de Mathias Reymond et suis aussi assidu aux articles d’Acrimed, aux entretiens et aux billets d’Alain Accardo.

(2) Je recommande les livres sur la période 30 à 1945 d’Annie Lacroix-Riz, une historienne insultée, honnie, censurée, interdite de colloque et d’invitations de toutes sortes par les Medias dominants, traitée de « complotiste » et de « stalinienne ». En complément, rendez-vous sur ces deux derniers récents entretiens éclairants, l’un au Media TV et l’autre au QLibre.

SOUTIEN à « Crépuscule ».

« Prends un livre, c’est une arme ». (Lénine).

Je ne connais pas Juan Branco mais je connais son texte Crépuscule.

Je l’ai lu, je l’ai relu attentivement.

Parallèlement à ma relecture, j’ai vu arriver des attaques directes et indirectes sur son travail. Des attaques incroyablement violentes de la part de ceux qui voient un crime de lèse-majesté dans la façon de rapporter ce que la plupart des Medias ont caché pendant la période pré-Présidentielles 2012-2017, période où a été construit le candidat Macron. Normal.

Mais il est des critiques virulentes qui étonnent grandement lorsqu’on s’aperçoit qu’elles proviennent de gens qui se classent eux-mêmes à gauche (dans cette gauche, j’évacue Place Publique, Génération Hamon et autres partisans de cette seconde gauche qui nous a fait tant de mal et causé tant de souffrances).

Crépuscule connaît une énorme résonnance. Un tel succès en librairie ravive les rancoeurs de toutes sortes principalement de ce monde intellectuel où les livres – par exemple – de ces fractions dominantes et dominées composées d’experts, de sociologues, de juristes, de « grands » journalistes, de politologues, de politiques, de philosophes ne connaissent pas un aussi grand succès. Après reflexion bourdieusienne, faut-il être surpris ? Non. Dans ce champ-là, le discours qui cherche une légitimité, qui cherche à l’imposer, qui l’impose, est un enjeu de luttes au couteau ininterrompues.

« Crépuscule » ne parle pas des Gilets Jaunes. Seul Denis Robert dans son introduction les évoque mais sans s’y arrêter. Interessant que Denis Robert honore ce livre par sa préface car, lui aussi, a connu les déboires et les attaques absolument dégueulass (oui j’écris « dégueulass ») de tous bords, particulièrement là aussi, de la part de ceux qui voient rouge (ou rose) aujourd’hui au simple nom de Juan Branco. Bien entendu, ici, je rappellerai le nom d’Edwy Plenel du Monde (pour Denis Robert) et d’Edwy Plenel de Mediapart (sur Juan Branco). Ici un a-parté : dans un domaine proche (l’Histoire), je fais revenir ici – pour m’en montrer aussi solidaire – les travaux d’une grande, d’une très grande historienne travaillant sur l’époque 1920-1945, Madame Annie Lacroix-Riz, elle aussi vilipendée comme jamais, ostracisée de tous côtés.

L’exemple Laurent Mauduit de Mediapart.

Ce livre, « Crépuscule », met en une rogne incroyable un journaliste aussi estimable que Laurent Mauduit (j’écris estimable pour son remarquable travail dans son livre « La Caste »). Dans Crépuscule, page 72-73-74, Juan Branco parle de la tiédeur des gens de Mediapart lors de l’entretien du 6 mars 2017 dans leurs questions au candidat-invité Macron. Laurent Mauduit (notez bien, ce sont ses mots) se considère comme un « soutien critique » au Président. Et le voilà insultant Juan Branco, via un tweet, le traitant de « complotiste » en  évitant de revenir sur l’hypothèse émise par l’auteur de Crépuscule et d’y répondre.

Une hypothèse parmi d’autres.

Pour expliquer cette « timidité » de ce soutien critique de Macron dont se prévaut Laurent Mauduit lors de cet entretien capital, Juan Branco émet un ensemble d’hypothèses dont l’une est la suivante (je cite p.72) : « Serait-ce parce que la conjointe de l’homme chargé d’étudier la caste chez Mediapart, Laurent Mauduit, avait jusqu’en 2017 le poste de Directrice de communication dans l’un des groupes où Mr Bernard Arnault détenait ses plus importantes participations, Carrefour et que l’on n’en avait rien dit ? » Il suffisait à Laurent Mauduit de répondre tranquillement et de rétablir sa vérité. Parce que ce silence me chiffonait, j’ai envoyé un tweet sur le réseau social Twitter pour demander à l’abonné Laurent Mauduit (et à sa femme) une simple explication. Une réponse ? Que nenni. Pour toute retour, j’eus droit à un « je ne parle pas à un anonyme » et au qualificatif insultant de « complotiste » adressé à Juan Branco sans argumentation. Dialogue impossible. Bonne soirée donc, cher Laurent et fermez le ban.

Je ne suis pas tout seul à attendre la réponse à cette question citoyenne.

 Je ne connais pas Juan Branco mais je connais son texte Crépuscule.

Je resterais sur ce texte en demandant aux gens qui l’insultent ce qu’ils ont à reprocher à un témoin qui décrit dans le détail – avec preuves – le fonctionnement de la classe dirigeante pendant cette période-là. Comment n’applaudissent-ils pas à ce livre qui vient dire de l’intérieur ce qui s’est passé dans cette collusion politico-économico-mediatique, cachée au grand public, collusion qui a porté Macron au pouvoir ? Pourquoi ne sont-ils pas en soutien de Juan Branco lorsqu’il détaille le rôle de Jouyet et ceux – solidarité de classe oblige – des Arnault, de Mimi Marchand, du jeune loulou Attal, lorsqu’il insiste sur l’importance de Sciences-Po Paris, ce panier de
crabes, à genoux devant les pouvoirs (Sarko-Hollande-Macron) ? Rappel: personne n’en avait fait cas auparavant. Comment ne pas féliciter celui qui a pris des risques de recevoir les insultes ahurissante en nombre de sa classe ? Comment ne pas s’insurger des attaques de cette intelligentsia de gauche qui a, pourtant ici, un témoignage de première main ? Une explication ne serait-elle pas que beaucoup de ces insultes oscillent entre l’ouvrièrisme et la rancœur petite-bourgeoise ? On se pare de solidarité avec les exploités en mettant en avant cette critique de l’appartenance de classe de Juan Branco et ainsi pouvoir tranquillement le défoncer. Misère de l’analyse.

Je me prononce ici en solidarité totale avec Juan Branco sur son texte. Texte précieux. Texte explosif qui réjouit bon nombre d’entre nous, syndiqués CGT, engagés France Insoumise, citoyens de gauche. C’est un travail qui aide à la compréhension des mécanismes du Pouvoir. « Crépuscule » démonte implacablement ce pouvoir qui a joué d’intrigues de bas-étage pour porter au sommet le plus violent des Présidents. Disqualifions donc tous ceux/celles qui s’en prennent à Juan Branco en faisant l’impasse sur ce qu’il écrit, qui disqualifie l’auteur en reprenant des mensonges et des vérités sur d’autres questions actuelles, non présentes dans le livre. Qu’attendre des arguments portant sur sa personnalité, sur sa psychologie (un « ego surdimensionné »), son origine sociale bourgeoise (voir celles d’Engels et Marx SVP) ? Rien. Haussons les épaules : un rictus sarcastique suffira.

Je ne connais pas Juan Branco.

Alors une idole, Juan Branco ? Bien sur que non. Car mes désaccords – hors Crépuscule – sont forts.

Sur la CGT, il y a un désaccord à critiquer uniment la CGT dans la bataille. Perso, ce syndicat – bon an mal an – est un soutien indispensable aux luttes. Mais doit-on, dans le même temps, ne pas s’interroger sur son Secrétaire Philippe Martinez incroyablement silencieux à propos du plus grand mouvement social depuis 1945 ?

Sur les Européennes, je suis en total désaccord avec l’auteur de Crépuscule qui prône non pas l’abstention (perso, je soutiens la France Insoumise en sympathisant – sans aveuglement) mais le retrait pur et simple de l’élection.

Bourdieu disait que notre liberté venait de notre appropriation des instruments de connaissance que les sciences sociales nous apportent, que notre responsabilité était de nous emparer de tout ce qui peut aider à éclairer les agissements de la classe dominante pour la combattre. La lecture de Branco par exemple sur l’ascension de Gabriel Attal, couplée avec les repères sociologiques de Bourdieu, est un éclairage indispensable. C’est en effet le premier coup de projecteur  sur cette jeune génération qui va, dans les prochaines années, nous en faire baver. Mieux vaut connaître nos adversaires de fond en comble, non ?

Ne laissons pas insulter Juan Branco qui – de sa place sociale – a cotoyé tous ces branquignols qui nous gouvernent plus que férocement. Il nous a fait partager son expérience unique, si unique que la classe qu’il dénonce a voulu collectivement censurer son témoignage. D’une censure jamais vue. Oui, Juan Branco a publié un livre dont il peut être fier.

Et soyons fiers de l’avoir lu, de l’avoir prêté à des amis, de nous en servir dans nos argumentations et dans nos luttes.

Un visiteur dans l’Allier : Philippe Pascot, gilet jaune.

Ils ne viendront pas poser leurs caméras et ouvrir leurs micros ici.

Ici ? Tronget, un petit village rural de 900 habitants avec un Maire qui a mis à disposition sa petite salle des fêtes où plus d’une centaine de personnes se presse pour une soirée de résistance, de débat et d’échanges organisée par les Gilets Jaunes de l’Allier.

L’invité ? Philippe Pascot.

Philippe Pascot, auteur de Pilleurs d’Etat, livre où il mettait en lumière les abus légaux de députés, de parlementaires et autres élus de tout bord. Précisons de suite que, dans cette soirée, le «tous pourris» fut rapidement évacué via une intervention du Maire de Tronget expliquant son travail de proximité, représentant là – in vivo – un des exemples de cette France qui se rend digne de la formule « Liberté, Egalité, Fraternité« . De son côté, Philippe Pascot rappellera que la corruption est de plus en plus forte à mesure qu’on monte l’échelle politique. Il soutiendra aussi sa grande idée, celle d’une inscription dans la loi d’un casier judiciaire vierge pour tout candidat à une élection. Ce qui n’est pas gagné même avec les 240.000 signatures sur la pétition qu’il a lancée il y a 4 ans.

Après une entrée en matière de Brigitte, gilet jaune venue de Clermont-Ferrand qui parlera avec précision du RIC et des perspectives de constitution d’Ateliers Constituants, ce fut le tour de Jules, professeur de Droit qui expliquera les méandres pour arriver à créer et à appliquer de nouvelles lois non liberticides. Devant une assistance attentive, nous étions plongés dans une vraie éducation populaire avec des questions et des échanges fructueux.

La verve de Philippe Pascot, ses exemples factuels, tous vécus, tous vérifiés, feront le reste. Il citera nombre d’épisodes tirés de ses livres qui – il y insistera – comportent des preuves inattaquables.

De nombreux sujets lancés via des questions pertinentes furent abordés. Celle de la transparence Comment y arriver avec le Pouvoir en place ?») vint en premier, suivie de celles portant sur la modification de la Constitution, des violences policières, du futur des Gilets Jaunes (évocation du rassemblement à Saint-Nazaire). Philippe Pascot interviendra pour dire les difficultés rencontrées lors de sa participation aux manifs. Ainsi en se rendant à Paris, il fut arrêté X fois sur 50 kms alors que les hommes cagoulés de noir débarquant en gares parisiennes se déplaçaient sans problème. Il rappelera aussi que, lors de ce 19 mars, tout fut organisé pour que les cortèges de Gilets Jaunes ne rejoignent pas celui de la grande manifestation pour le climat etc.

Les Chaînes.

Une intervention émouvante sur les conditions de travail d’une travailleuse dans les Ehpad et les Cantu (Alzheimer) remua les personnes présentes. Du Linky au vote pour les Européennes («Pour mettre une claque à Macron, allez voter ! Pas une voix pour lui, pour qu’il ne plastronne pas après les élections»), on tenta de cerner au plus près les sujets les plus importants.

L’un des points majeurs que Philippe Pascot aborda, porta sur nos gestes de résistance quotidienne, faciles à appliquer, à inventer. Il rappelera que c’est souvent aussi par notre passivité, nos exigences infondées, nos gestes d’égoïsme que nous participons à notre propre asservissement. Pourquoi se précipiter par exemple dans les grandes surfaces pour payer aux caisses sans employé(e)s, sachant qu’à brève échéance, il y aura une liquidation du personnel et sa mise au chômage. Il se désolera aussi des ré-élections de députés corrompus (alors que la corruption avait été avérée et connue de tous), il ciblera notre mode de vie qui veut mettre un iphone dans les mains d’un enfant de trois ans avec des parents tout fiérots qui s’en félicitent.

Dans ces moments-là, Philippe Pascot rejoint les analyses d’Alain Accardo qui, lui aussi, déplorait qu’«à cause de la déformation économiste-objectiviste de l’analyse marxiste (…) on avait pris l’habitude de considérer la dimension morale de la lutte des classes comme seconde et donc secondaire par rapport à la lutte économique et politique, quand on ne la récusait pas purement et simplement comme expression d’un subjectivisme volontariste».

Ce désir de changements souhaité par une majorité de français ne pourra se faire qu’avec une prise de conscience personnelle de chaque citoyen de ce que le sociologue Norbert Elias exposait en parlant de «combattre les ferments d’inhumanité que le système temps à développer en chacun d’entre nous». Combat, bataille sur le terrain de la morale personnelle qu’il nous faut ensuite traduire en actes. Par exemple lutter contre notre fuite en avant productiviste, nos caprices, nos lubies, nos fétichismes touchant au «progrès», notre addiction à la télé allumée sur Hanouna ou encore à nos achats en pleine connaissance de cause de beaux ballons de foot 1998 fabriqués par des enfants du Sud de l’Inde touchant deux euros/mois.

Donc résumons : 1. du boulot à l’externe (occuper les carrefours, inventer de nouvelles formes de résistance collective etc). «Notre force, c’est le nombre» insistera Philippe Pascot tout au long de ses interventions.

2. Du boulot à l’interne, douloureuse ascèse. Du travail sur soi, ses gestes, son rapport au monde, luttes dans notre «for intérieur» pour faire naitre un nouvel art de vivre. Art de vivre où la liberté ne se confonde pas avec la licence et «où la maitrise de soi et l’autodiscipline se confondraient avec l’esprit civique et le respect des autres» (Accardo).

Beaucoup se tromperaient en ne voyant ici qu’exagération ou morale débile. Ce sont des passages nécessaires qu’il faut emprunter – avec sérieux et sans tiédeur – pour lutter contre cette machine tentaculaire qu’est le Capitalisme qui nous enrôle et veut nous enchaîner à chaque instant.

Du boulot, beaucoup de boulot nous attend.

Et même si je ne suis pas forcément d’accord avec certaines optiques de Philippe Pascot (le vote blanc, son rapport à la Gauche trop vite assimilée à la gauche socialiste etc), je le remercie d’avoir si bien illustré le combat des Gilets Jaunes ce soir-là devant une assemblée fournie, le tout avec sa verve, ses expériences de vie concrètes et ses dénonciations.

Let’s Tweet Again.

Un petit relevé des tweets de la quinzaine.

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Bouteflika ne se représentera pas. Une bonne chose : c’est le résultat des manifestations inédites en Algérie. Bien sur, tout n’est pas réglé mais permettez que je m’en réjouisse et que je sois en léger désaccord avec ceux/celles qui disent se méfier en restant sur la réserve. Tout recul obtenu grace à la lutte collective élève le niveau de conscience du populo, fait aussi entrer dans le combat des couches sociales jusqu’ici silencieuses. Cette avancée restera dans la mémoire du peuple algérien. Tout comme ici les luttes et les manifestations hebdomadaires des gilets jaunes. Et de cela, les Medias dominants français ne veulent surtout pas en parler et en entendre parler.

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Il y a 8 ans, Fukushima. Célébrons cet anniversaire.

Restons encore au Japon avec le Camarade de Renault, Carlos Goshn. Son avocat, voulant que la sortie de prison se fasse en catimini, eut l’idée que le Boss se déguise en… ouvrier. Voilà qui a motivé ce tweet.

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L’affaire Tapie arrive enfin sur le marché de la Justice. Ici, je me suis souvenu de cet entrefilet du Canard Enchaîné qui parlait de ce Noël 2006 au Dorint Atlantic Hotel d’Agadir (Maroc) où Tapie, André Guelfi, Hortefeux et JF Copé s’étaient réunis pour causer Crédit Lyonnais. 2006!

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Les émissions ( C’est Dans l’Air et C’est à Vous) sont des carrefours obligés pour entendre causer Politique à la TV. Nul besoin pour moi d’écouter ces professeurs/sondeurs/editocrates libéraux autour de Caroline Roux, d’Ali Baddou ou d’Annie-Elisabeth Lemoine. La pensée Unique, on connaît. Par contre ce qu’on connait moins et qu’il me faut répéter à longueur de tweets, c’est leur sponsors sur lesquels ils se taisent bien entendu. Lagardère pour C’est Dans l’Air et Niel/Pigasse pour C’est A Vous.

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Sur les radios, c’est la même chose. Alors, répétons (Oui, oui, c’est notre Propagande à nous !) : Sibyle Veil, patronne de Radio-France est une sarko-macroniste, Vincent Giret, directeur de France-Info en est un autre (voir ses tweets pendant la Campagne présidentielle 2017). Ces groupies de Macron utilisent notre argent – via redevance – pour signer des contrats dont sont exclus nombre de titres de Presse et d’entreprises. Une fois encore, on ferme la porte à la diversité, à la Démocratie.

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Un mot, un tweet, sur les incroyables agissements de la Police de Macron / Castaner.

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Une nouvelle passée inaperçue de la part de la Cellule d’Investigation de France Inter, si prompte à sauter sur Mélenchon. Silence de Mediapart (Plenel se vengeant de Denis Robert ?). Voilà donc cet entrefilet posté sur le FaceBook de Denis Robert (dont je vous conseille le livre « Les Prédateurs »). De quoi pourtant aller enquêter, non ?

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La vie ne saurait être vivante et belle sans un peu d’humour (politique).

… et, bien sur, comment ne pas finir avec un brin de poésie ? De ce brin qui célèbre ici magnifiquement – envers et contre tout – le rire.