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Un matin comme tous les autres.

Oui, un matin comme tous les autres. Yeux dans le brouillard. Ciel coloré exceptionnel. Voilà mon début de matinée sur les Ondes (Europe 1, France Culture) et sur l’écran Twitter. Comme tous les autres ? Non, car il y eut un délicieux débat (France Culture !) entre Henri Maler, calme, offensif, incisif et Laurent Joffrin, pauvre chien de garde de la Niche Drahi.

Un matin comme tous les autres ? Oui et non : où l’on apprenait que la fachosphère avait inventé les viols et les agressions de Migrants à Francfort et Cologne.

Et comme tout finit par des chansons pas comme toutes les autres. Ce sera Etienne Daho.

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Les humeurs automnales de BiBi

Cette semaine, BiBi a navigué au pifomètre entre les journaux, les hebdos, les tweetos et de drôles de cocos.

Richard Millet : escroc littéraire, danger politique.

Richard Millet est à l’honneur dans nos journaux, magazines et blogs littéraires. Fasciné, il vient de faire paraître deux livres dont l’un fait l’apologie littéraire du gentil garçon blanc norvégien Anders Anton Breivik. BiBi fait son autopsie.

Ils pensent, ils s’activent.

Christine pense et s’active.

Il y a peu, Christine Lagarde avait lancé devant un parterre de députés UMP: «C’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant, retroussons nos manches».

Le 4 septembre, le JDD rapporte que, depuis Washington, la Dame du FMI podcaste Les Matins de France-Culture, l’émission assurée par le prolétaire de LVMH Hubert Védrine et le Camarade bruniste Raphaël Enthoven. Bah ! L’important est de raconter tout et son contraire. L’important est aussi qu’Olivier Jay, rédacteur en chef du JDD de Frère Lagardère ait suffisamment de bousin pour faire pousser les roses normandes de Madame (Lire ici) et vendre sa feuille de chou.

Villepin s’active et pense.

Il y a peu, Dominique De Villepin s’activait pour faire «du lobbying en faveur de la Bulgarie» comme l’avait dit un jour Eva Joly de façon énigmatique sur France-Inter (Lire ici : «Dominique au goût bulgare»). Le programme de Dominique continue d’être très chargé. Monsieur CPE s’est retiré de la course 2012, se couchant devant Sarkozy. Il a compris qu’il n’y avait pas de salut hors l’UMP et qu’il fallait attendre 2017. Il s’active donc : bronzant sur les plages tunisiennes pour nous faire croire à sa puissance de feu, tentant de négocier n’importe quoi avec n’importe qui sur la Libye, téléphonant à son ami Nicolas pour en causer. Enfin ce vendredi 2 septembre, il est allé au Restaurant Le Stresa  pour faire une bonne bouffe avec le bon gars Ali Bongo et l’Auvergnat Alexandre Djourih.

Isabelle ne doit pas s’activer.

Tête de liste aux sénatoriales dans les Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi n’a pas osé lancer à Isabelle Balkany : «Casse-toi, Pauvre conne». Il lui a juste dit : «Ferme ta gueule».

LaureAdler regrette de s’être activée.

Anne Sinclair fait peur à «tout le monde» (ce «tout le monde» recouvre évidemment ce «petit monde parisien» qui squatte les antennes et les écrans). Principale visée, la pauvre Laure Adler qui aurait dit beaucoup de mal à la pauvre Madame Anne. Poltronne, Laure s’est excusée pour tout le mal qu’elle a fait. Laure Adler, vous vous souvenez ? C’est cette dame qui, à France-Culture, avait licencié sans peur le chroniqueur Michel Benasayag pour des raisons politiques. (Lire ici)

Les Conseillers Com de l’Elysée pensent.

Frank Louvrier s’active et multiplie les cours de Com’ à tous les perroquets UMP. (Rappel : une heure = 15.000 euros). Bruno Lemaire, Thierry Mariani, Claude Guéant et tutti quanti reprennent en chœur la Mélopée du mépris envers François Hollande.

Le refrain de la Chansonnette commence inévitablement par la question : «Vous le voyez etc… ?» Exemples : «Vous le voyez Hollande, aller au G20 et arracher la taxation des flux financiers ?» dit l’un. «Vous le voyez à Benghazi ?» conclut l’autre. Tra la la la lère…

Pour être complet, lire aussi :

Le Blog est une rencontre risquée, un malentendu fécond (réponse à Raphaël Enthoven).

Bon, c’est entendu : un blog n’est pas une œuvre d’art. Mais en avoir créé un, l’alimenter nous rapproche de ce point vif de la création. Pour BiBi, il est même Création continue. A un point tel qu’il s’efforce de le rendre vivant, vivable, visible, transmissible, c’est-à-dire partagé.

La mise en ligne d’un billet est comme la mise au monde : elle s’accompagne de jouissance et de douleur. Douleur et Attente : qu’en pensera l’Autre ? Cet autre prêt à piétiner votre jardin narcissique, cet autre qui répondra, qui sortira sa langue de vipère, qui vous fera sortir de vos gonds ou qui jouera de flatteries pour mieux vous faire taire, qui vous aimera – pourquoi pas… ?

C’est une rencontre risquée, attendue dans le tremblement et la violence du calme.

Et c’est souvent un malentendu fécond.

Dans sa réponse à Guy Birenbaum, Raphaël Enthoven a cette phrase impossible pour BiBi. Il parle de son approche des blogs : « Seulement voilà, en ce qui me concerne, je n’y trouve jamais CE QUE JE CHERCHE – donc je ne cherche plus » écrit-il.

Monsieur Enthoven SAIT donc déjà ce qu’il cherche AVANT même de se lancer sur le Net. Colère enfantine suivra, le voilà trépignant, n’obtenant pas ce qu’il veut. La conclusion est logique, définitive et aberrante : «Je ne cherche plus, na !».

Imperméable à la Surprise, à tout Étonnement du Sujet, à l’Inédit, Monsieur Enthoven se fait donc hara-kiri, refusant toute métamorphose, se fermant à cette part étrangère à lui-même, inconnue de lui-même.

Il reste ignorant de l’espace que produit une Rencontre et fermé à ce lieu d’être, à ce territoire de jeu, de mouvement, de fantasmes, à cet espace de transferts et de passages.

S’ouvrir aux blogs est aussi un appel singulier (pas «égoïste») à un peu d’air frais quand on suffoque, à un peu d’air chaud quand on est prisonnier du froid et du givre. Cet appel n’est pas un hameçon qu’on lance car on peut n’avoir au départ nulle idée du «poisson».

La gageure pour BiBi, c’est qu’on ne sait pas ce qu’on cherche, puisqu’on cherche aux limites d’un Savoir, aux confins d’espaces habités, aux frontières de pays manufacturés et de paroles trop souvent rabâchées. On cherche ce qu’on ne sait pas et souvent à notre insu. On cherche d’ailleurs l’Insu, pour ne pas trop y tomber aussi. Nulle envie d’être déjà tout entendu. Nul désir d’être – a contrario – (comme) cet enfant jamais entendu qui ne peut pas appeler.

Le Blog est un Appel (pas forcément appel au secours, pas forcément « égoïste« ), un appel – pour une part – de reconnaissance, d’existence, de reconnaissance a minima d’existence. Monsieur Enthoven, vous qui aimez citer en abondance les auteurs (Ah, ce désir d’intimider votre lecteur ! Et je te cite du René Char, du Leibniz, du Michel Serres en 20 lignes : chapeau !), voilà ce que disait simplement Michel Leiris :

«On écrit pour être aimé».

Et on écrit aussi pour aimer, rajouterait un BiBi à la fois espiègle et inquiet.

«Internet n’est le lieu ni de l’échange ni du désaccord, mais du consensus, de l’unanimité et, donc, de l’invective et parfois du lynchage ». Vous avez presque raison. Et ce «presque» vous donne tort. Vous ratez cet enjeu de bloggeur et de lecteur de blog : vous évitez la rencontre risquée en terrain vague, vous refusez les malentendus féconds.

BiBi vous laisse à vos Chemins de Sûreté : allez donc reprendre possession de vos terrains sécurisés et balisés de la Connaissance (chaque matinée sur France-Culture).

Après tout, tant pis pour vous.