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Y en a marre : un dimanche matin sur France Inter.

Ce dimanche matin, l’antenne de France Inter avait Alexis Levrier (1) comme invité d’honneur.

Il venait parler des relations entre la Presse et les Politiques. Il disserta sur la vampirisation de Bolloré. Fort bien -c’est toujours bien de se ruer sur le bouc emissaire – mais cette ruée lui permettait, dans les temps d’antenne qui ont suivis, de nous présenter un Macron 2017-2021 sans lien de dépendance avec la Presse ! :-))

Il aurait pourtant suffi de lui rétorquer :

  1. qu’en 2016-2017 Macron avait été la personnalité politique la plus médiatisée dans la presse.
  2. que les quotidiens Liberation, l’Obs, le Monde et L’Express avaient totalisé plus de 8000 articles sur lui contre 7400 pour – tous les trois réunis – Mélenchon-Hamon-Montebourg.
  3. qu’il lui aurait fallu – à titre d’exemple – lire mon billet sur le numéro de janvier 2017 du Point-Pinault et ses 48 pages d’adulation sur notre très détestable Emmanuel.

Mais nous sommes sur France Inter et nos animateurs Jérôme Cadet et Carine Rochat ont autre chose à faire qu’à préparer sérieusement leurs dossiers.

Y en a marre de ces expertises à la con.

Voulant bien entendu continuer sa démonstration que « Non, Macron n’a pas été le candidat de la Presse », notre bel expert universitaire a décoché ses flèches. Mais demandons-nous quels sont donc les discours qu’Alexis Levrier veut disqualifier ? Le voilà d’abord qui envoie une première flèche contre le discours (supposé) des Gilets Jaunes (2) avant de décocher sa seconde en râlant contre ceux (celles) qui appartiennent à « la critique radicale des Médias » (3). Il poursuit : « Macron manquait alors [2017] de relais dans la Presse ». Défense de rire !

On pourrait lui souffler de (re)lire « Crépuscule » de Juan Branco, lui (re)dire les liens forts des deux derniers directeurs du Monde avec le candidat 2017, l’amitié de Bernard Arnault, le relais Le Point-Pinault-Lagardère, les Unes du JDD, les photos de Paris-Match, les articles du Figaro, de La Montagne etc. etc.

Y en a marre des déformations sur le discours critique.

Dans la même émission, Alexis Levrier nous ressert le même discours dans la défense (supposée) des journalistes en les globalisant (c’est tellement plus simple d’ignorer les contradictions du champ) puis il enchaîne sa démonstration via un exemple :

Ecoutons-le :  » Il suffit de voir l’attitude du journal Le Monde à l’égard de Macron. Le quotidien n’a pas hésité à lancer des affaires comme l’affaire Benalla alors même que le couple Macron a des liens avec Xavier Niel ou avec Mimi Marchand. Cela ça n’a pas empêché Le Monde de faire un travail …« 

Voilà donc notre expert qui a subtilement quitté les deux années décisives de promotion par la Presse (2016-2017) pour sauter en 2018 (année moins chargée d’enjeu évidemment). Et là, pas de bol, BiBi veille : c’est que notre expert s’arrange joliment avec le Réel. Avec cette affaire Benalla, il oublie que c’est une vidéo de Taha Bouhafs qui fit un gigantesque buzz le premier mai de cette année-là et… que Le Monde fut alors obligé – pour suivre l’énorme mouvement d’interrogation et de protestation – de faire une enquête (deux mois et quinze jours pour trouver …. un seul nom !). Oui, obligé. OBLIGE.

Y en marre de ces exemples non-exemplaires.

Pour nous présenter un Macron traitant enfin les journalistes avec bienveillance (on approche des Présidentielles. Aussi faut gommer les défauts du Maître !), notre Universitaire aux anges nous serine qu’aujourd’hui avec Macron on serait « dans une logique d’apaisement avec la Presse, ce qui contraste avec le début de son quinquennat… ça change aujourd’hui IL FAUT S’EN REJOUIR ! ».

A la rescousse, il se sert du récent entretien de La Voix Du Nord avec le Président qui a accepté de parler, cette fois-ci, sans demander à ce que l’entretien soit avalisé par l’Elysée avant publication ! Quel progrès réjouissant ! Quelle avancée !

Devant l’aura de La Voix du Nord, j’aurais quelques réticences à présenter. Voyez ainsi mon tweet en réponse à celui de Julien Lécuyer, journaliste enthousiaste du bureau de Paris. Voyez son extase devant les potiches élyséennes LREM non masquées (en particulier Castex aujourd’hui touché par la Covid malgré deux doses).

Y en a marre du supposés « tous journalistes, tous marionnettes ».

Non, cher Alexis, perso, je ne pilonne que sur ceux que je vois jusqu’à l’overdose dans les grands médias des Millardaires, hein ? Et je me range du côté de ceux sur lesquels vous vous taisez, du côté de tous ces autres (précaires, désespérés, écartés, censurés ou en auto-censure).

Les « grands » journalistes, les « grandes » plumes  n’ont pas besoin d’une ligne téléphonique directe avec l’Elysée pour écrire. Oui, ils ne reçoivent pas d’ordre de Macron car ils n’en ont pas besoin : ils ont été recrutés parce qu’ils partagent et ont intériorisé – à très peu de choses près –  les valeurs dominantes de leurs Rédactions. Pour faire plus court, je fais ici un énième rappel : celui des analyses d’Alain Accardo.

Y en a marre de ces satisfecit directoriaux.

Laurence Bloch porte aux nues sa radio. Directrice de France Inter, la voilà très impressionnée par le nombre d’auditeurs (plus de six millions). Mais, comme toujours, est tû le pourcentage de ces mêmes auditeurs qui sont satisfaits (ou non) des programmes (surtout ceux qui groupent émissions politiques et journaux 13h-19h).

Rappelons une chose simple : on peut écouter une radio (publique, la NOTRE) et suivre ses émissions même si, globalement, on ne les aime pas. L’auditeur.trice instatisfait espère toujours que sa radio publique sera enfin pluraliste, qu’il pourra écouter autre chose que les inamovibles Lea Salame, Nicolas Demorand, Dominique Seux, écouter autre chose que les économistes libéraux, ne plus partager les tris très très discutables des éditoriaux et des titres de la rédaction de Bruno Duvic ou pouvoir contester la sélection des questions du Téléphone Sonne de Fabienne Sintès. Sans compter les invité(e)s ministériel(les) qui squattent les émissions quotidiennes (7/9 Inter) et les annonces gouvernementales sur la Covid.

Une étude de Fakir montrait que sur 1080 minutes d’écoute seules 18 l’étaient pour les ouvriers-employés (soit 1,7%). Enfin, répétons-le encore et encore, la directrice de Radio-France, Sibyle Veil, est une sarko-macroniste compatible, supportrice zélée de Nathalie Loiseau (qu’elle qualifia de « femme d’exception ») comme le fit à sa suite, la Directice Bérénice Ravache, directrice de FIP (tweets ci-dessus très réels).

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  1. Impressionnants titres que ceux portés par l’expert Alexis Lévrier. Maître de Conférences à l’Université de Reims, il s’intéresse prioritairement aux relations entre journalisme et politique ! Il y a consacré deux essais, dont le dernier : Le pouvoir présidentiel face à la presse. Encore une ou deux invitations et notre expert, nouveau venu dans les grands Médias, tiendra le haut du pavé… médiatico-politique.
  2. Verbatim :  » Je pense par exemple que les Gilets jaunes étaient dans un discours fantasmé de croire que tous les journalistes étaient aux mains d’oligarques et étaient des marionnettes entre leurs mains. Cette main mise des oligarques n’empêchait pas les rédactions de conserver leur indépendance au moins relative« . Jolie ce « au moins relative, non ?
  3. Verbatim : « D’avoir dit qu’Emmanuel Macron était le candidat de la presse ça, ça vient d’une critique radicale des Médias QUI EST LARGEMENT DE L’ORDRE DU FANTASME « . On devine de quel côté radical se porte l’exaspération de ce brave expert : celle probablement de l’équipe d’Acrimed. Enfin notons qu’à aucun moment, notre Universitaire n’évoque les médias alternatifs comme Le Media TV, Quartier Libre d’Aude Lancelin ou Blast de Denis Robert.

Deux jours au Salon des Lanceurs d’Alerte.

En assistant aux deux journées si riches du Salon des Lanceurs d’Alerte à la Maison des Sciences de l’Homme, il m’est revenu en mémoire le livre de Léa Salamé qui avait fait récemment son beurre éditorial en promouvant jusqu’à l’overdose ses émissions de radio publique et surtout son livre au titre de « Femmes Puissantes » (2 tomes SVP et il paraît que… ce n’est pas fini).

Au retour du premier jour de ce Salon de La Plaine St-Denis, ce samedi soir, je suis allé chercher quelques unes de ses interviewées. Et c’est vrai que, pour beaucoup d’entre elles, c’est la Puissance qui les caractérise : là, c’est Anne Hidalgo dans toute sa splendeur et sa prédominance parisienne qui applaudit puissamment le facheux facho Didier Lallement en Conseil de Paris; ici c’est au tour de Nathalie Kosciusko-Morizet qui lâche : « Je suis une femme puissante, comme vous, comme toutes celles qui nous écoutent « . Apprécions ici la Grande Famille dans laquelle elle veut nous insérer avec ce  « je suis comme… vous » ! Pour la similitude entre elle et « nous », je renvoie les bibis à la lecture de mes deux billets qui avaient pour support l’incroyable photographie de Paris-Match de Madame en ces temps (2011) où elle servait les hommes très très… puissants (Sarkozy).

Enfumage de NKM. « Mon premier bébé c’est la politique »

Parmi ces femmes puissantes, Léa Salamé a aussi glorifié Christine Lagarde dont la vue de ces seules photos (ci-dessous) suffirait à se gausser ou… à se mettre en rage. Et mon étonnement sera encore plus grand lorsque je découvris Anne Méaux dans cet inventaire, elle sur qui j’avais écrit un billet assassin, rappelant à mon pauvre panel de lecteurs et lectrices qu’elle avait pour clients les magnats de l’entreprise (120 SVP), Benali, Wade tous deux charmants dictateurs, qu’elle appartint en son temps au parti fasciste des Forces Nouvelles et qu’on la surnommait… Eva Braun ! Je passerai sur l’inclusion de Carla Bruni dont la puissance était probablement vraie (mais peut-être pas dans sa voix de gnan-gnan).

A droite, les propos obscènes de Mme Lagarde.

Bref, j’en étais là de mes réflexions lorsque je me suis aventuré dans les amphithéâtres du Salon des Lanceurs et Lanceuses d’alerte dirigés de main de maitre par Daniel Ibanez (et son équipe). Un amphithéâtre et auditorium où je me suis installé en prêtant l’oreille à toutes ces femmes lanceuses d’alerte, incroyablement puissantes dans le compte-rendu de leur parcours. Attention, ici, nous ne sommes plus dans la même puissance salamesque, nous avons quitté les ondes radiophoniques de Radio France commandée par la sarko-macroniste Sibyle Veil.

Alors citons ces femmes si courageuses : Françoise Nicolas (voir mon billet de soutien ici de 2018), Maureen Kearney, admirable dans son combat contre l’ogre Areva, Denise Schneider qui se bat depuis plus de vingt ans dans son village de Bourg-Fidèle dans les Ardennes. Ahurissant témoignage de cette combattante contre les pollutions des sols et de l’eau de l’usine de retraitement de batteries Métal blanc. Et aussi les journalistes menacées en Bretagne (Inès Léraud et Morgan Large ou encore Brigitte Gothière de L214). Ajoutons enfin les trajectoires plus connues d’Irène Frachon (Affaire Le Mediator) et Elisabeth Borrel qui se battent, elles aussi, depuis tant d’années.

En soutien à Julian Assange.
(Avec son père, à droite)

Il faut les avoir écoutées pour avoir idée de leur infinie solitude, de leurs forces pour surmonter celle-ci, pour avoir idée de leur courage pour trouver réseaux d’amitiés et de solidarité. Leur puissance est là, toute entière, basique, indestructible. Malgré les aléas, le découragement, le désespoir, admirons à chaque fois la reprise de leur combat envers et contre tout. Elles sont bien évidemment à distance millénaire du choix des invitées de Léa Salame. Oublié l’inventaire que cette dernière a vite catalogué en « femmes puissantes » (rajoutons sans rire dans ce lot : Leïla Slimani, Marion Cotillard, Laure Adler, Line Renaud). Un choix d’élite qui vient dire la… puissance exorbitante de cette entre-soi… au service des Puissants.

Inutile de dire que je n’ai croisé ni Lea Salame, ni Laure Adler, ni Natacha Polony, ni Sophia Mabrouk, ni Fabienne Sintes à ces deux journées passionnantes et riches. Par contre, il convient de féliciter les élèves de l’Ecole de Journalisme de Grenoble (Compte Twitter @EJDGrenoble) qui – je l’espère – deviendront les relayeurs sociaux et mediatiques de ces femmes et de ces hommes. Des hommes, eux aussi puissants : citons ici Christian Chouvat, père de Cédric, le policier de Nice Ludovic Fayolle dans l’affaire Legay, Daniel Corcos sur les mammographies. Enfin haute fut la tenue des débats avec les éclairages d’Arié Alimi, de Serge Portelli, d’Asma Mhalla, d’Aymeric Monville, avec les films des cinéastes (Anne Richard, Juan Pancorbo venu soutenir Julian Assange en présence du père) et l’intervention tout simplement merveilleuse de l’écrivain-citoyen italien Erri De Luca.

Let’s tweet Again…

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Hubert Germain, résistant gaulliste, dernier Compagnon de la Libération, est récemment décédé. Comme pour en récolter quelque gloriole et quelques gains en pourcentage de notoriété, Macron est allé lui rendre hommage. Et aussitôt, l’on a entendu sur nos ondes (France Info) que notre Président avait une « posture gaullienne« . Je me demande ce qu’aurait pensé Hubert Germain de tout ce cirque, lui qui avait surement écouté l’hommage légitime du Président à… Pétain.

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Macron toujours. Omniprésent quotidiennement sur écrans et trustant tout micro qui se tend, il a présenté son plan 2030. Comme à son habitude, il a construit son discours sur des mensonges à répétition. Celui-là en particulier alors qu’en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Suisse, le salarié travaille beaucoup moins. Il m’a donc fallu traduire au plus près les pensées et les arrière-pensées présidentielles.

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Le mensonge : seconde nature du Pouvoir. Mais sur cette déclaration, c’est plus insidieux. On reconnaît le recul et, bien entendu, ce sera pour y remédier. Faites-lui à nouveau confiance et il corrigera les erreurs. Donc, il a r-e-c-u-l-é. Mais pas sa Police.

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Cette semaine, Edouard Philippe est revenu sur la scène politique avec un nouveau parti (Horizons). Un machin qui va aider Macron en 2022. A ce dernier, de faire un retour d’ascenseur à Edouard en 2027. En attendant, je suis allé revoir les captures de tweets sur l’ex-Premier Ministre. Ô surprise, on trouve les noms de deux supporters qu’Edouard et ses sbires s’empressent de cacher. Frédéric Mion, ex-directeur de Science-Po Paris, qui -dit-on- offrit une place à Edith Chabre (épouse d’Edouard) dans l’officine politique préférée du Pouvoir. Ultimes précisions : 1. Madame n’avait pas les diplômes requis pour y entrer. Et 2. le second supporter d’Edouard est tout simplement Olivier Duhamel, conseiller de Macron sur l’affaire Benalla, patron du Siècle, pédocriminel, en conversation ici avec Brigitte Trogneux-Macron.

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Marianne, le magazine de Daniel Kretinski nous offre une somptueuse manipulation avec ce tweet de promotion de Natacha Polony. Guère besoin d’en dire plus car mes lecteurs.trices ont été sondés et ils sont d’accord avec moi 99,99%.

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Je suis tombé sur un tweet d’Ariane Chemin (que j’avais défendue ici en son temps contre les insultes de Yann Moix) La journaliste du Monde relevait les transformations d’Europe1, la radio tombée dans l’escarcelle Bolloré. Une radio que je n’écoute plus depuis belle lurette, bien avant l’ère nouvelle de Bolloré. Mais c’est vrai qu’à renifler les émissions de ces derniers jours, on y a versé carrément dans le nauséabond. Mais – mauvais esprit comme je suis – cette main mise bolloréenne m’en a rappelé une autre. Une autre avec cette petite phrase du Boss…. d’Ariane Chemin.

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On sait que le Sieur Bolloré appuyera Eric Zemmour. Ce dernier continue de se présenter en victime des Médias, venant péter et répéter qu’on le censure (et le clamant haut et fort bien entendu dans… les Médias). Mais Robin Andraca a fait un récapitulatif des interventions-invitations de ce Monsieur si maltraité. Entre Unes des hebdos conciliants et émissions radio-TV, on s’aperçoit que le bouffon d’extrême-droite n’a pas une minute – hors champ médiatique – à lui.

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J’aime beaucoup la photo et le Noir et Blanc. Voilà que le premier tweet repéré ce matin-là présentait un cliché de Brigitte et d’Emmanuel Macron enlacés sur une banquette de leur avion présidentiel. Il ne m’en a pas fallu plus pour pondre en rafale ces 22 lignes…

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Comme je continue de soutenir la belle fiction offensive de Madani Alioua sur le Vichy 1940-41 (voir ici les deux billets d’entretien ) je vous dépose ici une critique de belle facture tirée d’un blog de Médiapart. Elle y dit l’essentiel et vous encourage, en ces temps de mensonges et de falsifications de l’Histoire, à vous le procurer.

Avant le « débat » Mélenchon vs Zemmour.

Juin 2020 : Mélenchon en lecture et soutien
chez les salariés de Luxfer (63 Gerzat)

Ce jeudi, BFMTV, la chaine de la honte, organise un « débat » entre Jean-Luc Mélenchon et le facho Eric Zemmour. Personnellement, je suis partagé sur « participation » ou non. Les arguments du pour ou du contre sont entendables. Mais mon avis importe peu. Puisque Mélenchon, pas né de la dernière pluie, y va, faisons-lui confiance et arrêtons les dénigrements calamiteux et les projections inutiles.

Je sais juste que ce débat ne changera pas grand-chose au rapport des forces. Le plus important étant le travail sur le terrain, la confrontation au quotidien aux arguments de l’autre, à la détermination de chacun et de chacune à tenter de convaincre l’autre égaré, le tout avec calme et détermination.

On ne peut réduire le Politique au vote pour les Présidentielles 2022. La révolution ne se décrète pas par les urnes même si le vote est un moment important, un moment qui nous renseigne sur le rapport des forces. Ensuite, il faut faire attention – en ces périodes de prégnance de l’audiovisuel aux mains des Milliardaires – à ne pas surestimer l’importance d’une présence en émission TV. Rappelons-nous ce terrible précédent : dans les années 75-85, les communistes ont pensé gagner avec le bagout télévisuel de Georges Marchais. C’était un bon client pour les chaines. Résultat : beaucoup de militants ont cru que cette présence TV ferait la différence et remplacerait pour une large part le travail sur le terrain. Le PCF dégringola alors de 22% à 3%.

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– Curieux que le mot « débat« , le verbe « débattre » soient repris uniquement dans l’acception bourgeoise (« Dernier Salon où l’on causerait... ») alors que chaque mot (le mot « débat » comme les autres) est un enjeu de luttes dans les batailles politiques. Enumérons juste quelques mots (« France », « Liberté », « Révolution », « Europe », « Réformes » etc) pour montrer à quel point la bataille politique d’aujourd’hui autour d’eux fait rage. Le mot « débat » n’a en effet pas un seul sens : il est polysémique. La légitimité de son sens dépend du rapport des forces. A lire les commentaires, on aurait presque oublié hélas qu’un « débat » pouvait avoir un sens contraire et être un… « lieu de combat ».

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– Curieux aussi qu’on s’écharpe sur le seul « débat » JLM vs Zemmour. Sûrement que beaucoup ont des comptes à régler (enfin avoués) avec Mélenchon car ceux/celles qui lui en veulent d’y aller se sont tûs en 2017. Ils n’ont jamais pensé une seule seconde à contester la tenue du débat politique d’entre les deux tours entre les 2 candidats d’alors arrivés en tête au premier tour (Macron vs Marine Le Pen). Chirac avait choisi de s’abstenir de « débattre » avec Jean-Marie Le Pen et n’avait pas essuyé les foudres de guerre des Médias. En 2017, aucune critique n’a été faite à Macron pour aller causer à ce moment-là à la fachotte ! Tout ce cérémonial télévisé était alors admis et il était passé crème ! Bizarre non ?

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– Enfin, terminons par un sourire en nous moquant gentiment de Fabien Roussel qui a repris illico l’argument « L’extreme-droite, on la combat, on ne débat pas avec elle ». Aveuglement et mauvaise foi habituelle de la Direction du PCF. C’est vrai qu’ajuster leurs lunettes pour regarder le passé n’est pas le fort de (certains) camarades (surtout ceux en haut-lieu) ! 

Alors souvenons-nous. C’était le 21 septembre 1987 (34 années pile poil aujourd’hui !), André Lajoinie secretaire d’alors du PCF était allé en guerre contre…. Jean-Marie Le Pen dans le premier duel TV organisé par La Cinq (chaine française de Berlusconi). Si Fabien Roussel lit mon billet, qu’il arrête de suite sa lecture car les justifications passées d’André Lajoignie qui vont suivre le mettraient très mal à l’aise. Relevons encore que les arguments d’hier de Lajoinie sont les… mêmes que ceux du… Mélenchon d’aujourd’hui !

André Lajoinie : « J’avais décidé d’affronter LE PEN, au début de l’été, car je le considérais comme un homme dangereux dont la propagande, l’action est incitatrice au racisme et l’antisémitisme. D’ailleurs, il a été condamné par les tribunaux pour cela… Cour d’Amiens, s’il vous plaît… Cour d’Amiens qui est le jugement suprême.
J’avais cette intention et je m’en faisais un devoir… mais les récentes déclarations que vient de faire ce personnage qui est en face de moi ne font que me renforcer dans cette détermination« .

« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés »

Qui aurait pu imaginer à quel point le libéralisme entrerait dans ce qu’on appelle l’intimité, la nôtre, celle de chacun, de chacune ? C’est la marque des temps présents : nul n’échappe à cette violence et nul ne peut ignorer à quel point cette violence du libéralisme (excusez le pléonasme) abîme, a abîmé et continue d’abîmer nos corps. Faim, fatigue, usure, dépressions, pleurs, refuges impossibles et misère : c’est cela notre lot. Lent travail, tentative de destruction silencieuse, tûe, souterraine.

Tous en sont frappés (1).

Jusqu’à présent, peu de gestes et de postures de défense. Rien n’y fait. A plus ou moins grande échelle, tous en sont touchés. Pauvres défenses : ce n’est pas en courbant l’échine, en faisant « comme si on allait retrouver le temps d’avant », en déniant, en se conformant aux injonctions ou en fuyant dans l’Utopie écolologique qu’on y échappera.

Enfants à la dérive.

Tous en sont frappés. Il suffit de voir comment dans le devenir enfantin, la Reconnaissance est perturbée. Nous avons, à l’orée de cette Catastrophe menée de mains de Maîtres, les enfants masqués qui n’ont plus idée de ce qu’est le visage. L’enfant est déjà le Défiguré d’aujourd’hui, le Terrorisé (ou terroriste) de demain. On n’a déjà plus le souvenir de ce qu’est la «moue enfantine», on a oublié nos grimaces, on ne sait si on continuera de parler de ses jolies joues roses et de ses mimiques adorables de nouveau-né.

Corps récalcitrants et vagues de Confusion.

Qui aurait pu penser – malgré les corps récalcitrants qui défilent tous les samedis en plein mois d’août – à quelle profondeur Mort et Destruction plongeraient en nous ? Pressions, compressions, prurits, boursouflures, cicatrices non cicatrisées, exémas étalés sur toutes nos pensées, saignées et pertes : tous sont le résultat du déchaînement des forces policières, des intimidations démultipliées, des chantages à répétition, des temps du mépris en continu, d’interventions quotidiennes de Propagandistes Médiatiques (autant privés que publics). Et qu’on ne vienne pas se (me) la raconter : c’est tout le tissu du corps social qui est écrasé.

Couplet : C’est tout le tissu du corps social qui est écrasé.

On a cru que les forces contraires – dites de Résistance – endigueraient la vague, qu’elles feraient front et barrage mais le Réel est venu nous rappeler non notre impuissance mais notre désarroi. Désarroi en grande partie lié à notre impossibilité d’analyse de ce qui est, de ce qui se passe, de ce qui passe.

La Vague de la Confusion emporte tout : elle est l’arme essentielle dégainée pour n’importe quoi. Elle envahit les écrans, elle squatte les micros, elle promeut les Tarés de l’Information, elle exhibe les Larbins de la Honte (une cinquantaine tout au plus qui tournent en boucle) et leurs Débatteurs-Experts-impolis Politologues des Instituts tut tut et de Sciences Popo.

Tous frappés ? Non, certain(e)s plus que d’autres.

1. Des violences subies, il faudrait parler en priorité de ceux, de celles qui en ont été atteints, de ces corps des travailleurs eux-mêmes baillonnés, forcés de se masquer pour nous faire croire que – question production – nous serions tous pareils, nous serions une masse indifférenciée (donc égalitaire), masse lancée à vitesse incontrôlable sur une même échelle, tous plongés dans le même bain. Dans ces psaumes pseudo-égalitaires qui ne nous consolent de rien, dans cette Invention fictionnelle permanente à vomir, il y a le tri caché de ce que sont les gouffres d’inégalités sociales. Pour ces Puissants lancés sur ces routes libérales, les bas-côtés n’existent pas. Tous pareils, y compris le 0,01% qui tient la barre.

2. Oui, il faudrait parler de ces précaires harassés, de ces chômeurs prêts au suicide, déjà morts socialement, vieux et nouveaux jetés en pâture à la férocité et à l’avidité de cette Gentry pourtant connue, celle des Tenants accrochés à la propriété privée des grands moyens de production et d’échange (avec aide directe de l’Etat).

Ravalés aux déchets civilisationnels, voilà que s’entassent les Nouveaux errants sédentaires, aphasiques (aux portes des Restos du Coeur) et les Arrivants de la Guerre, du Terrorisme et de la Misère. Ils/elles sont ignorés, méprisés, hébétés, pourchassés, tabassés comme jamais dans le plus grand des silences (Rappels : on a interdit aux journalistes de s’approcher de toute Operation Nettoyage, on applaudit Frontex, on crée les nouveaux métiers de Contrôle et de Surveillance en CDI svp etc).

3. Oui, il faudrait parler des vieux, des vieilles, des vieillards, âgés bien avant l’âge (mais on ne dira plus «avant l’âge» car de l’âge, il sera désormais fixé à 65 ans avant descente au caveau, avant terre retournée faute de pierre tombale respectable. Oui il faudrait parler de leurs yeux fatigués (d’une fatigue inconnue), de leurs nouvelles démences, de leurs paralysies inexplicables, de leurs pensées en cendres d’où toute transmission est désormais impossible.

Refrain : Qui aurait pu imaginer ?

Qui aurait pu imaginer à quel point le libéralisme entrerait dans ce qu’on appelle l’intimité, la nôtre, celle de chacun, de chacune ?

Sportifs insultés.

Hier encore, les représentants mêmes du Corps sportif, croyant encore aux éloges élyséenes sont restés tétanisés devant les Paroles du Commandant en Chef. Eux, elles, si habitué(e)s à la souplesse, à l’endurance, à la concentration, hommes, femmes paraolympiques ou non, ils n’ont pas bougé, cédant à la Discipline disciplinaire devant les Matons de la Pensée.

Intellectuels frigorifiés.

Que dire aussi de ces Intellectuel(le)s frigorifié(e)s en plein cœur de l’été. Muets et mutiques causant comme si de rien n’était. Prochain disque. Ils dansent dessus. Houla Hop. Prochaine tournée. Prochain tournage. Ressuscités in-extremis. Houla Hop. Si effrayés d’avoir côtoyé les bas-fonds. Intellectuels (médiatiques le plus souvent) pour qui René Char bravant les Chemises-Brunes-d’Oradour-Sur-Glane c’est de l’Ignorance ou – au mieux – de l’Histoire préhistorique.

Ce Libéralisme-là a tout nivelé, tout aplani. Le discours critique est certes étouffé mais le désir d’un tel discours existe t-il vraiment encore ? A peine s’avancerait-il que l’Armada sort les crocs. De Liberation au Monde, de Marianne à Valeurs. Des Informés aux espaces dominicaux du JDD. De LeMaire à Bertrand. D’Hidalgo à Roussel. Tous s’allongent. Tous se retrouvent débattant à la Fête de l’Humanité. (« Alors, Gabriel Attal, que pensez-vous de la Réformes des Retraites » ?). Tous blablatent sur la Rentrée Littéraire, sur les exploits du PSG, sur la nécessaire efficacité de notre Police, sur Koh-Lanta déplacé le mardi (la semaine sera moins longue) et sur les dépôts de tweets sur nos écrans.

Refrain dernier.

Qui aurait pu imaginer à quel point le libéralisme entrerait dans ce qu’on appelle l’intimité, la nôtre, celle de chacun, de chacune ? Qui dira à quel point le libéralisme nous abîme et nous tue à petits feux ?

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(1) « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés (…)
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie ».
(La Fontaine)