Yearly Archives: 2021

Les détails qui tuent.

Freud disait qu’il avait forgé ses topiques et avait parfait son écoute en s’attachant aux détails. Robert Walser, l’écrivain helvétique, avait déposé superbement ses trois mots comme programme poético-littéraire : « Explorer l’anodin ». Ailleurs, on parle de « celui qui énerve à toujours chercher la petite bête« . C’est que derrière les banalités passées sous silence, derrière les manières de ces maniaques du détail, se glissent de bien intéressantes choses. Si intéressantes qu’elles révèlent des stratégies jusqu’alors tûes, des censures, des masques qui tombent, des parcours qui, tout d’un coup, reviennent à la surface.

NICOLAS BAYS.

En 2012, cet autre « Nicolas » avait démarré son parcours de politicard comme jeune socialiste. Pistonné par Fabius, il va se retrouver chef de cabinet de Jacques Mellick (celui qui couvrit Tapie) puis secrétaire départemental du MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes). Chouchou de Manuel Valls, il se portera candidat PS (2012) et sera élu député du Pas-de-Calais.

Itinéraire typique de l’homme politique sans scrupules, Nicolas Bays va changer tranquilou de boutique et grandira chez Macron. C’est là qu’il rencontre la femme de sa vie : Agnès Pannier-Runacher. Comme sommets de la Crétinerie LREM, on entendra beaucoup les tirades de Madame, envoûtée par le si poétique travail à la chaîne dans les usines mais exhortant le commun des mortels à profiter du COVID pour faire « de bonnes affaires en Bourse« .

Monsieur et Madame se mettent donc en concubinage mais Madame, Ministre de l’Industrie, employant son concubin lors de la campagne des Régionales, est rappelée à l’ordre par le Conseil d’Etat.

Bah, tout cela ne gêne aucunement nos pigeons amoureux qui continuent de rou(cou)ler LREM. Monsieur est aujourd’hui nommé chef du cabinet chez Blanquer (Jeunesse et Sport) pendant que Madame trône toujours au Ministère de l’Industrie. Un couple très demandeur… Lisez, c’est hallucinant :

Bref, voilà un parcours d’un duo qui slalome entre copinage, opportunisme et pantouflage à haut salaire. Un parcours que Monsieur et Madame auraient voulu cacher. Hélas, il y a mon double qui traine sur les réseaux sociaux… mon double qui les affuble du méchant mot de Crevards. On ne peut lui donner tort.

ERIC NAULLEAU.

Dans un tweet, Eric Naulleau, le grand ami du facho Zemmour, se moque du français employé par le candidat à la Présidentielle, Anasse Kazib. Celui-ci – comme la destinataire de son tweet –  » ne parleraient plus français « .

Qu’est-ce que vient nous dire Naulleau ici… sans le dire ?

  1. Déjà, remarquons qu’il s’en prend à un type qui n’a pas un prénom français, hein ? On a là un aperçu des  » valeurs actuelles  » obscènes qu’il partage avec Eric Z. son alter ego.
  2. Cela dit aussi que ce pov’ Naulleau se décrète Top-Représentant de la Langue française, du Bien Ecrire, bref, que, lui, Eric Naulleau, parle souverainement le bon français.

Qu’est-ce donc qui cloche dans tout cela ?

Tout simplement le déni que toute langue vivante est une forêt plurielle où s’inventent sans cesse d’autres passages, le refus que le langage est à la fois notre errance, le labyrinthe où nous sommes perdus et qu’il est aussi le chemin pour en sortir, que c’est « une architecture d’échos » (V.Novarina). Langage à l’opposé bien entendu du langage-marketing parfait, de ce langage de traders reçu 5 sur 5 dont rêvent libéraux et néo-fascistes. « Crevards » qui n’écriront jamais une ligne poétique, qui ne nous offriront jamais « un livre qui nous soulève » (Calaferte). C’est que ce verbiage Naulleau, couleur brune, langue morte, rêve d’un impossible : celui de corseter la langue, de lui passer la corde au cou pour qu’elle obéisse.

MELENCHON / MELANCHON.

Mes  » amis  » de Checknewsfr de Libération, si prompts à délivrer de bonnes ou mauvaises notes dès qu’il s’agit de NEWS, se sont empressés de vouloir coincer Mélenchon pour la énième fois. Peu importe la raison. Notons simplement que, dans leur précipitation, ils ont écrit MélAnchon, affublant d’un A le nom patronymique du leader de la France Insoumise. Très exactement comme le fait continuellement l’extrême-droite.

*

LE MONDE.

On sait l’importance du quotidien dans la bataille 2022. On connaît l’amitié qui lie Xavier Niel et Emmanuel Macron. On ne sera donc pas surpris du langage euphémisé utilisé dans l’article signalé ci-dessus. A l’incessante stigmatisation et aux insultes répétées d’Olivier Véran envers les non-vaccinés, le Monde, de son côté, a traduit cette haine de façon très LREM avec un indolore et si gentil :  » Olivier Véran met la pression… »

FRANK PROVOST.

Autre ami d’Emmanuel Macron : Frank Provost, mis en examen pour fraude fiscale. J’ai longuement cherché : je n’ai pas trouvé trace de cette formidable amitié entre Frank et Emmanuel. Ni à l’AFP ni à France Info. Alors, réparons l’erreur avec cette capture d’écran d’un Frank admirateur (elle date de… 2017).

LA JOURNAILLE DE FRANCE INFO.

Ô surprise, la radio du macroniste Vincent Giret s’est permise de déposer un tweet qui se gaussait de… Nicolas Sarkozy, le Sarkozy de décembre…2011. Un tweet qui rappelait quel menteur avait été notre ex-Président. Fort bien mais on aurait aimé que cette même journaille de France Info dénonce les mensonges sarkozystes non pas en décembre 2021 (soit 10 ans après) mais en décembre 2011.

Au fait, que faisait donc cette journaille en ce temps-là de décembre 2011. Cette photo imparable (voyez Hélène Jouan, Aphatie, Thomas Legrand présents et de connivence) avait déjà immortalisé leur insupportable allégeance.

MADAME PECRESSE.

Valérie Pécresse veut maquiller son passé. Aujourd’hui, elle parade dans le fief de Jacques Chirac. Mais, hélas pour elle, elle n’a pu dissimuler ses amours de La Baule. Difficile en effet de gommer ses liens avec Frank Louvrier, suppôt publicitaire des campagnes sarkozystes et surtout impossible de taire ses incalculables fréquentations du superbe manoir de Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du… MEDEF.

TWIST SNCF.

Depuis toujours, les « crevards » de Droite et d’extrême-droite s’insurgent contre les soi-disant avantages dont bénéficieraient les cheminots. (Voir ci-dessus les insultes). Mais les voilà bien silencieux sur les policiers qui non seulement ont eu le droit de ne pas se faire vacciner (Ici Olivier Véran approuve et applaudit) mais bénéficient de pouvoir voyager en train gratuitement. En 2022, ce sera pour les trajets domicile-travail et en 2023 pour les trajets privés. Pour ces avantages, cela nous coûtera 100 millions d’euros (Source : Le Canard Enchaîné). Un sacré coup de pouce à leur train de vie, non ?

*

SABINE WEISS.

Tristesse. Sabine Weiss, la grande photographe, est décédée à l’âge de 97 ans. J’avais eu le bonheur de la rencontrer lors d’une exposition en 2010 à Thonon-les-Bains. Ici mon clip et mon billet qui suivirent notre rencontre d’alors.

« Vichy »… encore et toujours.

C’est la venue en grande pompe de notre Président qui remet la ville de Vichy à l’honneur. Un Président qui déclare qu’il ne faut pas « manipuler, agiter, revoir » l’Histoire… Or que fait-il d’autre lorsqu’il présente un Maréchal Pétain reconstruit par l’extrême-droite en seul vainqueur de Verdun, lorsqu’il se tait – comme Zemmour et ses nervis – sur les fusillés des mutineries 1917 sur ordre de Pétain ? Bê oui, il manipule, il agite, il revoit et fabrique un récit national qui sent très mauvais. Demandons-nous ici au nom de quoi un chef d’Etat décrète et veut imposer à la recherche historique de ne pas être « revue » (poursuivie) ?

On rappellera ici plusieurs choses :

1.    La première des choses – et pas des moindres – c’est que Macron voulait légitimer Pétain (et commémorer le fasciste Maurras). Ici l’info et le titre du Figaro.

Un Pétain dont justement l’Histoire revoit son héroïsme de la première guerre mondiale…

2.  La seconde chose concerne cette idée que seuls 80 parlementaires s’opposèrent à Pétain ce 10 juillet 1940. Un professeur d’Histoire (un certain Ianis Roder) déclare même sur France Info que ce jour-là, Pétain avait « réuni TOUS les Parlementaires pour demander le vote des pleins pouvoirs ». Non, ils n’y étaient pas TOUS. Dans le salut de Macron d’hier, il y a une demi-vérité mais surtout un complet mensonge. Cette cérémonie d’hommage se fonde sur des omissions importantes – et pour cause. 

  • 1. Beaucoup de députés ne furent pas là en raison de la désorganisation de la France occupée. 
  • 2. Ces louanges sur les 80 parlementaires permettent de taire les causes de l’absence des députés communistes. Ces derniers furent interdits par décret-lois de début janvier 1940 du « socialiste » Daladier, celui-là même qui partit à Munich pour soi-disant défendre la Paix avec Hitler ! Ces communistes furent assignés à domicile. Ils ont été forcés à la clandestinité, ils ont été pourchassés, emprisonnés ou déportés – ce qu’on ignore hélas – dans les bagnes d’Algérie.
  • Silence aussi sur les 27 passagers qui embarquèrent sur le Massilia pour Alger car refusant l’emprise nazie.

Enfin, il faut rappeler que Laval (et derrière lui ses sbires, ses hommes de main) usa d’intimidations ce 10 juillet afin qu’une majorité approuve sa place de grand Chef. Un « 10 juillet » qui n’eut rien d’une surprise puisque préparé de longue date par les industriels, les banques, les synarques, les ligues et toute la presse antisémite et anticommuniste (principalement depuis Madrid, chez FrancoPétain, ambassadeur dès 1939, recevait ses hommes et préparait en toute tranquillité son putsch).

*

VENI VIDI VICHY

Certains (à Vichy et ailleurs) en ont marre qu’on associe Vichy à l’époque de la Honte. Aucun complexe à avoir. Et pour cette simple raison que la Collaboration n’est pas une question historique locale mais indéfectiblement nationale. Il n’y a en effet pas de rapports directs entre les Vichystes (les 40.000 fonctionnaires et auxiliaires de la Collaboration venus s’installer dans la ville après la capitulation) et les Vichyssois (même si certaines familles suivirent le Maréchal). Redisons-le fermement : il n’y a aucune mesure entre les uns et les autres.

Et si les historiens parlent de « France de Vichy » il n’y a pas lieu de pleurnicher inutilement – comme le fait régulièrement le Maire de la ville. A Nuremberg, on n’a pas sorti les mouchoirs pour regretter que l’on parle des funestes « Lois de Nuremberg » de septembre 1935. Le Maire s’honorerait plutôt à défendre l’idée d’un vrai et grand Musée national pour l’époque 1940-44 (voir mon billet d’alors ici).

UN PEU D’HISTOIRE.

Et au lieu de faussement s’indigner comme lui, faisons un peu d’Histoire.

Ici un témoignage (1) d’après-guerre d’un maquisard de la montagne bourbonnaise toute proche de Vichy. Il revient sur l’année 1943. Lisez bien les dernières lignes. Elles introduisent des nuances sur la population rurale ( ici des environs de Vichy) et démontent quelques clichés sur la France qui aurait été truffée de délateurs ou encore sur la supposée léthargie des Français(es) d’alors.

PRESSE D’HIER (ET D’AUJOURD’HUI (2) ?)

Ce groupe de maquisards de Châtel-Montagne, hélas pas assez vigilant, fut trahi par un milicien malheureusement introduit dans ce groupe. La plupart des maquisards capturés furent envoyés en camps et n’en revinrent pas. Regardez comment le Progrès de l’Allier d’alors parlait de cette arrestation dans ses obscènes feuilles de chou.

Voilà qui nous mène directement à aujourd’hui, au meeting de Villepinte, aux médias de la honte. Mêmes mots, mêmes insultes sous couvert d’ »amour de la France ». Mêmes grands patrons de presse (D