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Pierre Laval d’hier et d’aujourd’hui.

Le cinéaste Laurent Heynemann et son équipe de tournage font actuellement un téléfilm sur Laval, le collaborateur. Le réalisateur a pris ses quartiers à Vichy. Son téléfilm sera diffusé sur France 2 en 2021. On y parlera du procès et de la vie du premier des Collaborateurs.

A l ‘heure où tant d’historiens taisent les liens de Pierre Laval avec la très haute finance nationale (Banque Worms, BNCI) et internationale (américaine, oui oui), espérons qu’une partie du téléfilm parlera de la fortune colossale amassée par celui qu’on appelait « Le Mandarin Noir ».

Car Pierre Laval a fait très tôt des affaires. En avril 1931, il achète le château de Châteldon (Puy-de-Dôme, 20kms de Vichy) et la source La Montagne-La Sergentale qui donnera l’eau en bouteille de Châteldon. Malin, il placera ces bouteilles d’eau gazeuse sur chacune des tables de la Compagnie des Wagons-lits. Une eau qui reste encore très bien côtée aujourd’hui dans les garden-parties et les restos cinq étoiles.

Laval gardera toujours une image de bouseux, de «paysan», d’inculte dans les hautes sphères du Pouvoir. Elu maire d’Aubervilliers en 1923 grace à la colonie de «bougnats» vivant en ceinture parisienne et avec l’appui de la SFIO, il est déjà un anticommuniste forcené.

Son ascension le pousse à parfaire sa tenue. Monsieur prend son temps pour faire sa toilette quotidienne, il passe très souvent chez la manucure, il se fournit chez les meilleurs tailleurs, change très souvent sa cravate blanche mais, hélas, rien n’y fait. Sa tête d’Auvergnat lui fait ressembler à un «Gitan» surnom qu’on lui donne avec celui de «Jamaïk». « Jamais, dira t-il, ils n’ont admis mon visage » Mais ce n’est que peu d’importance pour tous les synarques qui l’aduleront, pour tous ceux qui sont adoubés par la Banque Worms. Ces derniers (Pucheu, Lehideux, Barnaud, Benoist-Méchin, Marion, Bouthillier, Jacques Gérard, De Labarthète, Pierre Nicolle – salarié du Comité des Forges et du MEDEF d’alors) lui dérouleront le tapis rouge, le faisant revenir au pouvoir en avril 1942.

A Paris, avec sa fille Josée (toujours très chic, amie des nazis, en admiration éternelle devant son papounet), il fréquentera les hauts lieux de la gastronomie parisienne (Lucas Carton, Drouant – où dînent les membres de l’Académie Goncourt, la Tour d’Argent). Roublard, il commence à amasser une fortune colossale. Il envoie ses maîtresses en Argentine avec des lingots d’or. Avec ses francs français et suisses, elles y achètent des pesos, pesos qu’elles (il) transfèreront aux USA pour les convertir en dollars. Une fortune déjà conséquente planquée dans les grandes banques américaines (JP Morgan). Espérons que le téléfilm n’occultera pas ce côté financier absolument décisif dans la compréhension du personnage.

René DE CHAMBRUN

C’est que Laval (comme Pétain) a des rapports très étroits avec l’Amérique (ce qu’on n’enseigne guère dans les écoles et les Universités). Ses liens se consolideront avec le mariage de Josée sa fille unique. Celle-ci va épouser le 20 août 1935 le Comte René de Chambrun, franco-américain, descendant de La Fayette, avocat – comme Laval – qui a de très gros clients en France et en Amérique.

Arrêtons-nous sur cette famille richissime De Chambrun. On n’est pas là dans une famille de prolos du Bronx. Originaire de Cincinnatti, la mère de René a un frère, membre du Parti Républicain, Président de la Chambre des Représentants qui épousera la fille de… Théodor Roosevelt !

Josée LAVAL et son papa adoré.

René de Chambrun connaît Pétain depuis son enfance. Il aura toujours toutes portes ouvertes à Vichy pour le rencontrer. Il sera ainsi le lien permanent entre Pétain–Laval et le…Département d’Etat US. Ceci explique pourquoi Roosevelt aimait beaucoup Vichy et pourquoi, après 1941, les hauts fonctionnaires vichystes, sentant le vent tourner, allèrent en masse à Alger demander asile chez le bienveillant Murphy «personal representative» de Roosevelt. Vichysto-américains et non «vichysto-résistants» comme veut le faire croire l’historiographie dominante française.

De 1929 à 1934, René De Chambrun vit aux Etats-Unis. En 1931, il fait visiter les USA au Maréchal Pétain. La même année, il reçoit Laval et sa fille (c’est la première rencontre avec René) qui voient le Président Hoover et croisent aussi Raymond et Jacqueline Pâtenotre qui l’introduiront chez JP Morgan pour planquer sa fortune déjà conséquente.

Comme tout homme de Pouvoir, Pierre Laval connaît l’importance des organes de promotion, de manipulation et de Propagande. Pour hâter son ascension, il se tourne vers la Presse, se fait l’ami de Jean Prouvost (futur Paris-Match, Figaro and Co), achète Lyon-Républicain pour 3 millions qu’il revend 12. Il développe Le Moniteur (220 salariés, premier journal d’Auvergne affermé à l’Agence Havas de Paris), achète aussi l’imprimerie Montlouis (les premiers tickets d’alimentation sortiront de là), investit dans l’Hebdo « Vu et Lu ».

Jean PROUVOST
(Paris-Match, Le Figaro, Télé7 jours, RTL)

Côté Radios, il investit dans Radio-Luxembourg (dès les années 30) puis dans Radio-Lyon (par décret, il en fait une des 13 radios privées avec construction d’un pylône de 107 mètres à Dardilly).

Côté Police, Pierre Laval qui promeut son ami Bousquet a tissé des liens avec Pierre Julien qui a des réseaux puissants dans la Police et chez les Politiques.

Côté Banque, on l’a vu avec René de Chambrun et ses millions recyclés aux USA. Mais en France, il est un des plus importants dépositaires chez BNCI, quatrième établissement bancaire en 1943, banque que les Américains qui enquêtent sur le blanchiment d’argent de vichystes appellent « la Banque de Laval ». Elle est présidée par son ami en affaires Albert Buisson qui, en 1935, devient Président de Rhône-Poulenc et des Chemins de fer du Nord.

Une fois tout ce pognon amassé, Laval essayera de le planquer en Suisse. Pour ce, il envoie en 1943, son numéro deux, Jean Jardin (grand-père d’Alexandre Jardin) en premier Conseiller de l’Ambassade de France à Berne. Jean Jardin y retrouve Moulin de Labarthète en attaché et Amédée Siaume, autre ami de Laval, président de la Société Générale pour l’industrie electrique (qui transporta le siège de la Radio Sud-Ouest à… Genève).

Signalons encore trois choses au sujet de Laval :

CHÂTELDON (Allier)

1. La Fondation de la fille de Laval a vendu les parts du Château de Châteldon à la famille Taittinger, dont la femme est mariée à Jean Pierre Jouyet, homme de l’ombre de Sarko-Hollande-Macron.

2. Henri Rousso (dans son Livre Les Collaborateurs) fait avec Laval comme un autre historien a fait avec Darlan : ces deux Collaborateurs des hautes sphères ne seraient pas antisémites. Sur Darlan, on fait censure sur le fait qu’il fut le n°1 de Vichy et qu’il parapha ainsi de sa main le second  Statut des Juifs. Et sur Laval, on omet de signaler qu’il fut en pôle-position pour décréter et conduire la rafle du Vel d’Hiv.

Les qualificatifs d’Henri Rousso :
Laval ? Pas nazi, pas fasciste, pas antisémite
!

3. La constante de Pierre Laval fut un anti-communisme forcené. Avec Pucheu et Bousquet, il fit une chasse effrénée aux Rouges. Avant-guerre, il prôna le pacifisme mais ce fut pour ne pas militariser la France et ainsi ménager les nazis qui allaient envahir si facilement la France. Notons encore que Louis Barthou, ministre des affaires étrangères en 1934 s’opposait aux thèses de Laval. Ce ministre travailla à construire une Alliance tripartite avec les Anglais et les Soviétiques pour lutter contre le péril nazi. Résultat ? Il fut assassiné. Et c’est Laval – ô surprise – qui prit la suite… mais bien évidemment, pour ne pas mener les mêmes démarches.

Espérons donc que Laurent Heynemann informera les Français de toutes les saloperies de Laval, suppôt des synarques, incessant comploteur contre la République, homme aux affaires ignorées mais à la fortune colossale en France et aux USA (Qui en hérité ? Mystère) et que le réalisateur dira un mot de Josée et René de Chambrun, tous deux nullement inquiétés après la guerre.

*

Aujourd’hui on voit les analogies entre Laval, ses sbires avec nos dirigeants macronistes. Les Darmanin et Lallement ressemblent aux amis lavallois Pucheu et Bousquet. Un Macron vient des banquiers. Le staff macroniste dirige la Presse, les Radios. Tous avec cette haine qui perdure contre les Rouges mélenchonnistes, contre les Communistes même réduits à peu et contre une Ultra gauche qui s’infiltrerait partout.

Abécédaire de confinement.

Nous sommes sûrement beaucoup à vivre ces temps étranges à l’instar de Thomas Vinau qui écrit dans son blog : « C’est une période étrange pendant laquelle je n’arrive ni à créer ni à me projeter. Soit je m’occupe dehors et je construis des trucs bancals. Des poulaillers, des jardins, des machins. Soit je perds ma journée devant internet à regarder des nouvelles anxiogènes de morts et de maladies ou à commander toutes sortes d’objets inutiles ». Je n’ai ni poule, ni jardin, ni trop de machins. La seule chose que je suis arrivé quand-même à créer, c’est cet Abécédaire de confinement.

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B comme Bourdieu.

Un dictionnaire sur Pierre Bourdieu vient de paraître aux Editions du CNRS. Incontournable en ces temps de désolation et de toute-puissance des Dominants.

Autre conseil autour du travail du sociologue : celui de mon confrère éducateur qui a écrit une magnifique présentation de cette incontournable sociologie bourdieusienne en direction des enfants et des adolescents. Commandez le : il ne vous en coutera que huit euros.

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E comme écriture.

C’est fait. Mon travail (ma mi-fiction, mi-document) sur le Vichy 1940-41 est achevé. 116 pages qui se présentent sous forme de Journal Intime avec inside, une intrigue litteraro-politique très noire, bien loin des analyses des Historiens du consensus.

Il ne me reste plus qu’à basculer ces 116 pages de l’autre côté, à abandonner la panoplie de l’écrivant pour celui d’auteur. La dernière marche reste bien entendu la plus difficile (celle de la publication). Mes cinq livres publiés au siècle dernier (4 romans gris, 1 recueil de nouvelles) dans des Maisons d’édition suisses et françaises (mon sixième ici à compte d’auteur) ne pèsent rien dans le Capital Notoriété d’aujourd’hui, de ce Capital qui propulse les manuscrits au firmament de la publication.

Par contre, on ne le souligne pas assez, il te faut débourser pour les envois par la Poste et débourser encore pour récupérer ton manuscrit refusé. Souvent c’est un gouffre financier. Du coup, il t’est impossible d’envisager un travail de deuil, de te dire qu’enfin ton « histoire » s’est détachée de toi. Il t’est impossible de passer à autre chose car il faut interesser des intermédiaires, possibles aidants, envoyer par exemple ton travail à des historien(ne)s, à des journalistes que tu connais (très peu), il te faut donner à lire à tes proches, faire des colis, enjoliver ta présentation etc, bref, te vendre dans l’incontournable Marché du Livre.

Le plus difficile c’est que, occupé à ces tâches ingrates, il ne te reste que peu de temps disponible pour écrire encore, pour écrire ailleurs. Tout laisser tomber ? Comme tous ces romans achevés, comme ces trois pièces de théâtre, tous en sommeil dans les tiroirs ? Avec ces questions qui insistent et qui restent sans réponse : « Un livre sans lectorat qu’est-ce ? Et à quoi bon se mettre à en écrire un autre ? »

H comme Histoire.

LENINE. On fête le 11 novembre 1918 et on tait la plus sérieuse analyse sur cette maudite guerre, celle contenue dans l’ouvrage de Lénine « L’Impérialisme stade suprême du Capitalisme ».

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Allergique aux cours publics de français, Blanquer préfère les cours privés de natation.

BLANQUER nous gratifie d’un tweet sur les étudiants du 11 novembre 1940 déposant une gerbe de fleurs sous l’Arc de Triomphe mais oublie de dire que beaucoup d’entre eux venaient protester contre l’ignoble arrestation de l’intellectuel physicien Paul Langevin, antimunichois, antihitlérien, communiste haï par l’extrême-droite et les macronistes des Années 40.

HENRI BARBUSSE. On panthéonise Maurice Genevoix mais on oublie Henri Barbusse qui écrivit ce grand livre (« Le Feu »). Aucun regret car ce communiste d’Henri Barbusse est beaucoup mieux à sa place : au Père Lachaise, division 96, près du mur des Fédérés.

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MACRON que des artistes et autres intellectuels médiatiques présentent comme un Président cultivé est un nullard en orthographe (ici sa faute sur le livre d’Or de De Gaulle) et en géographie. Il y a deux ans, il situait Villeurbanne dans le Nord de la France et pensait que la Guyane était une île. J’ai écrit « nullard ». Confirmé.

J comme Journaliste.

Sébastien Fontenelle, chroniqueur à Politis, twitto à ses heures perdues (@vivelefeu) est un des journalistes les plus mordants, les plus incisifs de France. Il sort un nouveau petit livre « Les Empoisonneurs » (Editions Lux). Haro sur ces indécents mediacrates qui pullulent sur les Chaines de la Honte, haro sur ces intellectuels à promotion continue. Voilà trente et un échos sur l’antisémitisme, l’islamophobie et la xénophobie. Trente et un échos, trente et un retours en arrière qui donnent la nausée : théories du Grand Remplacement, chroniques de Finkielkraut-Zemmour-Rioufol, célébration des crapuleux du nom de Chardonne, de Renaud Camus et de Maurras.

L comme Lectures.

ALEXANDRE JARDIN.

Des gens très bien. (Livre de poche).

Alexandre Jardin nous emmène dans sa famille et dans son histoire, famille dont l’indigne représentant fut son grand-père Jean Jardin (n°2 du Cabinet de Pierre Laval), jamais inquiété après la guerre. Un Collaborateur qui sut, à la minute près, le déroulement de la rafle du Vel dHiv mais qui la recouvrit de toutes les justifications odieuses possibles. Un livre courageux.

WILLIAM BURROUGHS à Allen Ginsberg : «  Le 5 mai 1953. Je suis à Lima, qui ressemble un peu à Mexico_City et j’éprouve quelque nostalgie. Mexico-City est ma ville et je ne peux plus y aller. Ai reçu une lettre de mon avocat — je suis condamné par contumace. Comme un citoyen exilé de Rome » (Les lettres du Yage – L’Herne).

FRANCOIS CHENG. (Le Dialogue chez Desclée de Brouwer). Un écrivain partagé entre le chinois et le français.

« Saint langage, honneur des hommes » a dit Paul Valéry. Le poète se plaçait ici dans une perspective idéaliste. A un humble niveau existentiel, l’exilé éprouve la douleur de tous ceux qui sont privés de langage, et se rend compte combien le langage confère la « légitimité d’être ».

« Rétrospectivement, aujourd’hui, je puis affirmer que si abandonner sa langue d’origine est toujours un sacrifice, adopter avec passion une autre langue apporte des récompenses. Maintes fois, j’ai éprouvé cette ivresse de re-nommer les choses à neuf, comme au matin du monde ».

KATHI DIAMANT.

Dora Diamant. Le dernier amour de Kafka (Hermann Editeurs)

Extraordinaire destin de celle qui assista Kafka dans ses derniers jours à Berlin et au sanatorium de Kierling. Cette juive de Pologne adhéra au Parti Communiste allemand, se réfugia en URSS, quitta le pays pour se retrouver en Hollande puis en camp de réfugiés sur l’île de Man. Elle connut la première traductrice française de Kafka (Marthe Robert dont les ouvrages furent mes livres de chevet) et mourut dans la misère le 15 août 1952 à Londres.

N comme Nietzsche.

« Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile qui danse » écrivait-il dans Zarathoustra. Oui, un chaos mais ajoutons que ce chaos des Temps présents, qui s’est installé au cœur de nos émotions et de notre spleen quotidien, est né du chaos du Monde.

Monde de la laideur, du libéralisme, de la concurrence exacerbée, de la corruption et du mensonge. Celui-là même qui est à l’origine du virus de Wu-han.

W comme Sabine Weiss, photographe.

Belle surprise matinale de retrouver Sabine Weiss au micro de France-Inter. Je l’avais croisée en 2010 et l’avait honorée avec ce petit clip d’hommage.

– Qu’est-ce qui vous fait peur ? lui demanda Augustin Trapenard dans Boomerang. Sabine Weiss répondit tout de go : Les religions, ça salit tout.

On aurait aimé avoir le… développement de la réponse de la merveilleuse photographe mais Augustin Trapenard coupa court, passant alors très vite à ses questions-clichés.

Allez, je vous laisse à ce W.

Portez-vous bien.

NOUS SOMMES TOUS DEVENUS DES PETITS LALLEMENT.

Je suis au cinéma, avec masque sur le nez. La salle est pleine. Le dispositif d’une place vide est respecté.

Les lumières s’éteignent. Le film commence devant une centaine de sièges occupés.

Le Monsieur, au deuxième rang devant moi, sort aussitôt de son fauteuil et, dans le clair-obscur de la salle, se dirige vers le quatrième rang. Il se penche sur une Dame qui, visiblement étouffant sous son masque, l’a ôté trente secondes. Le Monsieur lui demande très poliment de remettre son masque.

La Dame, sans un mot, s’éxécute. Honteuse d’avoir été repérée, elle a remis illico son masque.

Scène ordinaire de notre vie depuis la Covid19.

J’ai continué de regarder le film mais comment se fait-il que, par la suite, cet incident m’est brutalement revenu et m’a empêché de dormir.

C’est alors que j’ai – dans un éclat de terrible lucidité –  fait ce constat que cet incident était porteur d’une violence inouïe. Pensée-bibi cheminant, s’est imposée l’obligation de comprendre en quoi – à mon corps défendant – j’étais passé d’un premier constat (incident anodin) à son contraire (un épisode d’une extrême violence).

Toute cette scène vécue s’est déroulée dans une atmosphère feutrée. Le Monsieur est certainement un Citoyen lambda, dénué de toute agressivité. Il a interpellé cette Dame avec gentillesse, sans hausser le ton. C’est peut-être cela qui m’a frappé : le déroulement de cet incident s’est passé dans le calme, la violence résidant justement dans cette douceur de l’apostrophe, dans l’abscence de réplique de cette Dame repérée et épinglée sans masque. Absence totale de dialogue. Aucun échange pour s’expliquer.

Qu’aurait eu cette Dame à expliquer pour sa défense ? Imaginons qu’elle se rebiffe, qu’elle dise par exemple : « Mais Monsieur, j’ai le droit d’ôter mon masque pour respirer trente secondes. De quel droit intervenez-vous ? Voudriez-vous que j’étouffe » ?

Imaginons encore quelle tournure aurait pris ce « dialogue » : la femme se rebiffe, commence à répliquer, elle entre dans l’échange avec éclats de voix. Perturbation. On en vient à interrompre le film. Les lumières s’allument. 98 personnes cherchent la coupable, s’offusquent, pointent du doigt cette méchante Citoyenne qui – refusant de porter le masque – est une hors-la-loi. On appelle les Responsables du Cinéma qui la prient de sortir. Et si besoin, en dernier recours, on demande même aux Forces de Police de venir faire régner la loi. Avec amende de 135 euros (et plus, si l’on a suivi ce matin Gabriel Attal).

Qui irait protester jusqu’à ce point ? Qui irait jusqu’à braver la vindicte populaire (de cette salle de cinéma) ? Comment appelle t-on ces énergumènes, ces opposants qui refusent les lois ? Des fous, des hors-la-loi, des terroristes, des islamo-gauchistes. Que sais-je encore ? Qui pourrait supporter ces insultes lorsqu’on lui oppose le Covid19 et ses maléfices ?

Mais mes pensées-bibi ont continué de cheminer à vitesse folle. Elles sont allées beaucoup plus loin. L’incident est venu poser sans complaisance la question de… ma propre place. C’est assurément cette interpellation de moi-même qui a fait encore plus violence. Impossibilité de prendre le temps de peser le pour et le contre. Le seul choix a été d’être d’un côté (celui du Monsieur), pas de l’autre (celui de la Dame).

Qu’ai-je fait ? Rien. J’ai laissé faire. Suis-je intervenu pour défendre la spectatrice ? Non. Au contraire, j’ai acquiesçé au commandement du Monsieur. Je n’ai pas touché à mon masque et, même, ne le supportant pourtant pas, je l’ai gardé pendant toute la durée de la projection. C’est surement pour ça que je n’ai pas dormi.

Impossible de supporter cet aveu : je suis devenu un petit Lallement.

Dorénavant, nul besoin de faire intervenir les Forces de l’Ordre. Nous avons intégré tous les gestes consensuels, nous obéissons tous aux ordres du Donneur d’Ordres. Nous en sommes les délégués, les exécutants dociles.

Il ne s’agit pas, ici, de discuter pour savoir si les gestes barrières sont justes ou non. Il s’agit de constater le point où nous en sommes : nous voilà dans l’impossibilité de protester individuellement sous peine de devenir un bouc-émissaire, un paria. Qui pourrait supporter d’être mis au ban, d’être cloué au pilori, d’être rejeté ? Impossibilité aussi (surtout) de s’unir dans une protestation collective. Nous voilà interdit de nous réunir à plus de six personnes, de bouger la nuit, d’arpenter les rues entre 21 heures et 6 heures du matin.

Ce matin, 9 heures. FranceInter. La journaliste annonce d’un ton allègre, presque jouissif : « Dès samedi, nous allons troquer le Carosse pour la Citrouille ». 10h : France Info : « Finie la Fête » s’exclame un autre. C’est dans la joie que Radio-Paris nous annonce ce qui va suivre : soyez heureux d’avoir un comportement de citoyen-modèle. Traduisons : soyez des délateurs, ne permettez à personne d’enfeindre les lois de la Protection Sanitaire. Si, dès ce samedi, vous voyez vos voisins à sept autour d’une table, appelez les flics. Avec ce couvre-feu, voilà le retour de la délation. Mais c’est bien plus fort qu’en 1940-45 car c’est à visage découvert qu’on se présente à l’autre en infraction, exécutants de ces ordres, tous fiers d’être estampillés Bons Citoyens.

Pourquoi tout cela tient ? Pourquoi la Macronie en déshérence jusque-là a repris l’initiative avec ces dernières mesures… liberticides ?

Peut-être parce que sa puissance repose sur cette peur toute individuelle d’être contaminé(e) (de mourir) ou de contaminer (plus rare). Alors tout devient plus facile pour la Macronie : elle s’impose comme le Grand Protecteur sanitaire incontournable, indiscutable et indiscuté. Son Storytelling – amplifié par les Medias-moutons débarrassés de tout discours critique – est en marche. Le discours critique – quand il a un peu de place – est aussitôt disqualifié.

Les buts de la Macronie sont atteints. Non seulement, elle a réussi à nous habituer à l’Obéissance mais elle a obtenu notre acquiescement « raisonné et raisonnable ». Rêve exaucé et triomphant de ce libéralisme qui a pourtant créé les conditions d’apparition de ce virus.

Mais nulle raison de désespérer. Dans la Vie sociale, rien ne va sans contradiction, sans luttes, sans opposition. Pour le moment, nous sommes dans le brouillard, hébétés, tétanisés pour penser comment réagir et agir contre. Voyez ce tweet capturé hier qui dit notre sidération, notre acceptation tacite et facile de toutes ces lois et décrets liberticides.

Mais le temps de l’analyse en est aux prémices. Le temps d’une réponse collective, de NOTRE réponse collective viendra. Inexorablement.

Nous ne continuerons pas d’être des petits Lallement.

UN JOUR, ON SAURA….

Un jour, on saura ce qu’il y avait dans le coffre de Benalla.

Un jour, on saura pourquoi Cécilia Sarkozy n’était pas présente au Fouquet’s après la victoire de Nicolas en 2007.

Un jour, on saura qui a tué Khadafi et pourquoi.

Un jour, on saura pourquoi Checknewsfr ne répond pas à la question concernant Edouard Philippe, sa femme Edith Chabre et leurs rapports à SciencePo Paris.

Un jour, on saura enfin qu’Emmanuel Macron avait 14 ans lorsqu’il a « rencontré » Brigitte Trogneux qui, elle, en avait 39.

Un jour, on saura pourquoi le pédophile présumé Christian Giudicelli peut encore rester et plastronner dans le jury du Prix littéraire Valery Larbaud ?

Un jour, on saura pourquoi les Maires de Vichy d’hier et d’aujourd’hui (C.Malhuret et F.Aguilera) n’ont pas viré Giudicelli, eux qui sont associés au Prix V.Larbaud et qui le financent depuis 1967.

Un jour, on saura pourquoi tant d’hommes politiques et artistes divers aiment tant aller à Marrakech.

Un jour, on saura pourquoi Raymond Barre était encensé par les Medias alors que bon nombre de Rédactions savaient qu’il planquait ses sous en Suisse ?

Un jour, on saura l’étendue incroyable des réseaux de Bernard-Henri Lévy.

Un jour, on saura que Pétain, Laval, les ligues fascistes, les industriels et banquiers ont préparé Vichy dès les Années 30.

Un jour, on saura pourquoi Zidane a donné son coup de tête à Materazzi.

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Un jour, on saura quelle crapule sinistre fut l’homme de l’ombre de Sarkozy, de Hollande et de Macron : Jean-Pierre Jouyet.

Un jour, on saura pourquoi une femme de Roubaix est venue embêter Darmanin jusque dans les locaux de sa Mairie.

Un jour, on saura pourquoi le Canard Enchaîné est devenu si poli et si gentil avec les Pouvoirs sarkozyste, hollandiste et macroniste.

Un jour, on saura les responsabilités de Nathalie Loiseau dans le scandale soulevé par la lanceuse d’alerte Françoise Nicolas.

Un jour, on saura à nouveau que ce ne sont pas les Américains qui ont gagné militairement la Guerre 39-45 mais les Soviets et la Résistance intérieure.

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Un jour, on saura qu’il existe de plus gros scandales que celui, quasi-insignifiant, des Panama Papers.

Un jour, on saura pourquoi La Montagne-Vichy n’a pas écrit un seul article pour informer son lectorat sur le parcours passé de C.Giudicelli, juré au Prix de la ville.

Un jour, on saura qui a averti l’équipe du Quotidien de Yann Barthès pour être les seuls présents à 7 heures du matin lors de la perquisition de la France Insoumise ?

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Un jour, on saura que ce sont les agents de joueurs qui squattent la FFF et qui dirigent l’ensemble du foot français.

Un jour, on saura tout sur les Voyous de la FIFA.

Un jour, on saura comment Trump, Obama, Clinton sont devenus amis de Jeffrey Epstein.

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Un jour, on saura que je suis mort. Mort sans jamais avoir su ce que j’aurais dû savoir.

Darmanin vu de l’Intérieur.

Il y en a eu des saloperies, des propos orduriers, des phrases calamiteuses du temps de Sarkozy et du temps de François Hollande. Mais avouons que depuis l’arrivée de Macron, nous sommes servis. De quoi avoir des nausées, hauts-le-cœur, vomissements quotidiennement.

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Jean-Luc Godard disait que pour connaître la teneur d’un Gouvernement, il fallait toujours regarder le poste de celui qui occupait le Ministère de l’Intérieur. Donc nous avons Gérald Darmanin, visé pour une plainte de viol, en position de Chef de la Police. Il va, il vient, au gré des catastrophes naturelles où il plastronne en Sauveur et de mariages (le sien) où invités, Sarkozy et Macron et (surtout) Mesdames ne se sont pas rendus de peur d’être…

Un duo stratégique : Darmanin – Dupond-Moretti.

La nomination de Darmanin est indissociable de celle de Dupond-Moretti. Derrière ce binôme, il y a une intention stratégique pour 2022 : d’un côté, un Gérald qui fait plaisir aux syndicats de Police, qui promeut les éléments qui jouent le mieux de la matraque et de la garde à vue et de l’autre, un avocat qui se pare d’un habit de grand défenseur des libertés, dans une supposée auréole de… Gauche (celle qui, descendue de Solférino, s’est jetée dans les bras de la Macronie). Ainsi le dispositif à deux têtes est prêt à fonctionner jusqu’en 2022, dispositif qui ne mise plus comme en 2017 sur «ni Droite, ni Gauche» mais sur un  agencement «Droite (avec thèmes d’extrême-droite Peur/Violences Policieres/Migrants) ET Vernis de Gauche». Tout cela, bien entendu, pour préserver la pire des politiques depuis 1789 et en faire baver au populo comme jamais.

 (Pré)fasciste le discours darmanien ?

Quand, dans l’Allemagne d’après le 30 janvier 1933 (Hitler Chancelier), les opposants politiques (principalement les Communistes du DKP) voulaient se faire entendre, Goering a fait donner sa propre Police dans les rues. Trait caractéristique de ce régime : les instances judiciaires habituelles ne comptent pour rien, c’est l’armature armée super-entraînée qui fait la loi. Voilà pour l’arrière-fonds.

Que vient nous dire Darmanin à nous, Citoyens de la République ce 11 septembre 2020 ? «C’est la police, la gendarmerie, les forces de l’ordre qui font la loi dans notre pays». Grande inquiétude à entendre un Ministre dire que ce sont les R-é-p-r-é-s-e-n-t-a-n-t-s  de la Loi qui, désormais, la font. Voilà Monsieur Darmanin, tout tranquillement, qui se pose en facheux facho. Attendons les réactions.

Sans les Medias-Moutons, Darmanin n’existerait pas.

Hélas, le pire dans cette affaire, c’est le silence des Medias-moutons qui va suivre cette déclaration. Où sont-ils donc les Thomas Legrand, Léa Salamé de France Inter, les chroniqueurs du Monde, les loulous de Libe, les rebelles du Figaro, les Delahousse, les Aphatie, les Apolline de Malherbe et les Grandes Gueules pour pousser leurs grandes gueulantes ? Vous les croyez silencieux et occupés à d’autres travaux : que nenni ! Pas du tout, voyez ce que fabrique cette basse-cour médiatique qui caquète tous les jours sur les Libertés et leurs défenses. Ils ouvrent toutes grandes les portes à Darmanin, leur Ministre bien-aimé. La palme revient au JDD, le torchon Lagardère (dont j’ai, ici, légèrement changé le bandeau publicitaire « Le Journal de Demain » en « Journal de Darmanin« ).

Arrêtons-nous sur la dernière invitation en date : Darmanin, le Chef d’Orchestre de la Police-qui-matraque, est reçu à… Radio Classique de Bernard Arnault avec Guillaume Durand aux cymbales. Ce cher Gérald se vante donc d’avoir un boulot harassant. Il nous présente son bilan de la semaine. Retenez bien le mot de «bilan», un mot qui nous fait croire qu’il va détailler ses activités de Ministre. Hé bien, oui, il s’en charge et avec fierté ! Seulement, en nous penchant sur ses travaux d’Hercule, nous voilà  éberlués : son travail se résume à… ses passages en radios et TV.

« Ils peuvent faire une erreur »

Plus question de nier les violences policières comme l’ont fait Macron et Castaner. Impossible de censurer aussi les vidéos en nombre incroyable, de taire les interventions ultra violentes et les comportements inadmissibles, jamais vus des policiers de la Macronie. Alors, voilà Darmanin sur le reculoir, admettant la possibilité pour ses policiers de «faire UNE erreur».

UNE erreur ? Darmanin n’est pas loin d’être un (mauvais) humoriste, de ceux qui ne font rire personne. Qu’il aille donc voir le dernier film de David Dufresne.

Mais Darmanin n’est pas qu’un menteur-manipulateur. C’est aussi un retourneur de veste comme beaucoup de Macronistes. Délectons-nous de ce tweet supplémentaire, retrouvé (Août 2016).

Darmanin ouvre une Chaîne You Tube.

Grande innovation macroniste : Darmanin fait son entrée dans les bureaux de You Tube. Brrrr… Je ne dirai plus rien. Je laisserai juste le dernier mot à ma copine d’à côté. J’avoue qu’elle a bien raison de lui répondre ainsi :

« Perso, j’ai vraiment très très peur d’entrer dans le bureau de ta chaine, Gérald. Qui sait ce que tu pourrais me demander de faire ? »