Archives: janvier 2014

Présentement, le Présent te ment.

Le temps N

En moi, autour de moi, tout est mouvement. Mouvement continu, ininterrompu. Pas question de prendre pause, de prendre du recul. Y a du direct tout le temps, toujours. Le Présent est là, il se déploie via les ondes, les écrans, les haut-parleurs, via le bombardement incessant de Nouvelles, de Flashes d’infos, de dernières mises au point. Ce Présent sans temps morts… est-il possible de le juguler ? De le rendre vivant, habitable ?

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Des détails qui tuent. (A propos de « L’Amour est un Crime parfait » des Frères Larrieu).

 Larrieu

«Explorer l’anodin» écrivait l’écrivain (suisse) Robert Walser. Beau programme qui rejoint celui d’un Docteur viennois qui débusquait derrière les plus petits détails des affaires de la plus haute importance. Je ne pensais pas du tout à cela lorsque débuta le film «L’Amour est un crime parfait» des frères Larrieu. Avant de payer ma place, j’avais juste lu le portrait des deux frères dans un article de Libération. Le journaliste-interviewer rapportait qu’Arnaud et Jean-Marie Larrieu n’avaient eu «aucun souvenir de rivalité, ni même de conflit», insistant même : «leur mémoire est commune et leurs propos ne se contredisent pas. Ils font tout pareil». Tout pareil. L’un égale l’autre. L’un se fond en l’autre et vice-versa. Deux frères, une seule parole. Des films en commun, comme «un», «sans souvenir de rivalité».

Et moi qui croyais naïvement que le pire dans la vie était de rencontrer son double parfait.

Chiffres au Pays des Droits de l’Homme et du Citoyen.

chiffre-

Tout au long de cette journée, sur télés, sur radios, j’ai écouté les chiffres des cambriolages en hausse sur l’année et les explications de notre Ministre de l’Intérieur. Les cambriolages ont surtout eu lieu dans les résidences secondaires est-il rapporté. D’accord, d’accord : je prends note. Mais nulle part…

FUCKIN’WORLD.

Violence des riches

Reste la rage.

Il y a l’analyse posée, la réflexion qui prend du temps, la collecte d’informations et au bout l’assemblage, les morceaux qu’on recolle. On lève le voile sur ce monde tel qu’il est, on revisite les fondamentaux de nos représentations, on voit poindre les éclairages qui prennent sens. Et au final, nous reste la Rage. La rage née, grandissante de ne pas très bien savoir précisément quelles formes concrètes doit prendre notre indignation. C’est qu’il n’y a pas de manuel anticapitaliste prémâché, pas de recettes toutes prêtes. Alors comment s’inventer des nouvelles formes qui mordent aux chevilles des Puissants ? Comment participer en Utopiste indécrottable à un nouvel art de vivre ? Tout bonnement : comment sortir la tête de ce merdier et que faire ? Il y a de bien pauvres réponses : 1. du merdier, on n’en sort pas. 2. quant au faire, on fait sans trop savoir ce qu’on fait. Puis, désabusées, on lit… avant de balayer d’un revers de main tout ce qui va suivre, tout ce qu’on va lire.

Et au final, hébétés, désenchantés, un tantinet lucides, il nous reste les crocs, la rage, il nous reste le qui-vive.

Billet de rien, billet de vaurien.

Rectangle blanc

Il fallait que ça arrive. Une voix est venue me chuchoter à l’oreille : «Toi qui as toujours quelque chose à dire sur tout, il faudrait que tu écrives un billet sur rien». A la façon de Flaubert qui, lui, avait vu plus grand, espérant écrire «un livre sur rien». Entendu, ce sera un billet sur rien. Billet de rien, billet de vaurien.