Les Hebdos à la petite semaine (2)

Revue de Presse billet bibi

C’est ma tournée des Hebdos, chapitre 2.

Cette fois-ci, on ira s’attarder très lentement sur L’Express. On s’attendrira sur la prose du Figaro Magazine. On ira danser le Rock & Roll dans le mag de Mathieu Pigasse, . Et, on s’empressera de donner in extremis les dernières nouvelles en Unes de Monsieur . Mais pour ce dernier, nul besoin de vous en dire plus, vous avez déjà tout vu.

L'Express 2

Quand tu lis la littérature de L’Express, tu n’es pas loin du lyrisme, de la belle Prose et – disons-le sans trop nous tromper – de la Poésie. Ainsi, en préambule de l’interview de Manuel Valls, on peut lire :

«Le soleil dominical se joue des rideaux de velours pour titiller les prunelles du Chef de gouvernement et éclabousser sa chemise. Cela ne semble ni l’éblouir, ni le réchauffer».

De qui cette superbe entrée en matière ? De qui ces paroles poético-politiques ? (Ou – au choix – de qui cette logorhée insupportable) ? Probablement de l’unique, du grand, du sublime, de l’illuminé .

BARBIER

Intéressant l’interview de Valls. La page 29 commence par ce gros sous-titre :

«Je n’ai pas de désaccord avec Emmanuel Macron (…) Il est en accord avec la politique que nous menons. Je n’ai aucune raison de mettre en doute sa loyauté».

Nous sommes le 24 août 2016. Cinq jours après, notre grand visionnaire tombera de haut en apprenant la démission de son Ministre. Combats de petits coqs sur un tas de fumier élyséen.

Et puis, en cette période de rentrée littéraire, il y a les rubriques Littérature. Trois catégories pour classer les bons et les méchants, les chouchous et les condamnés à mort. Extraits :

«Il y a, bien sûr, (appréciez ce «bien sûr» qui nous inclue dans la connivence) le 25ème roman d’, enchanteur». A l’opposé, il y a le gros roman multiethnique de «complètement raté». Entre les deux, on trouve le dernier , «insuffisament cruel».

Mesdames, Messieurs, c’est ça la France littéraire, la France de la Critique. Quatre pages plus loin, Hahal Tajadod ironise : «En Iran, nos poètes sont des best-sellers. Comme si, en France, les ventes de Rimbaud dépassaient celles de Guillaume Musso». Rigolo : au hit-parade de l’Express de Drahi quelques pages encore plus loin, ce Musso pointait en seconde place.

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Le Fig Mag

Avec la lecture du Figaro-Magazine, mon calvaire continue. Dès l’entame, j’ai droit à , chemise blanche, cravate brune. Là, pas de subtilité, de nuances, de doute : on assène, on est dans la Propaganda 2017. «Le maillot de bain musulman n’est pas un vêtement, c’est un drapeau». Ou encore, voilà notre Guillaume s’intronisant Porte-Parole de l’Humanité : «Le burkini, chacun le sent, n’est pas un morceau de tissu comme les autres».

En ces temps d’accélération présidentielle, on a droit évidemment à et à un interview fleuve : «Devenir français cela signifie partager une langue, une histoire et un mode de vie» (bling-bling ?). Plus loin, il recommence : «Chacun de ces éléments peut être aisément vérifié en préfecture, notamment la maîtrise de la langue».

Sarkozy

Sur la question de la maîtrise du français, notre ex-Président nous fit beaucoup rire dans les temps anciens. J’ai encore en mémoire (ici mon billet de 2011) ses quatre impayables envolées truffées de fautes :

  1. Défendant le bouclier fiscal devant des ouvriers d’Alstom, dans le Doubs, notre Petit Chef avait déclaré : «Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts, ils oublient qu’on est dans une compétition … »
  2. Lors de l’hommage aux résistants lors des commémorations à Londres du 70e anniversaire de l’appel du Général de Gaulle, il déclara  : «Quelles qu’avaient pu être avant la guerre leurs opinions, ils se batturent tous au fond pour la même idée de la liberté, la même idée de la civilisation».
  3. Et encore dans Femme Actuelle (mai 2009) : «Je sors de ma douche parce que j’étais faire sport».
  4. Ou à Provins, devant des fonctionnaires éberlués (20 janvier 2009) : «C’est quand même agréable de voir des hauts fonctionnaires à qui vous comprenez quand y parlent».

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Heureusement, via Les Inrocks (17/23 août), Sarkozy va se rattrapper. Voulant s’acoquiner avec les Intellectuels (qu’il exècre et/ou jalouse), il lâche cette phrase bouleversante : «Les écrivains sont les médecins de l’âme». Waf. Waf.

Ce qu’il y a de bien avec le et ses dernières pages, c’est qu’il y a une place pour le rêve. La rubrique avec photos s’appelle «L’Art de Vivre» avec la déclinaison des propriétés à vendre. J’ai donc acheté un superbe trois pièces à Cannes Croisette, 85 m2, terrasse de 11 m2, 2 chambres. Merveilleux ce soleil méditerranéen. Et très jolie plage en contrebas. La Mer. Ah, la Mer ! Mon seul souci est d’importance quand-même : il me faut réunir les 2,15 millions d’euros pour définitivement m’y installer.

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Les Irocks

Reprenant Les Inrocks, je cherche à me rajeunir (indispensable pour vivre le temps présent, hein ?). Me voilà puisant dans les groupes, chanteurs, chanteuses du moment. Et aussitôt je… déchante en relevant les noms qui s’accumulent dans la Rubrique Musique : Glass/ Bon Iver/ Jdilla/ Slowdive/ Mohini Geisweller/ Royaume/ Gonjagulfi/ Philippe Crab/ Eros & the Eschaton/ Junius Meyvant.

Et comme si cela ne suffisait pas, j’ai agonisé en sussurrant le dernier nom de ces inconnu(e)s, dernière page : Ryley Walker.

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Vous l’avez remarqué, je n’ai pas parlé des quotidiens de notre beau pays. Il n’y avait en effet pas besoin de rajouter des commentaires hors l’exposition du montage de Unes que j’ai fait. Objectivité, Pluralisme, Indépendance, Esprit critique et Liberté de la Presse, voilà tout cela résumé en effet dans cette ahurissante compilation des Unes recensées par Acrimed . Nous étions le jour où Macron, sortant de l’entrevue d’avec Hollande cria «Courage, fuyons !».

Macron JOURNAUX 1

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Pour lire la première partie du billet, c’est par ici : Les Hebdos à la petite semaine (1). 

2 Responses to Les Hebdos à la petite semaine (2)

  1. Robert Spire dit :

    Bibi, j’aime bien ta revue de presse. En passant, dédions à Barbier, Roquette, Sarko, etc…, ces mots d’Octave Mirbeau (à M. Lucien Millevoye):
    « Ah ! monsieur, il y a une chose qui m’étonne et que j’admire : c’est votre bêtise, c’est votre persistance, votre ténacité dans la bêtise ; de quoi vos amis s’amusent plus encore que vos adversaires… Comment cela peut-il arriver que vous n’ayez jamais de répit, jamais le moindre repos dans la bêtise ?… Je sais bien que, quand on est bête, c’est pour longtemps… Mais avoir, comme vous avez, cette tension extraordinaire, continue, éternelle, dans la bêtise, n’est-ce point un prodige ? »

  2. BiBi dit :

    @RobertSpire
    Pour être tenaces dans la bêtise, pour ça, oui, ils le sont !
    Jamais de répit pour les Chiens de Garde. Toujours les crocs acérées pour garder la Niche du Libéralisme.

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