Socialistes ? La Grande Nausée.

Faire l'Opinion

En dépôt sur mon écran Twitter, fourmillent des gazouillis qui citent et re-citent les dernières Odes sondagières. Cette fois-ci ce fut le tour de magnifiques specimen et de quelques groupies pro-hollandistes tous heureux de voir leurs gourous élyséens remonter dans les .

Je me suis alors rappelé avoir lu le livre de («Faire l’Opinion») qui avait longuement et justement insisté sur l’importance des sondages (dans les années 90). Pour compléter le tout et le tour de la question, on m’avait refilé ce travail très instructif de à propos des Primaires . Un chapitre entier (pages 87 à 122) était consacré à l’emprise des sondages, à l’affaiblissement militant du parti socialiste, à la dégradation du politique et à cette soi-disant rénovation du Parti.

Voilà pour le billet-BiBi n°1495.

Gattaz Valls

Au temps jadis de l’avant 68, les hommes politiques régnaient sans partage et commandaient aux journalistes. Des salons de l’Elysée aux Rédactions des quotidiens ou hebdos, la ligne téléphonique était directe et se confondait avec la ligne politique du Pouvoir. Les agents du champ politique ont ensuite du composer avec la gente journalistique et ont du se soumettre à la logique des Médias. Malheur à celui qui ne passait pas à la télé. Son existence politique pouvait se réduire à peau de chagrin définitif.  Du côté des journalistes-Médiacrates – avec cette hyper-concentration des Médias aux mains de grands groupes (Bouygues, Dassault, Lagardère) – on peut alors plastronner, se poser en détenteurs de la Vérité du Monde (ou du moins être porteur des questions que – soit-disant – le Commun porte). Aujourd’hui, ce prototype de journaleux peut avoir par exemple le visage du benêt Calvi ou de Michel D., médiatique indéboulonnable, présentateur politiquement correct de Vivement-Dimanche.

Falconetti

Deux professions ont dès lors enflé leurs effectifs :

1. Du côté politique, on a vu arriver les hommes cravatés (Stéphane Fouks,  Ramzi Khiroun) et quelques femmes surpuissantes (Anne Hommel, Anne Méaux) pour aider et envahir les champs du Pouvoir. Spin Doctors d’EuroSCG, spécialistes de la Communication sortis de Sciences-Po par exemple dont l’ascension est concomitante de la montée en puissance des DSK hier, des , aujourd’hui. Celui ou celle qui suit BiBi connaît les refrains de ces spots publicitaires. (Billet ici).

2. Du côté des Médias et de la presse : les journalistes se sont reposés sur les Instituts de Sondage dont les chiffres sont censés dire en toute objectivité la Vérité sur le monde. Avec cette idée constante qui est, pour ces journaleux, de se croire observateurs impartiaux, indispensables relais, en dehors du jeu, intimidant tout opposant avec des données «objectives» et indiscutables (Archétype : et ses graphiques sur ).

bauer_fouks_rocard_valls

L’arrivée des Primaires socialistes et son installation dans le paysage politique est à mettre en regard des transformations citées ci-dessus. Au Parti Socialiste, le virage, déjà amorcé sous Mitterrand, va s’accélérer après la déroute jospinienne de 2002. Vont naître les beaux-parleurs, les bons clients. Plus besoin d’aller voir naître les petits veaux à l’étable, d’aller serrer les mains des bouseux, d’aller distribuer des tracts à la sortie des usines. Il suffit de passer à la télé (croit-on), d’assurer une prestation médiatique de qualité et que les électeurs – via les sondages – aient une «bonne opinion» de l’Acteur Studio et de ses clips politiques. Encore faut-il pour le candidat socialiste à la Notoriété être inscrit évidemment dans des réseaux ! Faut-il rappeler où est né politiquement et publicitairement Manuel Valls ? Ou encore de quelle grande Ecole est sorti François Hollande ?

M-Valls

Rions un peu en nous souvenant de François Hollande jurant qu’il gouvernera sans un regard sur les Sondages. Aujourd’hui, lui, ses amis, ses soutiens, les moutons de Twitter, ne jurent que par eux, les acceptant en bloc et ne se situant que par rapport à eux. Le Parti Socialiste n’a plus rien à proposer hormis une sujétion complète, politique et idéologique, aux Ordres du MEDEF. La dégradation du Politique continuera dès lors que s’est installée (durablement ?) cette croyance à la Magie du Sondage, à la primauté indiscutable des Grandes Idées libérales des Think-Tanks et au Pouvoir des Médias.

Francois-Hollande-et-Nicolas-Sarkozy-se-sont-opposes-dans-un-debat-engage_article_main

Le Top de cette Croyance se retrouve par exemple dans l’importance infantile (soi-disant capitale !) donnée au Grand Débat télévisuel entre les deux candidats du second Tour des Présidentielles. On notera qu’à la suite du Débat, on donne(ra) le Vainqueur par… sondage interposé, par appel aux Experts-Politologues (voir mon billet ici). Experts qui sans vergogne se parent de l’habit d’arbitre jouant de la neutralité et de l’impartialité et bla-bla-bla, bla-bla-bla.

Aujourd’hui, les champs politico-médiatiques sont étroitement et solidairement imbriqués. A la force du Nombre (les militants au cul des vaches) les socialistes ont choisi la logique du Nom (on minaude devant les caméras). Les objectifs des Socialistes ne reposent que sur l’électoralisme, on ne cherche que la ré-élection, on ne court que vers les postes à pourvoir avec ces conséquences et effets : abandon du Parti militant, montée de la volatilité électorale, parlottes de Marketing conformes au Nouvel Esprit du Capitalisme, croyance en la toute puissance des TV-Infos en continu, acquiescement à la validité des Sondages, guéguerre interne, lutte pour se placer de façon prépondérante, pour se construire une personnalité distinctive etc.

Marche droit

Et alors ?

Alors, ces récits médiatiques, ces fictions (par exemple : le Sondage fait le Candidat) deviennent les signes d’un assujettissement à une certaine forme du politique et de l’économique. Quelle superbe aubaine économique pour les Médias et les Instituts de Sondage que celle d’évoquer quotidiennement les formes du combat politique pour les Primaires et les Présidentielles : feuilleton régulier où l’on sonde la popularité d’untel ou d’unetelle avec, en filigrane, cette croyance plus que jamais bien accrochée, que les Médias «font» la politique. Douce illusion qui marche, qui fait tourner les rotatives, qui alimente les écrans, qui fait écrire dans les blogs, qui fait jouir ou pleurer les Twittos. Pourtant, il faut rappeler que toute cette Machine peut se gripper. En 2005, tous les Medias avaient été désavoués, eux qui avaient voté en masse pour l’Europe du Grand Capital.

Socialistes

Alors, tournant les dernières pages des deux livres, on ne s’étonnera pas que la Nausée soit le lot quotidien de larges pans de la société française. Plongés dans la pauvreté, beaucoup de français côtoient la précarité, le désœuvrement, à distance de cette idée du Politique qui a dévalué tout militantisme, Politique contrôlée dans les moindres détails par les Agences de Com.

Nausée d’hier à écouter Michel «Il faut commencer par cela : nous voulons conserver le Capitalisme» et nausée d’aujourd’hui à lire cet extrait tiré du Canard Enchaîné de cette semaine.

Canard

8 Responses to Socialistes ? La Grande Nausée.

  1. Un partageux dit :

    Y’a des jours comme ça où on est vraiment fier d’avoir PensezBiBi dans sa roulette à blogues.

  2. BiBi dit :

    @Partageux.
    Merci.

  3. Melclalex dit :

    Bon, je ne sais trop par quoi commencer pour commenter ce beau billet, alors je vais tenter en quelques mots soit de te conforter soit de contester ton point de vue, pour alimenter le débat.

    Le PS comme toute organisation politique à sans doute les yeux sur les sondages car c’est un rendu de l’état de l’opinion sur un sujet, une question, une politique et ces études d’opinion qui même critiquable sont tout de même utile, dans être pour autant l’alpha et oméga de l’action politique.

    La question maintenant de la place idéologique du PS dans l’échiquier politique est me semble t-il réglé depuis un long moment, c’est devenu un parti de centre gauche avec des idées et décisions politiques penchant tantôt à gauche mais le plus souvent au centre-gauche et la nomination de Valls ferait même pencher moins à gauche l’aiguille idéologique du PS. Souvenons nous des privations de DSK alors ministre des finances de Jospin pour s’apercevoir que ce n’est pas né avec l’arrivée de Hollande au palais.

    voilà

    bises chez toi

    JF

  4. BiBi dit :

    @Melclalex
    Rapidement sur les sondages. » Le sondage » serait pour toi un « un rendu de l’état de l’opinion sur un sujet, une question, une politique ». « Ces études d’opinion qui même critiquables » seraient « tout de même utiles ».
    Très très contestable de naturaliser ainsi le sondage. C’est une construction avec des tris implicites, des parti-pris masqués etc. Mais là, pas assez de temps pour approfondir. Il faudrait une analyse détaillée sur plusieurs heures.

    Pour ma part, en préalable, je poserais à la façon naïve d’Yves Calvi quelques questions basiques 🙂
    1. A qui appartiennent les Instituts de sondage ? A question rarement posée, pas évidemment de réponses, tu l’avoueras.
    2. Le sondage serait « utile ». Là aussi, question-bibi très banale : « Utile à qui ? »
    3. Outre analyser les questions, regarder en détail leur façon critiquable de les poser.
    4. Réfléchir sur cette croyance (un peu similaire à la pensée magique analysée par Lévi-Strauss) aux sondages, croyance hélas très très partagée même par les mélenchonnistes.

    Pour le reste, je te laisse à tes subtilités distinctives pour savoir si le PS se situe au centre gauche ou à la gauche du centre…

    La nature du PS est bien peu dépendante des personnes car cette personnalisation est inhérente au fait que le PS a gommé toute confrontation idéologique et a choisi définitivement son camp.
    Les socialistes n’ont alors que la petite phrase, les attaques personnelles ( comme Filoche critiquant Macron ou Aubry s’aiguisant les dents contre Valls etc etc) pour perdurer.
    Et il y a fort à parier que cette période pré-primaires qui s’accélère sera dominée par… les sondages.

  5. Robert Spire dit :

    « Dans un sondage, le peuple dit ce qu’il pense sans avoir pensé. Mais que dirait-il s’il avait pensé? » (Van Reybrouck)
    Comme toi, Bibi, de plus en plus de personnes sont convaincues qu’ils nous faut passer à l’étage supérieur de la Démocratie.

  6. BiBi dit :

    @RobertSpire

    Bonjour à toi. Oui il faut ( il faudrait) monter un étage.

    Le problème, c’est que les bonnes bouteilles sont à la cave. Du coup, je pense que je vais mettre ma cave au grenier et descendre le grenier à ma cave. 🙂

  7. Robert Spire dit :

    Bibi, lire tes billets m’apprend toujours quelque chose.
    Zut! je n’ai pas pensé au vin. Mais avec la technologie d’aujourd’hui, on peut mettre sa cave à vin n’importe où.:)

  8. jeannedau dit :

    Tu décortiques si bien, un plaisir de te lire. C’est tellement vrai.

    Je suis d’accord avec toi « mettre la cave au grenier »..
    Y a que ça, pour avancer, tout chambouler.

    Bises.

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