Brouillards d’Enfance.

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L’Enfance. Pas vraiment ce qu’on en croit. Pas forcément un paradis perdu, pas forcément le souvenir d’un territoire tracé en de belles lettres de Noblesse ni celui d’un temps hors-temps. L’Enfance. L’insouciance certes, mais aussi le silence, la violence derrière le calme apparent, la rumination, les poings serrés devant l’Injustice. L’Enfance, ce fut aussi toutes ces injonctions sur lesquelles on a plié : «Ne bouge pas», «Reste à table» «Tais-toi». Comme une prosopopée qui revient dix, quinze, vingt ans plus tard battre en bruit sourd, dans la poitrine.

Il en existe quelques-un(e)s, de ces rescapés de l’Enfance qui ont écrit, filmé ces moments-là. Ils ont vécu. Ils savent. Ils n’ont pas oublié.

*

Rue des bons enfants

Déjà (1) et son petit livre «». Une somme de réflexions in-vivo lancées dans les années 50-60, nées du travail d’accompagnement d’enfants abandonnés, d’adolescents fugueurs, en révolte. Deligny, «éducateur» novateur, bien avant tous.

«Dans les plus grandes pagailles, tu es calme, souriant. Dans les grands calmes, tu es le vent».

«Trop se pencher sur eux, c’est la meilleure position pour recevoir un coup de pied au derrière».

«Ne leur apprends pas à scier si tu ne sais pas tenir une scie ; ne leur apprends pas à chanter si chanter t’ennuie ; ne te charge pas de leur apprendre à vivre si tu n’aimes pas la vie».

 Et puis avec son implacable «». Un livre bouleversant même après tant de relectures. Un livre qui palpite, abrupt et  non négociable. Toujours sur l’Enfant.

 «Toutes ces grandes personnes parlent sans répit et si fort qu’il se retire loin de leurs voix dans sa fable intérieure».

 «Souffrance, détresse, fureur dont il se délivre par le rire, et c’est ainsi qu’on le tient pour un joyeux garçon».

 «Les maîtres qu’il a acquis la faculté de percer à jour et qui, le sachant, perdent patience. Le plus rusé soutient son regard pour en émousser la pointe».

 «Las d’attendre sur la berge, il se jette à l’eau. Où est-il maintenant ? Sur l’autre rive à refaire provision d’énergie. Et ainsi de suite jusqu’à ce que ses dernières forces l’abandonnent au milieu du courant».

 «Faire la sourde oreille aux arguments d’une raison si infatuée d’elle-même qu’on lui oppose comme par fronde les balbutiements de l’ignorance, les convulsions du délire».

*

Et puis il y a les films.

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Celui d’ (1) : «Où est passé la maison de mon ami?». Une fiction où se joue la solidarité entre enfants, où se trace la ligne de démarcation entre l’écolier et l’adulte, le maître, le Professeur, où est magnifiée la ruse de l’enfant.

Celui de  : «Mes petites Amoureuses». Film magnifique sur l’éveil de l’enfant (un garçon) dans ses rapports avec les filles, premières amoureuses. L’état d’inquiétante étrangeté dans lequel ces rapports se jouent.

Et aussi l’enfant de Freud, pervers polymorphe, qui remue les consciences, le ciel comme la terre.

Rire (2)

Et l’Enfantin rappelé par Pierre Péju («Enfance obscure») : «Gunther Grass disait que derrière le plus volumineux roman se cache un conte très simple. De même, derrière un paysage impressionniste, un visage torturé de Bacon ou une aquarelle abstraite se tient un peu d’Enfantin».

Et puis ces enfants guidés vers l’écriture :

Je cherche mon

univers au milieu de

ces gens qui ne vivent

que pour être bien

 *

Sur cette musique j’écris

des paroles qui ne verront

jamais le jour, la belle

lumière du soleil, mais

ils seront récompensés

par le regard de tes yeux

sur ce papier

Et encore cet autre texte de Pascal B. qui n’a probablement jamais écouté et compris le «Like A Rolling Stone» de Dylan mais qui écrit aussi bien (1) (Extraits tirés du livre «Le Courage des Oiseaux» chez Compact Editeur).

Enfants  prison

Tu es belle et tu t’amuses

avec tout le monde,

oui mais un jour tout va se retourner contre

toi, et tous tes amis

ne pourront pas t’aider

car ça sera de ta faute

et ce jour-là

je serai là pour te

consoler mais je ne pourrai pas

t’aider, malgré que

je t’aime

 *

 (1) Des billets-BiBi déjà écrits :

2 Responses to Brouillards d’Enfance.

  1. chevuoi dit :

    C’est bobo l’enfance. C’est beau Bibi ton texte. C’est comme une maison de mon ami.)

  2. Robert Spire dit :

    L’enfance, âge merveilleux où l’on teste la puissance du mensonge auprés d’adultes souvent trés crédules: « Un enfant ne peut pas inventer cela, voyons! »

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