Cuba première.

Les discours d’appréciation politique sur , sur son régime, sur ses dirigeants ne peuvent être que contradictoires. On s’enflamme, on s’accroche, on s’étripe depuis la prise du pouvoir de . Cette foire d’empoigne continue aujourd’hui. Ici, en France, comme aussi… à Cuba.

Je pourrais laisser de côté ces «querelles» (importantes) pour ne m’attacher qu’à la chaleur et à l’accueil que m’ont fait les cubains en tant qu’extranjero. En parlant de ma rencontre avec eux, je ne ferai pas que parler de leur hospitalité mais aussi de politique (celle que mène Cuba), de son peuple, du socialisme, de Raul, de Fidel, d’Ernesto et… de bien d’autres. Je rapporterais des phrases entendues et notées et je m’interrogerais sur les silences embarrassés.

Tous mes billets et analyses (partielles et bien entendu insuffisantes) voudront faire le pari de dire quelque chose d’une vérité cubaine avec une prise de vue sous deux angles, double fil rouge à tisser : 1. un cordon politique : Cuba (son peuple) – plus que tout autre pays – recèle en lui les contradictions de l’Histoire Mondiale et 2. un fil vivant, humain et chaleureux : les Cubains ont une aisance comportementale inouïe, une intelligence et une malignité incroyables pour (sur)vivre (à) leur vie (difficile).

J’offre ici quelques réflexions nées d’un voyage de 17 jours au cœur de l’incroyable Capitale qu’est , des magnifiques terres de l’Ouest et des villes du Centre du pays. Mes ressentis seront sans complaisance, embryons de pensée à propos d’un pays traversé dans ses profondeurs rurales et citadines.

*

Ce qui frappe d’entrée, c’est le noir qui enveloppe La Havane à l’arrivée (il est 21 heures). De l’aéroport à San Miguel, les rues, les avenues, les carrefours (hormis les grandioses portraits en fer forgé de Fidel, de José Marti, du Che, Plaza de la Révolucion) sont faiblement éclairées. Les immeubles se perdent dans une quasi-obscurité, venant déjà dire que Cuba est le Royaume de l’anti-gaspillage.

Nombreux visiteurs seraient surpris de voir combien ici les rues (malgré les façades déglinguées et décrépies) du vieux quartier de Centro Havana sont propres. Surprenant lorsqu’on a connu des pays comme la Syrie ou certains coins du Maroc. Dans villes et villages, je croise des «travailleurs» des rues : sacs emplis de canettes écrasées, ils furètent les poubelles, les coins déserts, les fossés pour récupérer boites, papiers, plastiques. Rémunérés qu’ils sont au poids. Surpris donc de voir l’instinct de récupération du Cubain : tout lui sert. J’ai vu de magnifiques œuvres d’art faites avec des canettes de bière Cristal ou Buccanero.

La «propreté» et le non-gaspillage de Cuba ne tiennent pas uniquement à des convictions personnelles du Cubain normosé qui serait éduqué au politiquement correct. L’Etat a certes engagé des initiatives rurales bienvenues en concentrant ses efforts (insuffisants) à la Verte Cuba mais le Cubain (insulaire) doit tout recycler, doit tout transformer. Nécessité vitale que rien ne soit définitivement jetable (ou gaspillé).

Chez l’habitant, l’eau coule des robinets mais c’est un mince filet d’eau qui en sort. Sur les bords des routes de campagne, le paysan dégage l’herbe qui pousse à la machette pour à la fois en remplir ses sacs pour ses animaux et faire acte civique de nettoyage. Les feuilles de palmes (palmiers real) enveloppent les cigares faits maison et servent aussi pour les toits des maisonnettes.

Inutile de parler des pièces de métal récupérées pour servir aux moteurs des vieilles voitures des années 50, pour réparer les vieux side-cars ou encore pour améliorer les conduites d’eau. 

Nettoyage aussi des maisons par fumigation. Les deux ennemis de la Révolution restent le mosquito et la cucaracha (cafard) : on voit alors arriver des obreros spécialisés, porteurs de lances qui ronronnent comme des tondeuses. Si en théorie l’Etat assure gratuitement la fumigation des foyers, la réalité est parfois toute autre. On peut lire leurs dates de passage sur de petits panonceaux. Les obreros passent une fois sur deux mais parfois se font voler l’insecticide revendu ailleurs.

Nettoyage des rues (suite). Hier, à La Havane, il faisait très chaud. La pluie est arrivée en fin d’après-midi pour tomber une partie de la nuit. Le matin qui suit voit des infiltrations et soudain, des balcons de maisons s’effondrent devant moi. Désormais, à , j’ai un œil en l’air et je marche au milieu de la rue.

(A suivre…)

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