Lacan Quotidien et Maître Jobim.

C’est vrai que la phrase de Thomas Bernhard est intrigante («Les futurs maitres n’existent pas et les maîtres passés sont morts»). Mais comme souvent, l’adhésion-BiBi se double d’une gêne car les maîtres morts continuent de peupler nos territoires intérieurs. Ils s’agitent, ils nous agitent dans leurs effets d’immortalité.

BiBi s’est lancé dans les pas de ceux et de celles qui portent l’ombre du Grand-Père Freud, psychanalystes de l’Ecole de la Cause Freudienne et s’est attaché à lire le «Lacan Quotidien » N°117

Il a pu sourire aux deux phrases emblématiques du début du numéro, celle de Philippe Sollers par exemple («Je n’aurais manqué un Séminaire pour rien au monde»). Rappelons que ce dandy achève piteusement sa carrière dans les bras du de Lagardère et qu’il salua en cynique revenu de tout (de tous les trottoirs) la Grande Révolution Culturelle en col mao avant d’admirer Edouard et Nicolas ( Lire ici le billet d’Agone ). A la phrase d’Agnès Aflalo («Nous gagnerons parce que nous n’avons pas d’autre choix») BiBi grinça  des dents. Il lui répliquera, par celle, définitivement indiscutable, de Goethe : «Cela ne peut que mal finir».

Heureusement ce numéro parcouru ne se résume pas à cela. Il s’ouvre sur que BiBi croisa (en lectures) plusieurs fois. En particulier avec ce petit livre conseillé («A quoi bon encore des poètes?»)
«Il faut se frayer un passage dans la langue silencieusement puis à pas feutrés puis, à force de paroles tues et chuchotées, élever le ton doucement, encore doucement puis mezzo forte afin de reparler non du silence mais de la voie tracée du passage en train de se faire»

Dans son article sur Prigent, pose cette question/réponse :

«Quel est l’affect engagé chez le lecteur ? Un lecteur n’est pas qu’une fiction grammaticale, il est corps vivant. C’est un affect de… gêne qui va l’affecter dans son corps. Probablement le mot gêne est le plus adéquat ! La gêne est un affect mineur, comparée à la colère, à la rage, et évidemment à l’angoisse (…) La gêne ne fait pas de bruit ; elle est peu spectaculaire ; il faut un moment pour la repérer ; elle s’insinue et immobilise le corps qui, sur place, s’agace –, elle rend chaque lecture de Christian Prigent, à vrai dire, difficile (ou éprouvante ou pénible ou intolérable). Car, à poursuivre la lecture, la rencontre se reproduit, l’affect est au rendez-vous et le mot de gêne s’impose».
En écho ce passage de Prigent dans le livre précité : «Ainsi Baudelaire, Mallarmé, Jarry ou Antonin Artaud n’ont-ils pas cherché à rendre le Monde lisible : leur œuvre construit, en face de son obscurité, une homologue obscurité – et c’est en quoi ces œuvres font effet de vérité».

Gêne, c’est si peu dire. Que cette «homologue obscurité» engage des affects, bien entendu, mais les grands livres sont ceux qui vont tombent des mains. «Les livres de vérité» vous suffoquent : une fois lus, ils vous refont le portrait, à tel point que, définitivement, de lecteur vous vous transformez en Monstre et que, rendu au réel, persistera en vous non la gêne mais l’homologue obscurité. Grand-Père Freud serait surement intervenu ici pour approuver en nous parlant – mais c’est une même chose – de sa singulière et Inquiétante Etrangeté.

Autre découverte dans ce numéro, le dramaturge israélien, , décédé en 1999. Avec cette méditation : «Tu m’angoisses, j’ai peur de toi, tu es étrange pour moi, menaçante, incompressible, terrifiante, ta figure me fait trembler, me donne froid, désir de me cacher sous la couverture, de fuir, sauter par la fenêtre, mourir, et seulement ne pas être à tes côtés un moment, et en trois mots… je t’aime».

*

Enfin, preuve vivante que les Maîtres continuent de vivre en nous. Il y a 17 ans, Antonio Carlos Jobim nous quittait. Dans les Années 80-85, BiBi le photographia à Nice.

Et comme tout finit en chanson…

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