Les bras de Nadejda et les mains brisées de Victor.

 

*

Tout cela se passe sous nos regards effarés : Monsieur Poutine ne s’embarrasse guère d’élans humanitaires : il a fait voter par sa Justice une condamnation à deux ans au groupe punk russe, les Pussy Riot.

Déjà en mars 2009, l’autocrate du Kremlin avait fait pression sur le gouvernement «autonome» de Georgie pour faire interdire la prestation du groupe georgien «Stephane & 3G» qui avait signé une chanson qui devait être celle qui représente leur pays au Grand Prix de l’Eurovision.

Le titre en était : «We don’t want put in», petit jeu de mot entre l’orthographe anglaise du nom Poutine (sans «e») et le verbe «to put in», qui signifie «mettre», «se faire plaquer» en anglais. Le morceau avait été évidemment refusé par les sommités de l’ «Europe» (Musicale) toujours aussi rétive au progrès de la Démocratie et aux Actes de Résistance.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, sont membres du groupe punk Pussy Riot. Aujourd’hui, elles viennent d’être déclarées coupables de hooliganisme et d’incitation à la haine religieuse par un tribunal de Moscou. Leur «délit» ?  Avoir chanté en février une «prière punk» anti-Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur. Deux ans de camp.

Je dépose ici la photo de la chanteuse car me rendant sur le site Slate.fr, j’ai été étonné de voir la photo de Nadezhda Tolokonnikova… tronquée. Sur le cliché du site d’info, était ignorée la main menottée. Ne restait que le poing gauche levé. Avec mon mauvais esprit, je dirais que le site n’a pas voulu faire trop de peine à Monsieur Poutine en ne montrant pas la radicalité des opinions de la chanteuse.

En effet, à ne voir que le poing levé, le lecteur de Slate.fr ne pouvait se rendre compte de la gravité de la sentence et des raisons profondes de la protestation anti-Poutine. L’image entière dit le plus important : c’est parce que l’autre bras est prisonnier que Nadezhda Tolokonnikova lève le poing. Gommage pur et simple du rapport de forces. Effacement de la lutte et – pourquoi ne pas se hasarder à dire cette hypothèse – effacement des effets spécifiques de la lutte des classes en Russie. Hé oui, on veut bien montrer l’icône de la rebelle (Une Madone révolutionnaire) mais on ne veut guère montrer le Réel dans lequel elle se débat.

Rappelons aussi en passant qu’en 2006 un certain Jacques de l’UMP insista au nom de la France pour – malgré les protestations – remettre la Légion d’Honneur au Chef du Kremlin.

Mais bien sur, je déraille, je délire, je fais des rapprochements incongrus, je le… confesse (très humblement) mais je ne retire rien.

Cet épisode russe me fit alors me souvenir de la fin de Victor Jara, chanteur, poète et guitariste chilien. Cet autre musicien fut arrêté dans les heures qui suivirent le Putsch de Pinochet et de la CIA  du 11 septembre… 1973. Il fut conduit dans le stade de Santiago où étaient détenus plus de 5000 personnes, la plupart opposants du régime néo-fasciste du Dictateur. Torturé, il eut les mains brisées à coups de crosse et de bottes, puni parce que guitariste et démocrate. Il fut finalement abattu à la mitraillette.

One Response to Les bras de Nadejda et les mains brisées de Victor.

  1. Excellent parallèle.

    Effectivement pour Slate, cet épisode contredit quelque peu l’axiome des libéraux selon lequel le capitalisme est consubstantiel de la démocratie… Aussi, rien de mieux que de choisir un cadrage particulier qui cache une partie de la réalité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *