1981, 2012 : lendemains de Fête et désespérance.

Je réponds ici à qui a mis en ligne un billet intitulé : « N’alimentons pas le Sacre annoncé de François Hollande »

C’est vrai que nous traversons une Période de sidération, bombardés par des « infos » tout azimut (dans la Foire quasi-incompréhensible des Médias, cohabitent meurtrier en scooter avec sondages qui tuent la Démocratie, une défaite de l’OM avec du Sarkozy n’en veux-tu pas, en voilà quand-même). Une fois n’est pas coutume, j’ai convoqué le Camarade Jacques et l’ai suivi sans demander mon reste. Résultat de ces Affaires intimes : y a pas à discuter, y a pas à tortiller, plus que jamais, nous sommes des Sujets divisés

Joie et Cri primal.

Qui ne criera pas sa joie le soir de la défaite d’un Sarkozy renvoyé à sa Dolce Vita par le scrutin national ? Qui pourra m’empêcher de pousser ce cri primal  – je me vois, me précipitant sur mon balcon, portant mes hurlements jusqu’en face, jusqu’aux rives helvétiques du Léman (à 10 kms à vol d’oiseau)? Qui pourra m’empêcher de libérer positivement ma haine accumulée contre ces mesures ahurissantes des 5 années durant, contre ces propos orduriers quotidiens, contre cette lente et infinie Descente aux Enfers umpistes ?

Mes cris ? Des cris hors de toutes raisons (impossibles à compter tant elles auront été nombreuses pendant ce quinquennat du Désastre), des rugissements de fauve vengeur contre cette Haine distillée par un impensable Président et semée par son laquais de l’Intérieur. Qui ne les criera pas ces cris de Joie vengeresse ? Philippe, j’entends d’ici les profonds échos des tiens. Et tes cris-boomerangs seront, chez moi, à la même démesure.

Cœur rongé.

Mais tout aussitôt, tout en remords, je me vois devenir pantelant et rongé tout au cœur. Le vertige me gagnera et, comme tétanisé, je serais prêt à vomir tripes et boyaux. Une douleur sourde surgira à vitesse supersonique, en instantané, me rappelant – leçon de l’Histoire – que les Champions – si Champions ils sont – étaient déjà là en (et après).

ILS étaient là et ILS étaient sur la plus haute marche du podium.

Devant cette « victoire rose » de 1981, j’ai été, là aussi, divisé : circonspect, dubitatif – ET EN MÊME TEMPS – si heureux de voir tous ces Enfoirés de la Droite, privés de D’Estaing, tête et queue basses, tombés au Champ d’Horreur de la Giscardie et du Pompidolisme (ces deux périodes qui ont étouffé notre jeunesse). Oui, ILS étaient là, triomphants en 1981. Mais au lendemain de Fête, on a vu arriver le Père Le Pen grandissant, ricanant, jouant les gros bras. Tout ça à cause d’eux, à cause de leurs manœuvres et de leurs silences.

L’immonde Équation.

Car ILS ont laissé courir la pire et la plus immonde des équations dans tout le Corps Social – Immigration = Délinquance – sans élever voix, sans rugir, sans bouger le petit doigt. ILS ont laissé faire du Racisme une opinion. Dans ce sillage et cette Omerta, ILS nous ont balancé du Rocard et du Jospin béats, ouverts à la Grande Finance. On a eu alors droit à leur Politique d’Énarques fascinés par les SubPrimes et les délires des Patrons du CAC 40. Et on a récolté – en corollaire – la Grande Souffrance sociale d’aujourd’hui, la Misère du Monde démultipliée, la Précarité à tous les étages, la Rage et le Désespoir des Laissés-pour-compte.

Sujet divisé.

Plus que jamais, exacerbés, éprouvés en ces temps des Tapie et des Winners, nous étions déjà des Sujets divisés. Et nous continuons aujourd’hui de l’être.

Ce constat intime, réaliste, hyper-réaliste, indiscutable, ne me réjouit pas. Comme j’aimerais en effet me tromper ! Comme j’aimerais être TOUT à l’Unique Joie d’une Victoire, débarrassé enfin de cette désespérance rampante et maladive. Mais… impossible Unité, inimaginable Adéquation.

Bien entendu, il faut écarter, écraser l’Homme au Fouquet’s (ce n’est pas gagné). Mais après cette possible embellie victorieuse, qu’aurons-nous dans les mains ? Comme seule récompense, notre sourire de contentement d’après JT de 20 heures (lorsque l’effigie de se sera découverte gagnante) sera bien léger. Il nous faudra déchanter dès ce lendemain de Fête (si Fête il y a). Trop lucides devant leurs sombres perspectives de « gauche », blessés, désemparés, rageurs et ravagés, nous le serons à nouveau. Plus, beaucoup plus qu’en 1981. Qu’il est dur, toujours dur, d’admettre que le Réel n’est pas assujetti à notre bon vouloir et à nos beaux rêves humanistes !

Car aucun doute là-dessus : dès ce lendemain de Fête 2012, chez moi, ça pleurera en dedans et ça pleurera beaucoup.

*

Le tableau de Goya s’intitule : « Le Sommeil de la Raison engendre des monstres« .

3 Responses to 1981, 2012 : lendemains de Fête et désespérance.

  1. Rodrigue dit :

    Oh combien pertinent, Bibi!

  2. Allons mon ami, le Batave sera battu par Mélenchon !

  3. BiBi dit :

    @pas perdus

    C’est vrai, Mélenchon réussit à convaincre car c’est le seul qui présente un programme en rupture.

    Mais il faut revenir sur terre et admettre que le Réel n’est pas assujetti à notre bon vouloir et à nos beaux rêves !
    La France n’est pas en situation de placer Mélenchon devant le Batave.

    Et – au cas où Sarkozy soit battu ( ce qui est loin d’être le cas) – je me répète : « dès le lendemain de la « victoire », de la Fête 2012 passée et bien arrosée, chez moi, ça pleurera en dedans et ça pleurera beaucoup »… même si le super-score de Mélenchon restera une promesse d’avenir.

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