Bob Dylan : deux anecdotes méconnues. (2)

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Deuxième volet sur Dylan (1961-1967) : BiBi rapporte deux anecdotes qui ont marqué le parcours du Poète-musicien. On remarquera que Dylan sut imposer son style malgré l’hostilité de ses premiers… supporters. Comme quoi, il y a des obtus et des intransigeants qui dénient toute exploration « artistique » et… souvent, ils sont sur le même bateau…

CENSURE DE CBS ET DES FACHOS.

Le 12 mai 1963, devait passer à la télévision dans le Ed Sullivan Show, une célèbre émission (l’équivalent de notre pâle show dominical de Michel Drucker). Une grande chance pour Dylan qui commençait à avoir du succès. Il avait décidé de chanter la chanson la plus drôle et la plus incisive de son répertoire : «Talking Blues». Il faut savoir que les membres de la John Birch Society (JBS) étaient tous des fachos qui voyaient des communistes partout. Dans leur peur des rouges, ils ne pensaient qu’à ça. Dans les années 60, la JBS était tolérée et se vouait à une chasse aux communistes d’autant hystérique qu’elle était hypothétique. La chanson, un blues parlé, n’a jamais figuré sur ses disques commerciaux. Dylan se mettait dans la peau d’un «John Bircher» qui cherchait les cocos :

 

« Rentré chez moi je commençais à transpirer / J’ai pensé qu’ils étaient dans mon poste de télé  / J’ai été farfouiller derrière le couvercle  / Et j’ai reçu un choc des pieds à la tête /  C’est les Rouges qui ont fait l’coup /  J’ai changé mon nom pour celui de Sherlock Holmes / J’ai suivi quelques tuyaux dans ma panoplie d’détective / J’ai découvert qu’y avait des bandes ROUGES / sur le drapeau américain…»

Puis le John Bircher inspecte la bibliothèque (90% des livres doivent être jetés) ; et ses amis (98% doivent disparaître). Eisenhower ? Un espion russe. Roosevelt, Lincoln ? Trop à gauche pour lui. Il n’existe qu’un seul vrai Américain : Georges Lincoln Rockwell (leader du parti néo-nazi). La machine s’emballe et le pauvre «bircher» en arrive à… s’inspecter lui-même, en espérant ne rien trouver !

Ce petit chef-d’œuvre caustique rencontra le refus des grands pontes de la télé CBS. Au dernier moment, on vint dire à Dylan de changer son répertoire car on jugeait la chanson trop «violente». C’est d’ailleurs CBS qui interdira de mettre la chanson dans l’album «FreeWheelin’». Evidemment furieux, Dylan s’en alla en claquant la porte et annula son contrat.

 

L’INCIDENT DE .

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, question Popularité, Dylan connut des hauts et des bas. Pour exemple, cet incident qui arriva le 25 juillet 1965 au , haut-lieu des festivals folk.

Dylan avait commencé à électrifier le Folk dans ses premiers succès.

Sur scène, vêtu de la veste de peau offerte par Hugues Aufray, il commença par chanter trois morceaux mais la foule – qui, pourtant, l’attendait – resta muette, ne saluant même pas la fin de ses premières chansons. Les spectateurs, pourtant venus spécialement pour l’écouter, finirent par ne plus supporter de voir Dylan sur scène avec… sa guitare électrique! Crime de lèse-majesté : la vue de cet instrument exaspéra alors la majorité du public qui se mit à huer Dylan et à siffler ses nouvelles sonorités. A l’entame de «Like A Rolling Stone», les premiers cris se firent entendre dans la foule. Cris et insultes : «Débarrasse-toi de cette guitare !», «Retourne au Ed Sullivan Show»  (le Michel Drucker de l’époque). Cela se transforma vite en une incroyable huée générale.

Abasourdi, au bord des larmes, Bob Dylan sortit alors de scène. Il y reviendra un peu plus tard sous les conseils de Peter Yarrow (de Peter, Paul & Mary). S’accompagnant de sa vieille guitare, il chanta alors «It’s All Over now Baby Blue» puis, solitaire, s’en alla dignement en serrant les dents.

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