Il y a quelques temps, les grands Musées français avaient besoin de l’honorabilité et de la respectabilité culturelles pour agir auprès des Sponsors. Aujourd’hui, on assiste à des phénomènes inquiétants. (Lire la suite…)
Ce qui frappe à la lecture des derniers JDD, c’est l’insistance mise par Christian de Villeneuve depuis le 7 mars à promouvoir les deux éditions du week-end de son journal. «Nous avons pris cette initiative à la demande de nombreuxlecteurs». Le Toutou à Lagardère note encore que «l’édition du dimanche s’enrichit de celle de samedi». BiBi en conclut que – peut-être - cela doit lui être difficile de recruter du lectorat et de le fidéliser.
Avec quoi donc le lecteur s’enrichit dans le Journal Du Dimanche ?
Sur le numéro du 31 mai, il gagne en richesse d’esprit grâce à toutes les explications du journal sur l’Alliance Sarko-Merkel. La Troïka – Olivier Jay, Christian de Villeneuve et Claude Askolovitch – est convoquée pour faire passer le Message élyséen. Page 3 pour la Déclaration. La page 2 pour glorifier le Prince qui en «appelle au Civisme» (cela ne coûte rien et peut rapporter gros). Le «Président français se bat» (pour nous, pour vous), il «a arraché une victoire importante» (sur la Turquie), «il metles points sur les I», «la Chancelière s’est ralliée à lui» (Qu’il est grand notre Président !). Il en a «fini avec une certaine naïvetéeuropéenne» (Les naïfs d’aujourd’hui– non-dit explicite – ce sont les adversaires du Président bien sûr). La bannière de fond euro-élyséenne pourrait être : «Vive le Changement et de ce Changement, Angela et moi – surtout moi – en sommes les Acteurs».
Rien de nouveau donc sous le Soleil dominical du JDD : brosse à reluire et pilonnage. BiBi sait à quel point la collusion est forte entre Little Nikos d’un côté et les Amis financiers de la Presse aidés par les Journaleux-Aristos de l’autre. BiBi doit avouer que pour ce numéro du JDD, la Troïka a fait fort.
Outre les pages 2 et 3 précitées, BiBi a relevé :
1. Pleine page 4 : un éloge déjà fait par BiBi sur le fantastique «livre» d’Hélène Mercier-Arnault, épouse de Bernard Arnault, le RMIste des Caraïbes.(Voir L’Alliance de l’Artiste et du Milliardaire.Vendredi 24 avril 2009)
2. Pleine page 5 : page-pub pour SFR avec Pierre Kosciusko-Morizet.
3. Pleine page 27 : page-panégyrique sur JoJo l’Ami-Chanteur du Président.
4. Pleine page 28 : un énième éloge d’un François Pinault très modeste mais à la «sensibilité esthétique» exacerbée.
5. Enfin dernière page : BiBi a goûté la soupe mais là, il n’en peut plus.
Claude Bébéar – que BiBi a présenté en Justicier non justiciable (1) - est ainsi croqué dans le Canard Enchaîné de cette semaine : «En vingt ans, Claude Bébéar, le Pédégé d’AXA, a pu accumuler une fortune d.un milliard d’euros grâce à ses stock-options, jetons de présence et autres gâteries. Un record parmi les dirigeants des Entreprises du CAC 40». Bernard Arnault que la «Maya nue» avait parfaitement cerné lors de son passage à l’exposition Picasso (2) est à nouveau sur le devant de la scène. En février par exemple, il a enfin révélé s’être fait avoir par Monsieur Madoff. L’emblématique pédégé de LVMH et principal actionnaire du groupe de luxe était en effet inscrit sur la liste Madoff à travers son holding personnel, la Financière Agache. Notre Grand Patron, féru d’art, témoin de mariage de Little Nikos (avec Cécilia), s’est bien gardé de le claironner, charisme à maintenir oblige. Cela n’a pas empêché notre Amateur d’Art de toucher sa rémunération de 3.879.000 euros en 2008, soit 317.000 euros par mois, soit 10.000 euros par jour. Rémunération à laquelle s’ajoute 380 millions de dividendes et 23,5% des stocks-options émises par LVMH. Pour le Canard Enchaîné, le gain potentiel s’élèverait à 12,5 millions. Rajoutons que le Comité de rémunération de LVMH est dirigé par Antoine Bernheim(3), l’homme envers qui Little Nikos doit son ascension. Et rappelons encore que Nicolas Bazire, ancien du cabinet Balladur à Matignon est un pilier du groupe Arnault et autre ami très proche de Little Nikos.
Tout ce beau Monde connaît de très tristes moments de déprime mais lorsqu’on sait que Bernard est propriétaire de la Royal Van Lent – société qui fabrique des yachts haut de gamme de plus de 50 mètres (un Feadship vaut 30 millions d’euros et celui de Bernard s’appelle «Amadeus») – on peut supposer que Bernard va se refaire une santé sur la Mer des Caraïbes. BiBi voit déjà la scène sur le pont de ce yacht qui mouille en ce moment près des îles Caïman : Bono du groupe U2 est au micro et Madame Hélène Mercier-Arnault (4) est au piano. Delphine relit les épreuves du livre de sa mère («Au fil des notes» chez Plon) pendant que le mari sert du Gancia sous les tentures.
Comme le chantait Jean Ferrat : « Que c’est beeeeeaaau la Vie ! »
Les Amis de PensezBiBi savent que cette alliance est une des Pensées fixes de BiBi. Ce qui différencie le Bourgeois décrié par Flaubert, par Jacques Brel («Les Bourgeois, c’est comme les Cochons… ») de celui d’aujourd’hui, c’est son rapport à l’Art. Aujourd’hui, plus on est riche, plus on s’éloigne des réalités terrestres et plus on s’accapare œuvres d’Art et Discours sur l’Art. Nos Capitaines d’Industrie se piquent de Grande Culture savante. Dieu, qu’ils sont beaux ! (Lire la suite…)
Bernard ARNAULT. Le 8 mars, c’est la Journée des Femmes. En parallèle à la sortie du numéro de Vendredi (numéro du journal exceptionnellement écrit par les bloggeuses du Net), LVMH rend hommage aux femmes engagées… par Bernard Arnault himself. Le Big Boss met à l’honneur les femmes de son entreprise via une expo-photos intitulée «Elles VMH, la richesse de la diversité ». Seules manqueront à l’appel les Smicardes LVMH qui achètent leurs sacs Vuiton via E-Bay. Claude BEBEAR. Bébéar – qui n’est pas un héros de Jean de Brunhoff (créateur de… Babar) mais le Patron éléphantesque de la Compagnie AXA – dénonce dans le Figaro du 5 mars «lesdérives de la finance» avec toujours le discours moralisateur à la bouche. Ainsi, il dénonce la «cupidité et la perte de bon sens» des «acteurs du système». Louable péroraison de la Droite pour fustiger les Opérateurs du Marché. Mais ce même Bébéar… peut-il nous dire les raisons de la présence de son entreprise AXA sur les comptes non-publiés de la Chambre de Compensation Clearstream et nous rappeler les motifs de sa mise en examen et de celle d’Henri de Castries ? Cela mis à part, En tous les cas, c’est la dèche chez AXA : quelle vilaine veste et quelle horrible cravate sur la photo du Boss dans le Figaro du jour ! Antoine BERNHEIM.
Olivier Jay, brave toutou du Frère Lagardère, encense le Patron Patriarche plein d’Assurance, Antoine Bernheim. Il nous exhorte à écouter la voix de l’Ancien (BiBi dirait : la «Voix de son Maître») :«Les Etats fournissant aux banques les liquidités nécessaires pour financer les entreprises, une certaine reprise de l’économie devrait intervenir assez rapidement». Si BiBi a bien compris, il faut continuer de vider nos poches pour nos pauvres banquiers. Olivier Jay de la Niche Lagardère, reste ce grand Sage devant l’Eternelle Grande Finance : il nous pousse à puiser dans les Conseils de Tonio «des leçons de sérénité». Laurence PARISOT. Le Tribunal de Grande Instance de Paris a débouté Laurence Parisot de son action pour diffamation et a reconnu «la bonne foi» de Daniel Dewavrin qui avait estimé qu’elle «savait depuis longtemps que ces choses-là existaient». Les choses dont BiBi parle, ce sont les détournements de fonds, pratiques courantes de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie, l’UIMM. BiBi, sur l’air de Marcel Zanini se met alors à chanter à tue-tête : «Alors Lolo, tu sais ou tu sais pas ? Si tu sais…» Vincent BOLLORE. Auto-congratulation. Vincent Bolloré fait partout la Une avec sa voiture électrique : tout le monde sera bientôt au courant. BiBi a entendu sa Voix de Prophète sur toutes les Ondes publiques mobilisées pour le véhicule présenté au Salon de Genève. France-Info, une fois, deux fois. France-Inter trois fois. Et pour finir, BiBi a fait le tour du Monde en Blue Car (page 15 du 5 mars) avec interview intégral retranscrit des deux radios. Arnaud LAGARDERE.
Invité du Figaro, Christian de Villeneuve de la Nichée Lagardère, nous vante l’édition du Samedi du Journal du Dimanche (50000 exemplaires attendus) qui viendra s’ajouter à celle du Dimanche (262087 exemplaires vendus). Pas de changement dans la ligne directionnelle. Ouf ! BiBi va pouvoir continuer à aiguiser ses flèches. Que Christian compte sur son lecteur Numéro Un : BiBi lira «plus intensément, plus profondément un journal qui esttoujours plus riche» (BiBi médisant avait lu : «toujours celui des plus riches»).
BiBi avait déjà parlé de ses Grands potes de la Grande Finance :
Cheveux courts et grisonnants, drapé dans un costume noir, bras le long du corps, Bernard Arnault, le Patron de LVMH est là, photographié parmi les visiteurs comme un quelconque quidam. Pourtant, trois choses le mettent en valeur. 1. Les visiteurs sont floutés alors que Bernard ne l.est pas. 2. Les autres regardent la Maja nue mais lui, ne l’a pas regardé (ou bien, seconde hypothèse : il en a terminé avec elle). 3. La légende du JDD rapporte son identité : il est aussi Patron de LVMH et Mécène de l’Exposition-Picasso. Rajoutons le titre de l’article : «L’Economie en crise, la Culture en Fête ».
Le Patron de LVMH est donc notre égal. Il se confond avec la foule mais il ressort quand-même du lot, restant le seul qui soit parfaitement identifiable.
Notre Bernard ne regarde rien en particulier mais peut-être est-il là seulement pour contempler son œuvre, pour se féliciter d’avoir organisé cette Exposition qu’il offre au Public comme il offrira bientôt, fin 2011, au Jardin d’Acclimatation, sa propre collection d’Art ? Peut-être pense t-il aussi à cette vente aux Enchères qu’il organisera à New-York pour financer l’expo d’un de ses designers Steven Sprouse ? Des enchères qui seront destinées à aider les enfants défavorisés de New-York.
Il est à distance du tableau sans se douter que c’est la Maja Nue, placide et goguenarde, qui le regarde et le met à nu. La Maja Nue sait tout des choses de la Vie. Elle connaît tous les secrets cachés de ses Visiteurs, elle qui ne cache rien. Elle sait que derrière le sourire tranquille du Patron se cache un amour vain pour l’art et les Artistes, elle sait que ce Grand Escogriffe, mélange de Pierre Richard et de Bernard Menez, veut se parer et s’emparer de tout ce qui compte de Beauté en ce Monde.
Elle se souvient qu’à l’achat, le yacht de ce Grand Boss s’appelait «One Eagle ». Trop prédateur ! Bernard le débaptisera pour «Amadeus» (plus élégant, non ?) et l’enregistrera aux îles Caïman (Prix de la restauration : 30 millions de dollars).
La Maja Nue a un regard amusé : elle a tout compris de ce Bernard Arnault qui se défile. Elle a eu le temps de lui rappeler sa présence à la Nuit de la Victoire au Fouquet’s et son absence… en rade de Toulon en septembre 2008. Là, où son ami, Little Nikos, brocarda les Paradis fiscaux, îles Caïmans en tête. Elle a lu dans les yeux de Bernard Arnault le montant de sa fortune (la septième du Monde – 21,5 milliards d’euros en 2005, un salaire de 4 millions d’euros).
La Maja nue regarde Bernard Arnault qui s’éloigne : elle sait combien les Puissants peuvent avoir de haine et d’hostilité à toutes les idées nouvelles, combien ils ignorent tous ceux qui, comme son Peintre, affichaient des sympathies pour les idées de la Révolution. Elle devine aussi pourquoi le Grand Bernard est préoccupé : tout à l’heure, il va rejoindre son ennemi juré, François Pinault et ils vont parler «Trêve et Cessez-le-Feu» autour d’une bonne table. Ils y seront avec Albert (Frère) et Alain (Minc). Ils y parleront Luxe et Culture car, pour tous deux, la Culture est à la fois un Luxe et une Marchandise.
La Maja Nue sait tout cela : elle sait qu’un jour, elle devra poser sur les murs de l’un ou de l’autre (Au Palazzo Grassi de Venise pour Francesco, à la Fondation Vuitton pour Bernardo). Elle est en paix. Eux, ils sont en guerre et ils se déchirent pour tout : la Gloire, la Notoriété, la Volonté de Puissance. Ils se battent pour Pucci, Fendi, TAG Heuer, Chaumet, Yquem, Zénith, Moët and Chandon, Dom Pérignon et Veuve Cliquot etc (C’est à Bernardo), ils vont se réconcilier avant de se battre encore pour Boucheron, Balenciaga, Bottega Veneta, Sergio Rossi, le Printemps, la Redoute etc (C’est à Francesco).
La Maja nue, elle, n.a rien d’autre à offrir que sa nudité. Elle sait que son insolente Beauté ne peut s’acheter car la Beauté est sans prix.
Le JDD de ce dimanche ne nous rajeunit pas. Ce «Vive la Crise » vient comme un écho du numéro spécial de Libération de février 1984, numéro qui faisait suite à une émission de TV diffusée alors sur Antenne 2. BiBi se souvient de ce supplément hors série concocté par notre tandem toujours en poste dans les Sphères médiatiques : Serge July et Laurent Joffrin. Yves Montand, lui, envahissait alors nos écrans (télévisés). L’acteur y plaidait la cause de l’austérité, se proclamant «de gauche, tendance Reagan ». Son argumentation était simple : les Français refusent de se plier aux nouvelles contraintes économiques, obstinés qu’ils sont à réclamer «toujours plus». Dans son sillage, Pierre Rosanvallon, ex-théoricien de la CFDT, invitait les lecteurs à «apprendre l’austérité». Ah les Belles années des Eighties !
Libé d’hier, JDD d’aujourd’hui : pourquoi ce rapprochement entre ces journaux ? C’est que le Slogan «Vive la Crise » 1984-2009 est un doublon : il intervient dans la bataille idéologique. En février 84, la Propagande libérale glosait sur la fin des idéologies, sur la futilité de l’Etat-Providence et célébrait le Culte de l’entreprise. Les Français étaient appelés à faire des sacrifices. L’Etat social et les prétentions syndicales devaient en rabattre sur l’autel de la rigueur. L’Europe unie applaudissait une Présidente nommée Margaret Thatcher. En janvier 2009, la Populace n’a toujours pas compris : elle défile en piaillant pendant que l’argent file, elle manifeste alors qu’elle devrait se mettre au travail. La Populace ne comprend pas que la Crise représente une «grande mutation», douloureuse, mais finalement profitable à long terme.
En 1984, l’émission d’Antenne 2 donnait la parole et l’image à un jeune énarque vendéen nommé Philippe de Villiers. Sous-préfet démissionnaire, il fut le Créateur de cet incroyable spectacle «libertaire et convivial » des Fêtes du Puy du Fou. En 2009, le JDD continue de nous faire saliver avec du pain et des jeux, du lard et de l’Art. Gloire aux Globes de Cristal avec Attali en vers ! Vive le Louvre et ses expos. Bravos aux braves nantais qui célèbrent leur Bach d’abord ! Grand soit Picasso au Grand-Palais ! Merci, merci, merci à Bernard Arnault en mécène et saluons Europe 1 du Frère Lagardère en fonds sonore qui chipote et chapeaute l’Expo du Gitan.
Doublon donc mais avec les réajustements d’aujourd’hui : la collusion de la Critique Artiste avec la Présence des Milliardaires y est portée à son point maximum (1). L’intertitre est d’ailleurs significatif : «Sans le Mécénat, adieu grandes expositions et festivals de qualité »(2). La Peinture, le Cinoche, la Chanson nous «jouent la mélodie duBonheur». Dans le même tempo, il nous faut oublier «les lendemains qui déchantent ». Derrière ce Slogan de «Vive la Crise » revenu en première ligne dans la Boîte à Idées de nos Chiens de Garde, BiBi n’y voit aucune ironie, aucun humour distancié de Bobo. Pour lui, ce n’est pas un bon mot de potache, c’est plutôt l’Opération Idéologique du Nouveau Libéralisme : «Soyez fascinés par les traits, les couleurs, les Voix ». Comme nous le dit Jean-Jacques Annaud, il faut éteindre la Guerre du Feu, gommer le Conflit c’est-à-dire le Politique : «La Culture est notre chance, notre vocation, notre solidité et notre destin. Et notre horizon». L’Art – version Mécénat – est rassembleur, il efface les clivages. Enfin réconciliés devant l’énigme de l’Aventure humaine, nous voilà Un parmi d’autres. BiBi tient la main de Sophie Marceau et celle de Charlotte, 18 ans. Dans le Musée, BiBi déambule avec l’anonyme Emilie 24 ans, aux côtés de Bernard Arnault. Tous affluent, hors classes sociales : Mick Jagger comme les mulots, Nicole Kidman comme Eva Mendès et les 18.000 visiteurs derrière.
Le revers du Tableau est bien entendu mis sous silence. Les grondements du 29 janvier n’ont pas une ligne dans le JDD. Pour BiBi pourtant, deux millions d’anonymes ont montré ce jour-là qu’ils aimaient l’Art… l’Art de vivre.
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