Archives: février 2010

« Shutter Island » : parabole du Cinéma.

Lorsque BiBi chercha ce que voulait dire «Shutter» dans le titre « Shutter Island » de Martin Scorsese, il fut surpris de sa traduction : « volets ». Il remarqua aussi que le film était une sorte de voyage kafkaien et que, lors d’une séquence, l’un des personnages faisait même référence à l’écrivain pragois. BiBi se souvint alors avoir lu un petit dialogue entre Gustav Janouch et Franz Kafka sur le mot « volets ». Gustav Janouch parlait cinoche avec Franz et lui rappelait un proverbe tchèque : «L’œil est la fenêtre de l’âme». A quoi, l’homme de Prague rajouta énigmatiquement : «Oui, et les films sont des volets de fer ».

«Shutter Island» : un film à volets. Une île comme un volet de fer.

Un matin de 1954, le Marshal Teddy Daniels et son nouveau coéquipier, Chuck Aule, débarquent sur Shutter Island, une île  au large de Boston. Là, un ancien fort de la guerre de Sécession a été reconverti en hôpital psychiatrique pour criminels particulièrement dangereux. Les deux policiers doivent retrouver une patiente, internée après avoir noyé ses trois enfants. Elle a mystérieusement disparu. Les deux enquêteurs fédéraux vont devoir affronter la méfiance des médecins, la violence d’un ouragan qui submerge l’île et ils vont devoir – particulièrement pour Léonardo Di Caprio – faire face à leurs propres démons.

Il  eut l’île au Trésor, l’île du Docteur Moreau, l’Île nue de Kaneto Shindô, espaces privilégiés pour construire une intrigue accrocheuse. « Shutter Island » s’ouvre magnifiquement sur un bateau de ligne émergeant dans le blanc de l’écran et dans la blancheur de la brume. Cette île est comme le Prague de Kafka, immense, petite, omniprésente, endroit d’où l’on cherche à partir, à s’évader. Scorsese aurait pu écrire à l’instar de Kafka : «Cette île [Prague] ne nous lâchera pascette petite mère a des griffes» ou encore : «Dans ce petit cercle est enfermée toute ma vie», «Les recoins obscurs continuent de vivre en nous».

Du coup, cette île n’est pas un bout de terre singulier, un espace hors-temps mais elle est le Monde tout entier. Rien de ce qui est humain (ou inhumain) n’y est absent. Tout de l’Histoire humaine s’y concentre : la Vérité, les Mensonges,  les Camps d’extermination (Di Caprio, ex-soldat US, se souvient à plusieurs reprises de son expérience de tuer les responsables allemands du Camp de Dachau), le Réel, la Fiction et l’arête Bien/Mal sur laquelle s’échine l’acteur (et le spectateur).

On pourrait se laisser aller à l’intrigue, aux multiples rebondissements, aux flashbacks ( il y en a beaucoup. Trop ?), aux coups de théâtre. On pourrait rester à cette Question finale du film, au dilemme du héros, prêt à se faire lobotomiser ou énucléer : «Que vaut-il mieux ? Vivre en monstre ou mourir en Homme de bien ?»

On peut aussi émettre l’hypothèse que cette « Shutter Island » aux volets de fer, cette île d’où  Leonardo Di Caprio ne ressort pas car il découvre que c’est le Monde (un mélange inextricable de fictions et de vérités) est pour Martin Scorcese…  le Monde du Cinéma.

On y décèle nombre de séquences qui rappellent les films hitchcockiens (l’intrigue se passe dans les années 50-60, années terribles de la Guerre froide, quasi-atomique), séquences filmées en successions de plans qui rappellent les premiers trucages scéniques (au fond, les falaises, la tempête ; au premier plan bien découpé : le héros dans tous ses états). Les Oiseaux d’Alfred sont ici remplacés par les rats. L’arrivée du bateau (en noir sur fond blanc), le phare, les flics très hitchcockiens, les vues sur la mer, le Fort mystérieux (aussi mystérieux que le Château de Kafka) évoquent les films de jeunesse noire de Scorcese, dévoreur de pellicule et historiographe du Cinéma.

Cette île, c’est le Cinéma avec ses caciques, ses volets de fer, ses contraintes d’airain, ses contraintes policières d’Hollywood, puissance maléfice de ceux qui le gouvernent. C’est aussi le Cinéma dans sa Signifiance, dans son Intertextualité ( le film rappelle « Shock Corridor » de Samuel Fuller et le «Vol au dessus d’un nid de Coucou» dans leur logique infernale et similaire : qu’est-ce qui est vrai ? faux ? de la fiction ? du Réel ? Où est ce qui est vrai ? ce qui est faux ?) Le Cinéma permet de faire plonger un personnage dans une trame, de le mettre en scène pour qu’il croise et affronte cette Épreuve humaine par excellence : qu’est-ce – singulièrement, universellement – le Bien et le Mal ? Et non moins important : « Où se mettre ? Où se pencher ? »

A la fenêtre de l’Âme pour l’ouvrir ? Derrière les volets de fer pour les fermer ?

A vous évidemment de voir et d’aller (au cinéma)… y voir.

Delphine Arnault était dans la salle d’attente.

BiBi est allé chez son médecin et dans la salle d’attente, il rencontra Delphine Arnault – via VSD et Point de Vue. La vie des riches donne toujours, hélas, quelques aigreurs supplémentaires à BiBi.

BiBi a déjà raconté le Mariage de Delphine avec Alessandro Vallarino Gancia du 17 septembre 2005. En guise d’apéro, les amis de BiBi peuvent toujours retrouver les parfums de ce beau mariage de Delphine au Château d’Yquem avec les invités d’honneur d’alors (Sarkozy, Védrine, T.Breton, JF Copé, Donnadieu de Vabres, Bébéar, Pébereau, Ernest-Antoine Seillières, les Dassault, Thierry Desmarets, Edmond de Rothschild, A.Bernheim etc). Aussi classe que la réunion du Fouquet’s, non ?

Ah ! Delphine ! Qu’était-elle donc devenue celle qui siégeait à moins de 30 ans au Conseil de LVMH et du Cheval Blanc ? BiBi, en salle d’attente de chez son Docteur, ouvrit au hasard «Point de Vue» (du 30 décembre 2009) et ce qu’il lut ne manqua pas d’intérêt. On y voyait « l’élégante décideuse » papoter au bras de son frère Antoine, lors de la matinée « Rêves d’Enfants » organisée à Noël par l’Association pour le Rayonnement de l’Opéra. Dans la foule des invités, on reconnaissait Jean-Luc Delarue, Fabienne Bazire, la phénoménale Valérie Hortefeux, son Pourfendeur d’Auvergnats et ses chères petites têtes blondes (Amaury, Edouard et Maxence).

BiBi se dit qu’avec la vie des riches, il était inutile de se rendre plus malade encore. BiBi délaissa donc « Points de Vue », attrapa le dernier « VSD » mais tomba à nouveau sur Delphine en goguette. Cette fois-ci, BiBi reconnut son cher frère, Antoine, entre Hélène de Fougerolles et Alexandra Lamy. Un peu en retrait, du côté du bar, Béatrice Dalle jouait la rebelle fatiguée. Cette soirée-vernissage, au Palais de Tokyo à l’Art-Club, célébrait un artiste chinois, Ji-Ji, protégé d’Antoine (Monsieur aime beaucoup l’Art, comme son Papa). Delphine ne cessait de parler de sa merveilleuse soirée du mardi 16 dans les Salons de Dior. «Une cérémonie sobre » répétait Delphine. Oui, une sobre mais étonnante réception pour la remise de l’Ordre du Mérite à son humble personne.

Delphine ainsi récompensée y fit en effet un très beau discours. Elle singea Carla en citant, comme elle, deux de ses auteurs préférés : André Maurois et Jean Cocteau. Elle fit un jeu de mot bouleversant sur Christian Dior («nom magique qui comporte Dieu et Or »). La nombreuse assistance était ravie.

On chercha en vain Alessandro mais Bernadette Chirac était là. Elle demanda même à Delph’ une pièce jaune d’un rire de même couleur. Antoine Berheim, 85 ans, lui parla avec assurance de Generali ; le baron Albert Frère fit de même avec les moules-frites de Bruxelles. La divine Delph’ y alla même de sa petite larme lors de la remise de son insigne par Christian Estrosi devant le Papa très ému. Papa Bernard Arnault était en effet très fier d’installer définitivement sa Fifille dans le ghetto du Gotha. Il se prépare à en faire de même avec le Fiston-à-Pistons, Antoine Arnault, 32 ans, déjà dir’ Com’ de LVMH, déjà administrateur du Groupe et déjà membre du Conseil de Surveillance des « Échos », le quotidien de Papounet.

BiBi regarda la tablette où s’empilait les journaux et hebdos (Le Figaro, Le Point, Challenges, Psychologies, VSD) et eut un terrible haut-le-cœur. Au même moment, le Docteur ouvrit la porte et le salua : « C’est à vous, BiBi ». Et pendant que BiBi se levait difficilement, le bon Docteur s’inquiétait déjà : «Dites donc, BiBi, vous avez bien mauvaise mine».

Les Flèches de BiBi.

Du Vent.

Patrick Ollier, député UMP des Hauts-de-Seine, brasse du vent : il se prononce contre la prolifération des éoliennes (Le Figaro du 17 février).C’est tout ce qu’il a trouvé pour stopper le vent mauvais qui souffle sur son Président ?

Reader InDigest.

Jean-Pierre Pernaut a fêté ses 22 ans dans son JT. Anthony Palou du Figaro nous invite à la table du présentateur : « Le JT est une authentique pause-repas avec, en entrée, quelques faits divers croustillants… il ne se regarde pas, il se déguste » ou encore «JPP a hissé très haut les couleurs de l’Info-Cassoulet ». Avec certainement Palou comme fayot.

Tranche de Pub.

Dans le Figaro du 18 février, BiBi tombe sur l’article «Publicis Groupe a bien traversé la crise». Le groupe ambitionne «d’entamer dès 2011 une nouvelle phase de croissance de ses marges». BiBi s’attendait à voir ce bilan défendu par Madame Elisabeth Badinter mais la grande Dame est surement occupée à défendre le très beau bilan… de son dernier livre.

Une Femme très assurée.

Henri de Castries, jadis mis en examen mais toujours bon pied chez AXA et bon œil sur les subprimes, a nommé trois femmes, administratrices indépendantes, au Conseil de sa nouvelle gouvernance. Parmi elles, BiBi retrouve Madame Dominique Reiniche, la patronne de Coca-Cola Europe, qui, cumularde en diable, siège aussi chez Essilor et chez ING Direct. Celle-ci avait déjà confié à BiBi qu’elle prenait toujours l’escalier parce que ça « lui donnait de belles jambes ». Avec cette nomination au sommet d’AXA, c’est une marche de plus sur l’escalier de la Gloire.

Inséparables.

Au décès de Robert Pandraud, on a eu droit à la grande tristesse de Charles Pasqua : « Nous sommes inséparables ». Pas tout à fait, Charles mais… patience, encore un peu de patience, Charles, pour être définitivement inséparables.

Faudrait pas décoder.

Lorsque Christine Lagarde est venue occuper son Poste, sa première intention fut de s’attaquer au Code du Travail jugé dépassé. Xavier Darcos vient, lui, d’annoncer qu’il «voulait toiletter le Code du Travail ». Jusqu’en juin 2009, Xavier Darcos, ignorant superbement le dit Code, n’avait pas pris de gants pour commencer le toilettage : il avait pris à son service une certaine Laure Driant et l’avait nommée chef-adjointe de son cabinet à l’éducation. BiBi, lui, a toiletté le nom très propre de Madame Driant : derrière le pseudo « Laure Driant » se cachait en effet Madame… Darcos.

Douste au rapport.

Philippe Douste-Blazy remettra le 4 mars un rapport sur  les « financements innovants » (destinés aux Pays en Voie de développement) au Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki Moon. Tout le monde sait – après les précisions apportées par BiBi – que Nicolas, Carla et le Pool de l’Elysée lorgnent sur la place et le budget d’Unitaid, présidé par Douste le Chiraquien (le Villepeniste ?). Dans le rapport de Douste, ce sont Lula, Elie Wiesel et Bill Clinton qui en signent la préface. BiBi a hâte de voir qui dans cette affaire va signer la postface et avoir le dernier mot.

L’Europe : entre Guerre et Corruption.

L’Humour-Figaro.

Ce vendredi 19 février, BiBi a relevé un titre alléchant du Figaro : «En Italie, la corruption a triplé en 2009 » : «Les délits de corruption ont augmenté de 229% l’an dernier en Italie ». Voilà un merveilleux début mais la suite est plus surprenante : le Figaro n’insiste que sur… la petite corruption. Avec, en guise de conclusion, un satisfecit de… Berlusconi : «18 ans après les enquêtes judiciaires de «Manu Polite», Silvio Berlusconi ne croit pas pour autant au retour de la Grande Corruption : « Tout au plus existe-t-il des cas d’enrichissement personnel », affirme t-il sans rire.

La Fable européenne.

La Fable européenne n’existe pas uniquement chez les Toutous de la Maison Dassault. Difficile avec ce qui se passe en Afghanistan de faire vivre le Rêve européen, de nous défendre les grands projets humanistes de paix et de prospérité sous bannière de l’OTAN. Contrairement aux prises de position de leurs gouvernements, les « opinions publiques » commencent à réagir négativement. Rappelons-nous que ce dimanche 21 février, la Force Internationale de l’OTAN (ISAF) a tué une vingtaine de civils afghans dans un bombardement aérien.

ITALIE : Le Monde du mercredi rapporte que l’Italie de Berlusconi a répondu favorablement à une demande de renforts (« un millier de renforts supplémentaires étalés sur toute l’année 2010 »). L’opinion italienne est contre à 53%.

POLOGNE : En Pologne, 16 soldats sont déjà morts. En 2010, le contingent polonais passera de 2000 à 2600 soldats. 17% des sondés croient possible l’aboutissement d’une solution militaire.

SUEDE : En Suède, paradis des Socialistes français, six partis du Parlement sur sept sont favorables à la « mission » afghane. 

ESPAGNE : En Espagne, le très révolutionnaire Zapatero a décidé le 12 février d’envoyer 511 militaires de plus, ce qui fera 1576 soldats présents.

FRANCE : La France de Sarkozy envoie en même temps Michel Drucker et des Instructeurs (comptabilisés dans les effectifs de l’Armée) mais chuuuttt.

ROYAUME UNI : Le Royaume-Uni n’a envoyé que 500 soldats pour renforcer son contingent de 9000 militaires. 71% des britanniques sont favorables à un retrait immédiat.

ALLEMAGNE : Quant à l’Allemagne de Dame Merkel, rappelons que c’est la première fois qu’elle est en « guerre » depuis 1945. « L’Allemagne en guerre » : suggérons le titre à Olivier Jay, le nouveau directeur de la Rédaction du JDD, pour son édition de Dimanche prochain.

Gagar Grospiron et Tonio Dénériaz.

Ce sont deux grands champions.

On les croit désintéressés. Ils aiment le Sport, la neige, leur pays, leur région et Sarkozy. Ils aiment de cet amour qui confine au don de soi-même. Ils se sont investis dans cette Mascarade perdue d’avance d’Annecy 2018. Ils savent bien que la Ville haute savoyarde n’a aucune chance devant Munich et son artillerie lourde (qui hésiterait entre l’Humour Grospiron et la beauté de Katarina Witt ?) Ils se taisent sur l’argent public investi (15 millions d’euros financés aux deux tiers par l’argent public). Une fois le dossier replié d’Annecy 2018, ils hausseront les épaules un peu tristement, ils diront que ce fut quand même une belle aventure et que l’important était de participer, hein ?

Mais leur désir de notoriété est si grand qu’ils n’ont pu s’empêcher – tout modestes soient-ils – de venir s’étaler sur deux grands journaux français : le JDD (page 4 entière pour Grospiron) et le Figaro du week-end pour Antoine Dénériaz.

A lire attentivement le journal de Frère Lagardère, on y apprend les préoccupations de Gagar, intervenant dans les Séminaires d’Entreprise : « Gagar, l’insouciant a vécu. Toujours svelte et grande gueule, Grospiron part gonfler le moral des managers du pays : 6000 euros l’intervention. Souvent deux par semaine ». Mais Gagar a aussi d’autres idées en tête. Notre Bosseur veut monter sur scène, briller en star dans son propre spectacle. Bien joué Edgar : tu commences par faire ta pub avec un journal qui tire à 400000 exemplaires. Premiers jalons avec de la Pub gratuite. Fortiche. Mais dis-voir, Edgar, Annecy, ça prend un N ou deux ? T’as déjà oublié comment ça s’écrit ?

Autre poids lourd : Antoine Dénériaz. Il a toujours la flamme. On pourrait la croire Olympique. Pas de doute : elle l’est. Mais pas pour Annecy 2018. En fait, Antoine Dénériaz est là plutôt dans une épreuve de slalom. Il essaye de franchir les portes du CIO. C’est qu’à la fin du mois, son avenir va se jouer. Il postule («obnibulé » souligne le Figaro) pour une des deux places possibles dans la Commission des Athlètes du CIO. Mais la lutte sera rude : il y a neuf candidats pour deux élus. Antoine sait écrire « Annecy » mais obnibulé par son futur examen, sait-il encore que Dénériaz ne prend qu’un N ?