Archives: août 2009

L’impossible Une du JDD.

BiBi s’est mis à faire un impossible rêve, à toucher à l’inaccessible étoile : celle de voir dans le ciel de nos libertés, la Une impossible du JDD. Il est très vite redescendu sur terre pour analyser la construction de la hiérarchie de l’Info du Journal de Lagardère en regardant attentivement la Une de ce 28 août 2009.

Dans le cas de la Une de gauche ( celle du journal réel), la mort de Ted Kennedy – si importante soit-elle pour les Américains – occupe toute la place. La Une est immense et ramène les encarts afférents à la portion congrue. Subtile censure : nous ne sommes plus au temps de la Censure directe mais dans celui de la Manipulation maligne. Dans la seconde image (la Une rêvée à droite),  BiBi en présente une autre possible, évidemment très différente. Cette seconde Une engage une autre représentation du Réel et surtout un autre parti pris : celui de dire que cette Réforme de la Justice (avec la suppression du juge d’instruction) est importante pour la vie démocratique du pays. Pas plus, pas moins. Juste le minimum d’objectivité.

 JDD Les Unes.

La  censure douce du JDD se place, elle, à deux niveaux : le premier plan est de nous persuader qu’il y a des évènements beaucoup plus importants dans le Monde (La preuve ? La mort de Ted Kennedy) et, en 2, de nous dire qu’il y a même des choses beaucoup plus importantes en France. Cela légitime pour le JDD que le rapport Léger soit en page 10 et non en page deux ou trois ou quatre.

Enfin, petit plus à ne pas négliger : le JDD en profite pour se placer en journal au service des libertés citoyennes puisqu’il a eu… l’exclusivité du Rapport  Léger (Comment ? Pourquoi ? On n’en sait rien mais on nous laisse croire que sa Rédaction et ses journaleux se sont démenés pour se mettre à notre service). Le sous-titre en est : «Le JDD a eu accès à l’intégralité du rapport». Puisque ce grand Journal  nous livre le contenu du rapport, comment voir derrière tout ça une habile et diabolique manœuvre ? Sauf à être de mauvaise foi, sauf à chercher des poux là où il n’y en a pas, sauf à être très vilain et très méchant comme BiBi.

Quand on a connaissance des lois qui se préparent, de la réorganisation éhontée de notre Justice, on peut légitimement s’indigner des attaques contre nos libertés qui continuent et qui se préparent en douce. L’affaire Outreau vient ici pour servir de paravent et légitimer le pire recul des libertés publiques depuis des décennies. Nous entrons dans l’ère d’une concentration des Pouvoirs jamais vue. Jusqu’alors, on pouvait encore traiter (avec quelles difficultés ! -puisque le travail de journaliste d’investigation n’existe plus) d’affaires importantes. Demain, après-demain, il y aura un Parquet aux Ordres, des Procureurs aux Ordres. Ajoutons-y la volonté de dépénaliser le Droit des Affaires qui est dans l’œil du Cyclope depuis l’arrivée au pouvoir de Little Nikos et on aura une petite idée de ce qui se prépare.

Ce n’est évidemment pas la Une de droite que le lecteur du JDD ( journal dont le propriétaire est Frère Lagardère) aurait pu trouver dans son kiosque aujourd’hui. Et dimanche prochain, le ciel du Journal sera le même : chargé de très, très lourds nuages.

La Ligue 1 prend la grosse tête.

LOGO FFF

A en croire les radios parties prenantes de la Ligue 1 (matches en direct en quasi continuité du côté d’Europe 1, RMC, France-Info), le foot français serait devenu attractif, passionnant, incontournable. BiBi gardera quand-même les superlatifs au bénéfice du doute (On verra bien!).

Mais à bien entendre Frédéric Thiriez (qui nous assure qu’un club français gagnera la Champion’s League dans les trois ans qui viennent), les pays étrangers nous envieraient grandement notre compétition nationale. Si BiBi avait été bien disposé, il aurait passé son chemin en haussant les épaules mais non, avaler cette grosse couleuvre, ça, il ne peut pas.

Par exemple, au Portugal, pays d’où viennent les nouvelles recrues estampillées vedettes mondiales à si peu de frais (Lissandro, Cissokho, Lucho Gonzalez), la Ligue 1 bénéficie à peine d’un traitement médiatique accru. Dans quelques semaines, on n’en parlera plus.

Rappelons encore qu’au Portugal, on en a parlé juste un peu plus dans la presse écrite mais il y a toujours eu un grand silence dans les autres médias portugais. Les images de notre Ligue 1 ne sont réservées qu’aux noctambules vers minuit et plus, et cela, seulement les samedis et dimanches.

Tournons-nous vers l’Angleterre : il n’y a plus d’image du tout depuis la faillite de son diffuseur (Setanta). Mais avant la faillite, il n’y avait presque rien non plus. L’attention des chaînes françaises pour le foot anglais, les joueurs français dans le championnat anglais font croire que la réciprocité en audience est la même. Mais demandez à un supporter anglais quelle équipe il aimerait croiser en compétition internationale de clubs, il répondra invariablement : une équipe française. Quant à en citer une, il parlera à peine de l’équipe de l’OM et croira même que c’est toujours Bernard Tapie qui la manage. Lissandro reste par exemple un total inconnu en Angleterre alors que le journal L’Equipe en a fait les gros titres : deux Unes en trois jours.

En Argentine, la Ligue 1 n’est pas connue. C’est Lissandro, le très bon joueur argentin qui l’est. En Allemagne, le foot français se résume à Franck Ribéry. En Grèce, BiBi avait cherché en vain à savoir les résultats des matches de Ligue 1 sur les télés et dans les journaux. En Italie, même le championnat anglais n’intéresse personne. C’est dire la place du foot français ! En Afrique, chaque pays suit d’abord les joueurs qui ont émigré vers les grands clubs (non français).

Que la compétition nationale de cette année soit plus ouverte avec quatre à cinq équipes qui se tiennent au coude à coude, BiBi veut bien l’admettre mais de grâce, pour la représentativité mondiale de nos clubs, continuons de  jouer notre petite  Super-Coupe au Canada (cette année, Bordeaux-Guinguamp), ce sera un grand pas pour le Foot français (et, cela restera  un tout petit pas pour le foot français sur la scène mondiale).

De cela, on devrait s’en contenter, non ?

Le Parti Socialiste enfin à gauche ?

Le PS enfin à gauche

Dans Le Monde du 27 août, Rémi Lefebvre, professeur à l’Université de Reims, décrit avec justesse le PS d’aujourd’hui. Il reprend un peu de ce que BiBi écrivait ici-même sur la composition sociologique du Parti (élément nécessaire à connaître mais non déterminant pour expliquer ses difficultés).(voir article de BiBi : 2012 : les cris de victoire de Little Nikos.) Même si la dernière enquête interne remonte à 1998, voilà ce que Rémi Lefebvre en retire : «Ce qui ressort toutefois, c’est qu’il s’agit d’un parti vieillissant qui compte un grand nombre de retraités et beaucoup de fonctionnaires des collectivités locales ». (BiBi rajouterait là une caractéristique importante : une frange des adhérents socialistes est encore relativement bien protégée de la Crise et de ses effets dévastateurs. A vérifier cependant).

On sait aussi que «la moitié de ses membres sont des élus absorbés principalement par la gestion locale (et par leur réélection, rajoute BiBi). C’est ce lien essentiel et professionnel qui les retient à l’organisation».

Autre précision avancée : «La professionnalisation des militants du PS est un phénomène plus récent. La filière de recrutement n’est plus le syndicalisme ou les réseaux associatifs. Un nombre de plus en plus important de ses adhérents vivent de et pour la politique (…). Ce système fonctionne en vase clos, dans un milieu social fermé, entre personnes liées par des intérêts professionnels et politiques qui se confondent. Loin en tout cas des groupes sociaux que le Parti est censé représenter ou défendre ».

A propos des enseignants, Rémi Lefebvre – preuves à l’appui – dit que le PS a lâché ses supporters numéro Un, ex-courroie de transmission, ex-relais d’opinion et ex-composante stratégique au cœur du Parti jusqu’à récemment ( disons : 2007). Toute cette «désidéologisation» a entraîné «les luttes de position actuelles», ces luttes qui «n’ont de sens que pour les dirigeants» (1).

L’intervention de Rémi Lefebvre ne vise pas qu’à rappeler quelques vérités tues et dérangeantes du haut d’une chaire. Elle distille des conseils plutôt bienvenus et salutaires (Mais cela intéressera t-il les Socialistes ?) : «Le PS doit réfléchir à a reconstruction d’une alliance de classes entre les catégories populaires et les classes moyennes» car «on ne sait plus qui le PS représente, qui il défend, quel est son adversaire. Il y a un déficit de conflictualisation, or la Gauche ne peut faire l’économie du conflit dans une société profondément inégalitaire ».

Rappelons à l’appui de l’argument qu’un récent sondage rapportait que les couches populaires dans leur désarroi trouvaient que le PS ne s’opposait pas assez aux attaques du Pouvoir sur les acquis sociaux.

Les forces droitières et centristes ont encore beaucoup d’influence et la partie d’un PS à gauche n’est pas gagnée. Lorsqu’on lit les propos de Pascal Lamy (Le Monde du 27 août) ou les arguments de l’historien Michel Winock qui nous dit où est l’ennemi, on est en droit de désespérer : «S’il veut être un parti de gouvernement, l’alliance du PS avec les Verts et le Modem est aujourd’hui la voie la plus logique». Ce grand historien veut que le PS se «libère de son Surmoi marxiste». Il nous prend à témoin de la Grande Politique menée en son temps par Lionel Jospin, une politique glorifiée et qualifiée non pas de « socialiste » mais de «sociale»…

C’est vrai qu’elle était très sociale la politique du Premier Ministre trotskyste… achevée brutalement par la grande claque sociale de 2002.

(1) La photo de Madame Royal avec Patrick Devedjian à l’Usine d’Heuliez au moment où se tenait la réunion Peillon à Marseille n’aurait-elle eu pour but que de montrer aux autres dirigeants qu’elle est sur le terrain des luttes et non dans la parlotte ? Naaan ! C’est juste une mauvaise pensée-BiBi. (voir l’article Patrick & Ségolène : the French way of life ?)

Marie N’Diaye aux Inrocks.

Marie N'Diaye

C’est entendu, une phrase joliment tournée dans une interview ne fait pas le bon écrivain. BiBi n’a pas lu le livre de Marie N’Diaye («Trois femmes puissantes» chez Gallimard) mais il a retenu sa réflexion rapportée de la rencontre de l’écrivaine avec l’équipe des Inrocks.

(Extrait) Les Inrocks : Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?

Marie N’Diaye : Je trouve cette France monstrueuse. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité. Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : « La Droite, c’est la Mort ».

BiBi, lui, la reprend à son compte. La Mort, oui.

Francs-Maçons : l’Heure du choix ?

Grand Orient

D’anciens grands maîtres du Grand Orient de France (dont Alain Bauer, très proche de notre Président) nous offrent une tribune dans le Monde du jeudi 27 août. Le titre attise la curiosité : «Le Grand Orient doit rester fidèle à lui-même».

Ce qui frappe en lisant la chronique et la réaffirmation des grands principes de la Loge, c’est la généralisation des concepts et des principes sans que soient pointés le moins du monde des adversaires réels. Car qui donc se cache derrière les «populismes» et les «extrémismes» dont parlent  les grands Maîtres dans leur intervention ? «Populisme» que le Sarkozysme ? «Extrémisme» ou non que la Droite accueillant Philippe de Villiers ?

Pour les Francs-Maçons, «on doit s’opposer fermement à toute transformation préjudiciable des acquis sociaux qui n’auraient pas pour but une préservation de leur existence ». Certes, mais les fondements de cette réflexion restent bien vagues.

Les Francs-Maçons s’opposent-ils à la main mise du Pouvoir sur les Médias publics ? S’opposent-ils au travail dominical ? A la politique répressive de Besson ? Sont-ils pour la suppression des postes dans l’Education Nationale ? Et que pensent-ils de l’infâme loi Hadopi ?

BiBi va finir par croire que le silence (politique) là-dessus est le plus grand et le plus triste des secrets de la Loge.