Des fictions qui disparaissent.

Tornade

Il est de milliers de fictions qui m’arrivent, mais elles m’arrivent émiettées, par bribes, comme détachées, par morceaux, par lambeaux. A peine si elles se rappellent à mon souvenir. Tant de vers mort-nés, tant d’histoires fantastiques et de projets prodigieux perdus. Ces fictions passent à la vitesse de la lumière, elles passent que déjà elles se perdent, que déjà s’impose un autre embryon de fiction qui à son tour s’évanouira. Ne restent plus qu’en mémoire des traînées fulgurantes, des élans impossibles à fixer. Ces accumulations me sortent pourtant de la torpeur du Quotidien. 

Lorsqu’arrivent ces boules de feu, ces mots en étincelles, ces phrases conjuguées à grande vitesse, je tente d’en faire le tri. Les voilà qui palpitent en grand désordre, les voilà qui s’agitent en serpentant mon écran, les voilà qui vagabondent sous mes doigts. Mais comment faire pour les retenir ? Elles me traversent sans laisser la moindre trace utilisable, elles sont venues tracer une route illisible, gribouiller mes carnets de bord, me porter à confusion, m’emporter à profusion. Car la question est là : dans l’instant, comment faire pour traduire ces fulgurances sur la page et les fixer, comment les attacher, les raccorder, les accrocher à la chaîne et en faire une trame vivante et définitive à offrir au lecteur ?

Un simple vocable peut tout déclencher. Un condensé de phrase, une tournure à peine entamée sont porteurs d’élans millénaires, me soulèvent et le cœur et l’âme, accélèrent le moteur, mettent le feu aux poudres.
Ainsi vont les lectures et les écrits : je lis, j’écris avec quatre yeux, deux sur les mots qui courent et s’emballent et deux autres sur la marge blanche. La main, crayon tenu, s’élance pour fouiner, pour chercher d’autres mots, d’autres vibrations, d’autres mondes. Ça va dans toutes les directions. Tout dérive : banquise et fonte des neiges. C’est qu’il n’y a pas de foyer fixe. Tout est brûlure.
De ces Fictions, il ne reste que des gravats, des poutres enfumées, du bois noirci.

Et des cendres : celles-ci.

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