« Bloguer encore ?» Réponse à Sarkofrance.

Au blogueur Sarkofrance, une question se pose depuis qu’une majorité de français a foutu à la porte et l’a envoyé en voyage à Marrakech, Londres ou Moscou pour des Conférences grassement payées. La réponse de Juan (en huit points) est sur son blog. A la fin de son billet, il passe le relais à d’autres blogueurs. Son interpellation en chaîne Pourquoi blogues-tu encore ?»)  est passée par moi. Je réponds donc volontiers.

« Cher Juan,

Je pourrais te faire la même réponse que fit l’écrivain Michel Leiris à une question similaire : «Pourquoi écrivez-vous?». Il avait répondu : «Pour être aimé».
Je vois d’ici les haussements d’épaules, les sourcils relevés (pas les tiens), j’entends déjà les «pour qui il se prend celui-là pour demander de l’amour» ou encore «ça n’a rien à voir avec le sujet». (Et pourtant, si, cela à voir avec le… Sujet). J’entends «vantard» «narcissique» et bien d’autres échos. Faisons la sourde oreille et laissons tomber.

Pourquoi bloguer ?
Ce serait bien d’avoir une réponse carrée, nette, débarrassée de tout doute sur l’utilité de son , avoir la certitude qu’on apporte ainsi notre petite pierre à l’édifice communautaire (être utile – y a de ça). Ce serait bien de jouer au modeste : «Mon petit blog, je vais vous dire, c’est ma délicieuse petite cuisine, j’invite mes vieux copains, j’en croise des possibles, et (il baisse la voix) puis si je peux draguer des copines, leur filer rencart, pourquoi se gêner, hein ?» Petit aparté : la justification de l’existence d’un blog comme appât de séduction est très peu abordé et très peu chanté sous nos toits, sous nos couettes rêvées alors que, hum, hum…

Alors ? Bloguer pour son plaisir ? Oui, pourquoi pas ? Mais j’ai du mal avec le plaisir. Le plaisir d’avoir des amis ? De se forger une petite Communauté qui t’encenserait (avec jolis retours aux Envoyeurs) ? Le plaisir de ricaner, de déposer des commentaires sarcastiques ? Le plaisir de (vouloir) détruire l’autre ( entre autre) ? Le plaisir d’avoir raison?

Si j’allais un peu plus vrai, c’est moins de plaisir dont je parlerais que de jouissance, de pulsion à écrire. Bon, je sais, là, sur cette réponse, je n’emporterai que peu d’adhésions. Pourtant, il s’agit bien de pulsion. L’écrivain Georges Haldas l’avait dit mieux que moi (et que Lacan et sa prose) : «Ce n’est pas moi qui pense. Des pensées me traversent. Dont je suis le premier surpris». Voilà : c’est un peu comme ça que ça se passe (que le ça passe !)

Euh… pas très clair pour toi ? Rassure-toi : pas très clair pour moi aussi.

Important rappel : ce dont je suis par contre (intimement) persuadé, c’est qu’en bloguant, je suis totalement responsable de ce que j’écris et que bloguer, tenir un blog n’est pas une affaire intime (même si, évidemment, on peut y dire des choses toutes  «personnelles»).

Enfin, un de mes buts lointains, presque vains (presque, hein ?) c’est de démonter les «évidences», de soulever les lièvres, de courir après ceux qui nous font prendre des lapins pour des lanternes, de pilonner les Discours des Maîtres (et de leurs suppôts médiatiques). Rage à répondre au coup par coup (autant que je peux), à démonter les répétitions si caractéristiques du Discours libéral, porter attention à leurs mots qui s’étalent sans vergogne, et dans lesquels il nous est demandé de nous vautrer. Oui, démonter ce Vocabulaire de Mort qui fait notre Quotidien en voulant l’emmurer. Débusquer derrière la bonhomie, la convivialité souhaitées par les Maîtres la violence sourde à l’oeuvre. Et puis bloguer en tentant de rester humble, attentif, curieux avec Alice comme complice dans notre Pays de Malheur et de Merveilles.

J’écris, je blogue pour penser… penser mon rapport singulier au Monde. J’écris, je blogue pour le Partage avec le lecteur (la lectrice). J’écris, je blogue pour pouvoir entrer (ou non) avec lui dans un Dialogue infini, un échange de qualité.

Enfin je blogue (j’écris) pour voir un peu plus clair en moi-même. Mais, bien entendu, cela ne regarde que… moi.

Allez, tout le bien pour toi. Je te souhaite bonne continuation et réussite dans (ou hors de) ton blog. A bibientôt».

*

Ces magnifiques photographies de blogueurs peuvent être vues sur le site de Gabriela Herman. 

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