A propos d’un article de François Ruffin (de Fakir).

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BiBi achète régulièrement FAKIR. Il s’est penché sur l’article de François Ruffin («C’est nous qu’on va gagner»). Dans ses questions/réponses, BiBi n’avance pas en terrain conquis, bardé de certitudes… (mais il n’en est pas non plus dépourvu). Rajoutez-y illusions nécessaires et rage attenante pour avoir une idée plus précise de son Humeur.

1. Au premier paragraphe (intitulé : «On le sait désormais : ils iront jusqu’au bout») arrive une longue litanie sur les dégâts à venir qu’ILS feront à coup sûr. Enumérons : «Ils raseront/ils videront/ils pressureront/ils feront fondre/ils noirciront/ils affameront/ ils spéculeront etc». Non que BiBi ne soit pas d’accord mais tous ces verbes à la forme active posent question à BiBi :

–  Ces verbes conjugués au futur donnent l’impression qu’ILS maîtrisent, qu’ILS maitriseront Tout, qu’ILS sont omniscients, qu’ILS seront omnipotents. Et derrière cette énumération apocalyptique de Ruffin, BiBi croit deviner un Plan préconçu, planifié, organisé – comme si les Acteurs au Pouvoir pouvaient modeler l’avenir à leur guise et imposer à coup sûr leur Pouvoir.

  Cette façon d’analyser et de haranguer le lecteur n’est pas très loin de ceux qui raisonnent avec la Théorie du Complot. Attention : BiBi ne dit pas que Ruffin se range de ce côté mais sa démonstration laisse à penser que NOUS aurions à faire avec une stratégie d’ensemble calculée, élaborée dans des instances secrètes, complotistes et qu’il leur suffit d’y penser pour que cela se fasse (ne ramenez ici SVP pas tout à Bildelberg, aux G8 ou G12, aux Think-Tank etc – analyse aux effets justes mais trop simpliste).

2. Cette analyse façon Complot (là encore, ce n’est probablement pas la théorie de Ruffin) est séduisante mais dangereuse. Elle a d’ailleurs les mêmes présupposés que celle de l’Activisme, que celle du rejet de la Théorie (non nécessaire, non décisive bien sûr aux yeux de beaucoup de gens de Gauche). La conclusion de Ruffin («Marchons ! Marchons») est en droite ligne de cette impression.

3. Dans la génération qui précéda celle de Ruffin, une grande analyse fut en vogue : celle d’Althusser qui parlait de «processus sans Sujet» pour analyser la Marche de l’histoire (qui n’est – c’est vrai – que l’histoire de la lutte des classes). Analyse qui n’a débouché sur aucune analyse concrète par la suite même si raisonner à partir des Appareils d’Etat et Appareils Idéologiques d’Etat peut faire l’affaire (avec précaution).

4. Ce sur quoi BiBi s’interroge, c’est l’absence de l’Incertitude dans l’analyse. On a l’impression que non seulement tout est écrit mais aussi que les inventions spontanées des masses (présentes et à venir) ne comptent pour rien.

5. Et si François Ruffin reprend le mot de Lénine («Que Faire?»), il pourrait aussi rajouter l’importance léniniste qu’il y a d’analyser concrètement toute situation concrète et de mettre la pédale douce sur les Prédictions.

6. BiBi n’a évidemment aucune théorie d’ensemble à proposer : il est dans la Nuit, cherchant à tâtons, s’appuyant seulement sur quelques éclairages éclairants (1). Là encore, pointe de désaccord. Ruffin : «Nous sortons à peine d’une convalescence politique» Ah bon ? BiBi se demande où se trouve la sortie alors qu’on a oublié Jospin 2002, que monte, monte Marine LePen et que Sarkozy est  guerrier plus que jamais (2).

7. BiBi s’est aussi arrêté sur ce couple qui irait de soi : NOUS d’un côté et ILS de l’autre. Non qu’il n’y ait pas de clivage, de rupture mais ce procédé d’écriture est trop commode. Qui ça, NOUS, Les lecteurs de Fakir ? Qui est ce «ON» ? La génération de Ruffin ? Plus quelques Vieux ? Ce NOUS –là est précisément ce qu’il faut analyser (y a intérêt) pour lancer des mots d’ordre justes. Car si l’on se penche sur ce NOUS, que voit-on ? Des classes, des concepts de classe qui parlent de classe, des Indignés, une petite bourgeoisie en voie de précarisation, des clans, des castes etc. Mais ne comptez pas sur BiBi pour en écrire plus : il aurait besoin d’énormément de temps pour pour affiner l’analyse et argumenter.

8. De ces exhortations («Il nous faut être prêts !» ou encore «Marchons ! Marchons !»), BiBi en a entendu ! … toujours hélas suivies de soupirs et de larmes.

9. BiBi pense qu’une des Questions-pivots de ces années à venir sera celle de la Délégation de Pouvoir, des Porte-paroles et de l’Organisation (incontournable). Le souhait de Ruffin est (presque) en accord avec celui de BiBi :

«Au contraire des Indignés, oui, je veux un parti – un lieu où les masses mêlent leurs aspirations, une organisation forte qui effraie nos élites, la voix d’hommes pour porter la colère, l’incarner, la guider et qu’elle se mue en espoir». Etrange quand-même ces seules «voix d’hommes»… Serait-on misogyne à Fakir ?

10. Voilà des pensées-BiBi livrées en vrac… Sur ce, BiBi souhaite longue vie au Mensuel toujours sur les clous de l’Actualité. Et il dit sa Solidarité avec le journal dans le combat qu’il mène contre Jean-Charles Naouri.

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(1). La « Bible-BiBi » reste ce livre essentiel de Luc Boltanski et d’Eve Chiapello : «Le Nouvel Esprit du Capitalisme» chez Gallimard.

(2). Pour BiBi, la question dans cette période historique n’est pas de se demander « Comment faire pour leur retirer LE pouvoir ? » (BiBi aimerait bien entendu que ce soit cette Question) mais plutôt « Comment faire pour leur retirer DU Pouvoir? » Pas plus, pas moins.

PS : si vous voulez écrire à François Ruffin : françois@fakirpresse.info

7 Responses to A propos d’un article de François Ruffin (de Fakir).

  1. de la mata jeanpaul dit :

    Pour que ton fakir et son Ruffin,retirent du pouvoir à mon cher et adoré Sarko il leur faudra se lever tôt…hé,hé ?

  2. BiBi dit :

    @de la mata jean paul
    Ben oui, il faudra qu’on se lève tôt.
    Mais… sais-tu que nous faisons partie de cette « France qui se lève tôt ? »

  3. Les partis existent, à chaque citoyen de les faire vivre… Il y en a même des partis qui mettent de côté le patriotisme ou l’identité de parti pour unir leurs forces.

  4. BiBi dit :

    @pas perdus
    Bien entendu qu’il existe des partis dont je me sens proche mais on peut légitimement s’interroger sur le Pourquoi, étant habilités à porter les espoirs des classes défavorisées, ils n’arrivent pas à passer la barre des 10-15%.

    Je ne pense pas que la force des pouvoirs du Pouvoir en face, la prégnance des idéologies dominantes suffisent à expliquer cette (relative) désaffection.

    Il y a des questions théoriques extrêmement importantes qu’il faut poser : elles concernent (pour mon humble part) les concepts de « délégation de pouvoir » et de « porte-paroles ». Ces questions sont – à mon avis – au centre de la perte d’influence du Parti qui s’autoglorifiait d’être Parti d’Avant-garde avant de chuter lourdement à 3 voire 2 %. Il y a donc quelque part un hic dans l’analyse.
    Et si le PS n’a rien compris à avril 2002, est-ce que le PCF a tout à fait compris sa descente aux Enfers ?

    Petites questions annexes :
    Par exemple, n’y a t-il pas sclérose dans la permanence des Permanents (dans les partis ou/et syndicats) ? Comment des responsables à plein temps dans la vie des partis peuvent rester aussi longtemps ? Etc. etc.

    Je n’ai évidemment pas les réponses ( qui sont/seraient à chercher dans le Collectif politique que devrait être un Parti ouvert), je n’ai que de pauvres questions de bloggeur anonyme 🙂

  5. edgar dit :

    edgar est bien d’accord avec bibi. comme ça Ils sont deux pour renverser/orienter/renouveler/conduire le cours de l’Histoire !

  6. BiBi dit :

    @edgar
    Deux ? C’est encore trop peu.
    L’Histoire a commencé par trois. Adam, Eve et le Serpent.

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