Autour de deux photographies de Télérama.

PHOTOS TELERAMA bis

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Je me suis demandé pour quelle raison j’étais resté d’abord indifférent devant la photo de cet adolescent américain tenant un fusil (parue dans le dernier Télérama) et pour quelle raison j’avais été touché par la photographie d’un Jean-Pierre Beauviala tenant une caméra sophistiquée quelques pages suivantes. Ce n’était pas par la seule seconde photo que mon intérêt s’est soudainement réveillé. C’est plutôt par le lien incongru que la seconde entretenait avec la première. Explications.

La photographie a sa mémoire.

Jean-Luc Godard disait à juste titre qu’on ne peut penser justement à quelque chose que si on pense à autre chose. Si on regarde une photo, on fait à vitesse ultra-rapide, dans le silence de notre chambre noire, un tri inconscient : on revoit les milliers, les millions de photos que nous avons vues et – inventaire complet – on sélectionne, on élimine et… on garde. On garde la photo qui ne ressemble à rien de ce qu’on a vu jusque-là.

Oui, la mémoire photographique est là, elle s’est imposée, elle nous en impose… jusque dans nos dénégations. Nos émotions devant une photo émouvante ont souvent oublié le travail souterrain et silencieux de notre mémoire, ont ignoré la force de cette Opération de tri inconscient.

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 Mémoire immédiate : les deux photos du dernier Télérama. 

La photographie – dans le regard, dans la prise de vue- engage le sujet dans une prise de risques avec l’Autre, avec le Vif de la Vie, avec les Vivants et les Morts.

1. Tombant sur le dernier numéro de Télérama, me voilà regardant sans grand intérêt la photo de ce jeune garçon américain armé d’un fusil, devant un arbre de Noël. L’article précise : «Les enfants de Newton à peine enterrés, Magnum, Uzi et autres Smith & Wesson s’entassaient dans les caddies».

2. Puis, quelques pages plus loin, mon intérêt va s’éveiller sur cette photo de l’ingénieur Jean-Pierre Beauviala, ingénieur qui a mis au point un enregistreur numérique (le Cantar) utilisé sur la plupart des tournages de longs métrages et inventé une caméra numérique (la Pénélope-Delta) qui veut retrouver la texture de l’incomparable image argentique.

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On notera la similitude surprenante des positions des sujets. Et on a du mal à les confondre si l’on se fie à la teneur des deux billets. Pourtant chacun connaît l’esprit espiègle de BiBi : il m’aura suffi d’apposer une légende en contre-pied pour semer le trouble, ouvrir un espace à la fois porteur de questions (sur la «vérité» d’une photo, sur les légendes) et d’humour un peu inexpliqué.

Photo Telerama 77

A chacun, donc, d’amener son commentaire sur ces deux légendes interverties du Méchant et du Gentil, sur ce brouillage-bibi à peine réfléchi. Mais l’histoire ne se termine pas là car, soudain, il y eut plus… il y eut cette troisième photo, oubliée jusque-là mais qui me revint en pleine conscience.

Woodie Guthrie en mémoire.

Woodie Guthrie

Ce billet, réflexion conjointe sur les deux photos de Télérama, n’aurait pas pu être écrit si je n’avais eu – en mémoire revenue – cette photo (déjà connue de moi) du folk-singer Woodie Guthrie, en semblable position d’attaque.  Je me suis aussi rappelé la légendaire légende inscrite sur sa guitare-fusil : «My Machine Will Kill The Fascists».

Voilà qui pouvait alors répondre à ce futur adulte américain, adepte de la NRA (association US qui promeut la vente des armes à feu), dérisoire fasciste au sourire de mort. Voilà qui rapprochait peut-être Jean-Pierre Beauviala de Woodie Guthrie. Voilà qui, à coup sur, remettaient le monde et ses batailles à l’endroit.

4 Responses to Autour de deux photographies de Télérama.

  1. Robert Spire dit :

    « Une révolution du regard » Alain Jouffroy:
    « le commerce consiste à transformer les expressions les plus libres de la pensée en produits, et c’est plus que jamais, contre cette instrumentalisation économique de la pensée, qu’il faut trouver des moyens, ironiques, inattendus, de sabotage ».

    http://www.franceinter.fr/blog-le-blog-de-christine-simeone-alain-jouffroy-le-fou-est-roi

  2. Très bien votre média. Je vous ai rajouté sur ma blogosphère….

  3. BiBi dit :

    @le Petit Rouennais
    Merci. Et les meilleurs voeux de BiBi vous attendent pour votre toute récente arrivée.
    Bienvenue donc sur la Galaxie-BiBi.
    J’ai fait un tour sur votre blog et suis content d’avoir un supporter de Gauche dans la Galaxie-BiBi.
    Je préfère gagner mes lecteurs un à un sans passer par des liens de copinage à la E-buzzing 🙂

  4. Merci beaucoup. Personnellement, je suis socialiste avec un grand « S » (enfin j’essaie modestement de garder certaines valeurs) mais je ne me retrouve plus du tout dans le paysage politique de gauche.

    De plus, « le ptit rouennais » est un blog qui débute et qui a la particularité d’avoir des contributeurs (5) qui n’ont pas tous les mêmes opinions politiques.

    J’accepte tout de même cette connotation « gauche » tout en ajoutant la forte déception vécue au quotidien depuis l’arrivée de Hollande.

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