La CFDT à genoux devant le lexique libéral.

arcelormittal-syndiqués CFDT

On sait de quel poids peuvent peser les mots dans une trajectoire humaine. Un mot de travers, un mot blessant peuvent orienter toute une vie. Mais les mots ont aussi leur poids et une résonance considérable dans le champ social, politique et… syndical.

CFDTLisant le dernier numéro de Fakir, j’ai relevé un excellent exemple qui montre combien le Monde social est un lieu de luttes exacerbées à propos des mots. Cet exemple est tiré de  l’éditorial de , article qui explique chronologiquement par quelles voies/voix les nouveaux mots du Libéralisme à tout crin se sont imposés.

L’éditorialiste s’est arrêté sur le discours de la ( dont est membre la qui vient de signer cet accord sur la «sécurisation» de l’emploi avec Laurence Parisot et la bénédiction des Hollandistes). Il interroge un politologue belge pour savoir d’où venait ce baratin de «dialogue social» et de «partenaires sociaux», de «compétitivité», de «flexibilité», de «cohésion», «modèle social européen» etc, tout ce vocabulaire de Mort et de Brutalité (maquillée) ânnoné par nos Grands Capitaines d’Industrie et par les Editocrates aux ordres.

François Ruffin fait remonter cette opération linguistique (mais pas que) aux années (1980), chrétien de Gauche, proche de la CFDT. Dans les publications de Bruxelles de ces années-là, on cherchait déjà «un nouveau lexique» qui pourrait accompagner, décrire, justifier et donner sens au projet de «grand marché».

Jacques Delors

Tous ces mots vont pénétrer petit à petit le discours syndical. Certes, en 1985, la C.E.S. «résiste» : «La Confédération n’est pas prête à se laisser imposer etc…» lit-on. Mais dix ans plus tard (1995), tous ces vocables, tout ce lexique ont droit de cité. Et vas-y que je te parle de «compétitivité» (11 fois), de «flexibilité» (7 fois), de «partenaires sociaux» (24 fois). La résolution générale de la Confédération en fait alors foi : «Le rôle de l’Union européenne doit être de stimuler l’essor et la modernisation de l’industrie et des services européens en renforçant leur compétitivité et en recherchant la qualité globale».

D’autres syndicats seront contaminés par ce lexique viral (FO et beaucoup d’autres membres européens à tendance sociale-démocrate).

Coucher

En m’arrêtant sur cette imposition qui fit passer le lexique syndical (théoriquement de combat) sous la bannière libérale, je me suis souvenu d’une analyse bourdieusienne, de cet écho lointain du sociologue qui avait eu ceci comme réponse dans une interview :

«L’interprète qui impose son interprétation, disait , n’est pas seulement celui qui a le dernier mot dans une querelle philologique, c’est aussi bien souvent celui qui a le dernier mot dans une lutte politique, qui, en s’appropriant le mot, met le sens commun de son côté… Il suffit de penser aux mots d’ordre – Démocratie, Liberté, Libéralisme – et à l’énergie que les hommes politiques déploient en vue de s’approprier ces catégorèmes qui en tant que principes de structuration, font le sens du monde, en particulier le sens du monde social et le consensus sur le sens de ce monde».

*

PS : pour ceux qui croiraient qu’il y a contradiction entre la photo des grévistes Arcelor-Mittal (CFDT) et ce qui est avancé dans ce billet, ignoreraient que le combat syndical n’est jamais pur et qu’il nécessite toujours la Solidarité, hors de quoi…

*

Pour en savoir plus :

16 Responses to La CFDT à genoux devant le lexique libéral.

  1. Melclalex dit :

    vivement ton prochain billet où tu ne manqueras pas de démontrer le noyautage de la CGT par l’extrème gauche (PSA Aulnay, Goodyear Amiens Nord) pour un résultat social sans équivalent., hélas 🙂

  2. BiBi dit :

    @Melclalex

    Pourquoi pas ? Je n’ai pas la « pureté » syndicale en tête lorsque je tente de réfléchir sur la CFDT, son parcours et ses renoncements. Ton commentaire me fait penser à un effet de censure : tu t’interdis de discuter de ce que j’écris en disant qu’ailleurs, ce n’est pas mieux (ou – je le suppose pour toi – pire). Voilà qui me fait penser à certains débats où lorsqu’on croise quelque chose qui ne plait pas, on cherche une autre question qu’on suppose être un argument et on s’y précipite.
    « La CFDT ? » « Ben regarde la CGT! » Crois-tu que cela fasse avancer le schmilblick surtout qu’avec ces glissements cédétistes, ce sont les « travailleurs » qu’on tire vers le bas.

    Le « noyautage par l’extrême-gauche » : là aussi parles-tu du Front-de Gauche ? Du PCF ?
    Cet a-priori ne me convient pas, il est discutable. Le FdG n’est pas l’extrême-gauche. De cela, je m’en étais expliqué avec l’ami Jegoun.

    En attendant, si tu as des infos sur le « noyautage » ( qui me fait penser à cet autre mot « explicatif » de « complot ») je lirais avec attention ton futur billet. 🙂

  3. Que quelqu’un de totalement étranger aux travailleurs qui luttent pour conserver leur emploi se permette de porter un jugement en les accusant de je ne sais quelle orientation politique est particulièrement innommable.

  4. Arthurin dit :

    Salut,

    On parlait justement de la CGT et de la CFDT sur l’huma (avec le surnommé prof notamment : http://www.humanite.fr/les-goodyear-manifestent-pour-conserver-lusine-dam-515122).

    Les positions adoptées par les fédé/confédé|nationales/internationales sont bien loin des considérations de leurs bases respectives et on trouve ça et là, quelle que soit la couleur syndicale, des hommes, des femmes, qui se battent au quotidien, aux côtés de leurs collègues, contre le rouleau compresseur économico-patrono-étatique, novlangue comprise.

  5. Robert Spire dit :

    Dans l’entreprise où je travaille (entité d’une multinationale sino-américaine)depuis 25 ans, historiquement les secrétaires CE issus de la CFDT sont toujours passés « cadres » suite à leurs nominations. Depuis 2005 l’entreprise a connue 2 plans (passage de 1200 salariés à 300), périodes durant lesquelles les élus CGT étaient majoritaires, les plus actifs ont subi toutes sortes de pressions de la DRH pour les faire partir.

  6. BiBi dit :

    @RobertSpire
    Merci d’avoir apporté ton témoignage.
    Pas une nouveauté, hélas, ton exemple.
    Le Patronat s’est toujours concilié certains « travailleurs »… Et quoi de mieux pour tenir les rênes que de promouvoir (discrètement) certains, faire pression ou éliminer d’autres.Oui, quoi de mieux que de puiser dans les gens du sérail pour assurer leur domination ?
    La Loi de la Division, ils ne connaissent que ça.

  7. Arthurin dit :

    Sur le site de l’entreprise où je travaille (leader européen du outsourcing), il n’y a que FO et la CFDT de présents (ambiance), je me présente à la prochaine EP en tant que cégétiste, comme je ne comptais pas sur une promotion et que les RH ne m’apprécient déjà guère, je pense que ça va bien se passer 😉

  8. BiBi dit :

    @Arthurin
    Bon courage 🙂

  9. Arthurin dit :

    @ BiBi

    Merci camarade, la lutte est notre lot à tous, courage à nous.

  10. Melclalex dit :

    cher BIBI,

    Ce que tu décris dans ton billet nest pas spécifique à la CFDt mais date des négociations sur l’ARTT qui ont eu lieu après la loi sur le 35H d’Aubry.

    ARTT, était aménagement et réduction du temps de travail et les employeurs, à l’époque ont négocié là où ils le pouvaient des aménagements concernant l’amplitude horaire, journalière en contrepartie de de la réduction du temps de travail et des embauches correlatives. Rien ne s’est fait dans la facilité et seule la démagogie de certains peut encore nier le bien fondé de ces accords sociaux là.

    Quand au noyautage que j’évoque dans mon premier commentaire, il faut savoir qu’à certains endroits la CGT est malheureusement noyautée non pas par le Front de gauche mais par l’extrême gauche.

    Ainsi, Jean-Pierre Mercier le délégué CGT de PSA Aulnay n’a été rien de moins que le porte parole de Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) lors de la campagne des présidentielles (http://www.rfi.fr/emission/20120413-jean-pierre-mercier-porte-parole-candidate-lutte-ouvriere-nathalie-arthaud)

    – Mickael Wamen le délégué de Goodyear est lui un vrai « stal » dans les mains de Maxime Gremetz. Il a été candidat (apparenté communiste) aux dernières législatives dans la circonscription laissée vacante par Maxime Gremetz. D’ailleurs à l’origine c’est le fameux « avocat rouge » de la CGT Goodyear (Fiodor Rilov) qui devait être le titulaire et Wamen le suppléant.

    Bref quand l’extrémisme radical fait du syndicalisme c’est un drôle de mélange des genres qui n’est pas très profitable pour les salariés, malheureusement.

  11. BiBi dit :

    @Melclalex
    Que voudrais-tu ? Qu’on demande à quel parti tu appartiens avant d’entrer à la CGT par exemple ? Est-ce ainsi qu’on fait à la CFDT ? Mais ce serait être un « vrai stal » que de confondre (ou d’assimiler) les deux, non ?
    Et c’est vrai qu’il y a eu – au temps des Krasucki et Séguy – une chasse aux sorcières : dis-moi de quel parti tu es ou alors tu dégages. Aucun problème à le dénoncer.

    Là, tu dénies le droit à JP Mercier d’être élu délégué ? Pas moi, si le vote des salariés syndiqués ou non l’a porté jusque-là (PS : je suis loin loin d’être pro-Lo). En quoi le fait que JP Mercier ait été le porte parole de Nathalie Arthaud lui interdirait d’être délégué élu CGT ?

    Quant à Maxime Gremetz, oui, c’est une horreur.
    Quant à savoir comment on écoute les leaders syndicaux, tu devrais te mettre en boucle cet interview de Michaël Wamen très « belliqueux », « à la ligne dure » par Pascale Clarke qui doit ignorer la violence patronale. http://bit.ly/VSjAKd

    Si, si, ce que je dis est spécifique à la CFDT, côté France. Et résultat de ses impasses théoriques : la signature de cet épouvantable accord signé avec le MEDEF.
    Pour ceux qui veulent savoir encore plus ce que cet accord réserve lire l’article paru chez BastaMag. edifiant.
    http://www.bastamag.net/article2931.html

  12. Melclalex dit :

    je te rassure, je partage ton point de vue sur l’accord Medef / CGC, CFTC, CFDT et d’ailleurs j’avais écrit quelques lignes sur le sujet : http://www.perdre-la-raison.com/2013/01/accord-emploi.html

    Pour le reste, je persiste à penser que l’opposition frontale n’est pas une bonne méthode de négociation car on va droit dans le mur et les salariés avec, mais bon ..

  13. Arthurin dit :

    @ Melclalex

    L’opposition de façade ou l’absence d’opposition sont d’excellentes méthodes de négociation, elles permettent de signer des accords tel l’ANI qui ouvre une nouvelle ère aux salariés et leurs employeurs, une ère qui verra le monde du travail devenir encore plus merveilleux…

  14. jannedau dit :

    Cher Bibi,

    Un bon article suivi par des echanges qui permettent d’avoir la confirmation de ce que tu dis.

  15. […] dirait Bibi, un vrai comte de fées cette CFDT […]

  16. […] dirait Bibi, un vrai comte de fées cette CFDT […]

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