José Bové, Stéphane Hessel : des idoles dans l’impasse.

 

Certaines personnalités que l’on admire nous déçoivent. Mais qui faut-il interroger à propos de cette déception ? Peut-être nous-mêmes, soudainement devenus aveugles ?

Car, le plus souvent, ce sont le manque de vigilance dans le travail de pensée et la paresse intellectuelle qui nous mènent à accepter (presque) tout et n’importe qu(o)i.

 : certains seront surpris du trajet de cet Astérix qui résista à bon droit aux occupants OGM et au productivisme à tout crin. Aujourd’hui, il appelle à voter . «Je choisis Nicolas Hulot pour faire un saut de plus». Un beau plongeon pour une noyade définitive avec ce nageur qui promettait beaucoup.

a connu un gros succès en librairie avec son opuscule tout d’indignation. Fort bien. Mais à soutenir avec force DSK, Daniel Cohn-Bendit puis le vendeur de shampoings exotiques (Nicolas Hulot), on se dit qu’il manque de poivre, Hessel.

On a aussi en tête vieillissant piétinant son jardin d’antan et faisant de magnifiques courbettes à Chouchou. Le phénomène qui voit des personnalités hier estimables (pour aller vite), hier opposants à Big Brother, se laissant séduire «en bout de course par les feux de la rampe» n’est pas nouveau mais il entretient une terrible confusion.

BiBi se souvient des sketchs de qui versaient dans l’anti-parlementarisme. BiBi en riait si fort qu’il remarqua à ses côtés un trentenaire qui – pour un peu – lui aurait tapé dans le dos. Une fois le spectacle terminé, BiBi se rendit compte que le Monsieur était un supporter de Jean-Marie Le Pen. Terrible confusion-bis.

Nous sommes tous dans cette possible confusion. Il y a toujours un maillon qui pourrait opérer un rapprochement avec l’autre si proche, si éloigné. Il y a toujours un côté de nous-mêmes qui nous pousse à une démarche fusionnelle. Pour un peu, on leur jurerait fidélité, on n’oserait pas réinterroger leurs pensées qui – un temps – nous ont accompagnées.

C’est que par manque de vigilance et par paresse, on a baissé la garde de notre Pensée.

Bové, Hessel nous ont été proches, on leur a serré la main mais on n’a pas pris garde à ce que leur autre main faisait. Ces prestigieuses personnalités nous entraînent dans une direction qu’au fond nous refusons mais comment se fait-il que nous nous retrouvions dans leurs Cercles où dominent – in fine – les Puissances économiques et politiques qui nous broient ?

Ainsi va toute Idolâtrie : dans l’Impasse.

A plus petite échelle, on pourrait aussi ramener le phénomène de cette Confusion (et fusion) dans l’espace des blogs. Sous le prétexte d’aimer la bière, de trinquer en toute convivialité, on accueille sur nos blogrolls des adversaires de la pire espèce. On flirte avec les compagnons d’Alain Soral, on lâche qu’après tout, la Marine n’est pas si mal en habit de Papa (attention, hein, je ne suis pas de son côté etc). On se peinturlure en Vert et on se retrouve avec ceux qui défendent la Terre Sacrée, débarrassée de toutes ces mauvaises herbes venant des étranges et maléfiques Étrangers.

Comme l’écrit dans le dernier numéro de  : «Le débat oblige à définir des clivages» et souligne avec force que «la démarche fusionnelle est la matrice de toute violence». Alors, Vive le débat sans concession et vive le travail de la Pensée sans (trop de) soumission.

18 Responses to José Bové, Stéphane Hessel : des idoles dans l’impasse.

  1. Valdo dit :

    d’accord avec toi sur l’essentiel, sauf pour le passage sur « la terre sacrée », une réalité pour les cultures amérindiennes qu’on ne peut expédier si rapidement et si superficiellement (d’autant lsu que ces culturels n’ont rien de xénophobes, elles se battent contre la destruction de la terre par les intérêts économiques, l’exploitation forestière et minière notamment)

  2. BiBi dit :

    @Valdo
    Je ne visais pas du tout les cultures amérindiennes et le combat des Mohawks. Pas du tout. Cette appellation de « Terre sacrée » s’adressait à cette frange d’écolos de droite et d’extrême-droite pour qui les Étrangers sont les mauvaises herbes à rejeter.
    Ceci dit : merci pour ton éclairage ( je suis un peu ignare sur ta question amérindienne). J’irai me renseigner sur le combat qui semble te tenir à cœur et avec lequel je serai probablement solidaire.
    Et comme promis, mes prochaines Flèches auront une coloration iroquoise.

  3. Robert Spire dit :

    Tout à fait d’accord avec ce billet. L’allusion aux Terres Sacrées est aussi claire pour moi que la chanson de Brassens sur les « Cons nés quelquepart ».
    A lire votre blog je me sens moins seul. Il fait moins froid. Il y a cette allégresse et n’ayons pas peur des mots, au goût de « Chartreuse de Parme ».

  4. Hessel n’a jamais été que de la fausse monnaie, l’indignation à 1 euro pour s’acheter à vil prix la conscience tranquille …

  5. BiBi dit :

    @robert spire
    De l’humour-BiBi au goût aussi du… Jambon de Parme 🙂

  6. RST dit :

    En paraphrasant l’autre, on pourrait dire que c’est à la capacité qu’ils ont de nous décevoir que l’on reconnaît nos idoles. Nous avons besoin de personnalités charismatiques capables de fédérer et de proposer des projets entraînant l’adhésion d’un grand nombre. C’est la seule manière de faire fonctionner nos sociétés. A défaut d’homme providentiel, nous devons nous contenter de ceux qui émergent du lot. L’Homme parfait n’existe pas. La femme encore moins 😉
    Sans porter de jugement sur les individus que tu cites, je te trouve bien sévère ou naïf. Ils ont des défauts ? Ce ne sont pas des saints ? La belle affaire ! La seule façon de procéder selon moi consiste à peser le contenu de leurs 2 mains et de décider si le résultat est acceptable, si il penche dans une direction dans la direction qui nous convient ou pas. Tu m’excuseras (ou pas) mais gémir parce qu’une prise de position particulière ne nous convient pas me parait tout à fait puéril et improductif.

    Ton jugement sur Hulot me parait pour le moins expéditif et très nettement influencé par la pensée unique et la propagande bien pensante. Il a collaboré avec TF1 et vend du shampoing ? Encore une fois, la belle affaire ! Comme le dit Balavoine dans l’une de ses chansons, il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête. Hulot a créé une fondation. J’ai assisté à l’une de ses conférences publiques sur l’économie et sur la manière d’investir 600 milliards d’euros sur 10 ans pour l’investissement écologique et social sans augmenter la dette publique à travers un financement par emprunt auprès de la Banque centrale. Il y avait de nombreux économistes de toutes tendances qui ont été invités à s’exprimer, et crois moi, c’était du haut niveau. On trouvera plus de détail ici : http://financerlavenir.fnh.org/
    Ce thème est pour moi fondamental. Il n’est hélas pas très populaire et pourtant il mériterait d’être débattu très largement sur la place publique. Hulot est l’un de ceux qui s’en est emparé. Cela doit être mis à son crédit et permettre de le considérer comme quelqu’un de valable qui peut apporter à la collectivité, au-delà des jugements hâtifs et simplistes.

    PS : je ne le dirai jamais assez : c’est vraiment pénible cette modération à priori. Je me suis fais une règle de ne pas poster de commentaires chez ceux qui la pratiquent. Je fais une exception avec les savoyards !

  7. BiBi dit :

    @RST
    Admirer et non pas idolâtrer : voilà a big difference.

    « NOUS avons besoin de personnalités charismatiques capables de fédérer et de proposer des projets entraînant l’adhésion d’un grand nombre« .

    Qui est-ce « NOUS » bien vague ? Si tu creuses ce « nous », qu’y trouves-tu ? Un Champ contradictoire constamment dénié dans les Médias, des clivages qui demandent un incessant travail de pensée. N’est-ce pas le fondement premier de tout débat démocratique ?

    Merci de me rappeler que « L’Homme parfait n’existe pas »:-) Mais la figure du Père (des peuples ou intime) à encenser est toujours une tendance infantile fondamentale chez quiconque. On le le surmonte ou non, avec plus ou moins de bonheur mais elle est là, prêt à rejaillir à n’importe quel moment. Chez moi. Chez Toi.

    « A défaut d’homme providentiel, nous devons nous contenter de ceux qui émergent du lot« . Nous en contenter? Je te rappelle que mon blog est tout de polémique. Et à l’appel de Mick jagger, je pourrais reprendre sa rengaine : « I Can’t Get No satisfaction ».

    Quant à ton article proposé, j’irai voir, j’irai lire.
    Un mot sur Hulot : il a créé une fondation et il faudrait l’en féliciter ? Ma réponse va te paraphraser : « Ah ! la belle affaire ! »

    Sur la modération ? Ben oui, c’est un choix mais il me fait gagner du temps : pas envie de le perdre à lire des conneries et à les effacer. De plus, je crois que le lecteur – sachant que son commentaire attendra avant publication – laissera de côté insultes, colères de gamin ou caprices de vieux. Certes, il y a perte de spontanéité mais c’est un choix. Oui, tout blog a son protocole d’entrée et tout protocole – je l’admets – a ses limites.

  8. Robert Spire dit :

    @RST
    Louis Aragon se définissait comme un être « tiraillé entre les désirs de briller et de décevoir » parce qu’il avait la conscience qu’un humain (si brillant soit-il) n’a pas vocation à devenir un « dieu », un « parfait » ou un gourou au yeux de la communauté. « Décevoir » c’est montrer ses limites pour permettre à d’autres de se réaliser et de reprendre le « flambeau ». Bibi ne parle pas de cela dans son billet mais de « trahison » à l’idéal et aux pensées formulés initialement par les personnalités cités.

  9. RST dit :

    Où-ai je écrit qu’il fallait féliciter Hulot ?
    Je signale simplement qu’il a mis en place un groupe de réflexion et je suggère qu’avant de le condamner sans autre forme de procès (ce que tu sembles faire), il fallait peut-être s’intéresser à ces propositions qui, pour certaines, me paraissent fondamentales.

  10. BiBi dit :

    @RST
    Tu tiens pour quantité négligeable qu’il ait collaboré
    1. avec TF1 (L’émission a été en pointe de la pub TF1 sur tant et tant d’années)
    2. avec tant de grosses entreprises qui ont voulu se faire une virginité avec label vert et
    3. qu’il ait voulu la collaboration avec Borloo.

    Euh… quantité négligeable ?

    En contrepoint, ta phrase apparemment neutre (« Nicolas a créé une fondation« ) placée juste avant une phrase qui le défend : je la traduis, l’interprète comme un propos laudatif.

    Je ne condamne pas sans autre forme de procès (là, tu m’attribues une position des plus surprenantes. Serai-je devenu stalinien sans le savoir ? :-)) : je rappelle que Nicolas Hulot a « collaboré » (c’est ton mot) avec TF1 ( et ses sponsors) sur des dizaines d’années et qu’il y a tenu des positions et des commentaires qu’il n’a jamais remis en cause, qu’il nous a offert des quantités de reportages pur sucre.

    Hulot n’est pas né quand même le jour où il s’est présenté à la candidature verte ! Il a un passé (tout chaud) non ? Ecrire que critiquer Hulot, c’est faire dans le courant de la Pensée unique est très drôle comme argument alors que cette même Pensée unique a réduit le combat vert à un duo Joly/Hulot et a fait silence total sur le candidat Sébastien Lhomme par exemple.

    @robert spire
    Que l’on soit infidèle à ses pensées, pourquoi pas ? Mais effectivement, trahir ce qui en fait le socle, courir après les projecteurs des Médias, c’est désolant. Désastre de parcours en fin de vie.

  11. Denis dit :

    Vous parlez de Nicolas et de Didier Goux, je suppose ? Mais, que viennent-ils faire dans ce billet ?

  12. BiBi dit :

    @Denis
    Je parlais d’un fil rouge : celui de la Confusion qui semble être une des tendances bloggesques et politiques.

    Je préfère le débat âpre, animé et les clivages (toujours à construire et à penser).

    Je ne goûte guère le rapprochement de personnes éloignées qui sous prétexte d’aimer conjointement la bière en oublient leurs différences. Entre un socialiste tendance modérée et un homme de droite dure lèche-botte, y a pas photo pour BiBi : je ne trinque pas avec le second.

    Avec Nicolas, si vous voulez savoir, je suis – depuis peu – en coexistence plutôt pacifique. Je m’en satisfais car je n’aime pas du tout les insultes (voir mes vieux articles).
    Quant à Monsieur Goux : pas de pub ici pour lui.

  13. Denis dit :

    Naguère, j’avais un ami de droite « dure ». Nous n’étions d’accord sur rien. Et, parfois, il pouvait arriver que nous soyons d’accord sur l’essentiel.

    C’était un ami, avant tout !

  14. RST dit :

    @ BiBi

    Chacun ses obsessions. La mienne c’est la monnaie.
    Je considère que nous devons nous libérer de l’esclavage que nous impose la dette de l’Etat qui empêche nos hommes politiques de penser à autre chose qu’à conserver notre AAA pour ne pas fâcher les agences de notation et qui fait que notre destin n’est plus entre nos mains.

    Hulot l’a compris qui propose de rendre une partie du contrôle de la création monétaire à l’Etat pour nous éviter de payer tous les ans des intérêts aux banquiers, fonds de pensions et autres nuisibles. Je rappelle que sans ces intérêts, le budget de l’Etat serait à l’équilibre.

    Alors oui, dans ces conditions, je me fous royalement de TF1 et de Borloo. Ces sont des questions tout à fait anecdotiques à mes yeux.
    Quant aux grandes entreprises, figure toi que personnellement je collabore avec une multinationale. C’est même elle qui me paye un salaire tous les mois me permettant de faire vivre ma famille. Cela ne m’empêche pas, par ailleurs de me battre, à mon petit niveau pour changer les choses. Cela fait-il de moi un criminel avec qui il ne faudrait pas trinquer ?

    Tu parles de « socialiste tendance modérée » et d’« homme de droite dure lèche-botte ». Tu bois avec le premier mais pas avec le second. A moins que le second ne soit membre du FN, il n’y a pas de différences entre les 2. Va falloir que la gauche bien pensante s’en ronde compte un jour. Et puis le clivage aujourd’hui il n’est plus entre droite et gauche mais entre libre-échangiste-mondialistes et souverainistes-protectionistes.
    Je suis sûr que tu as deviné dans quelle catégorie je suis 😉

    @ Robert Spire
    Pas sur d’avoir compris 🙁

  15. BiBi dit :

    @Denis
    Que voulez-vous me faire dire ? Vous êtes entièrement libre de choisir vos amis.

    Remerciez le Bon Dieu que votre amitié n’ait pas eu à souffrir de l’année 1940.

    Et puisqu’il faut se souvenir de ces belles amitiés, BiBi n’oublie pas celle de cet autre socialiste qui entretint jusqu’à sa mort la fusion et la confusion : Mitterrand et son meilleur ami René Bousquet.

    Enfin les amis de droite « dure » avec guillemets, je ne sais pas ce que c’est. Les guillemets entretiennent là aussi la confusion et la banalisation.

  16. BiBi dit :

    @RST
    Je viens d’un autre univers que le tien. C’est vrai la monnaie n’est pas mon obsession mais bon, j’essaie d’aller voir comment ça marche et ça dysfonctionne : par exemple, je m’accroche aux écrits de Frédéric Lordon (j’essaie, j’essaie de comprendre et parfois… j’y arrive !) et aussi autour de ce qui se dit sur la démondialisation.

    Dans l’espace social, je ne confonds pas ta position (de collaboration/combat obligée pour gagner sa croûte – il n’y a pas d’île déserte en ce bas-monde) et celle d’un Hulot qui a un capital de notoriété infiniment autre que le tien. On ne peut pas comparer !

    Critiquer la collaboration-Hulot avec TF1 et sa recherche de copinage avec Borloo : voilà par contre, oui, une de mes obsessions. 🙂

    Entre un « socialiste modéré » et un « droite dure » pas de différence ? Si.

    Et je maintiens… même si le premier y va fort en tweetant il y a une heure que BiBi « qui se prétend de gauche » « vomirait » sur sa personne.

  17. Robert Spire dit :

    @RST
    Mon commentaire faisait suite à votre phrase: »on pourrait dire que c’est à la capacité qu’ils ont de nous décevoir que l’on reconnaît nos idoles. Nous avons besoin de personnalités charismatiques capables de fédérer et de proposer des projets entraînant l’adhésion d’un grand nombre ».
    Aragon disait qu’il était du devoir des « grands intellectuels » de décevoir pour éviter l’idolâtrie, la starification, le dogmatisme. La pensée (pour Aragon les idées révolutionnaires) doit évoluer en passant d’une génération à l’autre, sans blocage. Je suis d’accord avec l’entame de votre commentaire mais pas avec la suite . Le mot décevoir ne s’applique pas au comportement des personnalités citées. Rejoindre la cohorte des laquais de la puissance des dominants relève de la trahison.

  18. La vieillesse est un naufrage disait l’autre… Certains plus rapidement !

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