Françoise Nicolas, lanceuse d’alerte.

Ils/elles ne sont pas forcément révolutionnaires, dissidents ou anti-système. Ils/elles ont tout simplement du courage. Ils/elles font correctement leur boulot jusqu’à tomber un jour sur des malversations et découvrir des trafics illégaux. Des opérations obscènes. C’est là, sous leurs yeux. Il y a les preuves. Elles sont là, indiscutables.

Mais cela ne suffit pas.

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Il faut un sentiment personnel de justice qui te surplombe. Supérieur, qui accompagne tout ça. Une poussée inconsciente, un élan inexpliqué qui vient des entrailles d’une éthique. Personnelle, universelle. Informulée certes, mais implacablement réelle. Certains portent cette idée de justice sur laquelle il leur est impossible de transiger, dont ils ne peuvent dévier. On peut défendre poétiquement que deux et deux font cinq mais pas scientifiquement. Et ici, avec , fonctionnaire des Affaires Etrangères, on est loin du registre poétique, on est dans les affaires, les implacables affaires.

On est au Bénin, à Cotonou, à l’Ambassade française.

 Françoise Nicolas fait part à sa hierarchie d’un «détournement de crédits de l’Etat» par un «système de facturation occulte» au sein de la Chancellerie où elle travaille. Et quand tu es responsable du budget, tu n’as pas envie d’être entraînée sans ton accord dans cette spirale infernale. Tu t’en réfères à tes valeurs. Et tu informes sereinement, en toute confiance, tes supérieurs.

 Et c’est là que tout bascule.

Sans comprendre ce qui t’arrive, tes dossiers te sont inexplicablement retirés, tu es mise au placard et comme cela ne suffit pas, on te catégorise suicidaire, on te renvoie en France, on te fait certes revenir à Cotonou mais on te fait comprendre que tu es de trop, vraiment vraiment de trop, on te le fait sentir à tous les instants.

Trop, ne comprends-tu pas ? Tu dois te taire.

Mais tu te défends. Tu alertes le Quai d’Orsay, le Service central de prévention de la Corruption, tu fais toujours confiance à l’Etat de Droit mais tu n’imagines pas à quel point tes positions dérangent, tu ne sais pas que neuf années plus tard, tu seras conduite à quatorze procédures, tous frais de justice à ta charge.

 Pas une vie tout ça.

Pas une vie. Mais cette exigence de justice qui est au-dessus de toi, là est la Raison, ta raison de vivre même s’ils continuent de s’acharner, d’employer tous les moyens. Tu es alors mise à la retraite anticipée sans ton consentement, tu apprends que tout ça est monté haut, très haut, jusque dans les hautes sphères, au Bénin, à Paris. Syndicalement, tu trouves porte fermée à tes grands regrets. Mediatiquement, pas besoin de faire un dessin. C’est porte blindée, porte de coffre-fort sans combinaison.

Pourtant, tu as les preuves. Elles sont là, indiscutables.

Hélas, tu n’es pas dans un roman, un polar de Fred Vargas, une jolie fiction qui aurait le gout littéraire de la sulfureuse Françafrique. D’ailleurs, la Françafrique, hein, elle n’existe plus depuis Sarkozy et Hollande.

Françoise Nicolas ne baisse pas les bras, s’acharne : le 11 mars dernier, elle a obtenu une première victoire judiciaire avec un reçu de 1500 euros pour ses frais de justice.

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Pour en savoir plus :

2 Responses to Françoise Nicolas, lanceuse d’alerte.

  1. AgatheNRV dit :

    L’immense duperie du système. Circulez y a rien à voir…

  2. Robert Spire dit :

    Pour en revenir à D. Bensaïd. Dans « Une lente impatience » il écrivait: « On prétend souvent qu’il faut vivre avec son temps. Ce temps se meurt. Faudrait-il aussi pourrir et disparaître avec lui? »
    En tout cas pas avant d’avoir tout essayé.

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