Faire Couple… (2) : à Monaco et à Venise.

Sans titre

Cette initiative de «faire couple» (1) m’a fait dériver encore plus loin lorsque le dernier numéro du magazine «» (13-19 mai) m’est tombé dans les mains et sous les yeux. Avec ce superbe hebdomadaire, la Machine-BiBi a commencé à marcher à plein régime imaginaire. Du «faire couple», lecteur et lectrice, en veux-tu ? En vois-là.

ALBERT, CHARLENE, JACQUES, GABRIELLA ET LES AUTRES… (pages 14-27).

Albert Charlène

On découvre les photos du couple princier Charlène et Albert de (et de leurs couples d’enfants jumeaux) lors de la cérémonie du Baptême. On nous les montre en petits encarts, en grand format. Ô cher Albert et Bellissima Charlène ! Ô Sa Majesté les bébés, Jacques et Gabriella. Et plastronnant derrière eux, la Jungle des Puissants (Estrosi, les Comtes et les Comtesses, les Ecclésiastiques) tous regroupés en haut des marches de la Cathédrale monégasque.

Inventaire

Ah, Monaco ! Du point de vue de «Point de Vue», avec notre couple (princier), tout est réduit à un seul Monde. Les lecteurs et lectrices-lambda sont aussi leurs témoins, sont aussi parties prenantes de ce monde. C’est qu’on y est sur ces marches de la Cathédrale, on y est, oui, oui, émus, impressionnés, sans voix, éblouis, jouissant des photos prises par le magazine. Mais…. Full Stop !

BiBi le sait : éblouir c’est rendre aveugle. Et ces photos nous aveuglent. Elles cachent ce qu’il y aurait à voir à Monaco par ailleurs : l’envers du décor où, en cherchant bien, l’on pourrait (on pourrait…hein ?) trouver des liens entre Mafia et Principauté, où on remarquerait sans peine l’omniprésence des Princes, des Princesses, des Magnats du CAC 40, des Banquiers très classe, d’Aristocrates de l’Argent etc. Cette correspondance-là, ce rapport-là, cet autre point de vue sont évidemment passés sous silence.

Il ne suffit cependant pas de mettre en rapport ces deux espaces, de se satisfaire de cette mise en lien. Car interpréter, c’est bien joli (et nécessaire) mais c’est qu’il s’agit de transformer, d’inverser, de renverser ce point de vue, de le combattre avec férocité, avec ténacité, sans complaisance. Alors, chers Camarades, relevons nos manches et tous à la Bastille !

*

FRANCOIS, MARYVONNE ET LES AUTRES… (Pages 76-79).

Nous sommes toujours dans ce même magazine («Point de Vue»), avec ce magnifique dernier article : «Soirée François Pinault. Fest-Noz à Venise». De quoi s’agit-il ? Lisons les deux lignes explicatives : «Lors de la 56ème Biennale, François Pinault a donné le dîner le plus prisé de la Sérénissime. Une fête aux accents très bretons». La majestueuse réception s’est déroulée à la Fondation Giorgio Cini, sur l’île de San Giorgio Maggiore de Venise. François Pinault a fait venir plus de… 1000 invités sur ce territoire insulaire prestigieux.

Les Pinault

Une île. Une île.

Voilà que ça fait écho chez BiBi. Île, île, île couplée avec une autre… île : San Giorgio Maggiore et là-bas, tout là-bas, la… Sicile. Car au même moment, débarquèrent sur les côtes insulaires, un autre millier de personnes, non-invitées celles-là, indésirables africains, malheureux noyés du Continent-Pauvreté, aux sourires absents, bien loin des «bonnes vibrations de la Biennale» comme le rapporte l’obscène chronique de l’hebdo (écrite par un certain ). Là encore, la visée, c’est de nous éblouir (c’est-à-dire de nous rendre aveugles).

Pinault

Notons le titre exclamatif («Quelle SOIREE !») pour qualifier cette… éblouissante virée nocturne. Ils nous souhaitent «aveugles» pour que l’on ne voit pas la collusion du Monde des «artistes» (couplés aux galeristes) avec celui des Seigneurs de la Finance et de l’Aristocratie. Merveilleuses pages qui nous montrent côte à côte, faisant «couple», Martin et son épouse Mélissa, et son grand dadais de François-Henri Pinault, Papa François et Mammy Maryvonne en grands Organisateurs, et (si, si) , le Prince et sa Princesse de Kent etc.etc.etc.

Bouygues Gayet

Toutes ces photos nous montrent UN Monde (qui se veut être – par illusion photographique – notre Monde) comme regard et pensée uniques. UN Monde qui montre et qui cache. Et que veut-il cacher notre sage breton François Pinault ? Le Maître de Cérémonie cache non seulement l’acquisition privée d’œuvres d’Art mais aussi l’appropriation des «valeurs» artistiques et des «discours» sur l’Art. Dans les photos proposées par notre hebdo, inutile de chercher à voir les œuvres d’Art, à parler de leur valeur d’usage, de leur valeur d’échange, de causer boulot ou dessous du Marché, de mettre en question les Instances de Consécration. C’est que dans «Point de Vue», on ne montre surtout pas le côté besogneux, les étapes du travail, le côté rageur, le côté force et impuissance contre les formes et contre… le Monde tel qu’il est.

Dassault

La primauté est donnée à l’invisibilité du travail, à l’émotion qui s’éprouve (donc ne se parle pas), à mettre en avant l’Inspiration qui – comme chacun sait – ne se discute pas. L’Inspiration qui arrive, qui s’impose : ça fait oeuvre d’Art et basta. Ne reste plus qu’à se pâmer, à jouir, à admirer.

*

Les Dieux modernes d’aujourd’hui ne sont pas domiciliés sur l’Olympe. Ils paradent à NYC, à Francfort, à Tokyo et à Londres (nous le savons) mais pour vivre pleinement, ils viennent s’encanailler avec tous ces artistes en queue de pie, muets et hélas solidaires.

Concluons : le «faire couple» le plus obscène reste celui de la «Modernité» : un pied à Wall Street, un autre dans les Partouzes de San Giorgio Maggiore, ce lieu de tous les Rêves des Dominants. New-York, Venise : lieu qui fait couple, lieu double, lieux à vomir, lieux de toutes les accumulations et de toutes les débauches de nos richesses confisquées.

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(1) «Faire Couple». Initiative de l’Lire billet précédent ici. Peut-être y aura t-il une suite à ces deux journées de l’ECF ? Voilà un couple de suggestions-BiBi : Pour les prochaines fois, pourquoi ne pas «faire souple» ?

Non Faire Souple

ou «faire coupe» ?

Non Faire Coupe

One Response to Faire Couple… (2) : à Monaco et à Venise.

  1. Robert Spire dit :

    Faire couple: Palestine/Israël, tel ces couples infernaux.
    « Qu’ai-je commis pour que tu me tues, mon frère? Je ne relâcherai pas mon étreinte.
    Et ne te lâcherai pas! »
    Mahmoud Darwich

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