Le polar de Marie-Hélène Branciard : #Jenaipasportéplainte.

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Dans une autre vie, je lisais beaucoup de polars. Plutôt des Séries Noires, de celles que collectionnait mon père. Puis mes lectures ont pris fin (de série) par ce simple désir d’aller voir d’autres écritures.

Aujourd’hui, par le biais d’une abonnée Twitter, me voilà en lecture d’un français, le  dernier livre de Marie-Hélène Branciard #Jenaipasporteplainte (1). Pas sans importance ce titre en hashtag. Il vient dire en préambule la teneur et la tonalité du livre. Nous sommes immergés dans l’ère du Numérique, dans cette époque où les ordinateurs et autres smart-phones tournent à plein régime avec leurs codes d’entrée, leurs aficionados, leurs réseaux sociaux (Twitter, Facebook) visibles/ invisibles et leurs… dangers.

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Les liens entre les personnages de cette fiction (souvent désignés par leur seul prénom ou par leurs pseudos), les informations qu’ils échangent se nouent la plupart du temps autour de SMS, de posts et de bloups sonores via les pages Facebook, autour du Internet Relay Chat, autour de copies de DVD, de feuillets sortant des imprimantes, de messages sur les blogs. L’auteur parsème son histoire d’une ambiance musicale qui convoque Rihanna, Benjamin Biolay, Orelsan (peu connus de BiBi) et BillieHoliday.

Si j’insiste sur ces différentes façons qu’ont les protagonistes d’échanger, d’être en lien, c’est aussi parce que Marie-Hélène Branciard les a retraduites dans une écriture originale (ou plutôt dans un essaim d’écritures).

Commençons par résumer l’histoire. Situons-là à Paris puis à Dijon. Une jeune femme, Daria, assiste un soir à la pose sauvage de fresques dessinées par des street-artistes dans différents quartiers parisiens. Ces fresques portent sur l’hypocrisie de l’Eglise face à la pédophilie des prêtres. On suit alors Daria dans la création de son QueerSpirit, qui se charge de repérer les arnaques, les dangers dans les rencontres, de dénoncer de futurs et possibles violeurs. La bascule se fera quand Daria sera victime d’une terrible agression (une balle dans la tête) lors de sa participation à une manifestation pro-gay. Suivra un séjour longue durée à l’hôpital.

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Son groupe d’ami(e)s viendra aussitôt à la rescousse. Les prénoms des personnages vont alors s’égréner. On fera connaissance de Solün (ex-photographe au magazine Têtu), d’Alice, de DJ’Aämi (domiciliée à Londres), de Claire (mariée à ce pauvre Gabriel), Mafalda, Fifi, JP etc. Dans l’armature de la fiction, le suivi des personnages se fait via de courts paragraphes, on passe de l’un des protagonistes à l’autre après lecture d’une, deux ou trois pages maximum, lecture entrecoupée aussi d’inserts de pages de blog ou/et de Facebook. Tout cela permet de voir les avancées punchy de l’intrigue (Qui en a voulu à Daria et pourquoi ?) et de suivre les découvertes successives faites par les différents ami(e)s de Daria.

C’est dans l’ordinateur de cette dernière que le titre du livre (hashtag #Jenaipasporteplainte) prendra toute sa dimension. Derrière cette formule, se retrouvent en effet des femmes du Monde entier expliquant en 140 caractères les raisons pour lesquelles elles n’ont pas porté plainte après un ou une agression sexuelle. De là aussi va naître l’étrange Commando Fucking Debra.

Cette enquête non-officielle des ami(e)s de Daria va parfois croiser, va parfois se disjoindre de celle commencée par la Commandante de Police, Carole Jourdan. Double enquête conduite simultanément, avec des avancées qui se font – c’est selon – côté ami(e)s, côté Police. Au bout de ce puzzle à suspense, la terrible vérité éclatera.

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Une fois habitué à la ronde des personnages, à la construction en patchwork qui les suit, on se laisse prendre. L’intrigue devient fluide. Pas polar pour rien, #Jenaipasporteplainte joue avec les limites de la loi, avec les obstructions à l’enquête, avec les idées de vengeance, avec les bons, les border-line et les méchants. Marie-Hélène Branciard s’arrêtera aussi sur le trajet social difficile de ses personnages et résumera le Monde d’aujourd’hui dans ce qu’il a de plus sordide (le viol, les tortures) et de plus lumineux (la solidarité entre ami(e)s, l’amour naissant entre Claire et Solün).

Avec ce livre qui intègre les écritures numériques, on va à toute vitesse. On peut regretter que cette célérité oublie parfois l’intériorité de certains personnages mais nous sommes dans le genre Polar, polar qui fait donc la part belle à l’action avec, en fonds permanent, la violence faite aux femmes et sa dénonciation. Le rythme est alerte, efficace, jamais ennuyeux, avec une touche très frenchy (on est à Paris/ on part pour Dijon).

A recommander.

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2 Responses to Le polar de Marie-Hélène Branciard : #Jenaipasportéplainte.

  1. […] #Jenaipasporteplainte joue avec les limites de la loi, avec les obstructions à l’enquête, avec les idées de vengeance, avec les bons, les border-line et les méchants. Marie-Hélène Branciard s’arrêtera aussi sur le trajet social difficile de ses personnages et résumera le Monde d’aujourd’hui dans ce qu’il a de plus sordide (le viol, les tortures) et de plus lumineux (la solidarité entre ami(e)s, l’amour naissant entre Claire et Solün).  […]

  2. […] •  Avec ce livre qui intègre les écritures numériques on va à toute vitesse. SMS, tweets, posts, bloups Facebook : Marie-Hélène Branciard traduit les échanges entre personnages dans une écriture originale, ou plutôt dans un essaim d’écritures. Blog PensezBibi […]

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