Le plus beau mot de la Langue française.

Vous pouvez retrouver ces dessins sur le site de Benoi Lacroix

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BiBi a répondu à Blogs Expérience (SeeMe). La bloggeuse voulait savoir qui était son lectorat. Ecrire et savoir à qui on écrit.

Sur le versant « le Tenancier du Blog écrit » : tout bloggeur est pris entre deux feux. D’un côté, ne pas se préoccuper du Lecteur imaginaire qui est là, qui ennuie, qui perturbe et vient troubler la sérénité du propos et de l’autre, en vif contrepoint, le vouloir à soi, le chercher, chercher son assentiment, guetter le moindre de ses propos, attendre, n’attendre que lui. Roland Barthes, lui, avait ce verbe juste : le draguer… 

Sur le versant « le Tenancier du Blog lit » : dans les Commentaires, difficile de ne pas répondre à un écrit intime, un envoi perso et singulier. BiBi tente de ne pas renvoyer une fin de non-recevoir à tout surgissement de commentaire sur son écran, se souvenant avoir lu le petit livre de Jacques Derrida sur De l’Hospitalité (Edition Calmann-Lévy).

Arrivant dans un blog – maison inconnue – on entre « dans un lieu étrange, l’émotion ressentie est presque toujours d’une indéfinissable inquiétude. Puis commence le lent travail d’apprivoisement de l’inconnu et peu à peu le malaise s’estompe ». Cette inquiétude est trop souvent effroi : on jette un œil rapide sur la Maison, on y met à peine le nez sans avoir le désir plus poussé d’en sentir les parfums. On a la peur accrochée à soi, on fait demi-tour, on se sauve, on refuse l’hypothèse de l’hospitalité par peur du rejet.

De son côté, l’Accueillant peut ne pas ouvrir sa porte et vouloir rester entre Soi (Soi pouvant être une Communauté, un Club, un Drapeau, un Parti… Commun, comme Un). Mais n’ouvrant pas sa porte, l’Accueillant ( parfois Tenancier du Blog) aura un prix à payer. Car la Porte fermée – paradoxalement – ouvre sur l’angoisse, la colère, la haine. Et si la haine est tenace, il sortira, il ira rechercher celui qui est venu frapper à sa porte, ira jusqu’à le pousser, le repousser, plus loin encore, au-delà de « ses » frontières aux cris de « Dégage ! Va jouer ailleurs ! Va jouer tout seul ! » Mais il risque gros car il peut tomber – en riposte – sur des femmes, des hommes, une patrouille démocratique qui lui feront (perdre la) face.

Mais est-ce une «  indéfinissable inquiétude » qui nous envahit lors de notre visite à l’autre ? Serions-nous toujours « inquiets » sur le pas-de-porte ? Pour BiBi le mot frappe trop fort à la porte, il en tentera un autre : « Etonnement ». La Rencontre ( pas le Rendez-vous) prend le risque de l’autre et y inclut un étonnement réciproque. Ceux qui se sont rencontrés amoureusement sur ce seuil savent que cet étonnement est l’équivalent d’une étonnante Secousse… sans équivalent.

Election : alors s’il fallait élire un mot, un seul, peut-être que le mot « hôte » serait sur la plus haute marche du podium ? Pour BiBi, il est le plus beau mot de la langue française : « Hôte »… aussi bien celui qui accueille que celui qui est accueilli.

Quand la Vie et le Verbe se croisent sur ce seuil, ils nous font quand même de beaux cadeaux.

5 Responses to Le plus beau mot de la Langue française.

  1. mtislav dit :

    « Hôte », oui, c’est un très beau mot. Ainsi que cet ange et ce nu sorti du sino-dico.

  2. Je réponds, cher Bibi, non seulement à votre papier mais également à votre commentaire. Je pense que la notion d’hôte est telle que vous l’avez définie. On ouvre ses pages – sa porte – à ceux et celles qui y entrent en souriant et sont prêts à partager un moment de franche camaraderie, de pensées, parfois un rien cavalières mais toujours avec classe, avant de repartir sur son chemin personnel. L’accueil, chez vous, est toujours confraternel, si j’en crois ce que vous en dites – et ce que j’en ai lu. Le mien s’efforce de ressembler au vôtre, même si je suis tout jeune dans le « métier » d’hôte.
    Merci pour vos propos concernant Astrud. Une autre petite vidéo d’elle vous attend…
    Benoît Barvin

  3. See Mee dit :

    Etonnement, timidité, sont parfois des sentiments que je rencontre à visiter de nouveaux blogs, et qui font que je ne vais pas forcément me donner le droit de m’exprimer. Inquiétude, ça jamais. Dégoût parfois, et il y a alors peu de chances que je revienne, sauf fortuitement. Incompréhension, confusion, éventuellement, mais dans ce cas, je peux décider de m’obstiner.
    Cher hôte, cher Bibi, j’ai sans doute été votre hôte avant que vous fussiez le mien. J’ai lu silencieusement, et je suis revenue. Quand vous êtes passé chez moi vous ne m’étiez donc pas totalement inconnu, et ce fut alors une surprise de vous accueillir. J’avoue avoir parfois du mal à saisir vos formules et pour le coup à percer le sens de vos propos. Mais je reviens, je reviens, je persiste. Les relations les plus évidentes ne sont pas toujours celles qui m’intéressent le plus.

  4. BiBi dit :

    Bravo pour votre insistance.

    BiBi a parfois du mal à se comprendre lui-même et à se relire.

    Il vous invite cependant à jeter un œil sur l’article suivant qui devrait vous intéresser au plus haut point. (« De quelle joie s’agit-il ? »)

  5. […] c’est Pensez Bibi. Entre autres considérations, prolixes mais justes, il s’interroge sur le feu et le contrefeu dont fait l’objet tout blogueur qui se respecte. Doit-il se […]

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