Merci à Jean-Bertrand Pontalis.

JB Pontalis

La mort de dans la nuit du 14-15 janvier m’a plongé dans une grande tristesse. Avec son recueil d’articles parus en Idées NRF («Après »), ce psy pas comme les autres m’ouvrit des pans entiers vers l’Inconnu, me poussa dans des territoires inexplorés. J’ai toujours aimé sa clarté d’exposition, les bruissements de son écriture et sa position très singulière dans le champ psychanalyste, à l’écart de tout dogmatisme d’école. Il fut un passeur incomparable.

Pour me donner le change, j’ai feuilleté les derniers livres qu’il écrivit et j’en ai tiré quelques petites incises mises instantanément sur . Les revoici en vrac :

« J’aime trouver les mots justes et être capable de bafouiller. J’aime les pensées vagues et la cohérence du discours… J’aime le mutisme de l’accusé et l’éloquence de l’avocat, l’heure d’entre chien et loup et les trains qui partent à la minute près».

« Les morts s’écartent et se mettent au bord des routes puis, un jour, on ne les aperçoit plus du tout. Ils ont roulé dans le ravin du temps».

« Inventez un monde sans frontières, un monde qui transforme le monde perçu en un monde rêvé. Faites-moi croire que c’est le même».

« Ce que je crains par-dessus tout : ne servir qu’un seul langage et qu’un seul maître comme si alors j’en étais nécessairement le prisonnier ou l’esclave».

« Nous avons inventé les mots pour échapper à la loi de la pesanteur, pour regarder l’instant fatal de la chute».

« Portes fermées, chambres closes. Chacun en soi construit ses murs».

« Je n’aime pas ce qui se produit. J’aime ce qui arrive».

« Mon idéal d’analyste : être celui qui tient parole».

*

Dans les dernières années de sa vie, Jean-Bertrand Pontalis éprouva le besoin d’aller fureter dans d’autres directions. Il fit paraître des courts et merveilleux récits autobiographiques («Le Dormeur éveillé», «Elles», «Traversée des Ombres», «L’Enfant des Limbes» etc – la plupart disponibles en Folio).

C’est dans «Le Dormeur Eveillé» que j’ai retrouvé ce court texte où l’on appréciera le ton, le mot juste, la gravité. Récit douloureux à l’écriture subtile qui touchera chacun d’entre nous au plus profond. Nul besoin d’en écrire plus.

Garçon regard perdu

2 Responses to Merci à Jean-Bertrand Pontalis.

  1. jasmine dit :

    Merci pour cet hommage !

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