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Sur le film a-politique de Xavier Giannoli.

« L’habileté est de ne pas en avoir fait un film politique. On entre dans cette histoire par l’humain, à travers la relation d’un père avec sa fille, l’amitié entre deux hommes et la maladie ». (Jean Dujardin sur « Les Rayons et les Ombres« )

HUIS-CLOS APOLITIQUE. LE HORS CHAMP PAS EVOQUE.

– Nous sommes donc dans un huis-clos où ne jouerait que ce trio (Jean Luchaire, sa fille et Otto Abetz). Film a-politique, a-historique, confirmé par les paroles de Dujardin et contraire à beaucoup d’écrits de critiques qui y voient un « grand » film sur la Collaboration !

– Le hors-champ, celui des rapports de forces évolutif en France, à Alger, à l’international, est à peine mentionné, voire totalement gommé (on n’entend pas par exemple « Europe nouvelle » souhaitée par les fascistes français. Probablement pour qu’on ne la confonde pas avec, celle qui allait dominer : l’Europe nouvelle de… l’après-guerre !)  Le hors-champ est juste une illustration :  par exemple, il est parlé des rafles de juifs mais, sur cette question, Xavier Giannoli ne veut surtout pas associer « juifs » à « communistes ». La haine « judéo-bolchévik » (ou « judéo-communiste ») est pourtant un mot incontournable, nécessaire pour la compréhension complète de ces rafles. Le qualificatif est donc interdit par Xavier Gianiolli sauf à le faire prononcer – une seule fois – par un tribun fasciste en tribune. Qui est ce dernier ? Pffft, pas besoin d’être trop politique. C’est qu’il faut rester dans l’«humain» comme le prône Jean Dujardin ! Dommage, car on aurait pu expliquer ce qu’était le PPF de Deloncle et le rôle qu’il joua dès sa création (1936-37). Mais pfftt, pourquoi aller alourdir la fiction, hein ?

– Donc ni de « judéo-communiste «, ni de « judéo-bolchévik ». Rapporté à aujourd’hui, on voit alors les raisons de ce refus. Gianolli nous le dit dans son interview à Paris-Match : « jouer avec le feu antisémite par intérêt électoral est gravissime ». Qui joue avec le feu ? Ben voyons, écoutons-en l’écho : c’est Jean-Luc Mélenchon qui serait un problème, qui serait un Doriot-bis. 

ABSENCE DE CHRONOLOGIE.

Sans chronologie, pas d’Histoire, pas de compréhension historique. Terrible est cette absence quand sont évoqués tous ces flash-back dans le film entre 1930 et 1947. On ne sait jamais – comme dirait Corinne Luchaire – où on se trouve et à quel moment. Par exemple, le retour des cendres de l’Aiglon du 15 décembre 1940 est placé n’importe où et n’importe comment dans le film. Misère supplémentaire : la construction de la séquence fait croire que le refus de Pétain de s’y rendre est un acte embryonnaire de… protestation contre Hitler !

– Ainsi, encore, la question du pacifisme : celui d’après-guerre 1914 et celui d’après 1933 qui n’ont pas du tout le même sens. Autant être pacifiste après la boucherie de 14-18 est un comportement humaniste compréhensible, autant être pacifiste après 1933 est d’un tout autre ordre : ce sont les ligues d’extrême-droite qui exaltent le pacifisme (y compris sur la question de la guerre d’Espagne où Blum demeurera neutre alors que les Républicains espagnols demandaient de l’aide). Oui, après 1933, les fascistes français ne veulent pas pousser la France à s’armer contre Hitler. Ces fascistes français traitent la Gauche de « fauteurs de guerre » à la solde des Soviets et de l’Angleterre. Cette absence de réarmement coûtera cher puisque l’armée allemande envahira – au grand bonheur de tous ces Cagoulards exaltés – la France en 2 jours.

– On est dans le Royaume de la Confusion alors que le principal qui réside dans les attitudes de bien des Collaborateurs est éludé. Le paradoxe de ces Collabos n’est que de façade : ces derniers savent dès l’échec de la guerre-éclair (la Blitzkrieg) contre les Soviets que l’Allemagne ne sera pas gagnante. Avec la défaite de Stalingrad (1942),les nazis perdront la guerre. Ces fachos vont changer de tuteur (américain mais pas gaulliste) mais bcp d’entre eux (la grande majorité) continueront – dans le réel – de servir Hitler, de pousser à la chasse aux juifs (traités de « youpins de Staline »), à la chasse aux résistants majoritairement communistes et à la chasse aux résistants gaullistes minoritaires.

SUR JEAN LUCHAIRE.

– Sur Luchaire, le parti pris de Xavier Giannoli n’est pas pris avec de gros sabots. Le réalisateur est plus « subtil ». Dans ses plans, lors de chaque apparition de Jean Dujardin-Luchaire, le cinéaste ne le montre jamais vraiment pro-hitlérien. Dans chacune de ses mimiques, Jean Luchaire-Dujardin a comme des « hésitations ». Discrètes hésitations à aller vers le pire, filmées pour minorer les saloperies de son héros. Hésitations qui n’ont jamais existé car il n’y a absolument aucune ambiguïté chez Luchaire, ce protégé de Pierre Laval (un Pierre Laval jamais mentionné ! Un comble !), même s’il fréquenta dans ses premières années 1920-25 des « amis » de « gauche ».

– En mars 1941, l’avocat Maurice Garçon, pourtant d’extrême-droite, parle de Jean Luchaire comme d’un « aventurier sans scrupules » qui « joue les traitres avec contentement » (Journal 1939-45). En janvier 1943, le même avocat écrit : « Le pactole coule sur lui. Il est l’un des hommes les plus en vue, les plus décriés, les plus haïs de Paris ».  Qui pourrait le deviner quand Giannoli construit l’époque en longs plans séquences sur les gentilles orgies à l’ambassade d’Allemagne, où le drame se réduit à la toux de Papa, de sa fille et au discours de Céline (qui suivra tout ce beau monde à Sigmaringen!) ? Une ambassade où, déjà, avant-guerre, via le Comité France Allemagne, Abetz connaissait déjà tous les Français qu’il reverra en 1940 dans le Paris occupé.

– La fiction de Giannoli présente Jean Luchaire sous l’angle du tubard, du souffrant, du papa attentionné à sa fille (alors que dès 1941, en Chef de la Presse française, il emmène Corinne dans « l’immonde bordel de la rue de Fourcy »). Ces parties fictionnelles (le pauvre Jean tousse beaucoup et très tôt – comment ne pas avoir de compassion ?) sauvent son héros en minorisant ses saloperies (guère montrées). De 1930 à 1934, il organise du côté français les Camps de Jeunesse franco-allemands dont est chargé Otto Abetz (qui a adhéré au parti nazi en 1931) du côté allemand et c’est sous la direction de Jean Luchaire que la presse parisienne entre dans l’ère de la collaboration.

SUR ABETZ.

– Xavier Giannoli filme Abetz à Berlin quand les nazis viennent l’embaucher en misant sur sa francophilie. Le réalisateur marque une supposée réticence d’Abetz quand ces mêmes nazis lui font remarquer qu’il n’est pas adhérent au parti. Là encore,le réalisateur n’a cure des dates. De plus, Abetz n’a absolument aucune réticence envers le NDASP puisqu’il y adhèrera en… 1931 (donc bien avant le 30 janvier 1933 !).

– Un mot sur la critique de Télérama dont le titre m’a laissé perplexe (« Abetz promeut la Collaboration à coups de fonds secrets »). Une expression très insuffisante car elle laisse croire que le Tout-Paris politique ne faisait qu’encaisser ces « distributions ». Alors faisons un rappel sur ce nazi :  Abetz faisait de séjours fréquents entre 1933 et 1939 à Paris avec Julius Westrick, Friedrich Sieburg, von Welczeck, Achenbach et Krug von Nidda – futur consul allemand à Vichy. Abetz, parlant français, disposait depuis novembre 1935 du Comité France Allemagne, vivier hitlérien, émanation française très active de la Cagoule et des ligues, un Comité agrégeant des politiciens allemands et français nazis.

– Pour intensifier propagande hitlérienne dès avant-guerre en France, Abetz est en contact avec des diplomates réels ou non (Régis Huraut de Vibraye, Wladimir d’Ormesson), des journalistes (Brinon, Luchaire, Bertrand de Jouvenel, G.Scapini, Alfred Fabre-Luce), des industriels au Top (E.Mercier, René Duchemin) etc. Des noms dont on ne parle jamais, inconnus du grand public. Tous ces noms avaient l’aval, le soutien du Figaro par exemple (de François Coty, Pierre Brisson, Lucien Romier son directeur politique). Abetz connaît tous ces Collabos qui sont pleinement collabos, sans nuances et sans ambiguïtés. Il faut le dire et le redire : Abetz les connaît tous bien avant mai 1940, date de la création de la Maison de la Corporation qui fait la promotion de Jean Luchaire.

SUR L’ARGENT.

– Un autre mot vient cacher l’essentiel : le mot Argent. La vénalité individuelle serait donc la seule cause du comportement de Luchaire. De quoi en rire ! On pourrait croire ici qu’allait être évoquée la provenance de cet argent dont Luchaire se gave. Mais là encore, Giannoli est bien timide en ne citant qu’un seul nom : un financier allemand (l’industriel Hugo Stinnes Jr) qui aurait été le seul vilain financier des « Nouveaux temps ».  

– Un peu d’Histoire là-dessus : Une part importante des subventions reçues par la presse a été versée par l’Allemagne nazie mais aussi par la « France » sous forme de publicités sans contrat écrit. Ceci explique qu’on ne peut pas trouver très facilement trace de subventions tant des Autorités allemandes que du gouvernement de Vichy. On sait juste qu’Otto Abetz a dépensé, à la fin novembre 1939, 300 millions sur le milliard mis à sa disposition. Ses services allemands en ont versé huit millions environ à la Corporation de la presse de Luchaire.

– Ne pas oublier que l’argent provenait aussi d’organismes français d’inspiration allemande (Institut des questions juives, la LVF ou encore le Parti populaire français PPF)ou de caisses occultes (de la Direction des services de Presse, de la Propagande et Publicité du ministère des Finances de Vichy). Au total ? Environ 3,2 millions.

– Rappel précieux : le quotidien « Les Nouveaux Temps » a adopté le format du Temps, quotidien du grand patron des Comités des Forges, De Wendel. Le Temps s’est sabordé le 28 novembre 1942. Le Monde emprunta sa calligraphie après-guerre… (On peut en passant en rire !).

SUR CORINNE POST 1945.

Corinne Luchaire arrêtée en Italie par l’armée US- bien loin de la violente séquence de X.Giannoli. Remarquons que cette seule séquence violente est le fait de… résistants !

Photo Mondadori via Getty Images

– Relevons que l’actrice embauchée du film est dans l’entre-soi du Cinéma. Nastia Golubeva n’est une inconnue que pour le grand public. Pas vraiment venue par hasard faire du cinéma. C’est juste la fille de… Léos Carax. Sur son jeu, rien à (re)dire. Il est OK.

– Je relève que d’emblée, les premières images nous obligent à être de son côté puisque deux vilains de Paris l’agressent (sûrement des monstrueux Rouges). Un début de film qui entérine donc le fait qu’elle est innocente (cri qui rythmera tout le film).

– Perso, pour décrire le climat de 1947-48, je préfère rappeler, à l’opposé de Giannoli et de ses premières images, qu’à la même époque (1950), Vladimir Jankelévitch – qu’on ne peut soupçonner d’avoir été communiste – se montrait déjà très inquiet à propos du « retour des amis français du Docteur Goebbels » sur le devant de la scène politique et augura que « demain, la Résistance devra se justifier d’avoir résisté ». C’était cela ce qui se jouait dès cette époque. Papon, Bousquet et tant d’autres ne seront pas des exceptions mais la règle.

Ah LE Cinéma !

– Enfin, on notera le propos de fin de Giannoli faisant dire à Léonide Moguy, parti en 1940 non en Russie soviétique mais aux Etats-Unis qu’heureusement, il restera LE Cinéma. Vision d’idéaliste… comme si LE Cinéma était tout entier du côté du Progrès et de l’humanisme. Non, ce qui reste et restera ce sont DES films. Pas tous.

– DES films. Ceux indestructibles de Pasolini, de Renoir, de Nanni Moretti, de Kiarostami, d’Akerman, de Kaurismaki, d’Eustache, de Claire Denis et de tous ceux et celles qui viendront. DES films. Pas LE cinéma !

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« Une nouvelle solitude » : le nouveau roman de M. Alioua. Entretien.

Après son Prix du Bourbonnais 2022 pour sa fiction historique « La Guerre N’Oublie Personne » (avec le Vichy 1940-41 en toile de fond), après son roman social 2023 (« Mi fugue mi Raison ») et sa fiction  2024 à haute teneur politique « So Long Marianne (Les Glières 1944-1968) », Madani ALIOUA nous présente son dernier roman « Une Nouvelle Solitude ». Entretien.

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PENSEZ BIBI : Ton nouvel ouvrage (le dixième !) paraît chez L’Harmattan et il est intitulé « Une nouvelle solitude ». C’est un titre énigmatique parce que la question que je me pose d’emblée, c’est : pourquoi « nouvelle » ?

Madani ALIOUA : C’est un titre qui a résonné lorsque je suis tombé sur le Journal de l’écrivain roumain Mihail Sébastian précisément sur cet extrait.

C’est ce passage qui m’a donné l’envie de construire l’itinéraire de Marraine, mon personnage-femme. Cette femme de 50 ans est à un tournant de sa vie. C’est une « nouvelle » solitude car quoique fasse ou entreprenne mon héroïne, elle est – à l’instar de chaque être humain – condamnée à une solitude essentielle, à une solitude qui s’accompagne toujours d’une illusion increvable, de ce rêve persistant qui est de vouloir vivre des choses nouvelles et inédites, de celles qui changent sa (notre) vie de fond en comble.

PENSEZ BIBI :« Marraine », éducatrice et Marina, sa protégée du Foyer d’Enfance : deux personnages féminins. La première affronte le décès de son compagnon Thomas, avant de constater, au retour de l’enterrement, que sa maison a été intégralement vidée par des cambrioleurs. La seconde, adolescente placée, en marge, bientôt majeure, va suivre ton héroïne.

M.A. : La jeune Marina va se dégager, non sans mal, de la tutelle de « son » éducatrice puisque, dans quelques jours, elle deviendra majeure. Après le décès accidentel de Thomas, Marraine, écrivaine à ses heures perdues, perturbée par ce cambriolage qui a vidé totalement sa maison, veut se rendre dans son village natal, une bourgade des Alpes car elle y a appris – via une émission de France Culture – qu’a eu lieu un phénomène unique de possession collective dans les années 1860-64.

PENSEZ BIBI: Dans ta fiction, le village alpin n’est jamais nommé. Pourtant, le lieu où tes deux héroïnes se rendent, est très connu. Une raison à cela ?

M.A. : J’ai préféré taire les deux noms (dont l’un est une station de ski en haute altitude) tout en utilisant la topographie très originale des lieux. Ce cadre qui joue un rôle extrêmement important est double. Il y a deux niveaux dans une même entité administrative : il y a « le village d’en bas » (1800 habitants en 1860) où ont eu lieu jadis les crises de ces possédées et il y a le « village d’en-Haut » où a débuté une grève très dure de femmes de chambre, salariées des hôtels de luxe qui dominent la vallée.

PENSEZ BIBI: « Village d’en bas », « village d’En-Haut »… cela résonne comme un écho au Château de Kafka qui surplombe les habitations du bas…

M.A. : Peut-être, oui. C’est fait pour introduire un effet d’étrangeté.

PENSEZ BIBI: Village à deux niveaux mais aussi à deux niveaux quant à l’élément féminin omniprésent. Tu as ainsi construit ta fiction autour de deux pôles : celui de ces « filles emphysiquées » de 1860 en crise(s) dans l’espace public (et religieux) et celui des femmes grévistes manifestant dans la rue principale en ce début du XXIème siècle.

M.A. : C’est dans ce rapport constant entre les femmes de ces deux périodes que se déroule une bonne partie de mon roman. Ces possédées de 1860 (au nombre de 80/90 !) connaissent des crises inexpliquées encore aujourd’hui. Elles ont lieu dans les rues, dans les cours des fermes et surtout lors des nombreuses cérémonies religieuses. Les femmes-grévistes d’aujourd’hui, défilent dans les rues, occupent la place au centre du village, crient… des mots d’ordre et des slogans.

PENSEZ BIBI: 1860 marque un tournant dans la vie de ces villageois car la Région va changer de statut et passer Française.

M.A. : Avril 1860 voit l’organisation d’un plébiscite dont le vote censitaire positif va faire passer cette région, jusqu’alors piémontaise-sarde, sous le contrôle du gouvernement de Napoléon III. C’est un changement décisif dans la vie des villageois. L’État français, centralisé, parisien, ne veut pas d’une région nouvellement annexée où seraient tolérés des phénomènes moyenâgeux, des possédées en convulsions, des « criardes » qui parlent du Démon, de toute cette « arriération » qualifiée de « mentale » inadmissible pour cette France des Lumières. Tout ceci est aussi intolérable pour les édiles du village, le préfet, le curé, l’évêque, les militaires. A l’opposé, du côté des convulsionnaires, ces officiels sont vus comme des « donneurs du Mal« .

PENSEZ BIBI: Qu’est-ce que Marraine va découvrir dans cette ambiance de village en grève ?

M.A. : Sur un plan intime et personnel, Marraine voit se raviver des souvenirs jusque-là enfouis et refoulés. Les événements qui se déroulent dans son village natal, quitté à l’âge de 5 ans, la poussent aussi à écrire et à entreprendre une fiction avec une… nouvelle énergie. Une triple esquisse se dessine dans son travail littéraire avec trois personnages dont deux femmes possédées, Josephte de la Beune, Marie du Nants et une femme-gréviste, Jeanne Larouge.

Les grévistes (essentiellement des femmes) et leur lutte qui se déroule sous les yeux de Marraine et Marina vont aussi intéresser les médias, les journalistes de quotidiens nationaux (celui du Figaro). Elles vont voir débarquer une police qui va durement réprimer toute protestation et tout défilé. Cette mobilisation de grévistes est jugée inadmissible car elle s’attaque aux intérêts des grands hôteliers du « village d’en-Haut », donnant une mauvaise image de marque de la station.

PENSEZ BIBI: Tous ces moments rappellent la façon dont avait été vécue la période 1860 : l’État napoléonien envoie des troupes militaires pour imposer le « calme » et, idéologiquement, délègue une sommité médicale : le Docteur Constant.

M.A. : Ce docteur est un aliéniste reconnu, plein de mépris pour les femmes du village. Il est le beau-frère d’un maréchal d’Empire. Il est envoyé par Paris et il est accompagné de sa femme, la fragile Adélaïde. Sa tâche est d’imposer à la population et aux possédées la nosographie officielle via cette notion d’hystérodémonopathie. Nous sommes vingt ans avant l’hystérie de Charcot, avant la découverte de Freud qui « donnera » la parole à ses patientes au lieu de les faire taire et de les renvoyer dans leur espace privé, familial (1). Une très grande majorité de cette population est d’ailleurs en haine des autorités civiles et religieuses qui persistent à refuser tout exorcisme à leurs « filles« .

Si je veux résumer la principale découverte de Marraine, découverte qui va alimenter son écriture, sa fiction, sa vie nouvelle, c’est le croisement entre les luttes des femmes d’hier et les combats des femmes d’aujourd’hui. S’y ajoute un autre double constat : ces femmes sont toujours considérées comme folles, asociales, dangereuses et les Puissants ne font que vouloir briser leur solidarité toute féminine par crainte d’une « contagion ». Ce combat des femmes a lieu au prix de violences, d’affrontements contre les forces de l’Ordre (Voltigeurs propagandistes d’hier, BRAV d’aujourd’hui) et de déportations/bannissements dans des asiles lointains. Forces dominantes contre forces dominées, « village d’en-Haut » contre « village d’en bas », écritures régulières contre écritures débraillées, corps dressés à la norme contre corps inacceptés, sans contrôle : tout est affaire de contradictions et de luttes.

PENSEZ BIBI: Qui sont ces « possédées » et pourquoi sont-elles pourchassées, indésirables ?

M.A. : Leur transgression (contorsions, hurlades en public, fièvres etc) n’emprunte pas aux gestes ou au langage sexuel de la grivoiserie ou de l’obscénité (comme au couvent de Loudun). Lors des crises, elles rabattent leurs robes, elles refusent tout acte génital. Les injures qu’elles profèrent sont d’ordre religieux et social (elles réclament très souvent de la nourriture rare et précieuse commme le café, le sucre, le caramel, le riz, le miel) et sont dirigées contre l’autorité médicale, administrative, religieuse, policière. Quand un homme (c’est très rare) est dans un état de crise similaire, on le dit « ivrogne » ou il est catégorisé comme « pris comme une fille ». Il faut comprendre que c’est le Démon qui parle en elles. Il n’y a pas de dialogue entre elles et le Diable. Il y a seulement un parler alternatif. Après la crise, la possédée ne garde aucun souvenir de ce qui s’est passé.

Rajoutons encore deux choses : 1. le village, quoiqu’éloigné des grands centres de la région alpine, compte des femmes possédées (célibataires et mariées) qui parlent une français correct. Elles ne sont pas dépourvues de culture, elles ont étudié le latin dans les écoles privées du village, elles signent de leurs noms, elles ont des notions du dialecte piémontais. 2. Ces femmes voient leurs hommes partir travailler ailleurs en haute saison pendant plusieurs mois. A elles alors, les charges les plus lourdes : travail des champs, garde et surveillance des troupeaux, éducation des enfants. Pas rien, hein !

PENSEZ BIBI: Un roman politique ?

M.A. : On me pose souvent cette question quand mes écrits sont publiés (2). Et je réponds toujours par cette parole de Bertolt Brecht : « Dire aux politiques de ne pas faire de Littérature est ridicule. Dire à la Littérature de ne pas parler politique est inconcevable ».« Une nouvelle solitude » (3 ) inclut bien entendu cette dimension politique  avec le combat de ces femmes qui s’organisent – consciemment aujourd’hui, inconsciemment en 1860 – pour protester contre leurs insupportables conditions de vie. Mais dans le même temps, j’ai essayé de ne pas noyer la dimension personnelle de mes deux principaux personnages sous cette seule dimension collective. Marraine tente de vivre le mieux qu’elle peut son passage à la cinquantaine, partagée entre la fureur d’écrire et la solitude. Marina, grandissante, est toute en interrogation sur son avenir, entre portes entrouvertes et impasses soci(ét)ales.

PENSEZ BIBI: Ton dixième livre n’a pas forcément besoin des instances de consécration dont on sait qui et quoi elles adoubent. Raison de plus pour que continue la solidarité de ton lectorat et que persiste la fidélité grandissante de tes lectrices et lecteurs pour tes très belles fictions irrégulières. Merci à toi.

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(1). Cette possession collective, unique en ce 19ème siècle, a mis en échec le savoir médical d’alors. Restent ce point aveugle et cette fascinante impuissance rapportées par le Docteur Constant lui-même dans un de ses écrits : « Personne, il est vrai, n’a dit et ne dira probablement jamais pourquoi une idée donne des convulsions ».

(2). Le septième ouvrage de Madani ALIOUA avait pour cadre la ville de Vichy en 1940-41 et avait reçu le Prix du Bourbonnais en 2022. Son neuvième ouvrage (« So Long, Marianne. Les Glières 1944-1968 « ) suivait le chemin de Jean de Vaugelas, milicien, chef organisateur de la répression du plateau des Glières en 1944 et réfugié en Argentine.

(3). L’ ouvrage paraît chez L’Harmattan. « Une nouvelle solitude ». 209 pages. 20 euros. En commande dans n’importe quelle librairie, sur Amazon, à la FNAC. Notons qu’en décembre 2025, sera publiée sa pièce de théâtre (« Les Pestiférés. Londres 1660 ») aux mêmes éditions (L’Harmattan/Le Lucernaire. Collection « Tous en scène ») mais Pensez BiBi en reparlera.

Porte de prison pour Sarkozy… Porte de l’Enfer pour JM Le Pen.

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Ce billet tombe au moment même où Jean-Marie Le Pen, bourreau abject, s’en est allé. Un Le Pen que, déjà, d’aucuns qualifient d’« éternel refractaire » (Le Figaro), de « tribun hors-pair » (AFP), de « grand serviteur de la France », de « combattant » (Bayrou). Rappelons l’écho (ici en couverture de Libération) qu’en fit Nicolas Sarkozy, aujourd’hui au tribunal, grand soutien de ce tortionnaire raciste et antisémite, un Nicolas Sarkozy qui qualifia le FN, parti d’extrême-droite, de parti « compatible avec la République »...

A l’heure où le Président de la honte française passe une énième fois au Tribunal, il m’a paru interessant de revenir 17 ans en arrière, sur cette nuit du Fouquet’s du 6 mai 2007 où fut célébrée son arrivée au pouvoir.

Il y eut cette nuit dans l’établissement de Dominique Desseigne (1) qui fit alors la connaissance de Rachida Dati pas encore ministre (2) et aussi cette autre nuit qui précéda cette grandiose réception, celle dont nous parlera peut-être un jour Cécilia Attias ( ex-Sarkozy) peut-être dans un prochain livre en nous offrant sa… part de Vérité ».

Mais revenons à cette soirée du 6 mai 2007 et apprécions déjà l’envolée lyrique d’un Sarkozy très « famille » (3) :

« Ici, vous êtes toute ma famille, celle des bons et des mauvais jours ».

Remarquons que lors des bons jours, cette faune fut très présente mais qu’elle est beaucoup plus discrète aujourd’hui, au moment où leur cher Nicolas arpente les couloirs des tribunaux.

Je parle en premier de la faune grand-patronale bien entendu au Top de cette nuit.

Refaisons donc l’inventaire des invités aux premières loges et aux tables de premier ordre (une quasi-totalité d’hommes avec des épouses faisant les potiches à leurs côtés) :

Bernard Arnault (alors 1ère fortune de France) et son secrétaire LVMH Nicolas Bazire.

Vincent Bolloré (alors PDG d’Havas et 6ème groupe de com mondial). Un Bolloré qui invita son ami Nicolas fatigué à se reposer sur son yacht le «Paloma» dès le surlendemain.

Martin Bouygues de TF1. Une télévision que le fils bien placé de Patrick Buisson avoua avoir été entièrement dévouée à Sarkozy pendant tout son quinquennat. Déclaration faite au Quotidien de Yann Barthès.

Serge Dassault (proprio du Figaro et du groupe Dassault) et son premier gratte-papier d’alors Nicolas Beytout. Le Figaro d’aujourd’hui caractérise Jean-Marie Le Pen comme étant une « figure majeure et controversée » et ne fait aucune allusion à ses actes de torture en Algérie. Le quotidien qualifie le FN de « parti nationaliste » et non d’ « extrême-droite ».

Jean-Claude Decaux (PDG de JC Decaux), Albert Frère (1ère fortune belge et 1er actionnaire de Suez), Patrick Kron (PDG d’Alstom), Henri Proglio (PDG de Veolia),

Antoine Berheim (PDG de Generali). Lire le billet-BiBi ici, un billet très fouillé sur son importance… hélas cachée au grand public.

Paul Desmarais, milliardaire canadien et PDG de Power Corporation. Le billet ici de BiBi détailla là aussi l’importance de ce parrain qui – plus que tout autre – aida à l’ascension de Sarkozy.

Le joaillier Bruno Cromback (PDG d’Augis 1880). Sans oublier Pierre Giacometti (PDG de l’Institut de sondage Ipsos). Remarquons que les sondages étaient déjà au centre des intérêts du Pouvoir et des médias. On connaîtra toute leur importance par la suite via les sommes ahurissantes dépensées par l’Elysée pour savoir où en était l’opinion.

Stéphane Courbit (PDG d’Endemol la boite de production n°1 d’alors). Aujourd’hui, ce chien de garde est souvent invité à la table d’Arthur Sadoun, PDG de Publicis, mari d’Anne-Sophie Lapix.

Mais toute réception mondaine de ce type-là ne peut atteindre le firmament et un éclat céleste incomparable sans la présence d’Etoiles annexes qui font briller les premières.

Des artistes (acteurs, chanteurs, sportifs) bien sûr : Johnny Hallyday (venu demander un retour de Suisse en France à la condition de ne plus devoir payer d’impôts), Christian Clavier et Marie-Anne Chazel, Jean Reno (4) et son top model Zofia Borucka, Richard Virenque, Basile Boli, Pascal Gentil,  Bernard Laporte, Denis Charvet, Eric Vuan (Maître de ballet).

On ne peut pas non plus faire la fête sans les amis politiques et médiatiques – dont certains connurent plus tard – le même chemin dans les arcanes judiciaires : les condamnés avec en vedettes, le couple Balkany, Claude Guéant, François Fillon, Alain Minc mais aussi Jean-Pierre Raffarin, Henri Guaino, Roger Karoutchi, Nicolas Baverez (Chroniqueur du Point) et ce cher présentateur Arthur dont les (mé)faits télévisualisés passent en boucle en ce moment sur les réseaux sociaux.

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(1) Pour connaître le milliardaire, PDG du groupe Barrière, il suffit de relire les deux billets que je lui avais consacrés ici :

(2) Mon pote toujours espiègle me chuchote que pour arriver à bon port à Paris ce soir-là, Rachida Dati avait dû quitter sa résidence principale de la ville de Saint-Claude.

(3) On sait ce que recouvre ce mot de « famille » quand on parle l’italien ou quand on comprend le dialecte sicilien.

(4) Billet-bibi ici sur Jean Reno.

A table ! C’est l’heure de la soupe !

Ce n’est évidemment pas la première fois que, dans les plaisirs de la table, on peut relier le personnel politique aux hommes et femmes des Médias. Quand il s’agit de réceptions, dîners, déjeuners, fêtes organisées par les Possédants, les « ami-e-s » invité(e)s sont particulièrement triés sur le volet. Via une compétition d’une férocité extrême pour être l’élu(e). Souvenons-nous des épisodes qui concernaient les interviews de Macron. A chaque fois, cela engendrait des haines et des luttes au couteau à l’intérieur du champ journalistique dès lors qu’il y avait un choix à faire dans les intervieweurs.

Mais restons-en aux dîners et déjeuners : ces derniers n’ont pas que le plaisir comme visée. Bien entendu, le but poursuivi en est la perpétuation et la consolidation express du pouvoir en place, toujours plus ou moins aux abois.

Pour ces assoiffés et affamés du PAF, être invité, se mettre à table (au propre comme au figuré), c’est une habitude. On adore ! Et, dans les invité(e)s, on ne trouve pas que des top-cadres médiatiques, il y a aussi des Artistes, des Intellectuels de plus ou moins grande renommée (Historiens, Scientifiques etc). Ils sont aussi très sensibles, très fiers de s’asseoir à la même table. Voyez par exemple l’acteur François Cluzet en extase au dîner de Carlos Ghosn au Château de Versailles. En contrechamp, me revient l’image du Tout-puissant mafieux Robert De Niro dans les Incorruptibles règlant ses comptes à coups de battes de base-ball à table, avant de servir l’apéritif. Une constante plus ou moins violente dans les mafias de tous ordres. Directement politique ou non pour que tout cela entre bien dans vos têtes ! Compris, hein ?

Déjeuner, dîner avec les Dominants, c’est un honneur, une jouissance inégalable, un profit de distinction qui classe son bonhomme médiatique et sa petite dame aux dents longues. N’oublions pas aussi que lorsque le dîner se fait rare, il y a la liaison… téléphonique. Là, vous avez Macron prenant illico des nouvelles de Zemmour soi-disant « agressé dans la rue » par téléphone. Il y a aussi Pascal Praud, ordure zélée, présentateur de CNews, qui a régulièrement au bigophone une certaine première dame.

A propos de celle-ci, rappelons que c’est elle qui présenta son petit Emmanuel autour de la table de Bernard Arnault. Xavier Niel, patron du Monde et compagnon de Delphine Arnault était aussi de la partie. Sarkozy, lui, en recherche désespérément d’une première dame, avait raté Laurence Ferrari dans sa visite discrète à son papa mais il se rattrapa in-extremis autour d’une table. C’est là qu’on lui présenta Carla lors d’un repas en présence de journaleux triés sur le volet et autres crétins moutonniers (Jacques Séguéla). A France 2 tv, nous avons non seulement Nathalie Saint Cricq mais aussi Anne Sophie Lapix dont on loue les rebellions devant le Chef de l’Etat (défense de rire). C’est Challenges qui nous a appris qu’avec son mari (Arthur Sadoun numéro 1 de Publicis) ils dînaient très régulièrement at home avec des patrons du CAC 40. Quant à Hollande, lui, il baffrait à l’Elysée avec les Lagardère boys (Elkabbach en tête).

Et voilà qu’aujourd’hui, nous apprenons sans surprise que les dîners et déjeuners existent aussi sous l’ère de Macron II. Dans le plus grand secret (mais éventré) s’est déroulé un déjeuner où se sont agenouillés et retrouvés les journaleux appartenant à la fine fleur de la Mediacratie. Au menu : « Comment faire pour retourner l’opinion sur cette réforme des retraites qu’il s’agit de faire passer coûte que coûte ? »

Citons les invité(e)s : l’inénarrable Dominique Seux de France Inter (une radio que l’extrême-droite nous présente comme d’extrême-gauche), Nathalie Saint Cricq de France2 tv qui hurle sa haine sur Mélenchon à chacune de ses apparitions TV, Benjamin Duhamel son fiston-à-pistons qui officie dans cette calamiteuse chaîne BFMTV (chaîne reine de l’évasion fiscale) , Guillaume Tabard du Figaro (inutile d’insister sur ce vaurien) et – attention la classe – voilà la représentante du Monde dont on nous serine depuis tant d’années le sérieux et la neutralité : Françoise Fressoz invitée très très régulière de nos TV publiques. En aparté, citons le premier journaliste non-invité qui répercuta allègrement les éléments de langage présidentiel : Yael Goosz de… Libération, évidemment pas en reste.!

HOLLANDE AUSSI.

Tout ce petit monde doit être cité car ce déjeuner – dont tous leurs collègues taisent l’ampleur, les effets, les raisons, le sens – est le prélude à une campagne médiatique sans précédent. Cette solidarité de classe ressoudée ne vient pas à n’importe quel moment. Ce repas est organisé pour resserrer les rangs, pour marcher d’un seul pas contre le populo qui se lève (et pas qu’un peu) contre cette réforme des retraites qui risque de faire basculer le pays dans une horreur jamais vue et subie. Ces enragé(e)s du PAF ont beau plastronner et minimiser l’ampleur de la Révolte contre cette réforme des retraites, ils ne sont pas si naïfs que ça sur le rapport des forces du jour. Les Renseignements Généraux eux ne mentent pas dans leurs remontées à Beauvau et donnent vraiment le pouls du pays à leurs maîtres.

Cette bataille risque de mettre en danger jusqu’à Macron. C’est que plus le pouvoir des Dominants est contesté, plus la lutte s’exacerbe, plus le Pouvoir vis(s)e haut dans les médias et plus il s’organise et fait (va faire) preuve violence dans la rue.

Ce Déjeuner que Macron a essayé de tenir secret est une opération pour appuyer, marteler, pilonner les éléments de langage indispensables pour justifier sa réforme liberticide. C’est aussi via cette violence symbolique que pourra continuer de s’exercer sa domination. Pour la violence physique, Macron est déjà servi : il a déjà passé commande à son serviteur n°1 : Darmanin.

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PS : Aux dernières nouvelles, les convives étaient au nombre de dix. Il en manquerait donc 4 à l’appel. Il serait d’ailleurs plus interessant de savoir pour qui ils travaillent, de savoir quels sont ces médias présents qui veulent tenir leur présence au secret. Bien inutile d’interpeller, bien entendu, ceux et celles ci-dessus invités déjà nommés : même pas penauds, ils passeraient devant vous la tête haute.

Garrido-Corbiere : une calomnie très au Point.

Lorsque les médias moutonniers avaient propagé – sans le temps de la vérification – la nouvelle de la pseudo-arrestation de Dupond Ligonnès à Glasgow, suivant aveuglément en cela la fierté de notre police d’investigation, on pouvait encore en rire. Un peu moins cependant lorsque – bis repetita –  une journaliste de France Inter et nombre de ses confrères se faisaient les porte-paroles de Castaner dans l’épisode de La Salpêtrière, proférant sans attendre un lot inimaginable d’insultes contre les gilets jaunes.

Avec l’énorme affaire du Point et de son journaliste Aziz Zemouri, nous avons quitté la préhistoire pour entrer de plein pied dans l’ère institutionnalisée de la calomnie.

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Quid de ce tremblement de terre ? Des effets durables, inexorables, inoubliables ? Hélas non, car, une fois ce week-end passé, toutes ces secousses médiatiques seront neutralisées. Ce sera le retour au calme plat dès la semaine prochaine : comme souvent, c’est cette inertie qui constituera alors la plus grande des censures. Ce n’est donc pas encore demain qu’on jettera aux oubliettes les neufs milliardaires des Medias et leurs sous-fiffres rédactionnels.

Je me dépêcherai donc d’écrire ce petit billet pour que quelque chose reste dans ce laps de temps et accroche quelques lecteurs et lectrices du blog. La bataille Garrido-Corbière tombera dans l’oubli, elle sera perdue (mais pas la guerre, hein ?). A l’Oubli, s’ajoutera l’autorégulation des médias dominants qui savent introduire dans leur discours ce qui les nie et ce qui les met en cause. C’est que le Capital réussit quasiment toujours à boucher les interstices, à parfumer en Chanel les égoûts les plus nauséabonds. Ce n’est evidemment pas une raison pour que je n’y ajoute pas mon grain de sel, que je ne tire pas une flèche de BiBi.

Faire le Poing.

Jusqu’à aujourd’hui, on avait une frange du lectorat du Point qu’on pouvait classer en cadres-de-leur-temps qui avaient su discipliner un fascisme libéral en libéralisme bon enfant. Pinault chiraquien était finalement un bon bougre qui aimait les pommes et Bernadette. Mais depuis la poussée d’une Marine Le Pen dédiabolisée, les lecteurs-récepteurs lambda du canard-laquais sont prêts à tout avaler.

Cet assujetissement d’un lectorat en rut consommatoire de scandales, cette flopée de lecteurs gloutons ruminant leur passage au RN sans problème, cette ingurgitation de normes fascistoïdes ne seraient guère possibles sans le concours et la solidarité des rédactions amies et concurrentes. Evacuons vite fait le contresens de « Journalistes, tous pourris » et levons nos verres aux précaires, aux derniers va-nu-pieds de la presse, à cette infime minorité qui se bat – vaille que vaille.

Non, ceux mis en cause sont cette cinquantaine de pisse-copies en col blanc, ces sommités de papier hygiéniques, ces crevards en écran 16/9 et ces modérateurs-animateurs du type Grandes Gueules.

Unanimité hiérarchique.

J’ai remarqué que, jusque dans cette fange médiatique il y a encore une hiérarchie. Le premier de tous ces menteurs repérés sur les réseaux sociaux fut un certain Paul Denton qui court après un poste de grand média (53000 abonnés Twitter. Pas rien). Ce fut lui qui donna le coup d’envoi de la ruée (dans le mensonge) et sonna le début de la chasse du jour. Dans son tweet, remarquons qu’il n’y a ni conditionnel, ni guillemets, ni vérification, ni attente pour exposer les « faits ». Son habitus anti-Gauche qui explose illico après la parution de l’article, fait déjà corps avec le mensonge du Point.

Le second, Eric Revel, ex-journaliste du Parisien-TF1, invité des chaînes et radios de la honte (ce matin encore à Sud-Radio).

Bien entendu, ne sont pas en reste nos grands intellectuels de droite, pignoufs colorés et mâtinés de couleur brune. Oh ils ne se sont pas donnés le mot, ils ne se sont pas téléphoné : nul besoin. La haine des Insoumis et de la NUPES leur a suffi pour jeter leurs tweets orduriers à vitesse supersonique. Ils le tenaient enfin leur os à ronger ! Ils ne l’ont pas lâché, ils s’y vautreront même avec un enthousiasme incroyable. Le Climax. L’Extase. Deux jours. Le temps de faire jaillir les eaux de la Vérité. Le temps de supprimer leurs tweets.

Inventaire du haut-du-panier.

Raphaël Enthoven, Caroline Fourest de LCI (La Chaîne Immonde), Claude Weill (Lobs). Une chose frappe dans ce concert unanime, c’est la hargne, l’insulte, l’acquiescement sans limite si semblables aux insanités proférées par les tweetos fascistes. Ce sont désormais des tunnels à ciel ouvert, des autoroutes de l’obscénité qui relient les uns aux autres.

A un tweeto qui tentait de minorer l’avis de ce nullard d’Eric Naulleau et tentait de me mettre de son côté, je lui rajoutais cet autre tweet de calomnie :

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La presse économique, elle aussi, ne voulait pas rester en queue de peloton. Dans l’enthousiasme, nous avons Emmanuelle Ducros de L’Opinion (voir capture plus haute). Allons plus avant : voila Géraldine Woesner du… Point, Marion Van Rentherghem de L’Express et Eugénie Bastié du Figaro/ CNews. Cette dernière avouera avoir fait « confiance » au Point, ayant trouvé de tout temps que cette feuille de chou d’extrême-droite avait été « une source fiable ». Ah cécité idéologique, quand tu nous tiens !

Les excuses.

D’abord celle (défense de rire) de la directrice du Point, excuses faisant suite à celle d’Etienne Gernelle. Géraldine Woesner est ainsi présentée (Linkedin) : « Géraldine est une journaliste de talent, déterminée et organisée. Elle possède un excellent sens du contact. Elle a également un très bon carnet d’adresses ». Une responsable au plus haut… point écrit sans ciller que l’article paru dans son hebdo – avec son aval – est… « ahurissant » !

Mais le tweet qui résume bien cette pauvre stratégie des « excuses » c’est celle avancée par Benjamin Sire, journaliste à Franc-Tireur, qui nous délivre un tweet de haute volée. Ce seront quatre lignes aux magnifiques éléments de langage qui – à peu de choses près – sont les mêmes que ceux de la journaille de la presse des milliardaires. Des « excuses » via lesquelles il tente d’enfumer l’opinion. Bascule finale de ce chien de garde : il nous faudrait… « louer » le courage de ses collègues… Nous pouvons donc vomir.

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Je laisserai le dernier mot à une de mes abonnéee Twitter qui dit l’essentiel à Géraldine Woesner, journaliste en chef du Point, « pigiste » quotidienne chez ce mollusque de Pujadas.