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Police : de Lublin à Paris, des hommes ordinaires.

D’innombrables vidéos postées sur le Net nous montrent les épouvantables violences policières et la sauvagerie ahurissante des forces de l’ordre lors des dernières manifestations. Ici, elles fracassent les crânes des petits, des grands, des enfants, des mères de famille, des infirmières, là, elles chargent, de tout le poids de leur armure et de leur attirail de guerre, des citoyen(ne)s manifestant tranquillement.

Cette multiplication d’actes de violence (Brav en tête) m’a renvoyé au livre terrible de Christopher Browning qui racontait les « exploits » du 101ème bataillon de réserve de la police allemande officiant dans l’enfer de Lublin-Josefow (Pologne) en 1942-43.

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Marc Bloch écrivait : « Un mot domine et illumine nos études : comprendre ». J’ai donc essayé de m’expliquer (non, évidemment, d’excuser) ce qui pouvait pousser, hier, policiers nazifiés et, aujourd’hui, policiers français à agir ainsi.

Dans son livre, Christopher Browning s’était penché sur ces « hommes ordinaires » (titre de son livre), hommes d’âge moyen, ni SS, ni bourgeois déclassés, ni paysans incultes, plutôt des hommes de couche modeste, quasi-prolétarienne, pas forcément des idéologues mais membres du Parti N*zi à Hambourg (pourtant pas une des villes les plus nazifiées). Ces « hommes ordinaires » allaient se transformer en meurtriers de masse. L’historien les resitue dans le climat effarant de l’époque, dans cette Pologne n*zifiée, rappelant que les membres de ce bataillon passaient leur temps entre  génocide et train-train quotidien.

Rappel d’importance : dans ce 101ème bataillon, l’effet de groupe est si fort qu’à peine 3% d’hommes se prononcèrent pour une dispense de ces tueries qui leur était quand même une possibilité offerte.

Effet de groupe aussi avec la Police de Nunez qui se présente comme un Collectif sans faille, esprit de corps sans tâche. Pas de cavalier seul lors des charges contre les manifestants par exemple. Lorsqu’un policier en charge est isolé, en difficulté, il recule et trois, quatre de ses collègues s’interposent aussitôt. Double et insistante volonté de ne pas être reconnu individuellement et de ne jamais oublier de se coordonner collectivement.

Un Collectif uniforme avec, en majorité, des hommes se serrant les coudes, affublés d’une armure impressionnante, casqués, masqués, sans Rio et caméras souvent éteintes. On imagine que c’est la camaraderie qui cimente leur unité, une solidarité où il est impossible à chacun d’être en désaccord avec ce qui est demandé. L’être serait passer pour un lâche. Faire état de ses doutes serait montrer sa faiblesse. Autant d’interdits intériorisés et consentis qui servent, bien sûr, à ne pas démoraliser les troupes.

Un conformisme de groupe, un esprit de corps policier mais avec des volontés d’appartenance supplémentaires : 1. plus de la moitié de ces policiers sont sympathisants ou adhérents au RN. 2. Sur les vidéos, on peut repérer à de nombreuses reprises des insignes se rattachant à des groupes d’extrême-droite US, de sectes etc, badges surajoutés et portés sans retenue.

Un esprit de corps jamais écorné qui se confirme dans les « enquêtes » de l’IGPN et devant les tribunaux (quand les policiers y arrivent – c’est-à-dire, très, très rarement). Rappel : aucun policier n’a été condamné à des peines de prison ferme. Soit des relax, soit du sursis.

Donc un esprit de corps sans faille. Le serait-il qu’il mettrait en péril leurs carrières avec toute l’économie familiale derrière ! Car ces policiers, hélas syndiqués à Alliance, ne cessent de parler de leurs bas salaires, de se plaindre de leurs conditions de travail, de leurs fatigues etc. On peut cependant deviner qu’après le travail accompli, ils retrouvent tranquillement femme et enfants, heures de travail toutes refoulées. Mais peut-être pleurent-ils en cachette pour, là aussi, ne pas paraître lâche ou « mauviette » devant Madame et les gosses ou, encore, exténués, certains en arrivent à la dernière extrémité avec leur arme de service.

Parmi ces brav’ policiers, j’ai deviné dans les vidéos – en très petite minorité certes – quelques femmes aux avant-postes, devançant parfois leurs collègues hommes dans les frappes et les coups de matraque. S’agit-il pour elles d’essayer de gommer l’étiquette de « sexe faible » très ordinaire dans la bouche des policiers hommes ? Perso, je me demande qui sont donc ces femmes déchaînées qui participent à ces violences ? J’avoue que je n’ai pas d’autres explications que celle de faire carrière ou/et de s’enivrer du port de l’Uniforme.

Policiers, policières. Leurs rationalisations et leurs autojustifications sont aisées : « je fais mon métier », « je protège », « je défends la République », « je défends ma France assiégée », « je suis du bon côté ». Il y a deux côtés : il y a eux et il y a nous, disent-ils. Rappelez-vous la phrase du Préfet de Police Didier Lallement. « Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame ».

Du coup, aucun de ces policiers de Nunez ne peut partager un sentiment d’appartenance à la même humanité que celle des manifestants. Je me souviens qu’un sympathisant RN, « syndicaliste », officier de police, en débat sur une Chaîne de la Honte (La Grande Confrontation de David Pujadas sur LCI)  refusait catégoriquement de classer les lycéens d’enfants, de mineurs. « Pour moi, c’est pas des enfants » ! ânonnait-il avec haine, niant par là les Droits des Enfants.

La plus facile de leurs persuasions est d’être dans « le bon droit », avec cette polarisation entre le « nous » et le « eux ». Le « eux » déshumanisé est forcément un ennemi à faire taire. Ce sont ces Français-qui-n’en-sont-pas, des usurpateurs, des barbares classés en « casseurs », « racaille », « hordes de barbares maghrébins et africains », qualificatifs assénés depuis de si longues années, voire des décennies et ce, de manière constante sur les écrans TV, dans la presse-papier et aux micros des radios.

A Josefow, les tueurs de masse avaient intériorisé et assimilé le juif à l’ennemi. Aux manifs en France, l’ennemi est un rat(on). C’est donc faire œuvre de salubrité publique que de dératiser, que de faire des ratonnades en toute légalité. Et si tu n’as pas le teint basané, que tu es un bon petit blanc, qu’importe, tu es des leurs, tu es complice. Donc aussi à  bastonner, à mutiler, à énucléer, à blesser, à tuer.

Dans leurs  trajets et comportements, ces policiers, chargés de mettre en œuvre la répression de leur Ministère, du gouvernement, sont parties prenantes de l’Appareil répressif de l’Etat. Au sein de leurs collectifs respectifs, tout est fait pour que leur responsabilité individuelle soit atténuée, soit gommée afin que, que demain encore, ils puissent poursuivre leurs basses besognes.

Il est plus que temps de les faire rentrer dans l’ordre républicain.